Philostrat. Soph. 1, 19, ÎO. Plin., Ep., II
Sauf le Panégyrique dont nous parlerons plus loin , les monuments de l'éloquence latine sous le principat de Trajan ont péri. Nous ne pouvons donc nous rendre un compte bien clair de cette décadence qu'ont déplorée les contemporains. L'intéressant Dtologue où Tacite en décrit les efifets et en recherche les causes est lui-même mutilé; ainsi les pièces du procès nous manqpientet l'acte d'accusation est incomplet. Tacite * explique avec autant d'élévation que de justesse comment les nouvelles conditions de la vie sociale et du régime politique rendant le talent de la parole moins nécessaire à quelqpies égards, sa puissance fut par là même amoindrie. J'oserai dire, pourtant, que dans le résumé de la question fait par Maternus, les différences entre les temps anciens et celui où Q vit me semblent im peu exagérées. Par exemple ce droit d'accuser les hommes les plus puissants* qui, au septième siècle de Rome, stimulait l'orateur et enflammait son génie, n'était pas perdu cent cinquante ans plus tard : on connaît assez Teffroyable usage qu'en ont fait les délateurs. Ceux-ci, à leur tour, n'avaient souvent pour arme défensive que leur parole quand, à l'avènement d'un nouveau prince, chacun se mettait en mesure de venger ses amis 3. Les procès politiques avaient autant de retentissement que par le pasâè ; malgré les réformes apportées dans le gouvernement des provinces, Cicéron aurait encore trouvé l'occasion de prononcer des Verrines sous les Césars, et Pline compte quatre beaux procès de concussion parmi ses triomphes^. Ainsi, les grands sujets ne manquaient pasàl'éloquence.et sa décadence n'est pas imputable à la pauvreté du fond. Mais, ce que Maternus ne dit pas, elle était énervée et dénaturée par l'effet de cette séparation entre les lettres et le peuple qui stérilise alors toutes les branches de la littérature latine. Cicéron s'adressant à des auditeurs de toutes conditions et de tous métiers, à des esprits très-inégalement cultivés , ne pouvait agir sur une pareille foule, la saisir et l'entraîner, que par la lucidité de son plan, la clarté de ses récits, l'ordre logique de ses preuves, l'appel réitéré aux grandes passions , en un mot par l'emploi de tout ce qui fait la véritable et solide éloquence. Quel que fut son penchant naturel à faire valoir sa science et son esprit, l'orateur devait rester dans les hautes régions de l'art ; les longues
1. Je suppose que Tacite a mis ses opinions personnelles dans la bouche de Maternus, qui a la parole le dernier.