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Traduction d'Emile Saisset, sauf quelques changemonts

MES PRÉDÉGESSEIT.S 153

non comme une chose pensante, mais comme le plus vil des ânes, s'il meurt de faim et de soif. » — J'aurai dans la suite à enregistrer le même revirement d'opinion de la part de deux grands hommes, preuve nouvelle que ce problème, pour être bien compris, exige des efforts sérieux et une grande pénétration.

Hume, dans son Essai sur la liberté et la né" cessitéf dont j'ai cité plus haut quelques lignes, s'exprime avec la conviction la plus lumineuse de la nécessité des volitions individuelles, les motifs étant donnés, et il Texpose de la façon la plus nette et avec cette largeur de vues qui lui est particulière, c Ainsi il apparaît, dit-il, que la connexion entre les motifs et les actes volontaires est aussi régulière et aussi uniforme que la connexion entre les motifs et l'effet dans toute autre partie de la nature. » Et plus loin : a 11 semble presque impossible, par conséquent, de s'engager dans aucune science ni dans des actions d'aucune sorte, sans reconnaître expressément la doctrine de la nécessité, et cette liaison intime entre les motifs et les actes volontaires, entre le caractère et la conduite de chacun. »

Mais aucun écrivain n'a exposé la nécessité des

volitions d'une manière aussi complète et aussi

convaincante que Priestley, dans l'ouvrage qu'il a

exclusivement consacré à ce sujet : La doctrine

de la nécessité philosophique. Celui que ne persuade pas ce livre, écrit dans un style clair et intelligible, doit avoir l'esprit véritablement paralysé par les préjugés. Pour en résumer les conclusions, j'ajouterai ici quelques extraits, que je cite d'après la seconde édition, Birmingham, 1782 :

Préface, P. XX. Il n'y a pas d'absurdité plus évidente pour mon intelligence que la notion de la liberté philosophique. — P. 26. Sans un miracle, ou l'intervention de quelque cause étrangère, nulle volition ni action d'aucun homme n'aurait pu être autrement qu'elle n'a été. — P. 37. Quoiqu'une inclination ou une affection quelconque de l'esprit soit une force qui diffère de la pesanteur, elle m'influence et agit sur moi avec autant de nécessité et de certitude que cette dernière force agit sur une pierre. — P. 43. Dire que la volonté se détermine elle-même, ne représente absolument aucune idée, ou plutôt imphque une absurdité, à savoir qu'une détermination^ qui est un effet, puisse se produire sans aucune espèce de cause. Car en dehors de toutes les choses qui tombent sous l'appellation commune de motifs^ il ne reste vraiment rien du tout, qui puisse produire la détermination. Qu'un homme se serve de tous les mots qu'il voudra, il ne peut pas mieux concevoir comment nous pouvous parfois être déterminés par des motifs et parfois sans motifs, qu'il ne peut se figurer une ba-

lance que tantôt des poids forcent à s'incliner, et qui tantôt s'incline par l'effet d'une espèce de substance qui n'a aucune espèce de poids, et qui, par suite, quelle qu'elle puisse être en elle-même^ n'est absolument rien par rapport à la balance. — P. 66. Dans la vraie langue philosophique, le motif devrait être appelé la cause propre de l'action. 11 l'est tout autant qu'aucune autre chose dans la nature est la cause d'un phénomène quelconque. — P. 84. Il ne sera jamais en notre pouvoir de choisir entre deux résolutions, quand toutes les circonstance» antérieures seront identiques. — P. 90. Un homme, il est vrai, lorsqu'il se reproche à lui-même quelque action particulière dans sa conduite passée, peut s'imaginer que, s'Use retrouvait dans le même cas, il agirait d'une façon différente. Mais c'est là une illusion pure; et s'il s'examine lui-même strictement en tenant compte de toutes les circonstances, il peut se convaincre qu'avec la même disposition d'esprit, avec précisément la même vue des choses qu'il avait alors (abstraction faite de toute autre lumière que la réflexion peut lui avoir fournie depuis), il n'aurait pas pu agir autrement qu'il ne l'a fait. — P. 287. Bref, il n'y a ici possibilité de choisir qu'entre la doctrine de la nécessité ou l'absurdité la plus complète {absolute nonsense). »

