AMIENS
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Satrait dei Mémoirei de rAeadémie d'Anùen*.
On ne possède que peu de renBeignements sur W Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée , mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie, à Tépoque glorieuse appelée la Renaissance , à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut, ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages , imités avec plus ou moins de boi^eur , n'ont pu encore être surpassés (1).^
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion (le beau ou le grand Georges, peutrêtre aus^i le fanfaron] (2], est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) Il est Trai de dire qae le Giorgion s'est toujours maiolenu dans un poste d'où personne n*a pn encore jusqu'ici le déposséder. (De Pilei.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant , ramoareux.
du moins, au milieu du xvii.® siècle, les membres alors exis* tants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de sesparents (1).
N'étant encore qu'un enfant , il montra de si grandes dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans , son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante , mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n'avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Yasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(1) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , i Vedelago , de cnltivateucs aisé&.
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il Timita , ou plutôt peut-être chercha à l'imiter (1).
Tout porte à croire t[ue lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bdlin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe du Titien (2) qui nous apprend que celui-ci, pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour où son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleiL
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- . nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
Il retourna ensuite dans sa famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époque pendant son séjour à Gastel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise ^ se logea dans le Campo San Silvestro. Son talent comme peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu'à cet endroit, Vasari, qui cependant avait connu particolièrement le Titien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Titien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgipii.
(2) Yita dell insigne pittore Tizii^no Vecellio gia scritta da anonimoau^ tore reprodotU, etc., in Yenezia, 1809.
iDâble lui aoqiitveïit de nombreax amis ; de phis, il jàaait du luth en perfection et chantait sr admicahletneiit (1) qu'il était, apf»^ dans les plus belles asseisUées pour y présider aux cooœrts que se donnaient les familles patriciennes (2). Il eut ainsi toutes ^rtes d'occasions dé se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biographes, en galant hoiifflie.
Cep»»dant, pour occuper ses pinceaux et peut-rêtre aussi pottr donner le goût de ce genre de décoration , il imagina de peindre à firesque Textérieur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poêles ,. des groupes d'enfants , la plupart en clair obscur ou camaïeu. On y voyait aussi l'empereur Frédéric I.«*^et Antoniade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour c^aserver son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention, on lui donna à peindre dsffls le même genre la Casa Soranza sur le Campo di San-Pa(do (la place Ssùnt-Paul). Il y figura diverses histoires, des frises de jeunes enfants, des personnages pldscés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtemiis «aux injures de l'air, et lorsque Ri*^ dôlfi écrivait son histoire (S) vers le milieu du dix-«eptième siècle, il ne restiedt plus sur cette façade qu'une fmnme tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(1) Tanto divinçtmente. (Vasari.)
(8) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieasés sur Taffinité secrète qui existe entre l'organe de la musique et celui qut préside à ta combinaison des couleurs. — La plupart des peintres de TEcole yénitienne étaient de fort habiles musiciens.
' fa) Carlo Ridolfi. Le maraviglie deir arte overo le vite de gl' illustri pittori veneti. Yenetia, 1648.
(i) Yasari y a remarqué qu*un morceau qui avait été peint à l'huile sur de la chaux , avait mieux résisté à faction de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
Le Giorgioa avait ehdz lui mi âteliec et s^taapk^yait à ot^ aer de ses peintures, s^n la mode du temps, (tes armes , des boucliers et des coffires de majeiage ; nous ne soTons pas si Ton conserve encore quelques-uns de ces ouirrages; mais ce qui parait avoir surtout frappé ses contempocains , c'est 1*^ prit d'invention qu*il y déployait et peut^tre aussi l'espèce d'érudition ayec laquelle il r^Nrésentait les sujets les plus rians de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait r^çu une eertaiae éducation dassique, et qu'il pouvait puiser aux soiffces mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous ignorons^s'il eifistait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses, te plus souvent placées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des ani^ maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il avait représenté la défeite des Géans foudrayés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent PyUion ou poursuivant en vain la fille de Pénée , qui se transforme en laurier lorsqu'il croit la saisir; la métamorphose d'Io en vache et d* Argus en paon ; la chute de Phaeton sur les rives du P6 et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé^ robast les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe, de Gadmuset des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Philemon et de Beaueis; les travaux d'Qercule, D^anire et le Centaure; Ariane aban* donnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Ténus et d'Adonis. )> Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enfonter des merveilles. Il fiant y ajouter encore une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a longtemps
été attribué à Raphaël, ou la même histoire a été reproduite d'une façon si agréable, bien des années après la mort du Giorgion. Nous nous oontenterons d'indiquer comment ce dernier en a traité deux ou trois sujets.
On y voyait d'abord la jeune Psyché dont le teint avait à la fois la blancheur du lys et le doux incarnat de la rose ; sa blonde chevelure est ornée de fleurs , elle sourit dou^cernent, et, dans une attitude modeste, soutient de la main droite une partie de^son voile dont le reste couvre son sein. Devant elle une multitude lui offre des fruits et des fleurs, comme à une nouvelle Vénus.
Dans le 6.« tableau, la crédule Psyché, trompée par la jalousie de ses sœurs, se mcmtre portant le fer d'une main et de l'autre, une lampe; elle voit avec étonnement le bel enfant dont elle est l'épouse. L'Amour , réveillé par un lumignon tombé sur son épaule, s'envole malgré les efforts de Psyché à qui il reproche son ingratitude.
Dans le iS.'^et dernier de ces tableaux, on assiste aux noces de l'Âmour et de Psyché, oii se trouve le concours de tops les dieux, d'Apollon et des Muses, placés autour d'une table couverte de vases et de fleurs.
Outre les fresques dont nous avons d^ &it mention, le Giorgion avait peint , encore en clair obscur, au Campo di SanStepham, sur la façade d'une maison donnant sur le grand canal , Bacchus, Yénus et Mars , à mi-corps, avec des enfants, et, probablement aussi, sur la façade de la Casa Gri-mana,aux Servi, quelques femmes nues, dont on admirait les formes et la couleur. Dans le même temps, le doge Leonardo Loredano dont il avait fait un admirable portrait (1), le chap*
(1) Giorgiooe fit quantité d*aatres portraits. Toas sont de la plos grande beaaté, eomme le prouTe celui de rilHistre doge Leonardo Loredano > qoe j*ai TU exposé h une fête de l'Assomption et qui ni*a8embté Vivant. (Yasarl.)
gea de peindre, dans le même genre, la façade la plus ap^ parente (celle donnant sur le grand canal) de l'entrepôt des Allemands (il fondaco dé TedeschiJ , vaste bâtiment situé dans le quartier le plus beau et le plus fréquenté de Venise, que la Seigneurie venait de faire reconstruire après qu'un incendie Teut consumé, en 1804, ou au commencement de 1«)6.
La date de Tannée où le Giorgion fut chargé de cet ouvrage a quelque importance. Les fresques du Fondaco ne peuvent avoir été faites en 4805, comme le dit à tort l'abbé Lanzi; on présume qu'elles ne furent exécutées qu'en 1507, et seulement après le départ d'Albert Durer, qui séjourna huit mois à Venise en 1506. On a cherché effectivement si le voyage que le plus grand artiste dont l'Allemagne puisse s'honorer fit dans la haute Italie, avait pu avoir quelque influence sur son talent et changé sa manière ; mais il a été reconnu que son retour avait précédé la révolution que le Giorgion opéra dans la peinture vénitienne, révolution qui ne peut remonter au-delà de l'époque où, mis en évidence par la confiance du doge qui lui donnait à entreprendre un grand ouvrage, propre à attirer tous les regards, ib put montrer les effets prodigieux et entièrement nouveaux qu'il obtenait de l'emploi hardi de la couleur et du clair obscur, quels que soient d'ailleurs la bizarrerie et le décousu de ses compositions. Effectivement, les sujets qui ornaient l'entrepôt des Allemands étaient nombreux et variés, mais incohérents et souvent difficiles à comprendre. Il semble que le peintre, qui les choisissait, n'ait eu d'autre règle que le caprice de son imagination et le besoin de signaler la puissance de son talent, en y plaçant des figures disposées avec fierté et coloriées de la façon la plus vigoureuse.
On sait qu'une autre façade du même édifice, celle qui regarde le pont du Rialto et ce qu'on appelle la Merceria, a
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ESSAI
On ne possède que peu de renseignements sur le Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée , mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie, à l'époque glorieuse appelée la Renaissance y à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut, ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages, imités avec plus ou moins de boi^eur , n'ont pu encore être surpassés (1).^
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion (le beau ou le grand Georges, peutrêtre aussi le fanfaron) (i), est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an i477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) Il est Trai de dire qae le Giorgion s'est toujours maiolenu dans un poste d'où personne n*a pu encore Jusqu'ici le déposséder. (De Pileà.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant , l'amoureux.
du moins, au milieu du xvii.^ siècle , les membres alors exis* tants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de sesparents (i).
N'étant encore qu'un enfant, il montra de si grandesdispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans, son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante, mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n'avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Yasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(1) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , 4 Vedelago » de cnltivateucs aisé».
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il l'imita , ou plutôt peut-être chercha à l'imiter (1).
Tout port« à croire t[ue lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bdlin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe ^u Titien (2) qui nous apprend que celui-ci, pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour où son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleiL
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- . nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
Il retourna ensuite dans sa famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époquo pendant son séjour à Gastel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise^, se logea dans le Campo San Silvestro. Son talent compqie peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu*à Cjet endroit, Vasari, qai cependant avait conna particolièrement le Titien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan U80 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Titien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgion.
(2) Yita dell Insigne pittore Tizii^no Vecellio gia scritta da anonimo aa^ tore reprodotU, etc., in Y^nezia, 1809.
meàAe lui aoqtttveit de nombreux amis ; de phis, il jcrnait du luth en perfection et chantait sr admiKaMeàvest (1) qu'il était ap{»efé dans les plus belles asseïfftdées pour y présider aux cooœrts que se donnaient tes fmuitles patriciennes (2). Il eût ainsi toutes ^rtes d'occasions de se livrer aux j^aisirs de son âge, et vécut, disent les biographes, en galant hod^ie.
Cep^Ddant, pour occuper ses pinceaux et peut-rêtre aussi pour donner le goAt de ce genre de décoration, il imagina de peindre: à fresque rextérieur de la maison qull habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poêles , des groupes d'enfants , la plupart en clair obscur ou camaSeu. On y voyait aussi Tempereur Frédéric I.^^'^et Antdniade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour ecmserv^ son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à pein* dre dans le même genre la Casa Sorama sur le Campa di SathPmlo (la place Ssûnt-^Paul). Il y figura diverses his* toires, des frises de jeunes enfants, des personnages piiscés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtemfisâux injures de l'air, et lorsque Ri-^ dôlfi écrivait son histoire (S) vers le milieu du dix-«eptième siècle, il ne restiedt plus sur cette façade qu'une femme tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(1) Tanto divinamente» (Yasari.)
(S) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieasés sar Taffinité secrète qui existe entre Torgàne de la masique et celai qilt préside à la combinaison des coulears; — La plupart des peintres de rScole Ténitienne étaient de fort habiles musiciens.
' fa) Carlo Ridolfi. Le maratiglie deir arte overo le vite de gr illustri pittori veneti. Yenetia, 1648.
(i) Yasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à l'huile sur de la chaux , avait mieux résisté à faction de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
Le Giorgioa avait ehez lui un âteliec et s^tanployait à ot^ aer de ses peiniares, selon la mode du temps, des armes , des boucliers et des coffres de mariage ; nous ue soTons pas si Ton conserve encore quelques<-uns de ces ou^irrages; mais ce qui parait avoir surtout frappé ses contemporains , c'est l^esprit d'invention c^u'il y déployait et peut-être aussi Tespèce d'érudition avec laquelle il r^uréseiitait les sujets les plus rians de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait reçu une certaine éducation classique, et qu'il pouvait puiser aux sources mêmes de la litiérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous ignorons* s'il existait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses, le plus souvent placées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des ani^ maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il avait représenté la défeite des Gréans ftMidroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain la fille de Pénée , qui se transforme en laurier lorsqu'il croit la saisir ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la chlHe de Phaeton sur les rives du P6 et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé^ robaat les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe , de Gadmus et des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Philemon et de Beaucis; les travaux d-Qercule, D^anire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Ténus et d'Adonis. )> Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enfanter des merveilles. Il faut y ajouter encore une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a loogtemp^
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FOQQ MUSEUM UBRAIOr HARVARD UNIVEROW
Sstraît des Mémoires de l'Académie d'Amiens.
