‹ Essai sur le principe de populationChapitre 85 sur 368 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

les divers emplois de la vie , parce que la mortalité est très petite, il est souvent obligé d’attendre bien longtemps, avant de pouvoir atteindre une situation qui le mette eu état de soutenir la charge d’une famille.

En général il y a, dans les fermes de Norwège, un certain nombre «le manouvriers mariés qui y ont de l’emploi. Ce nombre est proportionné à la grandeur de la ferme. On les appelle maisonnicrs. Ils reçoivent du fermier une maison et une quantité sullisante de terres pour l’entretien de leur famille. Ils sont tenus en retour de travailler pour lui , à un prix bas et convenu , toutes les fois qu’il le requiert. Si l’on excepte les lieux placés tout près des villes ou sur les bords de la mer, une place de ce genre est le seul moyen qui s'offre d’entretenir une famille. Le nombre des hommes rassemblés est si petit, et les occupations si peu variées, que chaque individu voit distinctement quelles sont ses ressources, et sent la nécessité d’attendre qu’il se présente une place vacante, avant de se livrer au désir de se marier. Si, tenté par l’abondance des matériaux à sa portée, il voulait essayer de se bâtir lui-méme une maison, le fermier, pourvu d'un nombre sullisant d’ouvriers, ne lui céderait pas du terrain; il trouverait bien quelque emploi pendant les trois ou quatre mois d'été, mais il ne pourrait suffire à l’entretien d’une famille toute l'année. Il est probable que c'est dans des cas de cette nature, où l’impatience de se marier engageait les jeunes gens à bâtir et à se lier à leur fortune, que les prêtres des paroisses usaient du pouvoir de refuser leur assentiment.

Ainsi il arrive que les jeunes gens et les jeunes filles sont obligés de rester auprès des fermiers en qualité de domestiques célibataires, jusqu’à ce qu’il vienne à vaquer une place de maisonnier. Aussi y a-t-il plus de ces domestiques célibataires, soit dans les fermes, soit dans les iàmillcsde notables, que ne semble l’exiger le travail à faire. La division du travail en Norwège n’est pas très considérable. Chaque ménage se fournit à lui-méme presque tout ce qui peut suffire aux besoins de l’économie domestique. Non-seulement on fait à la maison la bière, le pain , le blanchissage , mais encore le beurre et le fromage; ou tue les bœufs et les moutons pour son usage; on importe soi-même sa provision d’épiceries. Les fermiers et tous les gens de campagne en général lîlent leur lin et leur laine, tissent leurs toiles et leurs draps. Dans les plus grandes villes du pays, comme à Christiania et à Dronthcim, on ne voit rien qui puisse porter le nom de marché. On a bien de la peine à y avoir une pièce de viande fraîche. Au cœur de l’été, on n’v trouve pas une livre de beurre frais à acheter. Il y a des foires à certaines époques de l’année, où l’on met en vente toutes sortes de provisions

OBSTACLES A LA POPULATION EN NOnWÉCE.

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susceptibles d’être conservées ; si l’on néglige d’en profiter, ou en éprouve de grands inconvénients, parce qu’il est très rare que ces denrées se revendent en détail. Ceux qui ne font dans ces villes qu'une résidence passagère , ainsi que les petits marchands qui n’ont point de ferme, se plaignent beaucoup d’un ordre de choses si incommode. Les femmes de négociants, qui ont des terres considérables, disent que l’économie domestique d’une famille norvvégienne est si étendue et si compliquée, qu’elle exige, pour être surveillée, l’attention la plus soutenue, et qu’il ne leur reste de temps pour aucun autre objet.

11 est évident que cet ordre de choses suppose un grand nombre de domestiques. On dit en outre que ces domestiques ne sont pas très diligents, et qu’il en faut plus qu’en d’autres pays, pour faire le même ouvrage. Il résulte de là que, dans chaque établissement, on trouve deux ou trois fois autant de domestiques qu’on en trouverait en Angleterre; en sorte qu’un fermier, qui n’est pas distingué par sa mise des simples manouvriers qu’il emploie , a quelquefois une maison de vingt personnes, eh y comprenant sa famille. 11 y a donc beaucoup plus de ressources ou de moyens de subsistance pour un célibataire que pour un homme marié.

Sous l'inlluencc de ces circonstances, les classes inférieures du peuple ne peuvent pas beaucoup multiplier; elles ne commenceront à s’accroître que lorsque les fonds du commerce, ou la division et l’amélioration des fermes, offriront de nouveaux emplois aux ouvriers mariés. Dans les pays peuplés d’une manière plus complète, ce sujet est toujours enveloppé d’obscurité; chaque homme croit avoir aussi bonne chance d'être employé que son voisin, et se flatte, s’il échoue dans un endroit, de réussir dans un autre : il se marie donc et se fie à sa fortune. La suite de cette confiance est trop sonvent, que l’excès de population qui en résulte est réprimé par les obstacles destructifs ; la misère et les maladies. En Norwège, le nombre des familles additionnelles que peut entretenir une nouvelle demande de travail, est plus distinctement marqué. La population est si petite, que dans les villes même il est difficile de commettre à cet égard aucune erreur considérable. Dans les campagnes, si les terres se divisent ou s’améliorent, et s’il en résulte la création de quelques nouvelles places de roaisonniers, c’est une chose qui est connue de tout le monde. Un homme qui peut obtenir une de ces places se marie, et a de quoi soutenir sa famille; celui qui ne peut point en obtenir ne se marie pas. Ainsi l’excès de la population est toujours prévenu; il ne se produit pas, comme ailleurs, pour être immédiatement soumis à l’action des causes destructives.

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