‹ Essai sur le paysageChapitre 11 sur 14 · CLÉ RISSE AU · texte numérisé non relu

CLÉ RISSE AU

Clêrisseau , né à Paris, fut reçu à l'Académie royale de peinture et sculpture , sur des morceaux d'archi-tecture peints à la gouache d'une manière très-large et très-moelleuse ; il continua de peindre en ce genre beaucoup de paysages , qu'il a toujours ornés dî

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Leaux restes des monuments antiques , dont il avait fait ses e'tudes pendant un long se'jour en Italiei Ses gouaches peuvent servir de modèles en ce genre et sont très-estime'es.

Carie DU JARDIN on KAREL , né à Amsterdam en 164© } mort à J^enise en 1674.

Elevé à l'e'cole de Berchem , Carie Dvjardin passa ensuite en Italie où il fut reçu dans la bande joyeuse des peintres hollandais. Carie Dujardin qui e'tait arrivé avec un talent déjà très-agréable , ne tarda guères à se faire distinguer par la grâce et l'agrément de ses tableaux. Rien de plus joli , de plus naturel que les paysages de Dujardin , qu'il ornait d'animaux et de figures dessinés aA^ec beaucoup d'esprit et de goût. Les tableaux de Carie Dujardin se font reconnaître joar un beau ton gris et argentin, par des ciels délicieux et du ton le plus vaporeux ; ils sont en général Irès-estimés et tiennent une place honorable dans les meilleures collections. Ils se maintiennent toujours à un haut prix. Ce peintre a gravé à l'eau forte beaucoup de pièces qui sont extrêmement recherchées des vrais amateursi

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Le DOMINiqUIN ( Dominique Zampieri ) , yiê à Bologne en i58x > mort en 1641.

Les grands talents du Dominir/uin l'ont placé parmi les premiers peintres de l'Italie , où ses talents lui firent une grande re'putation et lui attirèrent les jîlus grands chagrins par la jalousie des autres peintres ses contemporains. Son talent j)our le paysage qu'il ne faisait que par délassement , lui a fait trouver une place dans ce recueil. Sa manière de traiter le paysage tient beaucoup de celle des Càrraches , si ce n'est cependant qu'ils paraissent exe'cute's avec plus de travail , ce qui tient à la manière d'ope'rer du Dominiquin qui travaillait et re'fle'cliissait beaucoup ses ouvrages.

Les compositions de ses paysages sont grandes et nobles , assez ordinairement orne'es de quelques figures ou sujets d'histoire. Sa manière de peindre est large et moelleuse ; on ne les rencontre guères qu'ea Italie et dans les galeries des princes.

DYÈTRICr ou DIETERICH , né à Veimar en l'ji'i , mort depuis peu.

Dieterich avait apporte' en naissant une facilite' rarç

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pour tous les genres de peinture : l'iiistoire , le portrait , le paysage , les animaux lui e'taient e'galement familiers ; il avait aussi une grande pratique pour faire des pastiches ou imitations du genre de difFe'rents peintres. On l'a vu imiter souvent Remhrand , Ber~ chem, Ostade y à tromper, tant il avait su se rendre familière la façon, de faire de chacun de ses ma!ti'es. Quand il a voulu être lui-même , il a fait des tableaux d'un grand inle'rêt ; il a sur-tout re'ussi k peindre le paysage d'une manière extrêmement agre'atle ; il a su joindre une belle façon d'opérer à la grâce et à la varie'te' de la nature. Ses paysages sont tantôt des vues de Saxe , d'une composition simple, tantôt ce sont des sujets de composition , des rochers , des cascades ; il a aussi cherché à faire des paysages dans le goût de Salyator Rosa , où il a placé des figures de soldats absolument dans le genre de ce maître célèbre. Les tableaux de ce peintre sont pour la plupart en Saxe où ils sont fort estimés ; il en est passé quelques-uns en France par le commerce , et ils y ont été recherchés ; ses ciels sont brillants et harmonieux.

Il touchait le paysage avec beaucoup de goût et de finesse ; cet artiste est venu en France où il

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est peu reste ; il s'est fait une grande re'putation

comme paysagiste.

Adam ELSHEIMER , né à Francfort en 1^74 > morc à Rome en \6io,

ElsJieimer fut encore un Aes restaurateurs du paysage. Il alla fort jeune à Rome où il s'adonna à peindre des ruines et les plus jolis points de vue ^e cette riche contrée.

Il peignait ordinairement ses tableaux en petit , ils furent fort reclieicbés des curieux ; mais ils sont très-rares à trouver aujourd'hui bien conservés , ce Cjui les a fait porter à un très-haut prix.

La manière de ce peintre est suave et finie , sa couleur riche , sa touche moelleuse.

ElsTieimer sera toujours regarde comme un àes premiers paysagistes et comme l'un des fondateurs du bon goût en ce genre.

ÈVERDINGEN y Aider t-van , né à Alcmaeri en i-(52i , mort en iGyS.

Éferdingen est regardé comme uri"3ei inèriTêtirs paysagistes de la Hollande. Les tableaux à'Eyerdingen

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sont distingues de la foule des peintres de ce pays qui paraissent s'être particulièrement occupes du fini j sa manière , au contraire , est large et forte ; il se plaisait à jîçindre des rochers , des chutes d'eau qui tombent avec un grand fracas et excitent une vapeur humide. Ses sites sont ordinairement sauvages; peu de peintres ont aussi Lien rendu les arbres d'hiver qn^É y erdingen : les sapins, les cyprès produisent un effet on ne peut plus pittoresque dans les tableaux de ce maître , qui sont en gênerai d'un ton doré et transparent ; ses eaux sont d'une vérité , d'une fraîcheur qui ne se reacontrent dans les tableaux d'aucun autre peintre de la Hollande.

Jean FOREST, né à Paris en 1616, mort en 1712.

Forest est un des plus grands paysagistes français du dix-septième siècle. Après un séjour de sept ans en Italie , où il s'occupa à faire une nombreuse récolte d'études , il voyagea en Provence et en Franche-Comté , dont il dessina les plus belles vues.

Si les tableaux de Forest ne se font pas remarquer par un coloris frais et agréable , il sait dédommager l'ami des beaux arts par des sitçs xaagnifique&^j

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par une magie sombre et terrible qui produit des effets piquants et e'tonnants de lumière. Il ornait ses tableaux de monuments d'un bon goût et de figures Lien dessine'es. Il entreprit un second voyage en Italie au désir de M. de Ségenlay qui le chargea de lui acheter dans c^ pays vine collection de tableaux choisis. Cet artiste modeste faisait si peu de cas de ses ouvrages que souvent on lui a vu les couvrir pour en recommencer d'autres.

Sa manière de toucher le feuiller est large et facile ; mais ses tableaux sont plus faits pour frapper les artistes et les ve'ritables connaisseurs que le vulgaire des amateurs. Il fut le beau-frère de Lafosse, ce'lèbre peintre d'histoire.

Jacques FOUQUIERES, né Anvers en t58o,mor^ à Paris en iGSg.

Fouquieres , e'iève de Breughels , qu'il a surpasse' , ïne'rita le titre d'un des premiers paysagistes de la JFlandre. Ses talents furent employe's avantageusement par l'Électeur Palatin qui le fit venir h. sa cour , il entreprit ensuite le voyage d'Italie oii il perfectionna ses talents; de retour à Bruxelles, il fut appelé en Frante par Louis XIII , instruit de son me'rite» KtQ monarque employa Fouquieres à rerobellissement

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de ses maisons royales , et il le chargea de dessiner les places fortes et diverses villes de la France.

Le Roi satisfait de son travail l'ennoblit, et depuis ce temps Fouquieres ne quitta plus son e'pée , même pour peindre. Cette malheureuse gloriole lui fit ne'gliger'la peinture , il fut plongé dans la misère dont il eût senti toutes les horreurs , sans un artiste de ses amis , qui le retira chez lui el le logea le reste de sa vie qui fut longue.

La manière de ce peintre est très-vraie et toujours prise sur la nature , son feuiller est large et bien touche'. Peut-être pourrait-on lui reprocher l'abus du vert dans ses tableaux et de les avoir souvent un peu bouche's ; mais sans s'arrêter à ces le'gers de'fauts , les tableaux de Fouquieres feront toujours plaisir aux ve'ritables connaisseurs qui y rencontreront un certain grandiose rare à trouver dans les genres du paysage ; il dessinait bien ses figures et il a grave' quelques eaux fortes d'après ses propres tableaux.

Honoré FRAGONARD , né à Grasse en Provence , mort à Paris en 1806.