ESSAI
On ne possède que peu de renseignements sur le Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée» mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie > à Tépoque glorieuse appelée la Renaissance y à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime^auty ont atteint les limites de Fart, et dont les ouvrages, imités avec plus ou moins de bonbeur , n'ont pu encore être surpassés (l).'*
Georges Barbarelli , que sa bonne mine y sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion [le beau ou le grand Georges, pett!>-être aussi le fanfaron) (i), est né, selon Topinion la plus accréditée, vers Tan 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) Il est Trai de dire qae le Giorgion s'est toujours maiotenu dans un poste d'où personne n*a pu encore }usqa*ici le déposséder. (De PileA.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant , ramoureux.
du moins, au milieu du xyii.*" siècle, les membres alors existants d'une famille Barbarella se vantaient d*être de ses* parents (1).
N'étant encore qu'un enfant, il montra de si grandes dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans, son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante, mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris (Quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n^avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Vasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(1) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , I Vedelago , de caltivateurs aisés.
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il l'imita , ou plutôt peut-être ebercha à l'imiter (1).
Tout porte à croire que lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bellin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe <lu Titien (2) qui nous apprend que celui-ci» pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour où son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleiL
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus , et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- , nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
Il retourna ensuite dans ^a famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époque pendant son séjour à Castel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri , quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise, se logea dans le Campo san Silvestro. Son talent comioej peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu'à cet endroit, Yasari, qui cependant avait connu particulièrement le Tilian, se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Titien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgion.
(2) Yita dell insigne pittore Tiâi|no Vecellio gta scritta da anonimoau-tore reprodotta , etc., in Yenezia, 1809.
mâble lui aoqiitvetit de nonAreax amis; de fins, it jàaaii du luth en perfectioù et ciiaiitait si admica&teàiest (1) qu'il était apf»dié dafis les plus bellfô asseosUées pour y présider aux concerts que se dkmuàieût les faïuitles patriciennes (2). Il eut ainsi toutes ^rtes d'occasions dé se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biograf^es, en galant hotene.
Cependant, pour occuper ses pinceaux et peut-^tre aussi po«r doiurer le goût de ce genre de décoration^, il imagina de peindre, à fresque l'extérieur de la maison qu'il babitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants » la plupart en clair obscur ou camaïeu* On y voyait aussi l'empereur Frédéric L^^'ét Àntbniade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour conserver s(m honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à peindre dans le même g^re la Casa Soranza sur le Campo di SatinPoolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses histoireâ, des frises de jeunes enfants, des personnages pinces dans des niches, etc. Malheureusen^nt, ces peintures n'ont purésistear longtemilsaux injures de l'air, et lorsque Hi^ dôifi écrivait son histoire (S) vers le milieu du dix-«eptiëme siècle, il ne refiiiedt plus sur cette façade qu'une femme tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(I) Tanto divinamente, ÇVs&arl,)
(8) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieasés sur TafiBnité secrète qui existe entre Torgane de la musique et celui qdt préside & la combinaison des couleurs; — La plupart des peintres de TEcole vénitienne étaient de fort habiles musiciens.
' (S) €arlo Ridolfi. Le maraviglie deir arte overo le vite de gV illustri pittori Teneti. Yenetia, 1648.
(4) Vasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à Thuile sur de la cbaux , avait mieux résisté à Vaction de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
Le Giorgioa avait thez M «n àteliec et s'ëmpbyait à &t^ ner de ses peintures, selon la mode du temps, des armes , des boncliers et des coffres de maf iage ; nms ne sarona pas si Ton conserve encore qiïel<{iies-ans de ces ou^^rrages; mais ee qui parait avoir surtout frappé ses contemporains, c'est l'iesprit d'invc^Uon qu'il y déployait et peut-être aussi Fespèce d'érudition avec laquelle il représentait les sujets les plus riana de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait reçu une eertaiae éducatif» classique, et qu'il pouvait puiser aux soiH^ces mêmes de la litiérature andenne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous ignorons» s'il exifrtait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses, te plus souvent placées au milieu de beaux paysages où se trouvairat des ani^ maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il a'vait représenté la débite des Géans foudroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vaift k fille de Pénée, qui se transforme en laurier lorsqu'il croit lasaisir ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la chtte de Phaeton sur les rives du Pô et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé*robiBt les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe, de Cadmus et des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Philemon et de Beaueis; les travaux d'Qercule, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Vénus et d'Adonis, d Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enfanter des merveilles. Il faut y ajouter encore une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a lontgtemps
été attribué à Raphaël, où la même histoire a été reproduite d'une façon si agréable» bien des années après la mort du Giorgion. Nous nous contenterons d'indiquer corn* ment ce dernier en a traité deux ou trois sujets.
On y Toyait d'abord la jeune Psyché dont le teint avait à la fois la blancheur du lys et le doux incarnat de la rose ; sa blonde chevelure est ornée de fleurs , elle sourit dou^ cément, et, dans une attitude modeste, soutient de la main droite une partie de vSon voile dont le reste couvre son sein. Devant elle une multitude lui offre des fruits et des fleurs, comme à une nouvelle Vénus,
Dans le 6.« tableau, la crédule Psyché, trompée par la jalousie de ses sœurs, se montre portant le fer d'une main et de l'autre, une lampe; elle voit avec étonnement le bel enfant dont elle est l'épouse. L'Amour , réveillé par un lu* mignon tombé sur son épaule, s'envole malgré les efforts de Psyché à qui il reproche son ingratitude.
Dans le i^.*" et dernier de ces tableaux, on assiste aux noces de l'Amour et de Psyché « où se trouve le concours de t(ms les dieux, d'Apollon et des Muses, placés autour d'une table couverte de vases et de fleurs.
Outre les fresques dont nous avons déjà foit mention, le Giorgion avait peint , encore en clair obscur, au Campo di San^Stephano, sur la façade d'une maison donnant sur le grand canal , JBacchus, Yénus et Mars , à mi-corps, avec des enfants, et, probablement aussi, sur la façade de la Casa Gri^ mana, aux Servi, quelques femmes nues dont on admirait les formes et la couleur. Dans le même temps, le doge Leonardo Loredano dont il avait fait un admirable portrait (1), le cha^^
(1) Giorgione fit quantité d'antres portraits. Toas sont de la pins grande beauté, comme le proure celai de rilhistre doge Leonardo Loredano > que j'ai vu exposé à une fête de l'Assomption et qui m'asemblé yivaot. (Yasari^
gea de peiûdre, dans le même genre, la façade la irfus apparente (celle donnant sur le grand canal) de l'entrepôt des Allemands (il fondaco dé TedeschiJ , vaste bâtiment sitné dans le quartier le plus beau et le plus fréquenté de Venise, que la Seigneurie venait de faire reconstruire après qu'un incendie l'eut consumé, en iS04, ou au commencement de
La date de l'année où le Giorgion fut chargé de cet ouvrage a quelque importance. Les fresques du Fondaco ne peuvent avoir été faites en 1505 , comme le dit à tort l'abbé Lanzi; on présume qu'elles ne furent exécutées qu'en 1507, et seulement après le départ d'Albert Durer, qui séjourna huit mois à Venise en 1506. On a cherché effectivement si le voyage que le plus grand artiste dont l'Allemagne puisse s'honorer fit dans la haute Italie, avait pu avoir quelque influence sur son talent et changé sa manière ; mais il a été reconnu que son retour avait précédé la révolution que le Giorgion opéra dans la peinture vénitienne, révolution qui ne peut remonter au-delà de l'époque où, mis en évidence par la confiance du doge qui lui donnait à entreprendre un grand ouvrage, propre à attirer tous les regards, ih put montrer les effets prodigieux et entièrement nouveaux qu'il obtenait de l'emploi hardi de la couleur et du clair obscur, quels que soient d'ailleurs la bizarrerie et le décousu de ses compositions. Effectivement, les sujets qui ornaient l'entrepôt des Allemands étaient nombreux et variés, mais incohérents et souvent difficiles à comprendre. Il semble que le peintre, qui les choisissait, n'ait eu d'autre règle que le caprice de son imagination et le besoin de signaler la puissance de son talent, en y plaçant des figures disposées avec fierté et coloriées de la façon la plus vigoureuse.
On sait qu'une autre façade du même édifice, celle qui regarde Ic^ pont du Rialto et ce qu'on appelle la Merceria, a
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FOQG MUSEUM UBRAIOr HARVARD UNWERenV
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Sstraît des Mémoire! de rAoadémîe d'Amiens.
On ne possède que peu de renseignements sur le Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée» mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie > à l'époque glorieuse appelée la Renaissance , à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut y ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages, imités avec plus ou moins de bonbeur , n'ont pu encore être surpassés (1).'*
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion [le beau ou le grand Georges, peu!>-être aussi le fanfaron) [i), est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) Il est Trai de dire qae le Giorgion s'est toujours maintenu dans un poste d'où personne n*a pu encore jusqu'ici le déposséder. (De PileA.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant » ramoureux.
du moins, au milieu du xvii.<^ siècle, les membres alors existants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de ses* parents (i).
N'étant encore qu'un enfant, il montra de si grandes^ dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans Técole de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans, son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante, mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris (juelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n^avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Vasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(1) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , à Vedelago , de ealtivateuis aiséft.
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il Vimita , ou plutôt peut-être chercha à l'imiter (1).
Tout porte à croire que lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bellin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe du Titien (2) qui nous apprend que celui-ci» pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour où son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleiK
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- , nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
Il retourna ensuite dans ^a famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époquo pendant son séjour à Gastel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sou& celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise, se logea dans le Campo san Silvestro. Son talent comnnei peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu'à c<et endroit, Yasari, qui cependant avait connu particulièrement le Tilien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Tilien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgion .
(2) Yita dell insigne pittore Tiz^i^no Vecellio gia scritta da anonimo. au-tore reprodotta, etc., in Yenezia» 1809.
mâble lui aoqiiivetit de nombreux amis; de pins» \\ Jouait du luth en perfection et ciiaiitait à admiraUem^it (1) qu'il était appelé dans les plus bellfô assemUées pour y présider aux coitoerts que se dkNiDaie&t les familles patriciennes (2). Il eut ainsi toutes sortes d'occasions de se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biographes, en galant homme.
Cependant , pour occuper ses pinceaux et peut-être aussi pour donner le goût de ce genre de décoration , il imagina de pemdreà fresque Textérkur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants , la {dupart en clair obscur ou camaïeu. On y voyait aussi l'empereur Frédéric I.^^'et Antotttade Bergamejqui, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour e(His6rver son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à peindre dans le même g^re la Casa Soranza sur le Campo di SannPiiolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses histoireô, des frises de jeunes enfants, des personnages {rfacés dans des niches, etc. Malheureusen^nt, ces peintures n'ont purésistear longtemflsdttx injures de l'air, et lorsque Ri*^ dôifi écrivait son histoire (S) vers le milieu du dix-septième siècle, il ne restiedt plus sur cette façade qn*une femme tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(I) Tanto divinamente, ÇVs&aLTi,)
(S) M. Rio a fait , à eê si^et, des réflexions ingénieasés sur TaiGnité secrète qui existe entre Torgane de la musique et celui qttt préside & la combinaison des couleurs. — La plupart des peintres de TEcole vénitienne étaient de fort habiles musiciens.
(a) Carlo Bidolfi. Le maraviglie deir arte overo le vite de gl* illustri pittori TeneU. Yenetia, 1648.
(4) Vasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à Thuile sur de la cbaux , avait mieux résisté à faction de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
Le Giorgioa avait thez lui «n atelier et s'ëmpbyait à &t^ ner de ses peintures, srion la mode du temps, des armes , des boucliers et des coffires de maf iage ; neus Be saTona pas si Ton conserve encore quelques-uns de ces omrrages; mais ee qui parait avoir surtout frappé ses contemporains, c'est l'iesprit d'invention qu'il y déployait et peut-âtre aussi Fespèce d'érudition avec laquelle il représentait les sujets les plus riana de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait reçu une certaine éducation dsssique, et qu'il pouvait puiser aux 8oiH?ces mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous ignorons^ s'il eià^ tait alors quelque version italienne) lui offrsdent une source inépuisable de compositions grâdeuses, le plus souvent frfa^ cées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des ani* maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il wm% représenté la débite des Géans foudnxyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain la fille de Pénée , qui se transforme en laurier lorsqu'il croit la saisir ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la chtte de Phaeton sur les rives du Pô et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé^ robast les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe, de Cadmuset des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Nibbé et de ses enfants, de Philemon et de Beaueis; les tra-^ vaux d-Qercule, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Vénus et d'Adonis. D Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enianter des merveilles. Il faut y ajouter encorç une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a lontgtemp^
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Bxtraît des MémoÛM de rAoadémîe d'Amiens.