Or il faut remarquer qu'il en a été de Priestley exactement comme de Spinoza, comme encore

d*an autre très-grand homme dont je parierai tout à Thenre. Priestley dit en effet dans la préface de la première édition, p. XXVII : « Toatefois, je ne me convertis pas aisément à la doctrine de la nécessité. Ck)mme le docteur Hartley lui-même, je renonçai à ma liberté avec bien de la peine, et dans une longue correspondance, que j'entretins jadis sur ce sujet, j'ai soutenu avec opiniâtreté la doctrine de la liberté, sans céder le moindrement aux arguments que Ton m'objectait alors, i

Le troisième grand homme qui passa par les mêmes alternatives est Voltaire ; il nous l'apprend lui-même avec cette grâce et cette naïveté qui n'appartiennent qu'à lui. Dans son Traité de Métaphysique (chap. 7), il avait défendu longuement et avec vivacité la vieille doctrine du libre arbitre. Mais dans un ouvrage écrit plus de quarante ans après. Le Philosophe ignorant, il proclame la nécessité rigoureuse des volitions, au chapitre XIII, qu'il termine ainsi : c Archimède est également nécessité de rester dans sa chambre, quand on l'y enferme, et quand il est si fortement occupé d'un problème qu'il ne reçoit pas Tidée d'en sortir :

Ducunt volentem fata, nolentem trahunt (Sénègiie).

Uignorant qui pense ainsi n'a pas toujours pensé de mêmey mais il est enfin contraint de se rendre. » Dans le livre suivant : Le principe d'ac-

tioriy il dit (chap. 13) : « Une boule qui en pousse une autre, un chien de chasse qui court nécessairement et volontairement après un cerf, ce cerf qui franchit un fossé immense avec non moins de nécessité et de volonté : tout cela n'est pas plus invinciblement déterminé que nous le sommes à tout ce que nous fesons. »

N'y a-til pas, dans le spectacle de cette triple . conversion de trois esprits si supérieurs, de quoi étonner tout homme qui entreprend de combattre des vérités aujourd'hui solidement établies, au nom du témoignage du sens intime : <k Et pourtant je peux faire ce que je veux ! :» témoignage qui, à la vérité, n'a rien du tout à voir dans la question.

Après de tels exemples, nous ne devons pas être surpris que Kant ait admis la nécessité des manifestations du caractère empirique sous Tinfluence des motifs, comme une chose entendue à l'avance pour lui*méme et pour tout le monde, et ne se soit pas attardé à en donner une nouvelle démons* tration. Ses Idées pour une histoire universelle commencent par ces mots : • Quelque notion que Ton puisse se faire du libre arbitre au point de vue de la métaphysique, il est cependant hors de doute que les manifestations de cette puissance, à savoir les actions humaines, sont, aussi bien que tous les autres phénomènes de la nature, déter-

minées par des lois naturellçs générales. » — Dans la Critique de la Raison pure, (P. 548 da la i'^ ou P. 557 de la 5® édition), il s'exprime ainsi :

«Le caractère empirique devant être, comme effet, dérivé des phénomènes et de leur règle, donnée par l'expérience, toutes les actions de l'homme dans le phénomène sont donc déterminées suivant Tordre physique par son caractère empirique et par d'autres causes concomitantes : et si nous pouvions pénétrer jusqu'au fond tous les phénomènes de son arbitre, il n'y aurait pas une seule action humaine qu'on ne pût certainement prédire et connaître comme nécessaire, en partant de ses conditions antérieures. Sous le rapport empirique, il n'y a donc aucune liberté, et ce n'est cependant que suivant ce caractère que nous pouvons considérer l'homme, lorsque nous voulons obsei*vêr seulement, et que nous voulons scruter physiologiquement les causes déterminantes de ses actions, comme cela se pratique dans l'anthropologie ^ » Dans le môme ouvrage, p. 798 de la 1" édition ou p. 826 de la cinquième, il dit : « La volonté peut aussi être libre, mais uniquement en ce qui concerne la cause intelligible de notre vouloir ; car pour ce qui est des phénomènes, des expressions de cette volonté, c'est-à-dire des actions, nous no

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