DE MESSIEURS LES PRELATS SUR CETTE MATIERE
Nous, desirans satisfaire à l'obligation que le S. Esprit nous a imposée de régir l'Eglise de Dieu^ de pourvoir charitablement aux nécessitez du prochain, et de procurer le salut des âmes autant qu'il nous sera possible ; Apres avoir veû la déclaration faite par plusieurs Gentilshommes de refuser toutes sortes d'appels, et de ne se jamais battre en Duel pour quelque cause que ce puisse estre; et en suite le Jugement rendu par Messieurs les Maréchaux de France sur ladite Déclaration , avons jugé à propos d'approuver la généreuse et Chrétienne conduite des uns et des autres, touchant ladite Déclaration et ledit Jugement, et de fulminer en même temps de nouveaux anathèmes contre l'insolence et la barbarie des ThxeU : la Nature en a de l'horreur, la Raison les
condamne, des Loix civiles et celles de l'Eglise détestent ces noires fureurs, et le Ciel est armé de ses plus rigoureuses vengeances pour punir des crimes si monstrueux.
Ce sont ces cruels excès qui causent en même tems le deshonneur des Loix, Topprobre de la Nature humaine , l'injure de la Religion , la honte du Christianisme, Tafibiblissement de l'Etat, le scandale des peuples, la colère du Ciel, et la perte des âmes.
N'est-ce pas éteindre les sentimens de l'humanité, et se dépouiller des lumières de la raison, de vouloir détruire son semblable, et s'exposer soy-mème au danger de se perdre, pour venger une pa&sion farooche qui semble imiter la fureur des tigres , ou pour établir un Point d'honneur imaginaire, qui fait une discipline sanguinaire et cruelle de l'homicide , qui donne des règles au meurtre , et déguise l'assassinat en méthode et mesure , pour séduire bien souvent les plus lâches esprits et les plus foibles coui*ages.
Le Décret du Pape Estienne défend la mauvaise coutume de prouver son innocence par l'eau boutl* lante et par le fer chaud; et saint Thonlas juge fort à propos que c'est en même temps condaniner les Duels. En effet , quelle apparence de commettre au sort des armes sa réputation, sa vie, son éternité, puisque même bien souvent il arrive pur un {oste
jàgeméht de Dieu , que le pitb adroit et le moins timide tohlbe soiis lé bras du pliis foible.
Que les PHnces donc et les Magistrats arment leiir àtltbrit^ d'une nouvelle TÎgûetir pournoircit d'infamie ces Gladiateurs, qui au mépris dû Christianisme Sëihblerlt Ydillbit» faire retiTte le Paganisme et Tldolatrié. Tous diriez que nous respirons encore Thaleiûé bobtaglëtise de ces siècles malheureux , dans lës(j[uels OU ^acrifioit aux Idoles le sang et la vie des huinains. Princfes, ô JUges, 3 Grands delà lèrre^ qfai estes les Arbitres de la fortune des hommes ; si par les Loix civiles voas devez procurer qile les pàutrës soient secourus des àlimens qui leur sont nécessaires; quel compte aurez vous à rendre devant Dieu,' si tous né travaillez fcomnle Vous lé pouvez , à tarir iéÈ sburëes de satig , qui au langage de rEcHturë , Sont celles de tous les crimes ?