On ne possède que peu de renseignements sur le Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée, mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie, à l'époque glorieuse appelée la Renaissance , à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut, ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages , imités avec plus ou moins de bonbeur , n'ont pu encore être surpassés (1)."
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion [le beau ou le grand Georges, peut-être aus^i le fanfaron] [i), est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) IL est vrai de dire qae le Giorgion s*est toujours maïutenu dans un poste d'où personne n*a pu encore |u8qu*ici le déposséder. (De PileÂ.)
(2) Fare 'l giorgio : faire le fendant » l'amoureux.
du moins, au milieu du xvii.« siècle, les membres alors existants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de ses* pareDts (1).
N'étant encore qu'un enfant , il montra de si grandes^ dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans, son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent ; doué d'une * puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante, mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n'avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Vasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(t) Suivant une autre traditioD « le Giorgion serait né non loin de là , à Vedelago , de caltivatewcs aisés.
gion y n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il l'imita , ou plutôt peut-être chercha à l'imiter (1).
Tout porte à croire t[ue lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bdiin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe ^u Titien (2) qui nous apprend que celui-ci, pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour oiï son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleil.
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- , nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
II retourna ensuite dans sa famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époque pendant son séjour à Castel-Franco. II fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise, sa logea dans le Campa san SUvestro, Son talent comioe; peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu*à Cjet eodroit, Yasari, qui cependant avait connu particulièrement le Titien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Titien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgion.
(2) Yita dell insigne pittore Tiùi^no Vecellio gia scritta da anonimoau^ tore reprodotta , etc., in Yenezia» 1809.
oiâbie lui aoquimit de nombreux amis ; de idns, il jouait du luth en perfection et chantait à admirablement (1) qu'il était app^ dans les plus bellfô assemblées pour y présider aux concerts que se donnaient tes familles patriciennes (2). Il eut ainsi toutes ^rtes d'occasions de se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biographies, en galant h()iMne.
Cependant , pour occuper ses pinceaux et peut-être aussi pour donner le goût de ce genre de décoration , il imagina de peindre: à fresque l'extérieur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants , la plupart en clair obscur ou camalieu. On y voyait aussi l'empereur Frédéric I.«' et Antottiade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour 6(ms6rver son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à peindre dans le même genre la Casa Soranza sur le Campo di San-Paolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses his* toired, des frises de jeunes enfants, des personnages placés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtemftsâttx injures de l'air, et lorsque Bi<^ dolfi écrivait son histoire (5) vers le milieu du dix*^ptième siècle, il ne restait plus sur cette façade qu'une fesmat tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(I) Tanto divinamente. (Yasari.)
(S) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieasés sar TafiBnité secrète qui existe entre Torgane de la musique et celui qitt préside k la combinaison des couleurr. — La plupart des peintres de TEcole vénitienne étaient de fort habiles musiciens.
(9) Carlo Bidolfi. Le maraTîglie delP arte overo le vite de gr illustri pittori veneti. Yenetia, iSiS.
(4) Yasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à Thuile sur de la chaux , avait mieux résisté à raetton de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
Le Giorgioa avait thez M un àtelief et s^isniployait à et*:» ner de ses peintures, selon la mode du temps, des armes , des boucliers et des coffres de niajriage ; nous ne savons pas si l'on conserve encore quelques-uns de oes ouvrages; mais ce qui paraît avoir surtout frappé ses contemporains, c'est l'esprit d'invmtion qu'il y déployait et peut-être aussi l'espèce d'érudition avec laquelle il représentait les sujets les plus rians de la mythok^e ; cela fait croire qu'il avait r^çu une eertaiae éducati(tt classique, et qu'il pouvait puiser aux sources mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous %noronS' s'il existait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses, te plus souvent |dacées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des ani^ maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il wmi représenté la dé&ite des Géans foudroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain la fiUe de Pénée , qui se transforme en laurier lorscpi'il croit kt saisir; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la cbûte de Phaeton sur les rives du Pô et le deuil de ses sœurs; les histoires de. Diane et de Calysto, de Mercure dé»robsBt les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe, de Cadmus et des guerriers qu'il a semés; celtes d'Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Philemon et de Beaueis; tes travaux d'Qercute, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Yénus et d'Adonis, d Telle est une partie des sujets à l'occasion desquds le talent du Giorgion dut enfanter des merveiltes. Il &ut y ajouter encorç une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a longtemps
été attribué à Raphaël , où la même histoire a été reproduite d'une façon si agréable, bien des années après la mort du Giorgion. Nous nous contenterons d'indiquer comment ce dernier en a traité deux ou trois sujets.
On y Toyait d'abord la jeune Psyché dont le teint avait à la fois la blancheur du lys et le doux incarnat de la rose ; sa blonde chevelure est ornée de fleurs , elle sourit dou^ cernent, et, dans une aUitude modeste, soutient de la main droite une partie dOvSon voile dont le reste couvre son sein. Devant elle une multitude Iw offre des fruits et des fleurs, comme à une nouvelle Yénus.
Dansle 6.« tableau, la crédule Psyché, trompée par la jalousie de ses sœurs, se montre portant le fer d'une main et de l'autre, une lampe; elle voit avec étonnement le bel enfant dont elle est l'épouse. L'Amour , réveillé par un lumignon tombé sur son épaule, s'envole malgré les efforts de Psyché à qui il reproche son ingratitude.
Dans le 12.'» et dernier de ces tableaux, on assiste aux noces de l'Amour et de Psyché, où se trouve le concours de tops les dieux, d'Apollon et des Muses, placés autour d'une table couverte de vases et de fleurs.
Outre les fresques dont nous avons déjà fait mention, le Giorgion avait peint , encore en clair obscur, au Can^o di SathSiephano, sur la façade d'une maison donnant sur le grand canal , Bacchus, Yénus et Mars , à mi-corps, avec des enfants, et, probablement aussi, sur la façade de la Casa Gri-* mana, aux Servi, quelques femmes nue&dont on admirait les formes et la couleur. Dans le même temps, le doge Leonardo Loredano dont il avait fait un admirable portrait (1), le char^
(1) Giorgiûo^ fit quantité d^antres portraits. Toas sont de la pins grande beauté, eomme le prouve celui de rilhistre doge Leonardo Loredano > qae i*ai vu exposé à une fête de l'Assomption et qui m'asembté rivant. (Yasarl*)
gea de peindre , dans le même genre, la façade la plus apparente (celle donnant sur le grand canal) de l'entrepôt des Allemands fil fondaco de TedeschiJ , vaste bâtiment situé dans le quartier le plus beau et le plus fréquenté de Venise, que la Seigneurie venait de faire reconstruire après qu'un incendie l'eut consumé, en 1504, ou au commencement de 1S05.
La date de l'année où le Gkorgion fut chargé de cet ouvrage a quelque importance. Les fresques du Fondaco ne peuvent avoir été faites en 1505 , comme le dit à tort l'abbé Lanzi; on présume qu'elles ne furent exécutées qu'en 1507, et seulement après le départ d'Albert Durer , qui séjourna huit mois à Venise en 1506. On a cherché effectivement si le voyage que le plus grand artiste dont l'Allemagne puisse s'honorer fit dans la haute Italie, avait pu avoir quelque influence sur son talent et changé sa manière; mais il a été reconnu que son retour avait précédé la révolution que le Giorgion opéra dans la peinture vénitienne, révolution qui ne peut remonter au-delà de l'époque où, mis en évidence par la confiance du doge qui lui donnait à entreprendre un grand ouvrage, propre à attirer tous les regards, il^ put montrer les effets prodigieux et entièrement nouveaux qu'il obtenait de l'emploi hardi de la couleur et du clair obscur, quels ^ue soient d'ailleurs la bizarrerie et le décousu de ses compositions. Effectivement, les sujets qui ornaient l'entrepôt des Allemands étaient nombreux et variés, mais incohérents et souvent difficiles à comprendre. Il semble que le peintre, qui les choisissait, n'ait eu d'antre règle que le caprice de son imagination et le besoin de signaler la puissance de son talent, en y plaçant des figures disposées avec fierté et coloriées de la façon la plus vigoureuse.
On sait qu'une autre façade du même édifice, celle qui regarde le poat du Riaito et ce qu'on appelle la Merceria, a
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Bstrait des Mémoires de l'Académie d'Amiens.
On ne possède que peu de renseignements sur k Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée, mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie, à Tépoque glorieuse appelée la Renaissance , à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut, ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages, imités avec plus ou moins de bonbeur , n'ont pu encore être surpassés (1)."
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain d^ son caractère ont fait surnommer le Giorgion (le beau ou le grand Georges, peut-être aussi le fanfaron] (i), est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marcbe-de-Trévise;
(1) Il est vrai de dire que le Giorgion s*est toujours maiotenu dans un poste d'où personne n*a pu encore jusqu'ici le déposséder. (De PileÂ.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant , l'amoureux.
du moins, au milieu du xvii.« siècle, les membres alors existants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de sespareDts (1).
N'étant encore qu'un enfant, il montra de si grandes^ dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans , son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement ; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante , mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-ce ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n^avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée- Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Vasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(t) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , à Vedelago » de cnUivateucs aiséi.
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il Timita , ou plutôt peut-être chercha à rimiter (1).
Tout porte à croire t[ue lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bdiin; au moins cela résulte de ce que raconte un biographe du Titien (2) qui nous apprend que celui-ci, pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour oii son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleiL
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère, et surtout ne donnent aucun re- . nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabioets.
Il retourna ensuite dans ^a famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époque pendant son séjour à €astel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise^ sa logea dans le Campo san Silvestro. Son talent comme; peintre et son caractère ai-
(1) n faut remarquer qu'à Cjet endroit, Yasari, qui cependant avait connu particulièrement le Titien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-huitième, année du Titien répondrait à peu près à la vingtième du Giorgion «
(2) Yita dell insigne pittore Tîzii^no Vecellio gia scritta da anonimoautore reprodotta, etc., in Yenezia» 1809.
mâbie lui aoqutmit de nombreux amis; de idus, il jôaait du luth en perfection et chantait sr admicahleâieBft (1) qu*il était, app^ daiKS tes plus belles aeseîBbléeâ pour y présider aux cooœrts que se donnaient tes familles patriciennes (2). Il eût ainsi toutes sortes d^oecasions de se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biograprihes, en galant h()saae.
Cepesidant/pour occuper ses pinceaux et peut-rêtre aussi pour âoxmer le goût de ce genre de décoration-, il imagina de peindre: à Sposque l'extérieur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants , la plupart en clair obscur ou camaïeu. On y voyait aussi l'empereur Frédéric I.*"' et Antoniade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour conserver son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à peindre dans le même genre la Casa Soranza sur le Campo di San-Paolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses histoires, des frises de jeunes enfants, des personnages placés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtem(ts<attx injures de l'air, et lorsque Bt<^ dolfi écrivait son histoire (5) vers le milieu du dix-septième siècle, il ne refitaif plus sur cette façade qu'une kmmt tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(I) Tanto divinamente. (Yasari.)
(S) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieasés sar TafiBnité secrète qui existe entre Torgane de la musique et celui qitî préside k la combinaison des couleurs^ — La plupart des peintres de FEcole vénitienne étaiint de fort habiles musiciens.
' (^ €ario Bidolfi. Le maravigUe dell* arte overo le vite de gV illustri pittori Teneti. Yenetia, iSiS.
(4) Yasari y a remarqué qu'un morceau qui a?ait été peint à l'huile sar de la chaux , avait mieux résisté à Faction de l'air que ce qui avait été exécuté à fresque.
LeGiorgioa avait thâz \m un àtelief et s*)8nBplayaît à dr^ ner de ses peintures, selon la mode du temps, des armes , des boucliers et des colG&es de mariage ; nous ne savons pas si l'on conserve encore quelques-uns de oea ouvrages; mais ce qui parait avoir surtout frappé ses contemporains, c'est llesprit d'invention qu'il y déployait et peutrétre aussi l'espèce d'érudition avec laquelle il rqirésentait les sujets les plus rians de la mythok^e ; cela fait croire qu'il avait reçu une eertaiae éducati(m classique, et qu'il pouvait puiser aux sources mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous igBorons^s'il existait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses, le plus souvent placées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des aniv maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il ftvait représenté la dé&ite des Géans foudroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain la fille de Pénée, qui se transforme en laurier lorscpi'il croit la saisir ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la cbûte de Phaeton sur les rives du Pô et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé»robsBt les troupeaux d'Apollon, de Jupiter et d'Europe, de Cadmus et des guerriers qu'il a semés; celles d*Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Pbilemon et de Beaueis; les travaux d'Qercule, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Yénus et d'Adonis, d Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enianter des merveilles. Il &ut y ajouter encorç une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a longtemps
FA S^SC>.i.^H
FOQQ MUSEUM UBRAIOr HARVARD UNIV6R6ITV
Bxtraît des Mémoires de rAeadémîe d'Anûens.
