‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 273 sur 327 · Tacit. mal · texte numérisé non relu

Tacit. mal

point essentiel et nous nous trouvons en présence d'un fait important : Suétone ^ se plaint aussi de l'abaissement ou plutôt de la disparition des études de grammaire, c'est-à-dire des études littéraires méthodiques et approfondies : le temps qui leur était judicieusement réservé dans l'ancien système d'éducation était maintenant consacré à l'exercice abusif et prématuré de la déclamation. Cette substitution n'est pas le fiait des élèves, mais celui des parents et des maîtres , et elle est imputable plutôt à la vanité de ceux-là et à la condescendance de ceux-ci au goût du jour, qu'à leur négligence ou à leur ignorance*. La déclamation, d'ailleurs, n'entraînait pas toutes les conséquences funestes dont se plaignent habituellement les historiens de la littérature. Ils ne sont, dans ce cas, que les échos des anciens ; mais le témoignage de ceux-ci ne doit pas être accepté sans réserves. Les sujets des sitasoriœ et des controversiœ n'étaient pas toujours ridicules comme ceux qu'allèguent à l'appui de leurs plaintes Pétrone et Tacite. Les questions débattues n'étaient pas nécessairement fictives, et les discussions relatives au dessèchement des marais Pontins, à la création d'un port à Ostie, au percement de l'isthme de Corinthe pouvaient éveiller des idées justes et provoquer d'utiles recherches; elles répandaient dans le public des notions utiles sur l'opportunité et sur les difficultés de ces entreprises, et l'on doit croire qu'elles furent prises en considération dans les mesures prises sur ces divers sujets, par le Sénat ou l'Empereur. Dans les Controversiœ se présentaient souvent, comme on l'a remarqué ', des points de droit où Q devenait nécessaire de remonter à l'esprit d'une loi, d'en peser les termes ou d'en provoqpierla réforme : les déclamateurs ont pu travailler ainsi à la diffusion des doctrines philosophiques et déterminer ce courant d'opinion publiqpie sous la pression duquel les jurisconsultes des deuxième et troisième siècles commencèrent à tempérer la rigueur et l'âpreté de l'ancien droit. Enfin, il y a de l'exagération à soutenir, comme l'ont fiait les anciens, qu'un jeune homme, pour avoir traité des sujets fictifs sous la direction d'un maître, sera, plus tard, incapable d'aborder et de traiter des sujets réels. C'est un apprentissage auquel tous les orateurs de l'époque républicaine s'étaient soumis sans compromettre leur talent ni leur gloire ^. Seulement, la déclamation était l'essai et non l'emploi de leur force. A qui im-

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