SUR
I^a constitution atliénlenne.
ou RÉSIDE A ATHÈNES LA SOUYEEAINETË.
On ne saurait comprendre et juger les lois civiles et pénales de la république athénienne sans avoir au moins jeté un coup d'œil sur sa constitution politique. Pour montrer comment la loi était née à Athènes , de quelle autorité elle émanait , à quelles mains était remis le soin de rappliquer et de veiller à ce que force lui restât , il faut commencer par dire où les Athéniens plaçaient la souveraineté y comment ils avaient constitué les grands pouvoirs publics , de quelles attributions étaient revêtus les magistrats y quel était le jeu des influences diverses qui se disputaient plus ou moins pacifiquement le terrain légal. Nous essaierons donc de donner une idée sommaire de la constitution athénienne ^ mais sans remonter à ses origines ^
sans indiquer les différentes phases qa'elle a traversées ; il serait trop long de signaler un à un les changements qu'elle a subis ; les remaniements successifs qui Font conduite au point où la laissent , vers le milieu du cinquième siècle avant notre ère , les réformes d'Ephialte et de Périclès. Depuis ce moment jusqu'à la chute de l'indépendance nationale ^ l'esprit démocratique est maître d'Athènes ; il a profondément pénétré dans les mœurs et dans les institutions de la cité ; il y a tout renouvelé de son soufDe et tout marqué de son empreinte. Pendant toute cette période , c'est une même constitution qui fonctionne régulièrement, à part deux courtes interruptions , deux brusques secousses dont il faut chercher la cause dans les cruels désastres d'une guerre longue et malheureuse. Or, de toutes les constitutions que nous a léguées l'antiquité et qui nous sont connues par des renseignements suffisants , celle-ci est la plus sincèrement démocratique ; c'est en elle que s'exprime de la manière la plus complète l'idée que la Grèce s'est formée d'une démocratie parfaite.
 Athènes , c'est dans le peuple que réside essentiellement toute souveraineté (1). Le peuple se compose de tous
(i) C*est ce qu'exprime Euripide dans un passage où, représentant Athènes comme déjà dotée , sons Thésée , du gouvernement et de Tégalité démocratique , il dit que t le peuple règne en faisant exécuter ses ordres par des magistrats qui se succèdent d'année en année. » Voici ces vers , où Ton sent combien les Athéniens , au cinquième siècle , étaient attachés à leur démocratie , et comme ils en étaient fiers. Un héraut, envoyé par Créon, demande quel est le souverain (xijpavvoc) d'Athènes. Thésée lui répond:
IIpcôTov |J.èv i^pÇtd Toû Xoyou \);ev8(ii)ç , ^sve , Zy)tc5v lOpavvov év6a6' • ou yàp ip'/txa.i *Evàç Tcpàc àvôpà;, àXX' èXeuOspa izoXiq.
A^(ioc 5'àvà(r(rei fiiaSoxataiv âv {j,ipei 'Eviauffiaidiv , oO^î Ttip irXouTO) fiiÔoù; T6 TcXeîffTûv • àXXà x^ wévrjç lyjtav laov.
On trouvera dans le Ménexène de Platon (ch. VIII ) des idées tout à fait analogues ex-
les Athéniens^ âgés de vingt ans révolus^ à qui une condamnation judiciaire^ entraînant Yatimie ou mort civile , n'a pas fait perdre les droits que leur avait conférés, au moment de la majorité, Tinscription sur le registre du dème , c'est-à-dire de la commune. Cette souveraineté s'exerçait soit directement dans les assemblées et dans les tribunaux , soit indirectement par l'entremise des magistrats auxquels elle était momentanément déléguée , et des membres de l'Aréopage, pour qui, par exception, celte délégation se prolongeait jusqu'au terme même de leur vie. A partir des réformes d'Aristide , tout Athénien que n'a point frappé une condamnation judiciaire peut arriver à TArchontat , et par l'Archontat à l'Aréopage ; cette égalité ne souffre qu'une exception , et cette exception est assez curieuse , assez éloignée des habitudes et des idées modernes pour qu'il soit utile de la signaler. Les noms des citoyens dont le corps était mutilé ou infirme n'étaient pas mis dans l'urne qui faisait les magistrats (1). C'était sans doute une pensée religieuse qui avait dicté une telle exclusion. Les sacrifices n'auraient pu être convenablement offerts au nom de la ville par des hommes à qui les dieux avaient témoigné leur colère en les frappant si cruellement. Méconnaître cet avertissement, c'était vouloir faire rejaillir sur la cité quelque chose de cette fortune contraire que le destin avait attachée à ces tristes victimes. La loi n'allait d'ailleurs pas, à ce qu'il semble, jusqu'à défendre à ces malheureux de paraître dans l'assemblée et d'y voter ; elle ne leur interdisait que les magistratures, qui auraient fait
primées en des termes qui rappellent parfois d^une manière frappante ceux dont se sert Euripide.
(i)Lysias,XXIV, 13.»
d'eux les chefs et les représentants de la cité. Quant à rassemblée, elle restait ouverte à tous les citoyens âgés de vingt ans révolus , sans qu'il y eût d'autres exclusions que celles qui résultaient de sentences judiciaires (1).