ESSAI
On ne possède que peu de renseignements sur k Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée, mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie > à Fépoque glorieuse appelée la Renaissance y à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime-saut y ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages , imités avec plus ou moins de bonfaeur , n'ont pu encore être surpassés (1)."
Georges Barbarelli , que sa bonne mine , sa taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion (le beau ou le grand Georges, peut-être aussi le fanfaron] [i], est né, selon l'opinion la plus accréditée, vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) IL est vrai de dire qae le Giorgion s'est toujours maioteDO dans un poste d'où personne n*a pa encore Jusqu'ici le déposséder. (De PileÂ.)
(2) Fare 'l giorgio : faire le fendant , l'amoureux.
du moins, au milieu du xvii.^ siècle, les membres alors existants d'une famille Barbarella se vantaient d'être de ses* parents (1).
N'étant encore qu'un enfant , il montra de si grandes dispositions pour la peinture , que son père le conduisit à Venise, dans l'école de Jean Bellin ; on ne sait pas au Juste quand on le plaça sous cet habile artiste, mais, en supposant que le jeune Barbarelli eût alors quatorze ans, son maître en avait soixante-six ; à cet âge , et habitué depuis longues années à donner des leçons , il devait peu s'attendre à en recevoir d'un si novice écolier. Il en fut cependant autrement; Georges Barbarelli avait une de ces organisations privilégiées qui devinent plutôt qu'elles n'apprennent; doué d'une* puissante intuition , les objets de la nature lui apparurent sous un aspect si éclatant et alors si nouveau pour tous les yeux, qu'avant de produire une révolution dans l'art de peindre , il apporta d'abord le trouble dans l'atelier de son patron. A la manière étudiée et savante , mais maigre et sèche de Jean Bellin, à son coloris quelquefois rosé et délicat, il substituait une fougue, une chaleur de ton, un emploi hardi du clair obscur qui durent paraître par trop étranges et désordonnés.
Est-ce Jean Bellin qui renvoya un élève ingouvernable ? est-iîe ce dernier , rebuté des entraves qu'on voulait lui imposer , qui abandonna une école où il pensait n'avoir rien à apprendre? Nous ne savons ni en quelle année le Giorgion quitta son vieux maître, ni quand il posséda la nouvelle manière de peindre qu'il a créée. Ce dut être cependant de fort bonne heure, s'il est vrai, comme le dit Yasari, que le Titien qui était du même âge que le Gior-
(1) Suivant une autre tradition « le Giorgion serait né non loin de là , à Vedelago , de ealtivateurs aiaét.
gion , n'avait pas plus de dix-huit ans lorsqu'il l'imita , ou plutôt peut-être chercha à l'imiter (1).
Tout porte à croire t[ue lorsque le célèbre peintre de Cador tâchait de pénétrer les secrets du Giorgion et de surprendre sa manière de travailler , ce dernier n'était plus chez Jean Bdlin; an moins cela résulte de ce que raconte un biographe du Titien (2} qui nous apprend que celui-ci , pour y parvenir, trouva plusieurs fois moyen de se cacher dans une cour où son condisciple faisait sécher ses tableaux au soleil.
Le Giorgion travailla d'abord à la solde de quelques peintres peu connus, et s'occupa de ces ouvrages secondaires qui n'enrichissent guère , et surtout ne donnent aucun re- . nom ; il fit des tableaux de dévotion , puis peignit des coffres, des meubles et de ces armoires à volets qu'on appelle des cabinets.
Il retourna ensuite dans ^a famille où chacun l'accueillit avec joie ; on cite quelques peintures qu'il fit à cette époque pendant son séjour à Gastel-Franco. Il fit ainsi , pour l'église paroissiale, un tableau où il se représenta lui-même, sous la figure de saint Georges, et l'un de ses frères, sous celle de saint François; une Madone peinte pour un Condottieri, quelques portraits et un très beau Christ mort, entouré d'anges , fait pour le mont-de-piété de Trévise , et qui se conserve encore dans cette ville.
Le Giorgion , revenu à Venise^ se logea dans le Campo san Sikestro. Son talent compoie peintre et son caractère ai-
(1) Il faut remarquer qu*à c<et endroit, Yasari, qui cependant avait connu particnlièrement le Titien , se trompe sur la date de sa naissance qu'il place à Tan 1480 au lieu de 1477. A ce compte , la dix-buitième. année du Titien répondrait à peu près à la vingtième duGiorgioii.
(2) Yita dell insigne pittore Tizii|no Yecellio gia scritta da anonimoautore reprodotta » etc., in Yenezia, 1809.
mâble lui aoqiiivciDt de nombreux amis ; de phis / it louait du luth en perfection et chantait sr admirahlement (1) qu'il était Bfpeié dans tes plus belles assensblées pour y présider aux cooœrts que se donnaient les familles patriciennes (2). Il ^t ainsi tontes sortes d'occasions de se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les hiograiriies, en galant hOMne.
Cependant , pour occuper ses pinceaux et peut-rêtre mm pour donner le goût de ce genre de décoration , il imagina de peindre: à fresque Textérieur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants, la plupart en clair obscur ou camsdieu. On y voyait aussi l'empereur Frédéric L«' et Àntotttade Bergamequi, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour conserver son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention, on lui donna à pein* dre dans le même g^re la Casa Soranza sur le Campo di San-Paolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses his* toires, des frises de jeunes enfants, des personnages placés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtem(ls ^ux injures de l'air, et lorsque Ri-^ i(M écrivait son Imtoire (S) vers le milieu du dix-septième siècle, il ne restlBÛt plus sur cette façade qu'une femme tenant une fleur et une figure de Yulcam (4).
(I) Tanto divinamenté, (Vasarl)
(S) M. Rio a fait , à ce sujet, des réflexions ingénieases sur rafOnité secrète qni existe entre Torgane de la musique et celui qut préside à la combinaison des couleurs. — La plupart des peintres de TEcole Ténltienne étaient de fort habiles musiciens.
' (S) Carlo Ridotfi. Le maravigUe deir arte overo le yite de gr illustri pittori yeneti. Yenetia, 164S.
(4) Yasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à Thnile sur de la cbanx , avait mieux résisté à faction de l'air que ce qui avait été exécuté h fresque.
ie Glorgioa avftit thdz lui un ételm et s'employait à of^ lier de ses peintures ^ selon la mode da temps » âes armes , des boucliers et des coffres de maj^ia^ ; neus se sayons pas si l'on conserve encore qiïelqiies*uns de oes ouvrages; mais ce qui paraît avoir surtout frappé ses contemporains , c'est l'esprit d'inv^tion qu'il y déployait et peut-^tre aussi l'espèce d'érudition arec laquelle Û re{»éseo.tait le» sujets les plus rians de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait reçu une eertaiae éducatio» dassîque, et qu'il pouvait puiser aux sources mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous if^rons^s'il exisi* tait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses , le plus soaveat {da-^ cées au milieu de beaux paysages où se trouvaient de» aniv maux sauvages ou domestiques de toute espèce. «Aissi^ il aivait représenté la défaite des &éans foudroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain kt fille de Pénée^ qui se transforme en laurier lorstpi'il croit ktsaiair ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la cbftte de Phaeton sur les rives du Pé et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé^ robaat les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe , de Cadmus et des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Nipbé et de ses enfants, de Philemon et de Beaucis; les tra-* vaux d'Bercule, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Yéuus et d'Adonis. » Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut enfanter des merveilles. II âiut y ajouter encorç une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a longtemps
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FOQG MUSEUM UBRARY HARVARD UNWEReiîV
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Xctrait dei KémoÏMi de l'Aeodémie d'Anneiu.
On ne possède que peu de renseignements sur le Giorgion et sa vie peut être brièvement racontée» mais tout le monde s'accorde à le placer au nombre des plus grands peintres qui ont brillé en Italie^ à l'époque glorieuse appelée la Renaissance , à le regarder comme un de ces génies créateurs qui , de prime^aut, ont atteint les limites de l'art, et dont les ouvrages» imités avec plus ou moins de boi^eur , n'ont pu encore être surpassés (1).'
Georges Barbarelli , que sa bonne mine y s'a taille avantageuse et l'entrain de son caractère ont fait surnommer le Giorgion (le beau ou le graad Georges» peutnétre aussi le fanfaron) (2), est né, selon l'opinion la plus accréditée» vers l'an 1477, à Castel-Franco, bourg de la Marche-de-Trévise;
(1) Il est yrai de dire que le Giorgion s'est toujours maintenn dans un poste d'où personne n*a pu encore jusqu'ici le déposséder. (De Piletf.)
(2) Fare *l giorgio : faire le fendant , ramoureux.
Qiâbie lui aoqith^t de nond^ux amis ; de phis/ it jouait du luth en perfection et chantait sr admirableài^it (1) qu'il était app^ dans tes plus bellfô assensbléés pour y préâider aux concerta que se donnaient tes frnnîHeis patriciennes (2). Il eut ainsi tontes sortes d'occasions de se livrer aux plaisirs de son âge, et vécut, disent les biograiriiesy en galant faoâ»ne« ' Cependant, pour occnper ses pinceaax etpeut-rêtre aussi pour donner le goût de ce genre de décoration., il imagina de peindra à fresque l'extérieur de la maison qu'il habitait; il y représenta une multitude de personnages : des musiciens, des poètes , des groupes d'enfants^ la plupart en clair obscur ou cams^u. On y voyait aussi l'empereur Frédéric L«'et Àntdttiade Bergameqni, comme Lucrèce, s'arracha la vie pour conserva son honneur.
Ces travaux ayant attiré l'attention , on lui donna à peindre dans le même genre la Casa Sorahza sur le Gampo di SathPaolo (la place Saint-Paul). Il y figura diverses histoires, des frises de jeunes enfants, des personnages placés dans des niches, etc. Malheureusement, ces peintures n'ont pu résister longtem(lsâttx injures de l'air, et lorsque Ri^ doifi écrivait son bbtoire (S) vers le milieu du dix-septième siècle, il ne refitiedt plus sur cette façade qu'une femme tenant une fleur et une figure de Yulcain (4).
(1) Tanto divinfitmente. (YASàTl)
(S) M. Rio a fait, à ce sujet, des réflexions ingénieasés sur raffinité secrète qui existe entre Torgane de la musique et celui qnt préside à la combinaison des couleurs; — La plupart des peintres de TEcole TénitienDe étaient de fort habiles musiciens.
(3) €arlo Ridolfi. Le maravigUe deir arte overo le vite de gr illustri pittori yeneti. Yenetia, 164S.
(4) Yasari y a remarqué qu'un morceau qui avait été peint à Thuile sur de la chaux , avait mieux résisté à faction de l'air que ce qui avait été exécuté h fresque.
Le Giûrgîoa avftit «hez lui un âteliec et s'employait à &t*> lier de ses peintores^ selon la mode An temps » des armes , des boucliers et des coffres de maxiage ; nous se saTons pas si l'on conserve encore quelques-uns de ces ou^rrages; mais ce qui paraît avoir surtout frappé ses contemporains , c'est l'esprit d'invention qu'il y déployait et peu^-étre aussi l'espèce d'érudition avec laquelle il représentait les sujets les plus rians de la mythologie ; cela fait croire qu'il avait reçu une certaine éducation: dassique, et qu'il pouvait puiser aux sources mêmes de la littérature ancienne.