Fragonard reçut de la nature les plus grandes dispositions pour la peinture. Son ge'nie bouillant et plein de verve lui fit produire une foule de com-

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positions enchanteresses et qui ont souvent Tai'r d'étrç l'ouvrage des fe'es. Le maître chez qui le hasard le plaça à Paris, homme plein de ge'nie lui-même, était peu propre à ramener son ëlève à Pe'lude sérieuse de la peinture ; aussi le génie de Fragonard fit tout , cre'a tout , il fut pour ainsi dire l'auteur d'un nouveau genre de peinture inconnu jusqu'à lui. Nouveau Prote'e , Fragonard se montra sous toutes les formes , mais elles furent toujours accompagnées des grâces qui jamais n'abandonnèrent leur favori , tous les genres lui furent familiers , on le vit s'élever avec dignité à la hauteur du genre de l'histoire qu'il eût continué avec distinction , s'il eut été encouragé par son siècle.

Il peignit des pastorales dans le genre erotique , des scènes familières , mais toujours avec un charme d'effet et de grâce qui n'appartenait qu'à lui ; on peut assurer que ce peintre n'a point laissé de véritables héritiers de son talent, et toutes les faveur» dont la nature l'avait comblé s'ensevelirent avec lui dans la tombe.

La troupe des amours, semblables à des papillons,, voltigent sur sa palette et dans ses pinceaux , il semblait ne faire que les saisir pour les placer sus $e$ tableaux»

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Fragonard peignit avec le plus grand succès les différents genres de paysages, vues d'Italie , pasticbes flamands , tout lui e'tait familier , mais ce qui carac» te'risera à jamais les jolies conceptions de ce peintre » c'est un effet extraordinaire et qui doit lui me'riter à juste titre celui du Rembrand de la France.

Claude GELÉE , dit le LORRAIN, né dans le diocèse de Toul en 1600, mort à Rome en 1682.

Le Lorrain a me'rite' le titre de premier paysagiste de l'univers, et jusqu'ici personne ne le lui a dispute'. C'est bien vraiment le Raphaël du paysage et celui de tous les peintres de ce genre qui a le mieux entendu les lignes d'un tableau et sa ve'ritable harmonie.

Ses tableaux toujours pleins d'ide'es grandes et simples à la fois inspirent une sorte d'envie de rêver qui force d'y rester long-temps. Plus on les considère et plus on les trouve grands de choses et d'un faire savant. Aucun peintre ne se péne'tra plus des beaute's sublimes de la nature que le Lorrain , mais ce qui doit surprendre tous les siècles à venir , c'est que ce grand homme qui est parvenu à un degré de tarent aussi e'minent , ait paru pendant les premières

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années <3e sa vie privé de toute espèce de conception. Ses parents qui ne purent lui rien faire apprendre , se de'terminèrent à le placer chez un pâtissier. Une occasion qui l'enleva à sa patrie pour le conduire à Rome, fut le pre'sage delà de'couverte de son talent. Placé par hasard chez un peintre célèbre de Rome pour y remplir un tocit autre emploi que celui de son élève, Auguste Tassî , c'était le nom du peintre , crut découvrir en cet être disgracié de la nature , des dispositions encore lointaines , il ne se découragea point, après bien des peines l'aurore de son génie sembla percer peu à peu à travers roI)scurité de ses pensées habituelles , enfin Tassi jugea le genre de peinture qui paraissait lui être propre.. Son attente ne fut pas trompée et il eut la gloire d'avoir formé à force de soins le premier et le plus grand paysagiste. La nature devint ensuite le grand modèle où le Lorrain ne cessa de pui'^er ; cette espèce de miracle étonna tons les artistes Je l'Italie qui rendirent hommage à ses talents et se firent une gloire de le compter parmi leurs anus. Le Poussin admirateur des talents du Lorrain l'estimait infiniment.

Les tableaux du Lorrain seront des modèles éternels d'hi^rmonie , et feront l'admiration de tous 1»*

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. siècles et l'omejnent des galeries des princes. Le talent du Lorrain est un problême qui démontre qu'il ne faut pas se rebuter ni trop compter sur des dispositions apparentes qui semblables au feu d^ paille n'en ont que la dure'e.

Le GIORGION, Georges BARBARELLI, né dans le Trêvisan en 1478, mort en i5ii.

Ce peintre ce'lèbre et l'un des fondateurs de l'e'cole vénitienne , apporta en naissant les plus grands talents pour la peinture et la musique, la nature qui avait fait de grands frais pour cet habile homme l'avait doue' d'une magnifique voix qu'il accompagnait avec le luth dont il -jouait supérieurement. Il n'eut pas moins de talents pour la peinture dans laquelle il s'est surpasse' , et où il occupe un rang très-distingué ; mort presque à la fleur de son âge , le Giorgion fut un célèbre peintre d'histoire et l'un des plus habiles coloristes de l'école vénitienne , ce n'est que comme paysagiste qu'il a été parlé de lui dans cet ouvrage uniquement destiné au genre du paysage. Quoique quatre siècles ayent déjà passé sur les tableaux de ce grand homme , il est aisé de découvrir encore qu'ils ont dû être peints d'une belle

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couleur , avec une grande force et Beaucoup de facilitë. Le Giorgion inspira et de'cida le talent du Titien qui apprit de lui les secrets du coloris , qu'il a porte' depuis au premier degré'.

Les paysages du Giorgion sont très-rares aujourd'hui et ne se rencontrent guères que dans les palais des princes où ils sont conserve's avec beaucoup de soin.

Le G U ASP RE ou Gaspard D UGHET, ou Guaspre Poussin j né à Rome en 16 1 3.

Quoi qu'originaire français , le Guaspre a toujours été mis au nombre des premiers paysagistes de l'Italie^ élève de son beau-frère le ce'Ièbre Poussin qui lui jugea un talent ne' pour le paysage j satis cependant l'e'loigner de l'e'tude de la figure , il devint avec ses avis et ses e'tudes continuelles sur la nature , l'un des des paysagistes les plus renomme's.

La manière de peindre du Guaspre est large , facile €t vague. Personne n'entendit jamais mieux à rendre les vapeurs des mauvais temps , le bouleversement des vents et les moments orageux où la nature en cour* roux paraît vouloir se dissoudre. 11 a peint à l'huile et àU gouache avec un talent supe'rieur et il peut être

SUR LES Peintres. igt

cîté comme un grand modèle dans ce dernier genre. Ses tableaux ont par fois la physionomie de ceux du Poussin f mais il est aise de reconnaître leur véritable auteur. Il y a dans la manière du Guaspre an certain faire preste et facile qu'il est difficile de ne pas reconnaître, et qui le de'cèle toujours.

Ce peintre est un des meilleurs comme l'un des plus agre'ables paysagistes. Ses tableaux qui sont en* core bien conservés jouissent d'une grande réputation. Il y en a beaucoup en Italie et sur-tout en Angleterre oii ils sont estimes à leur juste valeur.

Le Guaspre a gravé quelques pièces à l'eau forte avec beaucoup de goût et d'une manière simple et large.

HERMAN-rAN-SWANEFELT, ou HERMAN d'Italie f né en Flandre en 1620.

Herinan d'Italie passe pour un des plus savants peintres de paysages après le Lorrain dont il avait pris les leçons , et dont il chercha dans la suite à imiter la manière ; aussi ce peintre peut-il prendre place à côté du grand homme qui lui avait développé les secrets de son art.

Swanevelc avait acquis par l'imitation de la na-

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lure une manière de peindre suave et moelleuse ^ qui re'pand sur ses tableaux un agre'ment qui les rendra toujours pre'cieux aux amis de la peinture.

Peu de peintres ont touche' le feuiller des arbres aussi bien et aussi fraîchement qu'Herman. Ses terrasses sont de bon goût et de belles formes. Sa couleur quoique belle et dore'e assez ordinairement , n'a pourtant jamais obtenu toute la force et le ton doré des tableaux du Lorrain. Ilerman dessinait fort bien les figures et les animaux , et avait surp asse' son maître dans cette partie de l'art.

Les tableaux de Swanevelt sont très-recherche's et bien paye's , ils peuvent servir de modèles à ceux qui se destinent à peindre le paysage. On possède de ce peintre une longue suite de paysages qu'il a grave's à l'eau forte , d'une manière vigoureuse et piquante. Cette œuvre très-conside'rable et compose'e d'estampes de toutes proportions , est très-estime'e , «t se trouve dans les porte-feuilles de tous les peintres et de tous les amateurs.

nOBBÈMJ.

