II, S6: Turpe est difâciles habere nugas
Et stultus labor est ineptiarum.
confrères de la schola poetarum^ consacraient leurs veilles laborieuses. Désireux de se rendre intelligible au savant comme à Tignorant*, il fuyait avec un soin extrême le pédantisme et tout ce qui peut lui ressembler. Lessing a remarqué qu'il n'est pas de poète latin des œuvres duquel on puisse extraire un aussi petit nombre de maximes générales. Mais les faits particuliers y abondent, aussi bien que les peintures de mœurs et de caractères. Toute la société du temps vit et s'agite dans ces petits poèmes courts et bien tournés, toutes les conditions y figurent, toutes les passions s'y expriment. Bref cette poésie, peu idéale, est toujours humaine^. Les sentiments les plus délicats^ s'y font jour à côté des manifestations les plus grossières; parfois même une note mélancolique résonne au milieu des propos joyeux ou libres, et entre deux plaisanteries on rencontre une inscription composée pour être gravée sur un tombeau. La variété des mètres est heureusement appropriée aux sujets, et la langue familière et simple de Martial leur convient aussi beaucoup mieux que le ton magnifique et tendu de Juvénal, prenant sa grande voix pour attaquer des gens et des choses qui ne méritaient qu'un bon mot.
Cette recherche du vrai dans les sujets et dans le style, cet abandon calculé des thèmes habituels et des formes savantes révèlent chez Martial des vues bien différentes de celles qui dirigeaient les écrivains contemporains, et sont les traits caractéristiques de son originalité. Le contraste frappant qu'offraient les épigrammes avec les poèmes du même temps ne contribua pas moins à leur succès que les observations piquantes et les mots heureux dont elles fourmillent. Elles remplacèrent l'ancien théâtre comique, les togatae, les trabeatae, les tabevnariae^,
t. Local particulier où se réunissaient les poètes de Rome, Epigr. III, 20; IV, 61. Ils avaient formé une espèce d'académie qui remontait peut-être à Tépoque républicaine. Valère Maxime parle déjà d'uncoUeglum poeiai-uniy III, 7, 2.