Tacite, BisL, I
2. Les anciens ont ignoré le système représentatif, qu*on peut mettre au nombre de ces trois ou quatre découvertes qui ont créé un autre univers (Chateaubriand, Génie du Christianisme^ liv. VI, chap. 2).
3. M. Littré a écrit : c L'empire fut une dictature avec une admiois- « tration et des lois, mais sans institutions. J'entends par institutioDS « tout mode régulier par lequel les gouvernés interviennent dans le < gouvernement qui les régit. » {Ettuies sur les Barbares et le moyen âge^
conçoit qu'ils aient hésité à porter la hache sur cet arbre aux mdnes profondes, qui avait grandi lentement entre les sept collineB, et maintenant couvrait de ses rameaux l'univers civilisé, portant ensemble de bons et de mauvais fruits.
Mais en acceptant le principat, en le conservant, pourquoi ne pas l'améliorer ? Et pour y introduire les modifications dont l'exflérience démontrait la nécessité, quelle circonstance semble plus UYorable que l'avènement d'un empereur tel que Trajan, décidé à associer le sénat à son gouvernement dans une large mesure, et allant même, comme nous le verrons, au devant et ensuite au delà du vœu public? Personne n'y songeait, et l'on s'expliquera cette insouciance qu'on pourrait qualifier d'aveuglement, en se rappelant combien difierent l'idée romaine et la nôtre sur la responsabilité du pouvoir. Cette responsabilité consiste, chez les peuples modernes, dans le droit donné à chaque citoyen ou à son mandataire, d'interroger le pouvoir exécutif sur ses actes au moment même de leur accomplissement. A Rome, au contraire, l^ magistrat était inattaquable tant qu'il n'était pas sorti de diarge' ; alors, seulement, l'appréciation de sa conduite politique appartenait à ses concitoyens, dont il était redevenu l'égal. Son pouvoir, essentiellement absolu, n'avait eu pour limite que la kîèveté de sa délégation, et le conflit que pouvait amener rezercicQ aussi souverainement indépendant des autres magistra- (3|reB. li|, peuple prolongeait-il les pouvoirs dévolus à un magistrat', ou bien celui-ci venait-il à usurper cette prolongation^, par là même était ajournée d*autant l'époque où les citoyens pour-
Introduction, p. 5.) Cette définition, lumineuse et complète, permet enfin de louer tout à son aise ce qui est louable, de blâmer ce qui est blâmable dans ces quatre siècles, et débarrassera le teiTain de Thistoire, on peut Tespérer, des réquisitoires et des panégyriques innombrables et inutiles qui Tobstruaient.
1. Pendant ce temps, il était mcroM'MiMA (v. T.-Live, IX, 9). Quand il fallut poursuivre Lentulus, complice de Catilina, on l'obligea à se démettre de la préture, et Gicéron fit remarquer au peuple que son arrestation devenait alors parfaitement légale [CaiHin,, 111, 6). Sur cette inviolabilité des magistrats, voir Laboulaye, Lois criminelle^ des Romains, p. 149-150. On ne pouvait même les poursuivre pour des crimes les plus étrangers à Tezercice de leur charge, tel qu'un adultère ou un assassinat (p. 151).
2. P. Pbilo fut le premier auquel on accorda une prolongation de ce genre en 327 av. J.-G.
3. Cest ainsi que les décemvirs refusèrent de se dessaisir de leur pouvoir, qu*Appiu8 Glaudius refusa d'abdiquer la censure après dix-huit mois révolus, comme le demandait la loi Aemilia (T.-Live, IX, 23-24).
i«ient lui demander dm comptes. Or, le pouvoir impérial n'est autre chose que le cumul des magistratures républicaines conférées à vie. Ce terme détruit toute responsabilité effective, puisque l'empereur, ne rentrant plus dans la condition privée, n'est jamais justiciable de l'opinion publique, et en même temps la réunion dans ses mains de toutes les fonctions fait disparaître les garanties que la séparation des pouvoirs assure et peut seule^ donnera
Les vices du régime impérial tiennent donc à ce que la révolution faite au vin^ siècle de Rome fut incomplète. La délégation du pouvoir était modifiée, sans qu'on changeât rien aux formes de son exercice. Il nous est facile, à la distance où nous sommes, de voir le mal et d'indiquer le remède. Mais on ne se défait pas, en un jour, d'habitiides contractées pendant plusieure sièdes.-Or, l'obéissance aux magistrats établis est le sentiment romain par excellence ; il avait fait la grandeur de la famille et delà cité, et il survivait aux circonstances qui l'avaient rendu légitime.
D'après cela on comprend comment, même à cette époque heu-» reuse où chacun pouvait « penser ce qu'il voulait, dire ce qu'il pensait, » nul n'imagina de limiter ou de diviser l'autoritA'àe l'empereur. Dans le Panégyriqice prononcé par Pline, équivalent de ce que l'on appellerait aujourd'hui une Adresse du ateat à Trajan, on ne trouve qu'une vue nouvelle qui ne fait pas grand honneur à la sagacité politique des patriciens. Ils acçivâQirenk^ favorablement, et demandèrent à voir consacrée pour ravénir, Itt mesure inaugurée par Nerva : que le prince, dans le choix de son successeur, déférât au vœu public. « Regardez comme votre plus proche parent, dit Pline*, celui que vous jugerez le meilleur et le" plus semblable aux dieux. C'est entre tous qu'il faut choisir celuï qui doit conunander à tous. » Tacite place les mêmes pensées dans la bouche de Galba adoptant Pison. « Nous inaugurons le « principe électif, qui remplacera la liberté. La maison des Julii, € celle des Claudii sont éteintes ; l'adoption ira chercher le plus « digne. Naître d'un prince est un fait du hasard qui échappe à 4t tout examen ; mais celui qui adopte sait ce qu'il fait et il a, « pour le guider dans son choix, la voix publique 5. >►
1. Voir Laboulaye (Lois erinUneUes, préface, p. xxii, et dans l'ouvrage, p. 390).