Ceux qui ont e'crit sur la peinture ont néglige' de )parler d^ffobbémaj peintre de paysages de l'école

STJR LES PeITÎTRES, IQ^

hollandaise ; quoique très-habile , on ne sait que fort peu de chose sur le compte de ce peintre qui s'est distingue' par une grande ve'rite' dans l'imitation dé la nature. Peu de peintres en effet l'ont rendue avec plus d'exactitude , sgs tableaux en sont l'exacte traduction , ce qui rapprocherait peut-être un peu ses ouvrages de ceux de Jacques Ruisdaal. Hobbéma re'ussissait sur-tout dans la ve'rite' de la repre'sentation des fabriques : personne n'a peut-être jamais mieux imité les couvertures de tuiles et n'a posse'dé une touche plus large et plus empâte'e : ses tableaux sont rares en France et très-recherche's en HoUêmde.

J.-P.-L. HOUELf né à Rouen en lySS.

J,-P,-L. IJouel s'adonna de très-bonne heure à l'e'tude du paysage et à la gravure en ce genre. L'envie de peindre le fit entrer à l'e'cole de Casanova j dès-lors il se livra tout entier à la peinture du paysage , soit à l'huile , soit à la gouache , genre dans lequel il traça une nouvelle route et une manière large vraiment à lui.

Il a exe'cute' dans ce genre une infinité d'études

et de tableaux intéressants, pendant son long séjour

À Rome et en divers lieux d'Italie -, après avoir eji-

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suite passe quelques années à Paris , il entreprit un. nouveau voyage en Italie et porta ses vues vers la Sicile , où il fît une nouvelle récolle d'études et de monuments qu'il a gravés lui-même , et donnés ensuite au public sous le titre de Voyage de Sicile , ouA'rage devenu extrêmement intéressant. Ses gouaches dans lesquelles il a parfaitement réussi , seront toujours recherchées des véritables connaisseurs ; il est mort h. Paris eu i8i5 , dans un âge avancé , membre de l'Académie royale de peinture et sculpture,

JiUYSMANS de Malines , né à Awers en 1648, mort en l'jo.'j,

llitysmans , l'un des peintres les plus habiles de la Flandre , naquit à Bruxelles et vint se fixer à Malines , d'où lui est survenu le surnom de Malines, II suivit les leçons de T^'an- Artois. Hiiysmans le surpfassa , sur-tont dans les tableaux d'une très-grand& proportion qu'il exécutait avec une rare facilité et avec un grandiose remarquable. Le« taWeaux d'i/i/^5inans sont aisés à [tecoraïaître par une belle couleuF forte et dorée, par des effets de soleil très-piquants. Ses tableaux représentent assez souvent àes vues très-* étendues de la Flandre, dont les lointains sont pîem«

SUR LES Peintres» igS

de vapeur. Des figures et des animaux bien dessi* ne's ajoutent encore à l'inte'rêt de ses tableaux qui seront toujours de véritables modèles de paysages.

Albert K UIP , né à Dort en i6o5.

Ce peintre ne en Hollande , s'est distingué par sa belle manière de peindre le paysage et les chevaux qu'il rendait d'une touche extrêmement large et moelleuse ; il peignait avec autant de talent les vaches et les prairies , dont son pinceau rend parfaitement le velouté. Ce peintre ornait souvent ses tableaux de bords des rivières qui en augmentaient le charme par le calme et la fraîcheur des eaux ; les tableaux de Kuip se reconnaissent à une manière large et simple, à des effets de ciels brillants et par de larges plantes dont il en enrichissait les premiers plans.

Ils ne se rencontrent pas très-communément dans les cabinets de France, par le prix qu'y attachent les amateurs de son pays.

Pierre de LAAR,ou BAMBOCHE , né à Laar en Hollande en i6i3 , mort en 1674.

Le surnom de Bamboche lui fut donné à Rome

if)6 Notices

par la Lande joyeuse des peintres flamands et liollan-» dais , à cause de sa difformité' naturelle qui ne put changer la gaieté' de son caractère. Bamboche quitta très-jeune encore son pays natal pour aller se fixer en Italie , où il passa une partie de sa vie dans la socîe'te' et l'intimité' des plus lial>iles peintres de Rome, où ses tableaux furent très-recherclie's. 11 peignait fort bien le paysage , les chasses , les animaux , des rencontres de voleurs , des attaques de coches. Pierre de Laar fut contemporain des Doth , du Lorrain , du Poussin , de Polembotirg et de tous les autres paysagiste? d'Italie.

La manière de Bamboche est forte d'effet et de couleur ; on dit qvi'il ne commençait jamais un tableau sans jouer un air sur son violon , après quoi il prenait sa palette et semblait travailler d'inspiration.

Ses tableaux sont assez rares en France , mais il e'en trouve beaucoup en Angleterre et en Italie où ils sont très-estime's.

On a grave' d'après ce maître qui a grave' luimême à l'eau forte.

Raimond LAFAGÈ , né à Toulouse en 1648, mort en 1690.

Lafage fut un des plus savants dessinaleuvi k

STTR LES Peintres. ïgrr

la plume , genre pour lequel il avait reçu de la nature le talent le plus étonnant. Lafage ne s'exerça jamais à la peinture qu'il eût honore'e sans doute par ses succès. ,

Il est assez difficile de se faire une ide'e de kt facilite' de dessiner de Lafage qui , le plus souvent ^ sans aucun trait de crayon , entreprenait un trèsgrand sujet.

La plupart de ses dessins ont e'te' compose's au cabaret , qui était son atelier ordinaire , et il lui est arrive de confier ses plus belles pensées sur le dos du me'moire du cabaretier , qu'il faisait porter ensuite chez quelques amateurs. Ses dessins sont passés dans tous les pays. Sa manière de dessiner le paysage tenait beaucoup de celle des Carraches y il en ornait souvent le fond de ses compositions , sur-tout de ses bacchanales , genre dans lequel sou ge'nie s'est surpasse', mais oii la licence se fait trop sentir. C'est seulement comme dessinateur de paysages qu'il trouve une place dans cet article.

Lafage mourut fort jeune de la suite de ses de'bauches.

On a grave' presque tous ses dessins , et il a grave lui-même quelques planches qui sont rares et difCrt ciles à trouver»

iqg Notices

LOCATELLI , mon à Rome en 174».

Locatelli qui a ëte un clés meilleurs paysagPstes d'Italie, a toujours vécu dans une indigence extrême dont il est assez difficile d'expliquer les causes.

Cet artiste avait reçu de la nature , avec beaucoup de facilité , une manière de peindre large et moelleuse, qui donne beaucoup de charmes à ses paysages. Quoique ce peintre soit moderne, on n'a guères de détails , ni sur sa naissance , ni sur sa we privée , il est assez probable que son caractère ou sa manière d'être aient pu contribuer à le faire vivre dans un état d'indigence avec de si grands

talents.

Ses ouvrages sont plus connus en Italie qu'en France , il en est passé beaucoup en Allemagne et «n Angleterre.

Ses tableaux représentent toujours des vues de Rome et de ses environs , qu'il ornait de figures et d'animaux.

On a gravé en Angleterre d'après ses ouvrages.

On serait tenté de croire que Verne t l'a connu en Italie et lui a été utile par une certaine ressemblance dans la touche et dans la manière ^e peindre.

SUR lES PeI'JiTRES. I^^

LOUTHEFiBOURG, né à Sirasbourg,

Ce peintre dont l'enfance fut livrée de très» bonne heure à l'e'tude des arts , arriva à Paris > avec un talent forme. Il y jouit, pendant plusieurs anne'cs qu'il passa dans cette capitale", d'une re'putation bien me'ritee. Ses tableaux firent le principal ornement des diverses expositions du Louvre , oh il brillait dans tous les geru'es. Le paysage , les batailles , les chasses , les animaux , les marines occupèrent tour à toiu* son pinceau ferme et moelleux.

Peu de peiulres ont eu de leur vivant autant de vogue et d'appréciateurs. Loutheri/ourg ioi^nmi à une mémoire surprenante une facilité d'exécution qui paraissait n'être qu'un jeu pour lui. La peinture n'était pour ainsi dire qu'un délassement pour ce génie fécond. Ses tableaux ont quelque chose d'appétissant , de frais et de vaporeux qui les a fait toujours rechercher ; ses ciels et ses eaux sont surtout peints avec un goût exquis.

Si les animaux de Loutherbourg n'ont pas toute la vérité et l'exacte précision de la nature , il est vrai de dire qu'il a su leur doonçr un caractère et.

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une tournure à lui , qui les rendent si inte'ressanls qu'on serait mal fondé à exiger un autre air que celui qu'il leur a assigne'.