Les métamorphoses d'Ovide (dont nous ignorons^s'il exisi* tait alors quelque version italienne) lui offraient une source inépuisable de compositions gracieuses , le plus souvent placées au milieu de beaux paysages où se trouvaient des ani^ maux sauvages ou domestiques de toute espèce. « Ainsi ^ il «vait représenté la débite des Géans fimdroyés par Jupiter ; Apollon vainqueur du serpent Python ou poursuivant en vain la fille de Pénée^ qui se transforme en laurier lorsqu'il croit k saisir ; la métamorphose d'Io en vache et d'Argus en paon ; la chute de Phaeton sur les rives du Pô et le deuil de ses sœurs; les histoires de Diane et de Calysto, de Mercure dé^ robaat les troupeaux d'Apollon , de Jupiter et d'Europe, de Cadmuset des guerriers qu'il a semés; celles d'Acteon, de Niobé et de ses enfants, de Philemon et de Beaucis; les tra-* vaux d'Hercule, Déjanire et le Centaure; Ariane abandonnée par Thésée dans l'isle de Naxos; les amours de Ténus et d'Adonis. » Telle est une partie des sujets à l'occasion desquels le talent du Giorgion dut ^{anter des merveilles. Il faut y ajouter encore une série de douze tableaux de moyenne grandeur , tirés des récits d'Apulée et représentant la fable de Psyché. Combien ne doit-on pas en regretter la perte ; quelle comparaison instructive on eût pu faire entre eux et la suite de gravures si connues dont le dessin a longtemps
été attribué à Raphaël , où la même histoire a été reproduite d'une façon si agréable , bien des années après la mort du Giorgion. Nous nous contenterons d'indiquer corn* ment ce dernier en a traité deux ou trois sujets.
On y voyait d'abord la jeune Psyché dont le teint avait à la fois la blancheur du lys et le doux incarnat de la rose ; sa blonde chevelure est ornée de fleurs , elle sourit dou^cernent, et, dans une attitude modeste, soutient de la main droite une partie de^on voile dont le reste couvre son sein. Devant elle une multitude lui offre des fruits et des fleurs, comme à une nouvelle Vénus.
Dans le 6.« tableau, la orédule Psyché, trompée par la jalousie de ses sœurs, se montre portant le fer d'une main et de l'autre, une lampe; elle voit avec étonnement le bel enfant dont elle est l'épouse. L'Amour , réveillé par un lu* mignon tombé sur son épaule, s'envole malgré les efforts de Psyché à qui il reproche son ingratitude.
Dans le IS.^'et dernier de ces tableaux, on assiste aux noces de l'Amour et de Psyché, où se trouve le concours de t(gis les dieux, d'Apollon et des Muses, placés autour d'une table couverte de vases et de fleurs.
Outre les fresques dont nous avons déjà foit mention, le Giorgion avait peint , encore en clair obscur, au Campo di ScuirSUphano, 3ur la façade d'une maison donnant sur le grand canal , Bacchus, Vénus et Mars , à mi-corps, avec des enfants, et, probablement aussi, sur la façade de la Casa Gri-^ mana,aux Servi, quelques femmes nues, dont on admirait les formes et la couleur. Dans le même temps, le doge Leonardo Loredano dont il avait fait un admirable portrait (1), le char^
(i) Giorgicme fit quantité d'antres portraits. Tons sont de la plus grande beaaté^ comme le proure celai de rîltustre doge Leonardo Loredano^ qae j*ai va exposé à «ne fête de l'Assomption et qui m'asemblé Vivant. (Yasari.)
gea de peindre, dans le même genre, la façade la plus apparente (celle donnant sur le grand canal) de l'entrepôt des Allemands fil fondaco dé TedeschiJ , vaste bâtiment situé dans le quartier le plus beau et le plus fréquenté de Venise, que la Seigneurie venait de faire reconstruire après qu'un incendie l'eut consumé, en 1504, ou au commencement de
La date de l'année où le Giorgion fut chargé de cet ouvrage a quelque importance. Les fresques du Fondaco ne peuvent avoir été faites en 1505 , comme le dit à tort l'abbé Lanzi; on présume qu'elles ne furent exécutées qu'en 1507, et seulement après le départ d'Albert Durer, qui séjourna huit mois à Venise en 1506. On a cherché effectivement si le voyage que le plus grand artiste dont l'Allemagne puisse s'honorer fit dans la haute Italie, avait pu avoir quelque influence sur son talent et changé sa manière ; mais il a été reconnu que son retour avait précédé la révolution que le Giorgion opéra dans la peinture vénitienne, révolution qui ne peut remonter au-delà de l'époque où, mis en évidence par la confiance du doge qui lui donnait à entreprendre un grand ouvrage, propre à attirer tous les regards, il* put montrer les effets prodigieux et entièrement nouveaux qu'il obtenait de l'emploi hardi de la couleur et du clair obscur, quels que soient d'ailleurs la bizarrerie et le décousu de ses compositions. Effectivement, les sujets qui ornaient l'entrepôt des Allemands étaient nombreux et variés, mais incohérents et souvent difficiles à comprendre. Il semUe que le peintre, qui les choisissait, n'ait eu d'autre règle que le caprice de son imagination et le besoin de signaler la puissance de son talent, en y plaçant des figures disposées avec fierté et coloriées de la façon la plus vigoureuse.
On sait qu'une autre £açade du même édifice, celle qui regarde 1q pont du Rialto et ce qu'on appelle la Merceria, a
été aussi couverte de peintures exécutées dans la manière du Giorgion , et à son imitation , par son condisciple et son émule Titien Yecelli, dont le nom revient si souvent quand on raconte les circonstances de la vie du peintre de Castd- Franco.
Cette concurrence de deux illustres artistes de Técole vénitienne, l'un et l'autre chargés de la décoration extérieure d'un monument que l'Etat avait rebâti à grands frai§, a été pour les biographes italiens un sujet de recherches et de discussions. Le Titien, protégé par la famille du doge pré* cèdent, Barberigo (1), fut-il chargé de peindre l'entrepôt des Allemands immédiatement après que le Giorgion se fut acquitté de la tâche qui lui avait été donnée, ou bien tf est-ce que quelques années plus tard, quand il avait près de trente ans, qu'il y travailla à son tour, ainsi que le dit Ticozzi (2) î^
(1) Yasari parle da portrait d'un gentilhomme de la famiUe Barber riga , fait par le Titien. Les chairs étaient rendues avec une vérité si extraordinaire et les moindres détails traités avec tant de soins, que les cheveux auraient pu. être comptés un à un , ainsi que les points d*une chemisette de satin blanc. Il aurait infailliblement été attribué an Giorgion , ajoute Yasari, s*il n*avait été signé par le Titien ; il fait observer à cette occasion combien il est difficile de distinguer les productions de ces deux grands maîtres , et il en fait un sujet d'éloge pour le Titien.
(2) Ticozzi. Vite cUipittori Vecelljdi Cadore, Milano 1817. Le même écrivain dit (pag, 9) qu'avant de peindre le Fondaco de' Tedeschit où le Titien prit entièrement le style du Giorgion, il avait déjà agrandi et adouci (rc^mmorbidito) celui de Jean Bellin , son mattre , et s'en était fait tin qui lui était propre.
Yasari dit, de son côté , que le Titien « placé de bonne heure dans l'école de Jean Bellin , y avait puisé , dans la manière dont on imitait la nature , un style plein de crudité et de sécheresse; mais qu'en 1507, grâce au Oiwgion (c'est-à-dire aux peintures de l'entrepôt des Allemands) , il commença à donner à ses oavrages plus de morbideaseet de vigueur.
Yoiià ceqai, pour nous, est resté incertaine Dans le dernier cas , le Titien aurait eu tout le temps de s'approprier tellement la manière et le style duGiorgion, que les plus habiles connaisseurs , trompés par la grande ressemblance de leurs œuvres, ont pu les confondre. C'est ce qui est ar-« , rivé à Vasari lui-même, qui a attribué au Giorgion une figure de femme assise , armée d'une épée , dont les pieds portent sur un géant abattu ; ce qui, dit cet écrivain , l'a fait ressembler à une Judith ; mais ses regards dirigés sur un Allemand qui occupe le bas du tableau , font supposer, s'il faut absolument donner à ce sujet une interprétation, qu'il a voulu représenter la Germanie. On voit par là que le dé^ faut de clarté reproché par Yasari aux compositions du Giorgion, s'appliquait aussi à celle du Titi€»i, puisque oettQ figure de femme existait de son temps sur la porte principale de l'entrepôt des Allemands , celle qui donne 3ur la Merceria, c'est-à-dire sur la façade laissée au Titien (1).
Le Giorgion commença, dit-on, dans la salle du grand Conseil du palais ducal de Venise , un tableau historique représentant l'empereur Frédéric Barberousse s'humiliant devant le pape Alexandre III et lui baisant les pieds. Cette peinture , restée inachevée à sa mort , fut continuée par le Titien qui en changea toute l'ordonnance et y introduisit nombre de portraits des personnages les plus considérables de son temps. Ce devint un ouvrage en grande partie nouveau, qui obtint l'admiration générale ; nous devons ajouter cependant que, suivant Yasari, Jean Bellin et non le Giorgion, avait été chargé de cette peinture terminée par le Titien. Il n'en existe du reste aucune gravure, et elle a été détruite
(1) Yasari a donné aussi au Giorgion un Christ que les Juifs traînent au supplice avec une corde. C'est un tableau célèbre du Titiea qui se trou-vait au eapUdlo de Saint-Roch.
en 1577 par l'incendie qui consuma une grande partie du palais du Sénat.
Une mort prématurée enleva le Giorgion vers la fin de Tan 1511 (1); il succomba , selon Ya$ari, à la peste qu'il contracta auprès d'une femme qu'il aimait éperdûment, et qu'il ne voulut pas abandonner malgré le danger où l'exposait son dévouement.
Cependant on explique encore sa fin d'une autre manière; un de ses élèves, Pietro Luzzo (2), en récompense des bonnes leçons qu'il en avait reçues, lui débaucha sa maîtresse et s'enfuit à Rome avec elle. Le Giorgion fut désespéré de cette trahison et la douleur le tua. Cest ainsi que s'exprime Ridolfi, qui regarde d'ailleurs sa mort comme la conséquence toute simple de l'infidélité d'une femme dont il était épris; il n'y a, ajoute-t-il, au mal d'amour d'autre remède que
(1) In sal declinare del 1511. (Stefono Ticozzi.)
(3) L'histoire de ce Pietro Luzzo, de Feltre^ appelé aussi Morto da Feltro et sarnommé Zarato, est assez peu connue. Diaprés Yasari, ce peintre, particulièrement distingué par son talent à exécuter ce que nous appelons des arabesques, et les Italiens des grotesques, après avoir séjourné d*abord à Florence, vint à Venise, et y aida le Giorgion en peignant des ornements sur la façade de l'entrepôt des Allemands dont la décoration lui était confiée (en 1507). Luzzo demeura plusieurs mois (molH me$i) à V enise , où le retinrent les plaisirs de cette ville renommée par ses voluptés. — De là il se rendit dans le Frioul , où il resta pea de temps , puis il embrassa la carrière militaire , devint capitaine au service de la République , et se fit tuer dans une escarmouche , près de Zara en Esclavonie , étant âgé de quarante-cinq ans. — Il résulte de ceci que le Giorgion n*aurait pas été son mattre , mais quMl en avait, au contraire^ reçu le secours d'un talent d^à tout formé et alors original dans une branche de Tart à la vérité secondaire. Cela s'accorde assez peu, du reste, avec Taccusation formulée contre lui par Ridolfi.
la moft. Oyide^ que le Giorgion avait sans doute beaucoup lu, n'a-t-il pas écrit :
Nec modus nec requies nisi mors reperitur amoris.
Chacun sait qu'en Italie Tamour se prend au sérieux ;• c'est la grande occupation de la yie, et des hommes que l'âge aurait dû mûrir, en font encore une affaire grave (1) que personne dans ce pays ne songe à envisager du côté plaisant; à plus forte raison doit-on trouver tout naturel qu^^un artiste jeune, ardent, plein de force, doué de puissantes facultés et d'une vive imagination ait succombé à cette passion cruelle.
Le Giorgion était d'ailleurs, disent ses contemporains, d^un tempérament amoureux, et dans ses portraits [surtout dans celui conservé à la galerie royale de Munich) ses yeux sombres et ardents expriment un sentiment profond et mélancolique; il avait de plus une tête large et forte, une physionomie énergique, ouverte, intelligente et une noble stature (2),
On n'a fait connaître que très imparfaitement un artiste kH*squ'on s'est borné à recueillir ce qu'il est possible de savoir des circonstances de sa vie : nous regardons comme bien plus important et plus difficile, dans la tâch,e que nous nous sommes imposée , l'obligation d'apprécier comme il convient les œuvres du Giorgion et d'exposer clairement quelles sont les qualités spéciales de son talent. Il se trouve
(1) En ce pays brûlant et oisif, on est amoureux jusqu'à cinquante ans, et roD se désespère quand on est quitté. (Beyle.)
(a) Indépendamment du portrait du Giorgion qui se trouve à la galerie des Uffizi de Florence, il y en a d'autres également peints par iul-méme, k Saint-Pétersbourg (portant la date de 1511) et au palais de HamptoDGOurt.
peut^tre cinquante on soixante tableaux du Gk^rgion dis-^ séminés en Europe dans les principales collections; nous espérons qu'il nous su£Bra de porter notre examen sur un petit nombre des plus célèbres , pour atteindre le but que , nous nous proposons.
