‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 251 sur 327 · Egger, Mémoires dPHistoire ancienne, chap. x · texte numérisé non relu

Egger, Mémoires dPHistoire ancienne, chap. x

propre pays les satisfactions de rintelligence et celles du cœur, ils ne Tabandonnaient pas volontiers ; quand ils quittaient le bassin de la mer Egée, ce n'était jamais sans esprit de retour. Ainsi nous voyons Plutarque, bien accueilli à Rome, lié avec les personnages les plus considérables, rentrer dans sa petite ville de Chéronée pour s*y marier et y passer la deuxième moitié de sa vie. Les Hellènes qui se axaient en Italie étaient en général la partie la plus misérable et la moins estimée de chaque nation. Leurs compatriotes les plaignaient si cet exil était forcé, et les accablaient de leur mépris quand il était volontaire *. De tout ceci résultait que les Grecs restaient dans leur pays, que les grandes familles, les gens aisés y vivaient à côté du peuple et se mêlaient à lui, et que dès lors la littérature demeura vraiment et profondément nationale, n'ayant à changer ni de sujets ni de formes pour être comprise et goûtée du grand public. Les genres secondaires alors cultivés se rattachent, en eflfet, à des types consacrés par le temps et par la gloire. Les divertissements laborieux de la pléiade Alexandrine avaient cessé ; on ne versifiait plus guère que de petites pièces, qui venaient prendre naturellement leur place dans cette immense Anthologie dont la formation remonte au plus ancien âge de la littérature grecque et qui a marché d'un mouvement parallèle à celui de cette littérature, se ralentissant et se développant aux mêmes époques, et reflétant fidèlement les variations de la langue et du goût. C'était bien la forme de poésie la mieux appropriée aux esprits contemporains de Trajan* et d'Hadrien, raffinés, instruits et sceptiques, mais en même temps elle pouvait être universellement goûtée et amuser toutes les classes de la société grecque, mérite qui manqua toujours aux poèmes savants et tourmentés d'Apollonius, de CaÛimaque, de Lycophron et autres oiseaux de la volière des Muses 3. Dans la prose, les sophistes d'Athènes, de Laodicée et de Smyrne, les Hérode, les Polémon, les -Mius Aristide sont les héritiers directs de ces Xo^oBaCSaXot qui avaient charmé les contemporains de Thucydide et dont Platon s'était moqué tout en prenant

1. Voir le traité de Lucien Sur les gens de lettres à la solde des grands,

2. il y avait en Grèce, au commencement du second siècle, des concours û^épigrammes (Miller, Inscription agonislique de tarisse dans les Mém, de VAcad. des Inscr., XXVII, 2, p. 62), et c'est précisément sous Trajan que Philippe de Thessalonique paraît avoir composé son Anthologie, peut-être en vue de fournir des modèles h ceux qui voudraient ahorder les concours de ce genre.

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