Ce peintre , d'un caractère vif et bouillant , après avoir vécu quelques années à Paris , est passé en Angleterre par le désir du changement. Ses ourVrages y ont été bien accueillis ; mais je crois que son talent n'y a pas gagné, si l'on fait la comparaison des tableaux qu'il a peints en France avec ceux qui sont revenus d'Angleterre.

On croit que ce peintre y vit encore ; il a eu )ong-lem2:)S l'entreprise des décorations du premier théâtre de Londres.

On a beaucoup gravé d'après Loutherboiirg y il a gravé lui-même plusieurs pièces d'une manière forte et vigoureuse , qui sont très-recherchées.

Jean MIEL , né à Vlaendej-en près envers , mort à Turin en 1664.

Jean Miel partit fort jeune pour l'Italie , où il se fixa pour toujours. Il y exerça d'abord le genre de i'histoire , mais son goût l'entraîna vers le genre des pastorales et des paysages dans lesquels il réussit parfaitement. Ses tableaux sont largçs d'effet , soa

STTR LES Peintres. 2oi

pinceau gras et onctueux , sa couleur est dore'e et ses ciels très-clairs et très-brillants. Il reçut beaucoup de biens du Duc de Savoie , Charles-Emmanuel , qui le fixa à sa Cour, et pour lequel il peignit beaucoup de tableaux en tous genres ; mais c'est particulièrement comme peintre de scènes familières de jjaysans qu'il est recommandable dans l'histoire des arts.

Francisque MILLET , né a Anvers en 1644 y mort à Paris en x68o.

Ce peintre qui chercha à imijer les paysages du Poussin , s'adonna aussi au genre de l'histoire , qu'il eût fort bien traite si son ge'nie eût pu se fixer. Il parcourut la Flandre , la Hollande et l'Angleterre. Paris fut le terme de ses voyages, et il y mourut dans un âge peu avance' , d'un breuvage, dit-on, que des envieux lui donnèrent. La touche de Francisque est facile ; il dessinait bien. Cet artiste e^t un de ceux qui a le plus approche du Poussin dans l'imitation de ses paysages. Il avait reçu de la nature une me'moire si heureuse qu'il lui suffisait d'avoir vu un objet pour se le rappeler et le rendre avec exactitude , soit dans les ouvrages des autres , soit d'après nature. On a beaucoup grave d'après ce peintre , et sou œuvre est très-connue»

ïioa Notices

MINDERHOUT ^ né en HolIa?ide,

Minderhout s'adonna particulièrement à peindre des marines qu'il exe'cutait d'un grand goût. Les figures -de ses tableaux sont bien dessine'es. Ce peintre est peu connu en France , et c'est dans son pays et en Angleterre que sont reste's la plupart de ses tableaux. On connaît deux grandes estampes grave'es d'après lui par Lemire , dont une porte pour titre le Bassin de Bruges. J'ai vu de ce peintre un paysage avec un fond de mer d'un effet le plus vaporeux , et d'une belle couleur,

MOUCHERON , né en Hollande,

Les paysages de Moucheron sont d'un faire fort léger et très-agre'able. Ses ciels sont ordinairement très-vaporeux et ses sites fort étendus. Sa manièrede toucher les arbres est finie et spirituelle ; il îeur donne une tournure très-pittoresque. On reconnaît les tableaux de Moucheron à une certaine affectation de piquer ses arbres avec des tons grisâtres. Le fond de son coloris est fort et dore'. Les tableaux de Moucheron sont placés dans les meilleai» cabinet s.

SUR L'ES PeIKTRES. 2o5

Jérôme LE MUTIAN,nê en Bresse dans la Lombardie en iSaS , mort à Rome*

Le Mutian fit connaître de très - bonne heure ses grands talents à Rome , ou il fut fort prote'gé par les Papes. Il avait tellement l'amour de son art qu'il fit e'tablir à Rome la première Acade'mie de peinture , confirme'e par le bref de deux Papes , Grégoire XIII et Sixte V. Il entreprit de grands ouvrages , mais son ge'nie l'entraîna souvent Vers le paysage qu'il traita tout autrement que les autres peintres d'Italie ; son goût tenait à la manière du Titien , et de l'e'cole flamande ; ses paysages qui furent très - estime's de son temps , sont aujourd'hui peu connus en France. La manière de peindre àw Mutian est grande et forte : l'on a gravé plusieurs estampes d'après ce peintre , qui a été un des plus ce'lèbres de l'Italie.

Adrien OSTADE , né à Lubeck en 16x0, mort à Amsterdam en i685 i Isaac OSTADE , son frère puîné.

Adrien Osiade est trop connu dans l'histoire des

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arts pour que j'entre dans de grands détails snr ce peintre si ce'lèbre à juste titre. On sait qu'aucun peintre de l'e'cole hollandaise n'a peint d'une manière plus grasse , plus onctueuse , et n'a observe' mieux que lui les lois de l'effet de la lumière ; c'est chez lui un me'rile qu'on ne saurait assez louer. Son goût le porta presque toute sa vie à peindre des bambochades en inte'rieur et en paysages , c'est par ce côte' qu'il est parle' de lui dans cet ouvrage. La couleur à*Osiade est forte et dore'e.

Son frère Isaac s'est beaucoup plus exerce' aa paysage cya* Adrien ; il y a souvent joint des animaux qu'il peignait d'une touche heurte'e , et qui lui e'tait particulière. On connaît aussi beaucoup de tableaux d'hiver d'Isaac Ostade qui , quoique fort habile , a e'te' e'clipsé par son frère.

Jean-Paul PANINI , peintre de l'école moderne d'Italie»

Ce peintre , appelé' souvent dans le commerce pax ses deux prénoms seulement , s'est fait connaître surtout par une belle manière de peindre des monuments d'architecture , qu'il composait et groupait avec beaucoup de goût. Sa manière de peindre est.

SUR LES Peintre ao5

belle et savante , sa couleur dore'e , son pinceau large et gras ; ses fonds de paysage sont très-harmonieux. Les tableaux de Panini sont place's avec distinction dans les cabinets , et ils ont servi de modèles à beaucoup d'artistes qui se sont livres k peindre l'architecture.

PERELLE (père et fils) , dessinateurs et graveurs français du dix-septième siècle.

On connaît sous le nom de Perelle une suite conside'rable de paysages de toutes formes et de totites grandeurs , qui sont remarquables par une heureuse composition et par un faire large , facile et plein d'effet. On assure que cette œuvre très-varie'e est l'ouvrage de ti'ois artistes du même nom. , le père et les deux fils , qui tous trois se livrèrent à la gravure du paysage à l'eau forte d'après leurs études. Il paraît au style de leurs paysages qu'ils avaient e'te' e'tudier en Italie.

On a lieu de regretter que ces trois artistes n'aient pas eu le goût de la peinture qu'ils auraient enrichie de leurs savantes productions. Les dessins des Perelle sont souvent à la mine de plomb , ou lave's légèrement sur un trait de plume» Rien de

2o6 Notices

plus exquis et de plus agréable que ces dessins qui

sont très-recherche's.

Les paysages des Pef'elle sont dans les mains de tous les artistes. On les trouve souvent ; mais cotte mine fe'conde , recherche'e de l'e'tranger , finira par s'e'puiser pour la France.

Les Perelle ont aussi grave' d'après les tableaux de diffe'rents peintres flamands e'tablis à Rome.

PERIGNON , Peintre , dessinateur et graveur de paj- sages , du dix-huitième siècle,

Perignon se fit connaître par une belle façon de dessiner les vues de paysages qu'il terminait souvent avec quelques couleurs le'gères , souvent ils ne sont qu'au crayon , ou avec une légère teinte d'encre de la Chine ou de bistre.

Ce qui lui donne une place dans cet ouvrage , c'est sou talent particulier à peindre le paysage à la gouache qu'il exécutait sur des toiles légèrement imprimées de blanc à colle. Il fut reçu à l'Académie royale de peinture sur deux fort beaux paysages peints de cette manière, qui lui firent beaucoup d'honneur.

11 fut choisi pour aller dessiner des vues de Suisse

SUR LES Peiittres. ao^^

lors de l'exécution de ce voyage , dont il fit la plus grande partie des dessins.

Ce peintre traduisait la nature avec la plus scrupuleuse exactitude , et l'on peut s'en rapporter aux vues qu'il a dessin e'es , lesquelles sont le portrait fi délie des lieux qu'elles repre'sentent. '^

Perignon s'est aussi amuse' h. graver plusieurs planches à l'eau forte , d'après ses propres dessins ^ qui sont exécutées d'une manière le'gère et facile.

Ce peintre est mort dans un âge peu avance'.

Bonaventure PETERS , né à Anvers en ï6i4 » morù en i652.