On sait que dans un tableau Tatte^tion doit se porter tour à tour sur le dessin, la couleur, la composition et l'expression.
La prédominenoe accordée à Tua ou à l'autre de ce& éléments nécessaires de toute peiûture est ce qui dâîstingue 1^ diverses écoles et constitue leur principale différence. Ce pourrait être ici le cas d'entrer, à cet égard, dans cer*taines explications, mais comme nous estimons que^ lorsqu'il s'agit de beaux-arts, les observations ^nérales et les considérations théoriques n'ont de valeur que lorsqu'elles s'appliquent à un objet déterminé, nous Jious abstiendrons de raisonnements préliminaires et , abordani l'observation directe des principales œuvrer du Criorgion, nous alle»s essayer de rendre compte de nos impressions.
Le musée du Louvre possède un tableau appelé VEs^ Yoto (1) sur lequel on voit la Vierge assise tenant sur ses genoux l'Enfant-Jésus; 1^ tête de S'. Joseph s'aperçoit derrière elle ; de l'autre côté se trouve S'. Sébastien percé de flèches et attâdbé à un arbre et^ entre lui et la Vierge» S.^*" Catherine qui , la ntain posée sur sob eœur^ regarde avec douceur le petit Jésus. Tout k fait sur le premier plas est le buste du donateur dont la tête barbue est vue de profil.
Les figures paraissent tcop rapprochées les unes des
. (1) Ce tablewi a appaitei^u à la galerie de Ctiarles I*', roi 4l' Angleterre. Il a été acquis par le célèbre .ainatear Jabach et cédé par loi à louis XIV.
autres, leur agencement est sans goût et la manière dont le portrait du donateur y tôt intercalé a quelque chose de bizarre.
La Vierge, S.'« Catherine, S*. Sébastien et jusqu'à l'Ënfant-Jésus semblent appartenir h une même famille; leur type est commun et il se pourrait qifô ce fussent des portraits. Le peintre n'a pas cherché d'ailleurs le contraste des carnations; leur teint est rouge et comme halle ^ ou mieux offre ce mélange de rouge et de jaune qui est l'effet produit sur la peau d'une personne bien portante lorsqu'elle est frappée (tes rayons du soleil. Mais de quel éclat brillent ces figures! Comme un san^ cbaud circule dans leurs veines, quelle vie les anime!
<^uant au portait du donateur, à moitié couvert d'ombres vigoureuses, U est bien autrement brûlé que les autres, il pavait tout m feu; «ussi est-il aussi difficile de tracer la l^ne de ses traits qtie de ptendre eeUe 4'un charbon incandescent ^ se bombatlent le rouge et le noir.
Il y a kin tti sentiment de vérité dans les personnages ^ «ne telle harmonie dans la distribution de la lumière , uti tel charme dans l'ensemble de cette peinture que, placée a«qprès 4rs plus belles toiles des écoles de Parme et de Venise, au sfilieu d'admirables €orrège et des meilleurs Titien, elte tes fait pâlir «t en quelque sorte les édipse. -- V<Ktlà ee qu'oa a appelé il fmeo Giargùmesco; c'est le triomphe de la C6uleuï dont les effets m'ont peut être jamais été portés |ilus loin.
Sutvabt M. Viardot, il existerait cependant au Musée royal] de Madrid un tableau de même espèce qui surpasserait encore r£ii? Voto du Louvre; il est, dit-il, dans son g^nre ,*" un ouvrage complet , admirable , prodigieux, qui éicmfie, ravit et attriste à la fois> car on Ut sur cette page magnifique la dernière expression du tal^t de son auteur»
ce que fût devenu le Giorgion , ce que serait devenu sa gloire s*il eût atteint Tâge de la maturité, s'il eût eu le temps d'être aussi fécond que hardi et puissant.
Le sujet de ce tableau qui , à bon droit sans doute , a enthousiasmé M. Yiardot, est d'ailleurs assez obscur pour qu'on ne puisse faire retomber une part de ses éloges sur la composition. On ne peut, ajoute M. Yiardot, le nommer autrement qu'un portrait de famille. Devant un gentilhomme couvert de son armure^ et qui semble , comme Hector, partir pour un combat, une dame, une autre Andromaque, s'arrache aux caresses d'un jeune enfant, pour le remettre aux mains de sa suivante. Yoilà tout le sujet, et les personnages, vus à mi-corps, sont restés inconnus; nous craignons que M. Yiardot ne se soit à son égard un peu trop abandonné à son imagination; car le livret officiel du Musée royal de Madrid indique d'une tout autre manière le sujet de ce tableau qui provient de l'Escorial et porte le n.<> 792. C'est un sujet mystique qui représente l'Enfant-Jésus dans les bras de la Yierge , auquel S.** Brigite offre des fleurs. Hulfo, l'époux de la Sainte , est à ses côtés revêtu de son armure (1).
Ceci nous conduit à rappeler une remarque qui a été faite il y a bien longtemps, c'est que puisque les sujets des tableaux du Giorgion sont le plus souvent obscurs et difficiles à interprêter , leur mérite est indépendant de la pensée qui a dirigé l'artiste et consiste entièrement dans l'excellence de l'exécution et la puissance du talent (ou, comme s'exprime Reynolds, dans le pouvoir de l'art seulj^ c'esV-à-dire dans des qualité qui
(1) Asunto mutico. — El nfno Jesas en brazos de la Virgen recibe de Santa Brigida el ofricimiento de unas flores. Hulfo marido de la santa esta su lado vesUdo de armadura. (Catalogo de los cuadros del real maseo de pintura y escultara de S. M. Madrid. — I8i3.)
n'appartiennent qu'aux plus grands peintres. — Les jugements portés sur les œuvres d'art par les hommes de lettres ne s'appuient que trop souvent sur des considérations différentes.
Ce qu'on nomme le Concert champêtre ou la Scène pastorale du Louvre, offre aussi une composition assez singulière. Une femme nue, vue par le dos, tenant une flûte, est assise sur le gazon en face de deux jeunes gens en costume vénitien vers lesquels elle se tourne. L'un d'eux parait jouer du luth ou plutôt causer avec son voisin. — De l'autre côté du tableau , une femme , dont la draperie ne couvre que le bas du tronc, debout auprès d'une fontaine, y puise de l'eau avec un vase de cristal. La scène est placée au milieu d'un paysage boisé, orné de fabriques et brillant des couleurs les plus gaies; dans le lointain un berger s'avance suivi de son troupeau. On n'aperçoit pas le visage de la femme assise, celui de l'un des jeunes gens est couvert d'une ombre si forte qu'il paraît tout noir et qu'on n'y distingue rien ; la figure de l'autre n'est éclairée qu'en partie. Le corps de la femme, dont on ne voit que le dos, est empâté et comme bouffi; sa carnation est d'un jaune olivâtre, qui est peut être l'effet du vert de l'herbe et du feuillage qui se reflète sur elle. L'expression des personnages est presque nulle, et, dans cette scène insignifiante, rien ne semble exciter l'intérêt.
Ce tableau n'en est pas moins des plus précieux; il est d'une chaleur de ton et d'un coloris admirables , le paysage ne le. cède pas aux meilleurs du Titien , et, suivant le célèbre Mariette, il est un des plus propres à bien faire connaître la manière du Giorgion ; il est impossible de rendre d'une façon plus forte à la fois, plus harmonieuse et plus suave l'effet d'une vive lumière sur une riche campagne et sur les personnages qui l'animent. L'artiste s'est inspiré de la
nature et a reproduit avec un sentiment de vérité et une puissanee rare les objets qui frappaient sa vue (!].
(1) Noas deTODS dire cependant qa*un connaisseur exercé » le doctear Waagen , a pensé que ce tableau devait plutôt être attribué au vieux Palme qu'au Giorgion {Kunstwerke und KUnstler in Paris, 1839, p. 461). Quoiqu'il reconnaisse que ce qu'il y a de singulier dans cette composition soit tout à fait dans la manière du Criorgion, il trouve que les formes ne sont ni assez accusées, ni assez solides et que le ton tire trop sur le jauneclair pour être de ce mattre. Ces caractères, ainsi que le style du paysage, l'assimilent, suivant lui, aux productions du vieux Palme qui aimait à peindre des sujets analogues.
Qooiqne Jacques Paima (dit le Vieux Pahne, pour le distinguer d'on neveu qui atteignit cependant un fige beaucoup plus avancé que le sien , puisqu'il est mort À i6 ans), né en 1500, n'ait pu être directement l'éléte du Giorgion, il mit tant d'application à copier «es ouvrages et les imita si lieurcusement qu'on a maintes .fois confondu les productions de oos^tn grands artistes. Nous pouvons en citer un exemple mémorable: Yasari, contemporain du vieux Palme, et qm a pu le cdnnellre personnellement dans un séjour de près d'une année qu'il ^t à Venise en 1541, lui attribue une des plus belles et des plus vigoureuses peintures du Giorgion , celle exécutée pour la confrérie de ât-Marc , «tactueUement conservée à Tacademie des beaux-arts de Yenise, qui représente une violente tempête excitée par les démons qui voulaient détruire cette ville opulente et qu'apaisent par leur intercession les patrons de Yenise, saint Marc , saint Nicolas et saint Georges. Yasari , qui admira beaucoup ce tableau, un des plus ^ importants de ceux qui restent du Giorgion, en a fait une belle description dans la Vie de Jacques Palme.
Nous ne terminerons pas cette note sans relever une erreur de la traduction française de VHistfnre de la Peintfire en Italie , de Lanzi. 6n y fait dire au dorte abbé (tom. 3 pag. 110) que le vieux Palme, enthûuiiaemé'de la méthode du'&orgiime, imita la transparence et la vivacité 4e 4a oeuleur, -et quHl parait qu'en travaillant^ il avait \préimae à rimoffination eeUe célèbre sainte Barbe de i'é^iliee Santa- Maria-iFormosat 9U« 9St Touvraffe le 4^ ooMétléfaUe du Giorgiane
QHoiqA-on ait cru remarquer ims ce taUeaxi quelques iacorrectiom de dessin et des formes peu arrêtées > il possède à im haut degré , ainsi que celui qui nous a d*abord occupé, les qualités spéciales aux productions de Técole vénitienne » la puissance de la couleur et l'emploi hardi du ' clair-obscur. Nous ne savons pas s'il est bien nécessaire de relever une opinion paradoxale que nous avons vu soutenir tout récemment dans une revue du dernier salon (i) : savoir que la couleur loin d'être un élément essentiel de la peinture y n'en était qu'une chose accessoire et secondaire. Le défaut de tout le raisonnement du critique consiste à avoir écrit le mot peinture au lieu de celui de dessin.
Assurément si, vous livrant à un travail d'abstraction (abstraction qui, du reste, est tellement passée dans les habitudes qu'elle semble toute naturelle ) , vous concentres votre ^tention sur la forme des corps, et si vous vous prcH
et celui dont 2« caraetèr$ est le plus saUlant, Tous les amateurs saTent «pie la sainte Barbe dont il est question^ est une des meilleures productions du yieux Palme qui , dit-on » prit pour modèle de la figure de la sainte celle de sa propre fille, Violante. Je n*ai pas sous la main le texte italien de Lanzi , mais Toici le même passa^ traduit en anglais par Thomas Roscoe : Much attaehed to the method of GiorgUme, ke aimed at attaining his cleamess of expression, and vivacity of eolouring. In his cel^ated picture of saint Barbara , at S. Maria Formosa, one of his most powerfiU and characteristic productions, Jacopo more especially adopted him as his modeL (The history ofpainting in Italy. Vol. II , 18i7, pag. 143.)
(1) FeuiUeton du Constitutionnel du 21 Janvier iS51. — L'auteur regrette qu*U soit de ton et de mode mainienant, quand on à quel> que prétention au goût ^ de n*aimer et de n*estimer dans la peinture ^e son effet Immédiat et à distance; il suffit, dit-il, qu'une toile pique, flatte et earesse rœil par une certaine coquetterie dans le jeu des couleurs d de la lumière, pour qu'on ne lui demande plus rien , etc.
qu'il «'épnisak en effiHrIs pour arriver à rexiréme perfection du modelé, tandis que le Giorgion peignait du premier coup avec les couleurs les plus fraîches et les plus pures (1).
