‹ Essai sur le principe de populationChapitre 162 sur 368 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

(les jugements d'une extrême délicatesse. Ixs propriétaires durent s’attacher dans leur choix à quelque marque distinctive plus sûre et plus évidente. Il parut juste et naturel, qu'à l'exception de quelques cas très particuliers, ce choix tombât sur ceux qui auraient les moyens et la volonté d’augmenter par leur travail le produit auquel ils voulaient participer, puisqu'il devait en résulter pour la communauté même un avantage manifeste, et que les propriétaires devaient être mis en état par ce nouvel arrangement de fournir des aliments à un plus grand nombre de personnes. Voilà donc tous les hommes, que presse le besoin, obligés d'offrir leur travail en échange de leur nourriture. Le fonds destiné à mettre le travail en activité est donc la quantité de nourriture possédée en somme par les propriétaires de terre, au-delà de ce qui suffit à leur propre consommation. Quand les demandes faites sur ce fonds étaient grandes et multipliées, il arrivait naturellement qu'on le répartissait en portions très petites. Le travail était mal payé. Les hommes offraient leur travail pour le plus étroit nécessaire; l’accroissement des familles était arrêté par les maladies et par la misère. Si au contraire le fonds croissait rapidement , s'il était considérable en comparaison des demandes, les portions dans lesquelles on le divisait étaient plus grandes. Nul homme ne consentait à travailler, si on ne lui donnait en échange une assez ample provision de nourriture. Les ouvriers vivaient à leur aise, et se trouvaient en état d’élever des enfants nombreux et bàen portants.

C'est principalement de l'étal de ce fonds que dépend de nos jours, en tout pays, le bonheur ou le malheur du peuple. Et c’est du bonheur ou du malheur du peuple que dépend principalement l'état progressif, stationnaire ou rétrograde de la population.

Il parait donc qu’une société, fondée sur le plan le plus beau que l'imagination puisse concevoir, animée par le principe de la bienveillance et non par celui de l’amour de soi ou de l’intérêt personuel , dans laquelle toutes les dispositions vicieuses seraient corrigées par la raison et non par la force, dégénérerait très vile, par une suite des lois inévitables de la nature, et nullement par la méchanceté primitive de l'homme ou par l'effet des institutions humaines; qu’elle retomberait dans une forme de société peu différente de celle qui existe actuellement sous nos yeux; qu’elle offrirait, comme celle-ci, une classe d’ouvriers et une classe de propriétaires; et que le ressort mouvant de la grande machine sociale serait, pour l’une comme pour l’autre, l’amour de soi ou l’intérêt personnel.

Dans la supposition dont j’ai usé, l’accroissement de la population

SYSTÈMES D’ÉGALITÉ

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est incontestablement moindre, et l'accroissement du produit incontestablement plus grand que dans la réalité. Il y a tout lieu de croire que, dans les circonstances que nous avons feintes, la population croîtrait plus rapidement qu’on ne l'a jamais vue croître. Si donc nous adoptons pour la période de doublement 15 années au lieu de 25, et si nous réfléchissons au travail nécessaire pour doubler, s’iï est possible, le produit annuel dans un temps aussi court, nous n’hésiterons pas à prononcer qu'en supposant le plan d’égalité de M. Godvvin établi et porté au plus haut point de perfection , il serait infailliblement détruit parle principe de population en moins de 50 années.

Je n’ai point en tout ceci fait entrer l’éinigration en ligne de compte, par une raison fort simple. Si l’on établissait des sociétés sur le meme plan d’égalité dans toute l’Europe, il est évident que dans toutes les contrées de celte partie du monde, les mêmes efl'ets se feraient sentir; et qu’étant surchargées de population, elles ne pourraient offrir une retraite à de nouveaux habitants. Si ce magnifique plan n’était réalisé que dans une seule ile, certainement il faudrait que l'établissement eût fort dégénéré, ou que le bonheur, qui devait en être la suite, fiH fort inférieur à notre attente, pour que ceux qui en jouiraient consentissent à y renoncer, et à se soumettre aux gouvernements imparfaits du reste du monde ou aux difficultés inséparables d’un nouvel établissement

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