Peters a joui , de son temps , de la re'putation du premier peintre de marines , avant Backhitisen , jVilllain Vandeit'V^eîde et plusieurs autres qui l'ont surpasse'. Il faut cependant rendre justice au talent de ce peintre qui a su représenter avec beaucoup de ve'rite' et le'gère te' toutes les horreurs de la mer et ses innombrables accidents.

Ses tableaux sont très-moelleux et très-vaporeux ^ le ciel , la mer s'y confondent ensemble , le tonnerre » ies éclairs sont souvent l'ame de ses tableaux , auxquels on ne peut reprocher qu'une couleur, un peu

2o8 Notices

trop généralement grise ; au reste il y a beaucoup de finesse dans la couleur et dans la touche de ce maître qui, sans occuper le premier rang , peut encore obtenir une place dans les cabinets des amateurs qui savent appre'cier sans partialité' les talents divers des arastes. J'ai connu des tableaux de Peiers qui étaient du premier me'rite ; mais il y a deux choix dans ses ouvragés.

On a gravé d'après ce peintre qui fait honneur à une ville qui a vu naître dans son sein tant d'habiles artistes.

Adam PVNJKER , ou PYNAQ UER , né à Pj-naker en 162 1 , viort en 1675,

On ne sait rien de bien certain sur la vie de cet artiste charmant , qui peignit le paysage de la manière la plus piquante. La touche de Pj'naker est légère , fine et brillante. Peu de peintres ont peint le paysage avec autant de tact et d'esprit. La vue des paysages de P^naker excite un plaisir et un charme exlraorùinaires. Il se plaisait sur-tout à peindre des chêuey auxquels il a donné tout l'esprit dont le feuiller de'cet arbre est susceptible. Il joignait au talent du paysage le ^raiid art de bien dessiner le& iuiiiuaux*

SUR LES PeIITTEES. 90C|

On prétend que Pjnaker a e'te' fort employé dans sa patrie à peindre des tableaux de grande proportion pour l'ornement des galeries et des grands appartements ; mais la mode a fait disparaître ces chef-d'ceuvres dont il ne reste plus de traces.

On ne connaît dans le commerce que de fort jolis tableaux de chevalet de Pjnaker , qui seuls par leur me'rite ont fait sa grande re'putation ; ils se Vendent cher , et sont toujours très-recherche's.

Pj'Tiaktr se reconnaît à une certaine manière ferme et pointue dans les formes des terrasses et à une touche spirituelle j ses ciels sont toujours très- ^ lumineux.

Corneille P OLE MB O URG j ou P OÈLEMB O URG ,

né à Utrecht en i586 , mort en 1660.

Polembourg quitta très-jdune encore Abraham Bloemaeri , son maître, pour se rendre à Rome où il passa la majeure partie de sa vie. Son premier soin fut d'imiter la manière d'Adam Elsheimer qui jouissait à Rome d'une grande re'putation ^ mais Polembourg craignant d'être imitateur se cre'a une manière suave et d'un beau fini qui lui me'rita à soa tour les suffrages des artistes et des connaisseurs,

210 Notices

Ses compositians sont ornées des ruines de Rome et de ses environs auxquels son pinceau ajoutait beaucoup d'inte'rêt. La couleur de ses tableaux est belle et brillante , il y joignait une sorte d'effet et de rigueur sur les premiers plans , qui contribuaient SI rendre ses lointains fuyants et vap«reux.

Polembourg a joui de son vivant de tous les avantages de son talent ; fête' et estime des grands , ii reçut des honneurs dans les différentes villes où il passa en retournant à Utrecht , sa patrie , où il fut fort employé , et il y mourut dans un âge avance'.

Les tableaux de Polembourg conserveront longtemps leur re'putation et seront place's avec distinction dans les meilleures collections. Ils sont aise's à reconnaître au premier coup d'ceil , quoiqu'il ait eu quelques imitateurs dont on vend les tableaux sous son nom.

Nicolas POUSSIN , né à Andelys en 1694, mors à Rome en i6G5.

Ce grand peintre est tellement connu qu'il serait superflu de vouloir faire dans cet abre'ge' l'e'nume'ratiore des grands talents qui ont rendu son nom si ce'lèbre»

Nous ne parlerons de lui que comme uu des phis

SUR LES Peintre Si iatt

grands paysagistes pour le genre he'roïque clans lequel son grand ge'nie a brillé au premier degré'.

Le Poussin est sans contredit le premier eh ce genre , et l'on retrouve dans les compositions de paysage de ce grand peintre toute la profondeur des pense'es qui se fait t-emarquer dans ses tableaux d'histoire.

Sa manière est grande et savante ; ses plans sajgcment dispose's , les monuments qu'il a introduits dans ses paysages sont peints avec beaucorip de goût , fct toujours place's à propos pour le sujet qu'il a eu intention d'y traiter.

Ses masses d'arbres sont grandes et nobles , sans affectation , et pi-oduisent de beaux effets.

Les paysages du Poussin sont assez souvent traverse's d'une grande route ou ancienne voie romaine et ils ont presque toujours un but moral ; s'ils ne surprennent pas au premier coup d'œil par le brillant du coloris, on y trouve toujours la couleur locale de la nature dont cet habile homme fut le judicieux observateur. On voit des jîaysages du Poussin dans les très-grandes collections ; il est assez rare d'en" voir ailleurs que chez les princes , et il est du plus rare qu'il s'en pre'sente dans le commerce.

On a grave' tous les paysages du Poussin , c'est

lia Notice. <

la seule ressource qui ait fait jouir les amateurs et les artistes des savantes compositions en paysage de ce grand peintre.

Paul POTTER , ne à Enhhesen en 1625 , mort à Amsterdam en i654»

Paul Potter jouit encore de la re'putation du premier et du plus célèbre peintre d'animaux de la Hollande. Personne n'a jamais peint avec autant de vérité les boeufs et les vaches. Ces animaux respirent dans les tableaux de Paul Potter , et on croit presque sentir l'odeur qu'ils portent avec eux. Quelle vie , que de sentiment dans ces paisibles créatures qui ont l'air de reg rder le spectateur avec cette curiosité qui les caractérise.

11 est impossible de peindre le velouté des prairies avec autant de vérité de couleur que Paul Potter,

Sa touche est le sentiment de la nature et ne se ressent pas du me'canisme de la peinture; rien ne sent la palette, tantx est grande la magie de cet artiste, qui fut enlevé aux arts à l'âge de 29 ans. On a peine à croire que seulement parvenu à un âge aussi peu avancé , il ait pu produire des chef-d'œuvres «ussi parfaits et tels qu'il n'a pu encore être surpassé»

SUR LES Peintres» aiS

Ses ciels sont simples et assez souvent clairs , ses arbres peut-être un peu verts le font reconnaître au premier coup-d'œil.- Les scènes très-simples de ses tableaux ne consistent assez ordinairement qu'eu deux ou trois vaches , mais d'une telle ve'rité que l'on ne peut se lasser de les admirer.

Il a grave' lui - même à l'eau forte , de Bruyn a aussi grave' d'après Paul Potter une longue suite d'animaux très-curieux et très-recherche's. Les tableaux de Paul Potter se vendent fort cher.

LEPRINCE , peintre du dix-huitième siècle , morâ à Paris depuis trente ans»

Lep rince qui e'tait venu Jeune à Paris pour y suivre l'e'tude de la peinture , entra dans l'e'cole de Bouclier qu'il quitta pour faire le voyage de Sibe'rie avec le célèbre abbc Chappe : cette expédition lointaine lui fournit l'occasion de faire des e'tudes curieuses dans les diverses contre'es qu'il fut oblige' de parcourir. Il en fit une ample provision avec laquelle il reparut à Paris aj)rès plusieurs anne'es d'absence^ et l'on fut e' tonné de la nouveauté' d'un genre jus-» qu'alors inconnu.

Leprince ne tarda guères à se faire une grande

2i4 Notices

réputation et ses tableaux devinrent l'objet du désîr des amateurs qui tous lui en commandèrent. Peu de peintres furent aussi occupe's que Leprince , sur- tout dans les premiers moments de son séjouc à Paris ; il offrit poursa re'ception à l'Acade'mie un ta-- Lleau représentant un baptême russe > traité avec beau-* coup de goût, et de magnificence. Il composa une grande quantité' de pastorales et divers sujets champêtres de cette contre'e du nord , à peine connue alors du reste de l'Europe. Ses tableaux d'un coloris très- Lrillant et de la touche la plus spirituelle plaisent infiniment ; il fit paraître aussi beauconp de paysages , mais auxquels les rigoristes pouvaient reprocher un peu de manière et de luxe de pinceau. Le-^ ■prince sentit alors que ce me'rite ne suffisait pas pour obtenir le nom de grand paysagiste , dès-lors il se retira tous les étés à, la campagne dans une situation riante , et là il se mit à peindre et à consulter la nature. On s'aperçut bientôt du grand changegement qui venait de s'opérer dans sa manière de faire , et dès-lors il obtint la palme du paysage , et il est à croire qu'il serait parvenu encore à une plus grar^de supériorité si la mort ne l'eût enlevé à la fleur de son âge.

