‹ Essai sur le règne de TrajanChapitre 291 sur 327 · LES ARTS · texte numérisé non relu

LES ARTS

Voici encore un chapitre qui, faute de documents assez nombreux et assez positifs, sera nécessairement très-incomplet. Que dire, par exemple, de la musique au deuxième siècle? On sait combien l'histoire de cet art chez les anciens est obscure , même aux époques pour lesquelles le nombre des témoignages écrits est le plus abondant. Les auteurs où Ton pourrait puiser des connaissances à cet égard sont des philosophes qui dissertent à perte de vue sur les principes de la musique et sur Tinfluence qu'elle peut exercer sur les mœurs. Mais à Tégard de ce dernier point qui, traité avec précision et appuyé d'exemples, fournirait des éléments intéressants à Thistoire générale, on ne faisait au second siècle que répéter et commenter ce qu'avaient dit les anciens sages, attendu que, de l'aveu même de Plutarque*, la musique d'éducation n'avait laissé aucun souvenir, et on ne concevait même pas ce qu'elle avait pu être au moment où elle florissait. Chaque addition de cordes à la lyre, chaque effort des musiciens pour donner à leurs auditeurs un plaisir plus intime et plus vif, avait provoqué les plaintes déclamatoires des philosophes contre la témérité des novateurs et la mollesse des nouvelles générations qui dédaignaient la belle simplicité et la gravité majestueuse de la musique primitive, et se laissaient aller aux séductions d'un art plus riche et aux émotions produites par le génie plus hardi des artistes. Plutarque a repris, pour son compte, les antiques do-

l. Plutarcli., de Music., 27.

léances, et fait consciencieusement Téloge de cette musique que personne ne connaissait*. Depuis longtemps, les musiciens ne tenaient aucun compte de ces anathèmes rebattus cent fois. S'émancipant de la tutelle des mathématiciens comme de celle des pédagogues, ils écoutèrent enfin leurs inspirations, étudièrent par eux-mêmes les conditions et les ressources de leur art, et ne prirent pour guide que le public dont ils épièrent les impressions et dont ils suivirent docilement le goût. La musique grecque fit ainsi des progrès rapides, surtout dans la partie instrumentale, et elle était déjà bien riche et bien variée quand Rome et tout le cortège des peuples qu'elle avait vaincus et civilisés, auxquels elle avait fait partager son goût récent et passionné pour les arts, vinrent grossir les rangs du public grec. Pour émouvoir et ravir ces foules immenses, il fallut recourir à des moyens d'action plus puissants, et l'effort des compositeurs se concentra sur la production d'effets capables d'impressionner les masses. Plutarque nous apprend que de son temps, tous ceux qui s'occupaient de musique se tournaient vers la musique de théâtre*. C'est la seule notion utile que renferme son livre, mais elleest précieuse à recueillir, et s'accorde bienavec cequenous apprennent d'autres témoignages. Pylade se vantait de l'heureux complément qu'il avait apporté au jeu un peu froid de l'ancienne pantomime par l'addition delà musique instrumentale et chorale 3, et en effet le nombre des choristes du canticum s'était tellement accru qu'ils se répandaient jusque -sur la cavea et qu'au dire de Senèque on comptait , de son temps , plus de chanteurs que de spectateurs au temps passé*. Le nombre des instrumentistes augmenta nécessairement en même temps que celui des chanteurs, et il fallut même employer des instruments plus puissants et plus sonores. L'orgue, considéré jusque là conmie une curiosité scientifique, devint un élément nécessaire de la nouvelle musique. Suétone ^ nous apprend que Néron en avait étudié les effets et qu'il projetait de le faire entendre au théâtre. Bien qu'il n'ait pas eu le temps d'exécuter son dessein, son nom resta associé dans le souvenir des Romains à l'histoire de cet instrument. Un orgue est figuré sur des médaillons contorniates à l'effigie de Néron, et la même représentation accompagne

1. V. les notes de M. JuUien dans la traduction des Œuvres morales de M. fiétoland.

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