LE CONCILE DE TRENTE
extérieure. L'homme pèche nécessairement, conchit Calvin avec Luther, mais il pùclie volontiers (^).
Mais de ce que l'homme a la volonté, dirons-nous qu'il possède le franc arbitre? « Quelle moquerie est-ce d'orner une chose si petite d'un titre tant superbe? Voilà une belle liberté de dire que l'homme ne soit point contraint de servir à péché : mais que tellement il soit en servitude volontaire que sa volonté soit tenue captive des liens du péché (-). » Ainsi, Luther et Calvin, malgré des différences de détail, sont d'accord pour enlever à l'homme toute espèce de pouvoir sur ses actions. La prescience et la prédétermination de Dieu fixent le cours des choses une fois pour toutes ; Adam lui-même ne pouvait être libre (•'^); notre volonté viciée ne peut que mal faire, elle est livrée, inerte et passive, à la perversité de Satan; si Dieu veut nous sauver, il nous envoie sa grâce, à laquelle nous ne pouvons résister, et que nous ne pouvons plus perdre. Si l'on se plaint qu'en imposant ses commandements aux réprouvés comme aux élus, Dieu ordonne aux premiers des choses impossibles, Calvin répond comme Luther que les ordres de Dieu nous montrent non ce que nous pouvons, mais ce que nous devons (^). Le libre arbitre de l'homme disparaît donc; c'est, comme disait Luther, un vain titre, un bruit de syllabes vides, strepitiis syllabariim (^).
En face de ces enseignements des réformateurs, les docteurs catholiques, rassemblés à Trente, affirmèrent les vieilles croyances. D'après eux, « le libre arbitre mû et excité par Dieu, peut coopérer par son assentiment avec Dieu qui l'excite et qui l'appelle, et par là se disposer et se préparer à obtenir la grâce de la justification; il peut résister, s'il le veut, et n'est pas comme une chose inanimée qui ne fait rien et reste purement passive. Le libre arbitre, môme après le péché d'Adam,
(») Ibid., 1. II, c. 3, p. 132, a.
(2) Ibid., 1. II, c. 2, p. 116, a.
(^) Cette opinion est particulière à Calvin, mais elle peut se déduire logiquement des doctrines de Luther sur la prédestination, bien qu'il refuse expressément d"v souscrire.
{^)lbid.,\. il,^c. 5, p. 145, a.
^) De Servo Arbïtrio, p. 76.