Quelques années avant sa mort j ce peintre avaii

SUR LES Peintres. 213

fait plusieurs jolis tableaux , des scènes de village , de cabaret , des foires qui l'eussent dispute' à TVouxvermans par la finesse , le fini et la belle couleur.

Leprince a grave' à l'eau forte plusieurs suites de sujets et de figures diverses de Russie avec un esprit infini et de la pointe la plus fine comme la plus vigoureuse. Il a aussi invente' un proce'de pour imiter par la gravure le lavis à l'encre de la Chine et au bistre , et il a exe'cutë lui-même plusieurs morceaux charmants de cette manière.

REMBRAND , T^an - Rjn , né aux ennrons de Lejde en 1606, mort à Amsterdam en 1674.

Le nom de Rembrand est passé dans toutes les bouches avec l'ide'e que tout ce qui est rembruni doit sortir du pinceau de ce maître. Cette idée est bien absurde , car on connaît beaucoup d'excellents tableaux de ce peintre célèbre qui sont peints dans un ton très-clair ; à la vérité pour fixer la lumière sur un seul point de ses tableaux Rembrand avait coutume d'employer de vigoureux repoussoirs qui produisent un effet charmant ; je renvoie à ma galerie des peintres célèbres pour ce qui concerne le grand talent de Rembrand, ce n'est que parce qu'il s'est

6i(î Notice»

quelquefois amuse' à peindre le paysage , qu'il est question de lui dans cet ouvrage. Ses paysages qu'il a affecte' de piquer de lumières vives et qu'il a tenus très-sombres d'ailleurs , le de'cèlent bientôt , et on reconnaît de suite le faire extraordinaire de cet artiste singulier , et le seul dans son genre. Le grand nombre des élèves sortis de son e'cole n'ont pu jamais parvenir à l'imiter au point de le faire méconnaître.

On ne rencontre guères en France de paysages de Rembrand , et ce n'est que par les gravures qu'il Bn a faîtes lui - même que la tradition nous en esit parvenue,

Hubert ROBERT , peintre du dix-huitième siècle , né à Paris , viort depuis peu d'années.

Robert est un des peintres du siècle dernier qui a le plus produit et dont le génie fécond a pris plus de formes dilïe'rentes. Ce peintre avait se'Journe' trèsr long-temps i Rome et en Italie , où il copia tout ce que cette ville et ses en\arons conservent de monuments antiques. Robert se fit une telle habitude de l'architecture et des débris de l'antiquité que sa me'moirc les lui reproduisait sans cçsse sous toutes

STR lEs Peintres. 217

les formes possibles. Je crois qu'aucun peintre n'a ëte' plus fécond que Robert , il n'efst pas un cabinet en Europe où l'on ne trouve plusieurs tableaux de sa main. 11 les enfantait sans peine et il semblait se jouer avec son pinceau.

• Il serait difficile d'e'nume'rer tout ce que Robert a fait d'études et de dessins. Son caractère ge'ne'reux les laissait aller avec la même facilite' que son ge'nie mettait à les enfanter.

Tous les porte-feuilles sont pleins de ses productions. Presque tous ses dessins sont à la sanguine ou au crayon noir , mais beaucoup plus souvent ils sont trace's avec un trait de plume et lave's , soit au bistre , sqit à i'aquarel , d'une manière très-facile et très-le'gère. J'ai traite' plus au long du mérite de ce peintre dans une notice particulière.

Jean-Henri ROOS , né à Ottemberg dans le bas Palatinat en i65r , viort à Francfort en i685.

Roos a joui de la re'putation d'un très-habile peintre d'animaux. Il re'ussissait sur-tout à peindre les vaches et les moutons. La manière de ce peintre est agre'a- J»le , large et moelleuse. Quoique peintre de paysages , Koos fut souvent employé à peindre des portraits

2i8 Notice s

dans plusieurs cours d'Allemagne , qui lui furent paye's très-ge'ne'reusement. La plupart des princes d'Allemagne lui donnèrent leurs portraits avec une chaîne d'or. Mais malgré tous ces avantages Roos retourna aussitôt vers le paysage qui faisait ses de'lices.

Les animaux dans les tableaux de Roos sont largement et agre'ablement peints ; sa touche est grasse et moelleuse , ses ciels sont clairs et ses nuages de belle forme.

Les tableaux de Roos sont place's avec distinction dans les meilleurs cabinets et se soutiennent à un prix e'ieve'.

Salvator ROSA, né près de Naples en i6i5, mort en i68i.

Le ge'nie extraordinaire de Sahator le porta vers tous les genres de la peinture , mais il adopta particulièrement le paysage, les marines et les batailles qu'il traitait du plus grand goût et avec une fierté de pinceau rare. Personne n'a pu l'e'galer dans sa manière ferme et facile de traiter le feuiller et les rochers. Je renvoie à son article dans ma galerie des peintres ce'lèbres , pour ce qui concerne les talents, de Salyaior dans le genre de l'histoire , qu'il a peint

SUR LES Peintres. 9.19

d'une manière forte , mais qui se ressentait souvent de la bizarrerie de son caractère. C'est comme un des plus grands paysagistes qu'il est cité dans cet ouvrage. La grande facilite' de Salvator lui a fait produire un très-grand nombre de tableaux en tous genres qui sont passe's dans les diverses cours de l'Europe , il est dommage que ces ouvrages ayent i\n peu pousse' au noir , par la force qu'il leur donnait en les peignant et peut-être par l'emjjloi de mauvaises couleurs. On a de Salfator Rosa ime longue suite d'eaux fortes grave'es avec uu goût exquis , plusieurs grands sujets d'histoire , des rêves , des paysages et une suite conside'rable de figures de soldats et de femmes , lesquelles sont très-recherclie'es et se trouvent dans tous les portefeuilles des curieux.

Jacques RUISDAAL , jw à Harlem en 1640 , mort en 1681.

Jacques Rnisdaal, dès l'âge de douze ans , produisit des tableaux qui lui me'ritèrent l'admiration des connaisseurs. Ce peintre est le plus grand imitateur de la nature , et l'a rendue avec une vérité' et une exactitude rares. Ses tableaux en sont la plus parfaite

220 NOTICKS

imitation aussi s'est-il très-souvent contente de nfc faire que ce que la nature lui pre'sentait. Un simple tertre , un bout de montagne avec une petite cascade ou ruisseau d'onde pure , plaisent , rendus par le pinceau de Rmsdaal. La couleur de ce peintre est forte et dore'e , l'effet est toujours soutenu dans ses ouvrages. Ses ciels ^ont brillants et d'un grand effet. Le feuiller de ses arbres est d'une touche si vraie , sur-tout à l'extre'mité des branches , qu'il est impossible d'y mettre plus de ve'rite'. Les tableaux de Jacques Ruisdaal jouissent de la plus grande re'putation et sont l'honneur des collections , ovi ils appellent l'œil du moindre connaisseur , tant est grand l'attrait de la nature lorsqu'elle se trouve bien rendue par l'art.

Salomon R UISDAAL , frère du précédent , né à Harlem, en 1670.

Ridsdaal eut un autre frère , Salovion Ruisdaal , qui a suivi sa manière , mais avec moins de force , aussi ses tableaux furent moins recherche's , cependant ils jouissent d'une re'putation qui leur donne place chez les cuiueux. Salomon a peint avec succès les marines, on pourrait lui reprocher d'avoiç

SUR LÉS Peintres. 22*

forcé ses ombres en noir. La touche de Saîomon est ferme et piquante.

Jean SCHOOREL , né près d*Alemer en Hollande en 149S, mort à Utrecht en i562.

Après avoir fait ses premières e'tudes en Hollande, Jean Schoorel partit très-jeune pour l'Italie. Il s'arrêta d'abord à Venise où une quantité prodigieuse d'e'trangers partait pour la Terre Sainte , il s'embarqua avec eux , et arrivé sur les bords du Jourdain , il s'occupa à dessiner les plus beaux aspects de ce fleuve et tout ce que la Syrie lui offrit de curiosités. En repassant en Europe, il s'arrêta à Chypre, à Candie et à Rhodes , qui dans ce temps appartenait encore à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il emporta de ce voyage la plus belle collection -d'études qui lui servirent par la suite à orner ses compositions et ses paysages. Les tableaux de ce peintre sont aujourd'hui très-rares et presque inconnus en France , Jean Schoorel est un des premiers et des plus anciens paysagistes.