L'usage du sang étoît expressément dcfeddu chez les Hëbteux pour deux raisons principales : la preitiiere, J)OU^ àbolîf' ridolatrie; et la seconde, pour cortdsiïhtièr la cruauté. DieU scitl doit estre le maître delà vie dès hommes, et le sang des animaux de voit estrë feservé dans les sacrifices pour reconnoître le souvei'aih domaine dé Dieu , et racheter la vie des hoîùmes pécheurs par reflusion du sang des victimes : Maïs Sous les loix de TEvangile , le Prophète Isalenoùs prédit que les combats, les guerres et lë cartiagé ddiv^tit cesser s6tis là p^ de TEglise p et
SOUS Tempire du Messie ^ qui est le vray Salomon pacifique; ce sang ne doit estre versé que pour la gloire de Dieu et le soutien du Trône, pour accroître les couronnes de la Religion et celle de TEstat, pour les avantages de la foy, et pour les interests de nôtre légitime Monarque. Ce sang que Tinsolence des duellistes, et le silence des Juges répand indignement, demande une autre vengeance , qui doit donner de la terreur à ceux qui ont quelque sentiment de la crainte de* Dieu. La voix du sang qui se répand sur la terre porte sa clameur jusques dans le Ciel, et encore davantage la voix du sâng du Fils de Dieu, qui crie bien mieux que celle d'Abel, comme lexpli^ que saint Grégoire.
Si donc le spectacle d un Dieu mourant fait impression sur nos cœurs, et si l'image de son cruel martire n'est point effacée de nos mémoires, condamnons pour jamais les duels, ayans horreur de ces détestables pratiques, qui font sacrifier aux démons un sang précieux, qui doit estre ménagé pour le service d'un Dieu , lequel, par un excès d'amour qui n'a rien de pareil, a prodigué le sien pour éteindre nos crimes et nos ingratitudes , et en même temps levons les mains au Ciel pour attirer les bénédictions de Dieu sur cette illustre noblesse , qui a renoncé si chrétiennement à ces fausses maximes, pour embrasser avec religion parfaite celles de l'Evangile. Assurez-vous, Messieurs, que cette loiiable réputation
que vouâ avez dôqtiifie , cligne <le la graiideiir de vos courages , ne perdra rien de son lustre par un écrit si généreux qu'est celui que vous avez signé pour renoncer aux duels. Vostre honneur est dans les mains de Dieu^ qui en sera un fidèle dépositaire, puisque vous estes fidèles aux interests de sa gloire. Nous espérons que nôtre grand Roi , dont les qualitez merveilleuses ont fait dés sa première jeunesse l'admiration de tous les peuples, va consacrer les premières années de sa majorité et donner un nouvel éclat à sa Couronne par l'estime qu'il fera de vos vertus. Nous sommes assurez que Dieu bénira ses armes et ses conseils , quand il choisira des personnes comme vous pour leur donner des emplois honorables. La capacité des Ministres des Rois est toujours assez grande , quand la probité s y rencontre. La principale pièce des Conseils et du cabinet , c'est la fidélité; et ceux-là sont toujours fidèles à leurs Princes, qui sont fidèles à Dieu.
C'est l'approbation que nous sommes obligez de donner à vôtre conduite. C'est le témoignage, public de l'estime et du respect que nous avons pour le jugement rendu par Messieurs les Maréchaux de France. Ce sont les vœux et les souhaits que nous voulons continuer d'offrir aux autels , pour obtenir une gloire immortelle à tous ceux qui travaillent pour détourner les fléaux de Dieu , qui nous menacent , si nous ne travaillons puissamment pour abolir
les crimes, et pour empêcher les Daels. Donné à Paris le vingt-huitième aoost mil sii cens cinquante-
un.
c J. F* Archevêque de Paris. J. F. P. Coadjutenr dci Paris. Q. de Savoye Arçhevêquft Duo de Rhoias. F. Çvêque d'AinienSt & fivêque de Soissons. L Qvêque d^ Riez. G- £vêq^Q d'Evren^ k» Ellâqna de Grâce et Yence. P. ËTêque d«$ TquIqa* P« B^è* que d'Avrancl^es. H. Evêque du Puy et Comte de Yelley. J. Evêque de {iavau^. G, EiFêqu^ de Ceê* tance. Ed. Evêqqe de SayeuK. G. Evêque d'Aire« J. Evêque de Clermont H. Evêque de I^eou* F* Evêque de Glandéve. D. Evêque de Meau^. P. Evè< que de Perigueux. J. Evêque de Mâcon« F. Evêque de Ghâlon. Àn^ ancien Evêque de Dol.