‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 138 sur 327 · Dion, LXIX · texte numérisé non relu

Dion, LXIX

8. Pline, Panég.f 51. Pausanias, V, 12.6. -- Un arc de triomphe élevé en rhonneur de Trajan, prés de la porte Gapéne, fut détruit sous Gonitantin, pour en tirer les sculptures qui décorent le monument de même espèce, érigé en Thonneur de ce dernier prince. Preller, Rst/^ neUf p. 62.

Nous anÎTons enfin à cette partie de la population qui depuis longtemps ne vivait que des subsides de TEtat ou de ses patrons. Trajan ne supprima pas la charité légale. Qui pourrait le lui reprocher? On ne sait que trop qu'il est impos^sible de faire disparaître les institutions de ce genre une fois qu'elles sont enracinées dans les mœurs publiques. Mais Trajan aurait pu ne pas aggraver le mal, et il l'augmenta. Sa bonté naturelle, sa déférence pour des usages qu'il avait trouvés établis à son avènement, sa condescendance pour les préjugés régnants, le conduisirent à offrir de nouvelles primes à l'imprévoyance et à la paresse.

La bienfaisance publique était exercée à Rome sous deux formes : 1^ Les secours fixes donnés aux indigents ^ ; 2^ les libéralités impériales {congiaria) auxquelles le peuple entier participait. Trajan porta l'ordre dans le premier de ces services. Les listes de ceux qui devaient prendre régulièrement part aux largesses de l'empereur furent dressées et soumises à une révision permanente^. De plus le prince, à son retour de Germanie, organisa l'assistance des enfants pauvres de Rome , qui jusqu'alors n'avaient eu part qu'aux distributions extraordinaires ^. Pline loue beaucoup la bonté de l'empereur, et à la feçon dont il s'exprime, on voit qu'une pensée politique se joignait ici, dans Tesprit de Trajan, à des vues charitables, et qu'il espérait remédier au décroissement de la population, idée fixe qui préoccupait les Césars depuis un siècle. Il va sans dire que ce moyen artificiel dut réussir aussi peu que des encouragements semblables, vai-

1. Le nombre des individus secourus fut réduit par Jules Gèsar de 320,000 à 150^000. Sous Tempire il diminua encore, et il était moins considérable qu'on ne le croit communément. Une inscription trouvée à Rome au xvi* siècle, et aujourd'hui à Naples (/rue. Nap., 6S08), très-mutilée, et qui, d'après la forme des lettres, fut gravée au commencement de Pempire, indique, par tribus, le nombre d'bommes qui auront part aux distributions de blé. Les chifif^es sont : Tribu Palatina 4191, Succutana 4068, Es^ina 1777, Collina 457, RonUlia 68, Voliinia 85... Ici le marbre est brisé, mais les tribus qui manquent sont les tribus rustiques qui nécessairement comptaient peu de citoyens domicUiés à Rome, on le voit par le petit nombre d'inscrits des tribus RomiUa et Voltinia. Douze mille familles environ, sur plus d'un million d'habitants, recevaient donc des secours publics. A Paris, la proportion des indigents assistés est plus forte.

% Panég., 25.

3. Panég,, 26. Cf. Suet., Oct,, 41. Un bas-relief découvert sur le Forum, en 1872, se rapporte à cette institution de Trajan. V. Hbnzbn BulleL In$i. Arch. 1872, p. 280.

nement prodigués dans les temps modernes pour arrêter le même mal. Cinq mille enfants reçurent du fisc des secours réguliers S à la condition d'entrer plus tard au service militaire, et ce recrutement anticipé de soldats ne laisse pas que de prouver une certaine inquiétude pour l'avenir.

Nous terminons par les congiaria l'examen rapide auquel nous avons soumis les mesures prises par Trajan en faveur du peuple, et ici nous nous trouvons en face de profusions qui appellent le blâme le plus sévère. Trajan distribua trois congiaires, le premier en 99 à son retour de Germanie *, le deuxième et le troisième en 103 et 106, après chaque guerre Dacique'. Jusqu'alors ces libéralités extraordinaires montaient à 75, au plus à 100 deniers par tête^ Le premier congiaire de Trajan fut sans doute, comme celui de Nerva ^, de 75 deniers. Mais tout à coup, après les guerres de Dacie, le montant de la distribution s'élève à 650 deniers par tête *. On dira que le butin fait au cours de ces guerres était considérable, que l'on était affranchi du tribut imposé à Domitien par Décébale, et que le vainqueur voulut faire profiter le peuple de ces avantages. Malgré ces raisons, on ne peut que trouver insensée une telle prodigalité, et ce qu'il y eut de plus funeste, c'est que le chiffre habituel des congiaires ne s'abaissa plus. Hadrien distribue 1,000 deniers, Antonin 800, Marc Aurèle et Gonmiode 850, Septime Sévère 1,100'. On voit quelles charges écrasantes Trajan léguait à ses successeurs par sa générosité irréfléchie, et c'est à ce règne qui mérite, sur tant de points, les éloges de l'histoire, que nous sommes contraints de faire remonter l'origine d'un des abus les plus criants du bas empire.

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