On a cberché plusieurs fois à -pénétrer le secret de sa manière de peindre, nous doutoias que les explications qu'on en a données soient bien satisfaisantes. Ainsi, après avoir ïeconnu (2) « qu'il avait en partage une force de )» coloris à laquelle aucun peintre n'a encore pu parvenir, » on dit qu'il chercha le premier dans le mélange des » couleurs des teintes propres à imiter les objets qu'il devait » représenter. Qu'il trouva l'art de fondre ensemble ces mêmes i> couleurs, de leur assigner des tons différents, de les faire » valoir par des oppositions ingénieuses, et au lieu que » tout ce qu'on avait peint jusque là était extrêmement )> plat, il eut l'habileté de tirer de la distribution des (naibres » et des lumières de quoi faire paraître en relief les figures » de «es tableaux et de les faire pour ainsi dire sortir de » la toile. — Il a créé , ajoute-t-on , l'art du coloris (3) ; cette y> partie si essentielle de la peinture qui donne la vie aux » objets indépendamment de la correction du trait, devint D en quelque sorte un bien propre aux Vénitiens. »
Tout cela ne nous apprend pas grand chose et aboutit à reconnaître que le Giorgion imita avec une vérité et un éclat
(Ij Lanzi dit que les Vénitiens peignaient beaucoup moins par empâtement que par touches , et chaque couleur étant une fois mise à sa place et renforcée^ sans être trop tourmentée et trop lustrée, les teintes restaient toujours vierges et dans toute leur netteté. ^(2) Texte du H(feueil de Crozat,
(3) On peut regarder, dit de Piles, comme ime cbose étonnante, ^ saut qu'il a fait tout d'un coup de la manière de Jean BeUin «u degré suprême où il a porté le colons, en joignant k une extrême force une extrême sévérité.
esiafaordiimire, mn pas seulemeat ia naCHTe triieque Te»tendaît Yastfi el les Flopentins^ mais la nature parée de ses cooleuTS et des accidents variés de la Inmière, et ne nous donne pas encore la clef de ses procédés (1). Nous croyons que si les peintres vénitiens ont [acquis sous ce rapport une supériorité incontestable, c'est qu*ite voyaient les objets d'une antre manière et sous un autre aspect que les autres éoolesy particulîkement celles de Rome et de Florence; se préeceupant avant tout de la coloration deâ corps et des effets que la lumière et Tair produisent sur eux^ la précision du dessin , la pureté du trait ne venaient qu'en seconde ligne, el il en devait être ainsi^ car la rechercl^ scrupùleuBè de la f<»rme.et du trait, la délicatesse du modelé, la beauté du contour, sont le plus souvent impossibles à cmiserver pour le peintre qxti s'attache principalement à rendre l'action produite par une vive lumière sur les corps colorés tels que le sont soitout les figures^humaines (2) ; la formeet le trait s'altèrent, ondulent et se perdent au miUeu des vives clartés et des fortes ombres que projette un soleil éclatant ou le ciel embrasé des régions méridionales (3).
(1) Sehm de Piles, H ne se servait pour ses carnations qne de quatre coiïtears capitaler, mais dans ces quatre couleurs on ne doit Traisemblablenrant y comprendre ni le Manc qai tient lieu de lumière « ni le noir qui «D est la privation.
^(2) Reynolds affirme (tom. i, 4.* discours) que ces choses sont si diaméfaralemeDi opposées qu'elles sont absolument incompatibles. — Il tronve mâme que dans ses peintures à l'huile. Raphaéla été entraîné à des iaoorracUons de dessin qui ne se tronveni ni dans ses fresquea nidanssescarlona. Au reste, Beynolds reproche aux Yénitien» d'avoir nn colons non-MiiiamenltrQp^ brillant, mass.trop harmonieux. Ce peintre, ainsi, qne Raphtél Mengt, était comme le renard de la fable; il mépiisait M qnlHs ne pouvait atteindre. (9> L'école de Venise parati être Dée tout simplement- de la contem-
Vahbé Lanzi cherchant à son tour à se rendre raison du mérite propre aux Vénitiens , dit qu'ils paraissent avoir été doués d'un genre particulier d'habileté qui leur fait concevoir d'abord tout l'ensemble de leur composition, quelque grande qu'elle fût, avec tous les effets et toutes les gradations de la lumière, de sorte que l'œil en suit la trace sans peine en parcourant le tableau de l'une à l'autre extrémité ; la remarque de Lanzi s'applique surtout, à notre avis, aux . tableaux de Paul Yéronèse et du Tintoret, quoiqu'on puisse» très-bien discerner entre ces maîtres une différence de manière.
On a ajouté encore que les états de Venise étaient plus heureusement doués, sous le rapport de la beauté delà lumière, de la richesse des campagnes, de la vigueur des carnations, que les autres contrées de l'Italie, et que la nature y colore les objets de teintes plus vives qu'ailleurs; mais il nous parait difficile d'admettre que le nord de la Pénin^ suie italienne puisse l'emporter à cet égard sur la partie méridionale.
Vasari, imbu des principes de l'école florentine chez laquelle le dessin et Y élude de Tanatomie formaient la ba$e de l'enseignement, qui négligeait la couleur ou du moins ne savait pas la rendre , s'étonne que les peintres vénitiens comme le Titien, de même que le Giorgion , Palma Vecchia
plation aUeiitive des effets de la nature et de rimitation presque mécanique et non raisonnée des tableaux dont elle enchante les yeux La
science du coloris consiste en une infinité de remarques sur Teffet des couleurs Toisines» sur leurs plus fines différences.... Uœil exercé distingue dans un panier d'oranges vingt jaunes opposés qui laissent un souvenir distinct. Un peintre d'une autre école ne verrait dans ces oranges que leurs contours et les groupes plus ou moins gracieux quelles ferment entre elles (Beyle. Histoire de la peinture en Italie. Paris , iSi? , t, 1*'}.
et le Pordenon y procédant tout autrement que les Florentins, aient eu Thabitude d'imiter immédiatement les objets avec leurs couleurs 9 le pinceau à la main , sans en faire au préalable un dessin. Une autre remarque que fait Yasari, à l'occasion de la pratique des Vénitiens et qui est tout à l'a*vantage de ces derniers, bien qu'il la regarde comme un inconvénient ou plutôt comme une pénible sujétion , un rude assujétissement, c'est l'obligation d'avoir sous lés yeux un modèle toutes les fois qu'ils peignaient. Si lui même, au lieu de s'en fier à ses souvenirs, k ses anciennes études, et de s'abandonner à une pratique routinière et expéditive, avait suivi la méthode des Vénitiens, il eût peut-être atteint comme peintre une réputation égale à celle que lui a acquise le livre où il a consigné sur la vie des artistes, tant de pré-^ cieux renseignements.
Mais continuons d'étudier d'autres tableaux du Giorgion, nous y trouverons de nouveaux motifs d'admirer la puissance de son talent; les portraits qu'il a peints, ïes toiles où il a réuni plusieurs personnages, têtes d'étude ou de caractère, jouissent d'une grande célébrité, telle est entr'autres celle du palais Pitti , connue sous le nom du Concert (1).
Un moine vu à mi-€orps, assis devant un clavecin, sans cesser de porter ses doigts sur les touches, se retourne vivement vers un autre ecclésiastique, revêtu d'un rochet et
(1) Ce tableau a appartenu anciennement à un gentUhomme florentin appelé Paolo del Sera. Plus tard on le désigna sous le titre de Gahin, Luther et Catherine de Bore, épouse de ce dernier. CeTa était absurde de tout point. Il suffit de remarquer qu'en 1511, quand le Giorgion mourut, Calvin n'àVait que deux ans. On a dit que ses deux principaux personnages étaient des frères ou moines de Tordre de Saint- Augustin , puis on a fait de l'un un bénédictin et de l'autre un dominicain.
te&aiit une viole; le premier est d'un tempéranstment sec et bilieux, son teint est jaune, sa figure maigre et osseuse; ses yeux, dont le globe est entouré par une ligne d'tm rouge de sang, ont une expression si énergique, le regard est tellement fascinateur et inspiré, que quand cm a tu une fois ce tableau , il' tst impossible de jamais Toublier ; son image vous poursuit partout comme le ferait une apparition.
L'autre aioine (di foccia carnosa) , dont le rôle se borne à écouter , a un tel air de calme , de bonhomie, qu'il forme un contraste complet avec le précédent; ils ont d'ailleurs tous les deux un tel caractère de vérité, qu'on ne peut mettre en doute que ce ne soient des portraits; un trcûsième personnage plus jeune, placé sur le second plan, coiffé d'un chapeau à plumes est ^ insignifiant, qu'on ne ^t même à quel sexe il appartient.
, Le moine qui joue du clavecin a une robe noire, celui qui poirt^ un rochet a de plus un surplis blanc dont les plis et le» iQoillâres détails sont rendus avec un ait m^veilleux (1). Il q,'^ pas possible, avec des éléments aussi simples , de produire un tableau plus admirable , aussi est-il à Ftoroice l'objet d'études continuelles.
Ce qui le caractérise surtout est la force de l'expression , eicpression due en grande partie au choix d'une nature belle et énergique,. On a effectivement ranargué que dans d'au*très compositions et dans plusieurs portraits exécutés par le Giorgion , oti règne une apparence de repos, les têtes ont une élévation, un grandiose qui n'appartient qu'aux natures humaines les plus distinguées, à celles qui sont capables de»
(i) Nous avoni ééik cité le portrait d*iin membre de la farniHe Barberiga , peint par le TiUen , et dont les détails du oostnnie étaient re-^ prodniiafec tant de soin et de vérité, qn'on pevrait cioire, dit Vasari^ qu'il était du Giorgion.
actions les plus nobles, des sentiments les plus sublimes. Tel est, par exem{4e, un tableau du palais Manfrin de Venise appelé les trois portraits, qui a pour sujet un personnage de distinction se tournant vers une dame auprès de laquelle est un jeune page.— La dame a particulièrement et au plus haut 4egré le genre de beauté propre aux Vénitiennes. Il en est de même du célèbre portrait de la reine de Chypre, Catherine Cornara (i), ecmservé dans la même collection où s& trouve aussi un beau portrait de femme jouant de la guitarre. C'est parce <iue ces tableaux représentent des femmes d'un type remarquable qu'ils ont attiré l'attention de lord Byron, très-expert en cette matière, quoiqu'il ne se connût nullement en peinture (2).
Le Giorgion était si heureusement doué, il possédait une si rare faculté d'intuition , que sans faire de l'éclectisme, de recherches analytiques , de ces raisonnements sur l'esthélique dont on ne s'est avisé que tard et à des époques de décadence et d'épuisement, il transportait sur la toile les
(1) Le Guide de Venise d'Antoine QQadri (1844} attribne ce portrait an Titien , sans doute par erreur. Vasari en fait mention dans la vie du Giorgion ; U appartenait de son temps à Jean Gornaro.
()) Voici les passages des Mémoires sur la Tie de lord Byron^ qui sont relafifs à ces tableaux (tom. n, pag. STS). J*ai parcouru (dit lord Byron , dans une lettré du 14 avril 1817.) ce palais M anfrini , célèbre par ses tableaux. — TTétant pas connaisseur je n'en dirai pas grand chose. ^11 j a dêirëfr-beaox Giorgione. La reine de Chypre , et surtout la femme éa GlorgioDe, (cette désignation est inexacte, cependant elle est conforme au texte anglais: the queen ofûyprus and Giorgioné'ê wift^ partiemlarly the latter) sont des Vénitiennes d'aujourd'hui ; ce sont lesmémes yeux , la même expression» et, à mon avis, il n'y en a point cl*«n9pln8 grande beauté. — Il faut vous rappeler, cependant, que Je n'entends rien k la peinture, et que je la déteste, k moins qu'eUe ne me rappaUe quelque chose que j'aie vu , ou que je croie possible de voir.
personnages tantôt vulgaires, tantôt distingués qui frap« paient ses sens, avec une expression^ une fierté, une vie, une animation presque surnaturelles.
Au nombre des qualités dont on faisait autrefois honneur au Giorgion , il fallait aussi compter l'art de la composition , c'est-à-dire l'art dé disposer le sujet et les personnages de manière à ce qu'il en résultât les meilleurs effets pittoresques et que l'œil en éprouvât les sensations les plus agréables. Nous donnoos cette définition, car la composition doit être différente, suivant que l'artiste met au premier rang la pureté et là beauté des lignes, l'élégance des attitudes , en un mot, s'il donne la préférence au dessin , ou qu'au contraire la couleur et le clair obscur soient les objets de sa prédilection. Ceci admis , on peut dire que le Giorgion a parfaitement entendu ce qui convenait à sa manière de voir et de sentir, et à la nature de son talent, quoique, sous un autre rapport, il ne puisse être comparé aux grands peintres des autres écoles italiennes, lesquelles s'appuyaient sur des principes tout différents.