221 Notices

Jacques STELLA peintre du dix - septième siècle , mort à Paris en 1647.

Stella fut un des grands peintres d'histoire de l'e'cole française , il passa plusieurs anne'es en Italie oii il e'tait aile' à l'âge de vingt ans. Je n'entrerai dans aucun de'tail sur les grands talents en histoire de ce peintre célèbre qui fut fort employé en France.

On a de lui une suite de fort jolis dessins qu'il composait dans ses soire'es ; il en a .grave' lui-même plusieurs suites parmi lesquelles on remarque l'histoire de la Vierge en divers petits sujets. Mais c'est à cause du grand talent qu'il a montre' pour le genre pastoral que j'ai cit^ , dans cet ouvrage , cet homme ce'lèbre,

.Abraham STORCK , peintre de l'école hollandaise j né à Amsterdam , vivait en 1 65o.

Storck est un des plus modernes peintres de marines de la Hollande , et il a me'rite' par ses talents en ce genre d'être place' à côté de ceux qui s'y sont le plus distingués avant lui* La manière de Storck

SUR LES Peintres. 2i3

est fort agréable , ses tableaux sont touche's avec beaucoup de fermeté et d'esprit , ses ciels sont Leaux et brillants , ses nuages sont de belles formes. On ne voit guères que des petits tableaux de ce maître , ce qui ferait penser qu'il s'est peu exerce' à peindre en grand. Les tableaux de Storck se font aise'ment reconnaître par une touche brillante et par la richesse avec laquelle il a orne les poupes de ses vaisseaux dont les agrès sont très-vrais et très-soigne's. Les tableaux de Storck ne sont pas très - chers probablement à cause de l'extrême fe'condite' de cet artiste,

TITIEN ( Vecelll ) i ne à Cador dans le Friolil en ^477 » ri^ort en i6j6.

Le nom du Titien est un de ces noms ce'lèbres qui sont passe's d'âge en âge avec une re'putation que quatre siècles n'ont pu diminuer.

On sait que le Titien a e'te' le père de la couleur et le premier coloriste de l'univers. Il a servi à former Rubens et une infinité' d'autres grands coloristes qui l'ont pris pour modèle. Le Titien se place entre Raphaël et Michel- Ange , et ces trois peintres ce'lèbres forment un espèce de triumvirat en peinture, qui n'a pu être remplace' jusqu'à nous.

2'24 Notices

Il est iilutile de re'pëter que le Titien a travers* «ne très-longue carrière en produisant autant de chef-d'œuvres que de tableaux. Venise, sa patrie , et plusieurs villes de l'Europe ont e'te' de'core'es de SCS ouvrages où ils jotiissent d'une grande re'putation.

Le Titien fit paraître un des premiers de très* beaux paysages d'un grand style et fort bien compose's ; ils les ornait assez ordinairement de figures peintes avec goût. Le feuiller de ses arbres est si parfait qu'on le peut proposer comme un modèle excellent à imiter , et pour se faire une belle pratique de toucher les arbres. C'est comme grand peintre en paysages qu'il acte' cite' dans cet ouvrage,

Dayid TENIERS le jeune , né à Anvers en i6io , viort à Bruxelles en 1694.

Une famille de peintres du même nom honore \es fastes de la peinture et brille avec avantage parmi les peintres célèbres de la Flandre. David Teniers le fils , dont est ici question , est celui qui est arrive' au plus haut degré de talent. Son nom vole de bouche en bouche , et on ne peut parler peinture sans le prononcer ou y penser. Tous les genres de la peinture furent si familiers à

SUR LES PEIîJTnES. 39.5

Teniers qu'on le surnomma le Singe de la Peinture. II peignit les foires , des noces de village , des assemble'es de paysans et beaucoup de sujets d'intérieur , avec un talent , une finesse de couleur et une touche admirables. Comme presque tous ses tableaux sont termine's par de jolis fonds de paysages, et qu'il en a fait beaucoup où le paysage est la vraie partie dominante , j'ai cru devoir le citer dans cet ouvrage où peu de peintres me'ritent autant que lui d'y tenir place.

J'ai parle' plus au long des talents de cet habile peintre dans ma Galerie des Peintres ce'lèbres ; j'y renvoie les amateurs qui voudront avoir plus de détails sur ce grand peintre de la Flandre.

La manière de faire le paysage de Teniers est large , facile et transparente , tout est anime' dans sqs tableaux , le feuiller en est traite avec la jîlus grande le'gèrete' et une extrême facilite' ; une touche fine et pointue caracte'riîe tout ce qui est sorti du pinceau de cet homme inimitable.

Jean VAN-AK TOIS , né a Bruxelles eniQiZ. '

Van-Artois est un des plus savants paysagistes

ÙA l'école flamande , aucun peintre ne l'a e'galé

220 Notices

pour sa grande manière de traiter le paysage fprr semble être la fidelle repre'sentation de la nature. Tout est en mouvement dans les paysages de ce peintre , les arbres qu'il traitait de la plus grande manière ont toujours Tair d'être agiie's par le vent. Ses sites sont très-e'tendus et ses lointains peints avec une harmonie extraordinaire. II avait l'art d'orner le devant de ses tableaux avec des détails qui y ajoutent un grand inte'rêt. L'amitié qui l'unissait avec David Tenicrs parle beaucoup en faveur de ses talents. Quoique Van-Artois peignît souvent en grand, on ne laisse pas encore de trouver de ce peintre de fort jolis tableaux de chevalet.

Jean VAN-GOYEN , né à Lejde en iSgS , mort en i656.

Il n'est peut-être pas d'exemple d'une aussi grande facilite' pour son art que celle que Van-Qojren reçut de la nature. Il semblait se jouer de la peinture , et ses tableaux paraissent avoir e'té peints avec la vivacité' de la pense'e. Sa couleur est Vraie , d'urie transparence admirable , sa touche fine , le'gère et facile. En examinant les tableaux de Fan-Goyen onjàrerait que l'on a vraiment de l'èâû devant Itfi

SUR LES PeITîTUESc 2^7

yeux , tant il y rè^ne de transparence et de limpidité : jamais on n'imita mieux les reflets dans l'onde.

Ce peintre s'est souvent exerce' à peindre des canaux , des vues de l'Escaut et de la Meuse toujours couverts d'une infinité de barques et de vaisseaux auxquels il savait assigner leur véritable physionomie. Ses innombrables petites figures qui ne sont pour ainsi dire que heurtées , ont le mouvement et la tournure si naturels , qu'on ne voudrait pas les voir plus terminées.

Sa manière de toucher les arbres est légère et animée ; sa couleur tantôt claire , tantôt forte , se fait également admirer des connaisseurs. Peu de peintres ont autant produit que J^an-Goj-en , à en juger par l'immense quantité de ses tableaux répaudus avec profusion dans tous les cabinets.

Adrien VANDER-.KABEL , né à Riswicken i63i , mort en 1696.

ITander-Kahel dont peu d'auteurs ont parlé , a passé pourtant pour un très-habile paysagiste ; il quitta la Flandre pour voyager en Italie , il s'arrêta quelque temps en France et vint ensuit^ se fixer

2î8 Notices

à Lyon où il est mort après avoir laisse dans celle

ville beaucoup de ses ouvrages.

On assure que plusieurs de ses tableaux ont poussé au noir , peut-être par l'emploi des mauvaises couleurs. Ses paysages tiennent assez souvent du genre he'roïque. On a gravé d'après ce peintre.

'Antoine ' François VANDER-MEULEN , né m Bruxelles en i654 > mort en 1690.

Peu de peintres ont joui de leur vivant d'une aussi grande réputation que Wander - Meulen, Tout le monde sait quelle fut la grande facilité de ce peintre pour peindre les chevaux qu'il dessinait dans la perfection. Son talent pour les batailles est assez connu par les grands monuments qu'il a laissés en ce genre et par toutes les gravures qui en ont été faites.

Les fonds de paysages de J'^ander'-Meulen sont admirables par la vérité et la belle manière avec laquelle il traitait les terrasses , les arbres et les diverses fabriques. On a de lui une infinité de jolis paysages qu'il ornait souvent de chasses ou de chocs de cavalerie qui sont d'une touche pleine de Hacsse. La manière de faire les arbres de ce peintre

SUR LES PeIITTRES. 229

et de peindre les terrasses se rapproche beaucoup de la manière de Teniers , et c'est faire son éloge. J'ai parle plus au long des talents de ce peintre ce'lèbre dans ma Galerie des Peintres.

