‹ Essai sur le Mécanisme de la Résorption Biliaire dans l'IctèreChapitre 4 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Voies de Résorption de la Bile

$ Ier. —— HISTORIQUE

Un médecin anglais, Saunders (1), paraît être le premier qui ait cherché à donner une preuve expérimentale de la résorption de la bile dans l’ictère. Deux fois 1l pratiqua, chez le chien, la ligature du canal cholédoque et constata que deux heures après le début de l’opération les lymphatiques, jusqu’au canal thoracique, étaient remplis d’un liquide jaune. Il crut voir, en outre, que dans le même intervalle de temps

(4) À Treatise on the Structure, Economy and Diseases of the Liver. London, 1795.

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le sérum du sans des veines hépatiques était fortement coloré, alors que celui des veines jugulaires l'était à peine sensiblement.

Mais Frerichs et W. Legs, qui ont répété l’expérience de Saunders, n’ont pu confirmer le fait de la coloration du sérum des veines sus-hépatiques (1).

Tiedmann et Gmelin (2), étudiant le rôle que joue la bile dans l’importante fonction de la digestion, pratiquèrent un grand nombre de fois la ligature du canal cholédoque. Voici les résultats de ce qu'ils observèrent à l’autopsie des chiens soumis à leur expérimentation :

1° Distension de la vésicule du fiel et des conduits biliaires, qui furent trouvés gorges de bile ;

2° Résorption de la bile dans les voies bihaires, démontrée non seulement par la présence d’un liquide très jaune dans les vaisseaux lymphatiques du foie et dans les glandes auxquelles ils aboutissaient, mais démontrée encore, fait important, par l'existence des principes constituants de la bile jusque dans le canal thoracique, dont le contenu offrait une coloration jaune. Ainsi se trouvait confirmée la résorption de la bile par les lymphatiques, que C. Peyer et Reverhorst avaient déja observée et en faveur de laquelle ‘“Kruikshank, Mascagni, Sœmmering et Saunders avaient aussi rapporté des faits.

3° Présence de la bile dans le sang et dans l'urine;

(1) W. Legg, on the bile, ete., page 251, deuxième note. (2) Recherches expérimentales sur la Digestion, t. 11, p. 48:

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4° Coloration jaune des membranes séreuses, péritoine, péricarde, plèvres et même arachnoïde.

Fauconneau-Dufresne pense (1), d'après ses observations, que dans les cas d'ictère par rétention la bile passe dans les lymphatiques et les distend considé- ‘rablement.

Frerichs (2), tout en étant partisan de la résorption par la voie lymphatique, admet que la pénétration de la bile peut se faire dans les veines sous certaines influences, et notamment à la suite d’une diminution de la pression latérale du sang.

« La perturbation dans l’afflux sanguin, dit-il, et « la diminution de pression latérale dans les capil- « laires de la veine porte sont difficiles à apprécier, « vu les connaissances relativement imparfaites que « nous possédons sur la circulation si complexe du « foie. Cependant, il n'est pas difficile de démontrer « que dans cet organe la tension du courant circula-

toire doit être soumise à bien des variations. Il est « indubitable que, lorsque le tronc ou les grosses « branches de la veine porte sont oblitérés, ainsi « qu'il arrive dans la pyléphlébite, la tension doit « être diminuée dans le système capillaire du foie, et « que le passage dans le sang du contenu biliaire des « cellules hépatiques doit être facilité. Aussi, voit- « on fréquemment alors l’ictère se produire. »

MM. Barth et E. Besnier (3) ne nient pas que les

(4) Précis des Maladies du Foie et du Pancréas, 2 édit, Paris, 1860, (2) Traité pratique des Maladies du Foie, 3° édit., 1877. (3) Dictionnaire des Sciences médicales, t. 1x, p. 349.

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lymphatiques ne soient la principale voie de résorption de la matière colorante de la bile; mais ils croient que l'appareil circulatoire tout entier de l'organe hépatique subit l'imbibition biliarre et contribue à cette résorption. | Heidenhain, qui a fait des travaux importants suf la physiologie du foie, s'appuie sur les résultats de son expérimentation pour affirmer que la bile est résorbée quand elle est soumise, dans ses voies naturelles, à une pression dépassant vingt centimètres. Après avoir introduit une solution de sulfate 1odé d'indigo dans un tube en communication avec le canal cholédoque et placé verticalement de manière à ce que la pression fût augmentée dans les conduits excréteurs, il vit se développer dans les muqueuses, les séreuses et dans les urines une coloration bleue, figurant, dans cette circonstance, la coloration jaune que produirait la résorption de la bile. Il pense que la résorption s'effectue par les lymphatiques qui entourent les canalicules biliaires interlobulaires. |

M. Heidenhain, du moins à notre connaissance, ne parle pas de la résorption de la bile par les veines. Il paraît croire qu'elle a lieu uniquement par les lymphatiques.

Cette opinion est également celle que soutient M. le professeur C. Ludwig. Dans plusieurs travaux faits dans son laboratoire, il est dit de la manière la plus explicite que la bile est résorbée exclusivement par les lymphatiques du foie et qu'en liant le canal

thoracique on empèche les acides biliaires et la matière colorante de pénétrer dans le sang (1). Cette question si importante n’a pas été étudiée expérimentalement en France ; aussi avons-nous jugé opportun de nous livrer, sous la direction de M. le ; professeur Lépine, et dans son laboratoire, à quelques expériences. Leurs résultats nous paraissent contribuer à jeter quelque lumière sur ce point.

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