Il ne reste plus que très peu de tableaux du Giorgion ren-^ fermant assez de figures (1) pour qu'on puisse bien apprécier
fl) La grande toile du Louvre représentant lé tableau de la vie humaine de Gobes , n'est pas du Giorgion , malgré Tinscription qu'elle porte. On croit qu'elle pourrait être du Pordenon , né en 1485, qui, dit^ on, a été Fami du Giorgion, mais qui» certainement, fat son imitateur et a tout fait pour s'approprier sa manière. •— La galerie d'Orléans possédait an portrait du Pordenon représenté en David et attribué au Giorgion. Il est à présumer qu'on fondait principalement cette attribu-e tion sur le quatrain suivant , inscrit dans le tableau :
En David se ritrasse il gran Giorgione
Per servire il suo bene in Castel Franco ,
Emulo di valor non fece manco
Se pingendo Tinsigne Pordenone.
Il nous semble cependant que le sens de ces ver9 est que , si le Gior*
sa manière de composer. Nous en trouvons cependant deux qui méritent d'être décrits, et qui sont -disposés d'une façon différente.
L'un, d'une grande dimension, qui se trouve à Londres dans la collection SoIIy (1) , conserve l'ordonnance des tableaux de piété des peintres du temps et particulièrement de ceux de son maître , Jean Bellin.
La Vierge tenant sur ses genoux l'Enfant Jésus, est assise sur un trône et sous un baldaquin , au milieu d'un riche paysage orné de montagnes aux belles formes et à l'aspect grandiose (2) ; auprès d'elle sont quatre saints qui se tiennent debout et isolés les uns des autres, suivant la mode ancienne; à droite , saint Pierre et saint Jean-Baptiste ; à gauche , saint Sébastien et un autre saint ; ils ont un caractère élevé et un sentiment de grave tristesse , qui est propre aux figures du Giorgion; de plus, une liberté de mouvements, une plénitude de formes, une largeur de draperies, une force d'exécution que ce maître n'a partagée avec personne , et qui lui a donné dans l'école vénitienne la place que Léonard occupa un peu plus tôt à Florence et à Milan , celle de créateur d'un art qu'il a porté à sa perfection. — Trois anges placés au pied du trône de la Vierge exécutent un concert avec une expression passionnée. Le travail de ce tableau est plein et large, les chairs sont d'un ton chaud et brunâtre, et les autres couleurs, solides, bien nourries et harmonieuses. Le paysage^ un des
gîon a pa se peindre en David , son émale , Pordenon> en a fait autant, et non quHls ont fait mutaellement leurs portraits.
(1) Il a dix pieds de baut sur douze de large. (Waagen, KùnsïiMrke und KUnstler in England, tom. n, p. 7 ; et Kugler, Bandbuch der Geschiehte.der Malerei, tom, n , p. 19.)
(2) Un tableau composé à peu près de cette manière se tronve aux UflSzi , à Florence.
— goplus beaux que Técole vétiitieniie ait produit , est éclairé à rhorisati par une lumière à la fois chau^ et brWlaûte. — H y a de nombreux rapports entre les qualités de ce bel ouvrage et celles de la célèbre Tempête de TÂcadémie des beaux arts de Y^ise.
Le Dloïse sauvé des eaux du causée Brera de Milan, nous offrira un sujet composé tout autrement, et dans un genre qui , tout nouveau aux débuts du xvi.« siècle, a longtemps servi de modèle aux peintres vénitiens , lesquels , à Texemple du Giorgion , ne se sont fait aucun scrupule de travestir étrangement Thistoire et le costume.
Ici, par exemple, du Nil et de l'Egypte des Pharaons , il n*est nullement question. Des Vénitiens de qualité, de jeunes cavaliers , de jolies femmes revêtus des costumes magnifiques des xv.« et xvi.« siècles, se livrent aux plaisirs de la villégiature; ils se promènent ou se reposent sur le gazon: les uns exécutent un concert*^ à côté, des couples amoureux s'entretiennent de leur flamme , tandis qm leurs gens , un peu à l'écart , boivent ou jouent aux cartes, et que, sur le devant, des valetonset des nains tiennent en laisse des chiens et des singes. — Il est vrai qu'au mir lieu du tableau, assise au pied d'un arbre, une jeune dame richement habillée , regarde avec intérêt et surprise un petit enfant que lui présente une autre jeune femme, agenouillée, parée avec élégance. Des personnages rassemblés autour.de la princesse, et qui paraissent composer sa cour, portent également leur attention sur l'enfant.
Au premier abord, ces divers groupes ne paraissent pas disposés d'une manière heureuse sous le rapport du dessin, il y a quelque confusion entre les personnages; mais ce qui semble un défaut dans une gravure est bien racheté dans ce tableau qui , assure-t-on , est une des (Nroductions
les pltts remarquables du Giorgkm (1) par rharmonie géaérale, la cbaleur du coloris et une extrême douœur d'exécution qui rappelle celle des ouvrages du Titien.
Cette manière 9 quelque peu leste , de traiter un sujet biblique, était une dérogation aux pieuses habitudes de l'école vénitienne 9 et a entraîné dans une voie profane la plupart des imitateurs du Giorgion. Aussi des écrivains catholiques y confondant peut*4tre ce qui, dans une peinture , est le résultat de la préférence donnée au coloris sur r<étude des lignes et le choix de la forme, et le changejnent qui se fit sous ce rapport dans la manière de peindre, avec la légèreté et le sans-façon dont on traitait les sujets ^de piété qu'on dépouillait ainsi de leur caractère digne et sérieux pour les travestir , suivant la mode du jour , en scènes analogues à celles des histoires romanesques, contes ou nouvelles, dont Boccace avait laissé de si précieux modèles et dont l'Italie aitière raffolait; ces écrivains, dis-je, ont cru bien à tort, suivant nous, que l'affaiblissement du sentiment religieux avait dû être la conséquence de la perfection que l'art venait d'atteindre dans quelque&-unes de ses parties essentielles.
Il faut n^avoir jamais vu la Madone de Saint-Sixte , de la galerie de Dresde» où brillent au plus haut degré toutes les qualités qu'il est possible de demander à l'art de peindre, pour soutenir cette opinion d'une manière générale; mais on a peut-être dit, avec quelque raison, que la recherche exclusive des effets pittoresques détournait souvent le peintre de représenter, avec toute la simplicité et la pureté désirables, les sujets les plus sublimes et les plus mystérieux du christianisBie.
(1) Qaelqaefl-uns le regardent comme le meiUeur oovrage que Giorgione ait jamais produit. (LaDzi , Trad, fir,, tom. m , p. 99.)
M. Rio (1), qui rejette sur ce qu'il appelle les voies du perfectionnement extérieur, le changement survenu dans les habitudes des peintres de Venise et Taffaiblissement de leur foi, en accuse particulièrement le Giorgion, qu'il appelle un réformateur ni moins impétueux, ni moins hardi que Luther.
Mais quelle comparaison peut-K)n établir entre ces deux personnages, l'un jeune, ardent, aux passions vives, à l'imagination riante, qui, peut-être, n'ouvrit jamais un livre de théologie et ne calcula point la portée des innovations où l'entraînait son génie, et le moine de Vittemberg, ergoteur et raisonneur, conduit peu à peu, par l'effet de l'état général des esprits et les circonstances toutes particulières où se trouvait^ le catholicisme, à produire un schisme dont les résultats ont été immenses.
Nous avops déjà eu occasion de citer , soit dans le texte, soit dans les notes, les noms de quelques peintres qui eurent le bonheur de prendre des leçons du Giorgion, ou au moins de reformer leur manière sur la sienne. Ce qui dut lui faire le plus d'honneur, c'est que son vieux maître, Jean Bellin lui-même, malgré son grand âge, changea sa pratique i tel point que le dernier ouvrage où il travailla quelques années après la mort du Giorgion, et que sa main défaillante ne put qu'ébaucher, avait cependant tant d'analogie avec les œuvres de son ancien élève, qu'il a existé quelque incertitude chez les historiens de l'art sur la question de savoir auquel des deux il fallait l'attribuer.
Nous devons surtout ne pas oublier de faire mention de Sébastien de Venise, contemporain du Giorgion, qui, après avoir commencé comme lui à l'école de Jean Bellin, sut si bien s'approprier le coloris de son condisciple , sa touche
(I) Dé la poésie chrétienne, p. 502.
suave et moelleuse, que plusieurs de ses peintures^ comme certaines figures exécutées à Saint-Jean Chrysostome de Yenise, ont été attribuées à ce maître (1). Sébastien», surnommé plus tard del Piombo, eut Tavantage dfétre très-probablement le premier qui apporta à Rome la manière alors si nouvelle des peintres vénitiens ; cela lui valut d'être accueilli par Topulent Âgostino Chigi, qui lui accorda Thonneur insigne de travailler au palais que Baltazard Peruzzi venait de lui cons^ truire , en même temps que Antonio Razzi , Jules Romain et le grand Raphaël, appelés aussi à le décorer, et cela, sans qu'il fut écrasé par leur redoutable voisinage.
Les dates sont ici précieuses à recueillir; c'est en 1511, Tannée même de la mort du Giorgion , que Sébastien de Venise alla à Rome; il est à présumer qu'il apporta avec lui quelque tableau du Giorgion, peut-être un de ces portraits ou têtes de caractère où éclate si merveilleusement la puissance de son talent. Qu'il en ait été ainsi, ou que, de toute autre manière, des peintures du Giorgion aient été transportées dans la capitale du monde chrétien , toujours est-il qu'il parait incontestable qu'à cette même époque Raphaël eut occasion d'en voir ; cela lui suffit , et avec la prodigieuse facilité dont il était doué et qui lui permettait d'atteindre à tous les genres de perfection, ifdonna dès-lors à quelques-unes de ses productions la chaleur, la vérité, la puissance de coloris que le Giorgion seul avait possédé avant lui à ce degré éminent. — On ne peut méconnaître Tinfluence du Giorgion sur Raphaël , elle est certaine et se révèle surtout dans un de ses portraits les plus renommés qui ressemble tellement, pour le faire, pour l'effet tout grandiose, à ceux du peintre deCastel- Franco, que des connaisseurs habiles le lui avaient attribué;
(1) Lanzi pense qu'il a pa être aidé par le Giorgion lorsqu'il y travaillait.
nôu^ voulons parler du tableau de la tribune de Florence sur lequel on a cru reconnaître le portrait d'une maitresso de Raphaël appelée la Fornarina ou la Boulangère, mais qui représente trèg-probablement une improvisatrice de Ferrare nommée Béatrice. Quoiqu'il en soit de la personne qui y est représentée, la date de l'année 1512, inscrite sur ce tableau (appelé par M. Viardot une œuvre étonnante , que nulle description^ nul éloge ne peuvent suffisamment faire connaître et apprécier) , établit péremptoirement qu'il ne peut être que de Raphaël, dont le génie a été inspiré là d'une façon miraculeuse par celui du Giorgion (1).
Nous terminerons cette notice sans essayer de la résumer et de porter sur le Giorgion un jugement dont les éléments sont épars dans les pages qui précèdent ; c'est au lecteur à les apprécier et à se former une opinion qui doit être fondée non-seulement sur la valeur absolue de ses productions,
(1) Un aatre portrait , celui de Bindo Altoviti , exécuté à la même époque et conserfé à la pinacothèque de Munich, rappelle également la puissante manière du Giorgion. Il y a pareillement tant de ressemblance entre certains tableaux de Sébastien del Piombo et quelques productions dé Raphaël , qu'on a pu hésiter sur la main qui les a peints. Tel est par exemple le tableau du Louvre désigné avec plus on moins de justesse comme offlrant les portraits de Raphaël et de son maître d'armes « qui est attribué par M. Waagen à Sébastien.
On a pensé aussi que les qualités très-remarquables de la Messe de Bolsène qui rendent cette fresque si supérieure à toutes les autres par la force et la chaleur du ton local, la délicatesse des transitions, le jeu varié des couleurs , te moelleux et Ténergie de la touche , devaient être attribuées à Tinfluencé du Giorgion. Cette fresque n'a été exécutée qu'après sa mort« et la supposition faite par M. de Rumorh, que le Giorgion avait pu la voir i Rome et en. profiter, est tout à fait ioadmissUiIe. f/toUenticAe Forschungm^ tom. 3, pag. 104.)
— semais aussi sur leur mérite relatif qui est immense, si l'on a égard au temps où elles ont été exécutées, alors que Fart, tout en se perfectionnant rapidement , n'avait pas encore produit ses chefs-d'œuvres les plus renommés.
Amiens. — Imp. de Dutal et Hbrmbiit, place Périgord , 3.