Isaïe yAN-DE-VELDE , dit le vieux j né à Harlem , vivait en i63o.

Van-de^Velde le vieux est le chef d'une longue suite d'artistes ce'Ièbres du même nom , ses paysages luime'ritèrent l'attention des connaisseurs de son temps, et l'on est redevable à ce peintre des progrès de l'e'cole flamande en cette belle partie de la peinture. Van-de-Velde peignit des paysages, des batailles , des attaques de coches et de voleurs.

Sa manière est fine et le'gère , sa couleur a toute hi transparence qui est devenue he'réditaire aux écoles flamande et hollandaise.

'Adrien VANDEN-VELDE , ne Amsterdam ert 1659 , m,ort en 1672.

Cet habile peintre dont le passage dans la carrière des arts n'eut presque que la dure'e de l'e'clair, a cependant assez yçcu pour obtenir une re'putatioiai

aSo Notices

Lien méritée -par la beauté de ses ouvrages, p^anden^ Velde peignit avec un e'gal succès le pay&age et .les anijnaux auxquels il a donne' la plus grande ve'rite et un certain moelleux dans l'exécution qui donne à ses ouvrages un velouté qui charme et qui plait infiniment.

Adrien Vanden'Velde fut un des élèves de Vaii' Goyen qu'il quitta pour se livrer à l'étude de la nature.

On le trouvait sans cesse à étudier dans les campagnes , et cette grande assiduité qui le jrendit en peu de temps si habile ne contribua pas peu à détruire sa santé. Cet habile artiste mourut h. peine âgé de vingt-n€uf ans , avec la réputation d'un des plus habiles, comme de l'un des plus pré- /cieux peintres de la Hollande.

Les tableaux de ce maître se reconnaissent aisé-» ment à une couleur forte et dorée , à des ciels clairs et harmonieux , à une touche toujours suave.

TViîîiam, ou Guillaume VAN-DE^FELDE , né à Amsterdam en i66j , mort à Londres en 1707.

C'est comme très-célèbre peintre de mannes , qu'il est question de f^an-de- jj^eîde dans cet ouvrage.

SVR LES Peintres. a5i

Ce peintre est regarde' à juste titre comme le peintre le plus pre'cieux en ce genre qu'ait produit la Hollande. Rien de plus vrai , rien de plus pre'cieux et.de plus beau en fini que les tableaux de ce peintre qu'o» ne peut se procurer qu'avec de très-grosses sommes d'argent. Peu de peintres ont e'te' aussi rigoureux observateurs de la forme et des agrès d« vaisseaux que Guillaume J^an-de-J^elde ^ ses eaux sont d'une transparence , d'une beauté' ravissantes. Ses tableaux de calmes offrent des reflets admirables et tels que l'on se persuade voir la nature même.

On a quelquefois confondu ce maître avec celui qui fait l'article pre'ce'dent , mais ils n'e'taient pas de Ja même famille et ils se sont exercés tous les deux à des genres biens diffe'rents.

Arnoult VANDER-NEhR , né à Amsterdam em 1619 , mort en i683.

Vander-Néer s'est acquis une grande re'putation par la ve'ritë avec laquelle il a peint les effets de nuit. Ses clairs de lune qui sont d'une ve'rite' extrême lui ont me'rite' une place très-distingue'e dans l'e'cole hollandaise.

îl règne dans les tableaux de F'ander-Néer ms

soi Notices

grand fond d'harmonie si nécessaire dans le gcnrff de tableaux. Quoiqu'il ait souvent peint en petit on ne laisse pas que de trouver quelquefois de ses ta- Weaux d'une assez grande proportion. Ses ouvrages lieront estime's long-temps, et tiennent bien leur place dans les meilleures collections^

Joseph VERNE T , né a Avigiion , mort à Parus vers la fin du dix-huitième siècle.

Wernet a Joui de son vivant d'une re'putation bien me'rite'e , et que la poste'rite' lui conservera.

Son grand talent à peindre les marines et les paysages !e place au premier rang parmi les peintres de Fe'cole française. II a pu juger lui-même de l'effet et de la sensation qu'ont produits ses ouvrages] sur l'esprit et le goût de son siècle.

Peu de peintres ont e'te' plus occupe's que Wernet ^ et ont produit avec cette facilité qui ressemble à ime source fe'conde par oà s'e'coulaient Journellement ses ouvrages. Son heureux naturel lui faisait assez couvent produire en une maline'e un tableau de'licieux qui e'tait aussitôt enlevé' que termine'. C'était à qui pourrait posséder un tableau de Vernet , il a enrichi "^ui seul tel et tel marchand de tableaux qiir sans hi^i

«TTR lES PeiîJTRÏS. 233

serait resté dans un état de médiocrité. Les tableaux et les grands talents de Vernet sont si connus et «ont encore tellement dans la mémoire de ceux qui ont connu cet habile homme , qu'il serait superflu de vouloir ici le louer ou les détailler. Tout ce qn« l'on peut dire à l'avantage de ce grand peintre , c'est qu'il fut le créateur de son genre , qiVil voulut se frayer une tout autre route que s^s devanciers dans celui des marines qu'il a eu l'art de rendre toujours intéressantes , qu'il a eu le bonheur de conserver son talent jusqu'au moment où la mort l'a saisi la palette à la main, f^ernet a laissé deux héritiers de ses talents et de son nom.

J'ean VlNANTSf né h Harlem , dans le dix-septième siècle.

Il est bien étonnant que ce peintre charmant ait été oublié par tous ceux qui ont écrit sur la peinture, yinants est cependant un àes plus habiles paysagistes de l'école hollandaise , et qui a eu Tavantage de former une pépinière de très-grands peintres auxquels il enseigna les secrets de son art.

La manière de yinants est suave , agréable et piqueinte en même temps j ses tableaux sQa|i très-rei

^5Jf Notices

c^çrclies par la naïveté et le charme de couleur

jjiai ,}es 4istiiiguent.

Ses ciels sopt clairs et lumineux , ses arbres bie». touche's et ses paysages d'une assez grande étendue de pays.

On les reconnaît à un certain ton de couleur vineux qui y règne assez ordinairement par des lointains vagues et vaporeux. Une remarque distinctive c'est qu'il avait coutume de placer sur le devant de son tableau qui repre'sente souvent un grand cberain , un tronc d'arbre renverse , accompagne de ielles plantes qu'il peignait très-largement et avec beaucoup de ve'rite'.

Les beaux tableaux de ce maître se vendent assez «^ber et sont places par tout avec distinction.

Philippe jrOUFERMJNS ,nê à Harlem en 1620, mort en 1668.

II n'est guère de peintre plus connu dans les anjiales de la peinture que Philippe jVouvermans , dont les tableaux enchanteurs repre'sentent ordinairement des départs de chasses , des haltes , des chocs de cavalerie , des batailles , des marche's , dçs foire^ des intérieurs d'écuries. On sait que c«

SUR LES Peu» TRES» sSS

peintre qui dessinait parfaitement les chevaux en 4 place dans tous ses tableaux qui font les de'lices des amateurs par un effet suave, un beau fini et une touche pleine d'esprit , qui perce et brille à travers «on pre'cieux fini. Les paysages de fVouvermans présentent assez souvent beaucoup d'e'tendue d« pays , et son point de vue est toujours assez e'ieve.-

La couleur de TVoiwermans est dore'e et vigoureuse sans être noire. Ses ciels sont toujours uu peu ne'buleux et charge's de vapeurs. Ses arbres sont le'gers et très-détaillës. Il est bien rare de ne pas rencontrer quelques tableaux de cet artiste admirable dans tous les cabinets ; l'amour du travail lui en a fait produire beaucoup quoiqu'il n'ait pas eu une carrière fort longue. Cet habile homme ve'cu^ toujours dans la me'diocrite*. J'ai parle' de lui plus au long dans ma Galerie des Peintres ce'lèbres.

Tfouverinans eut un frère nomme' Pierre qui peignit le même genre que lui , mais avec moins de succès : on confond quelquefois leurs ouvrages,

Régnier ZEÈMANN , surnomme Remj- NOOMS ^ Jlorissait à Amsterdam en 1670.

Zeêmann n'est guère connu qu'en Hollande , où

256 Notices

ses tableaux sont conservés. Il peignît les marines avec succès et paraissait fort instruit de tout ce qui concerne la marine et les divers agrès des vaisseaux. Ce peintre est beaucoup plus connu en France par une suite de marines qu'il a grave'es à l'eau forte d'une manière large , et qui sont recberche'es des connaisseurs.

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