Cf, infra, 11e Partie, chap. IV
14. Notons cependant qu’au début et à la fin du xrx° siècle, l’on s’est trouvé ‘en présence de monnaies sans étalon de valeur. Le premier de ces cas concerne l'Angleterre : de 1797 à 1812, sous l’empire du Bank Restriction Act, l’Angleterre a été, au moins en théorie, sans étalon de valeur. L’or s’était fait très rare et le seul moyen de paiement était le billet de la Banque d’Angleterre (en laissant de côté les monnaies d’argent et de billon affectées seulement aux paiement sans importance). Mais le billet de la Banque d’Angleterre, à cette époque, n’avait pas cours forcé, il n’était pas « legal tender » ; il ne représentait qu’une dette de la banque vis-à-vis du porteur, mais cette dette offrait cette particularité de n’être remboursable ni en or, ni autrement ; ce n’était, comme dit Hawtrey, qu’un «customary tender» (Currency and Credit, p. 32, note). (V. également Acworth, Financial Reconstruction in England, p.76 et les ouvrages traitant de la Banque d’Angleterre et cités à la bibliographie).
Le second de ces exemples concerne l’Autriche-Hongrie : après l’abandon de l’étalon argent, on ne fixa pas de valeur pour le papier monnaie en termé d'or et pendant quelques années, celui-ci posséda une valeur supérieure à son ancienne parité argent. En 1893, on adopta un étalon or rendu effectif en 1900.
Ces deux exemples, cependant, ne contredisent aucunement nos idées : dans ces deux cas, en effet, chacun se souvenait parfaitement de l’ancien étalon de valeur et l’appréciation de la monnaie de papier, monnaie sans base métallique, se faisait en fonction de cet ancien étalon. C’est absolument comme si, à présent, on décidait de supprimer tous les thermomètres existants et de n’en construire aucun autre : pendant longtemps encore les évaluations de chaleur se feraient en degrés, approximativement, suivant le souvenir plus ou moins exact que l’on aurait conservé de cette mesure. Comparer Wagemann (Allgemeine Geldlehre, t. Ie, Théorie des Geldwerts und der Währung, p. 83) «Dans le cas d’une monnaie abstraite (stoffwertloses Geld), pendant longtemps l’on ne s’écarte pas de l’idée primitive de valeur) et lon essaie de rattacher sa valeur (de la monnaie abstraite) à un étalon, à une utilité quelconque ».
N.-B. — Nous ne parlons ici que de circulation de papier-monnaie non accompagnée d'inflation ou seulement d'inflation très mesurée, laissant de côté les inflations à grande échelle : assignats en France, inflations de l’après-
guerre.
que celle-ci soit purement fictive. En réalité, il en va tout autrement. A l’origine, ce papier-monnaie a été défini par une quantité déterminée d’une unité métallique quelconque, or ou argent ; les usagers de ce papier-monnaie ont conservé un souvenir très net de cette ancienne valeur, et, s’ils continuent à estimer plus ou moins le papier fiduciaire qu'ils emploient, c’est parce qu’ils espèrent un remboursement au moins partiel, parce qu’ils estiment, comme le prétend Cauwès 5 que l’émetteur promet un remboursement métallique à terme indéfini #.
Cette impossibilité a déjà été affirmée, notamment d’une façon très nette par Maurice Bourguin ! : « Une unité de valeur purement idéale dépasse les conceptions de l’intelligence humaine qui ne peut pas plus atteindre le franc immatériel que le mètre non incorporé... Ce serait aussi absurde que d’établir, comme unité de longueur, une longueur idéale que l’on croirait suffisamment définir en l’appelant mètre, sans la réaliser dans un corps déterminé », passage que cite et approuve M. Gonnardt8 : « L’illusion tenace du contraire provient, d’après Bourguin, de l’emploi d’un mot auquel nous sommes habitués et qui traîne après lui un résidu de signification antérieure. Mais rejetons ce mot... Substituons-lui un mot neuf : l’unité monétaire s’appelera alpha ou, comme le suggère Bourguin, time (du grec time signifiant valeur) # ». Qu’arrivera-t-il ? Il adviendra cette chose bien évidente que personne ne pourra imaginer la valeur d’une « time » et que les prix établis sur
15. Cauwès, Cours d'Economie Politique, op. cit., t. IV, pp. 472-473.
16. Ils n’emploient d’ailleurs ce papier-monnaie qu’à l’exclusion de tout autre moyen de paiement.
17. Bourguin, « La Monnaie et la Mesure de la Valeur », Rev. d'Eco. Pol.,
18, Cf, Gonnard, Précis d'Economie Monétaire, p. 13.