Mommsen, Etude, etc., p
jusqu'à ce qu'un hasard , aussi heureux que celui auquel nous devons le cursus honorum d'Hadrien , nous rende celui de Trajan :
Trajan, né le 18 septembre 52
prend la toge virile à 15 ans accomplis, à la fin de Tan 67 reste dix ans aux armées avec le grade de tribun latidave 68-77
exerce l'une des charges du vigintivirat en 78
et obtient successivement :
1° La questure ; il reste en charge du l®*" juin 80 au 1*^ juin 81 .
p^ \Le tribunat du peuple 10 décembre 82 au 10 décembre 83.
"^ /ou l'édilité 1*^ janvier 83 au 31 décembre 83.
3** La préture 1** janvier 85 au 31 décembre 85.
En 88, nous trouvons Trajan dans les armées de la Germanie supérieure. L'empire était menacé de deux côtés à la fois, par les barbares qui attaquaient et franchissaient même la ligne du Danube, et par la révolte des légions cantonnées près de Vindonissa (Windisch). Celle-ci fut promptement réprimée, et ne se prolongea pas après la mort du légat Antonius Saturninus qui l'avait excitée. Mais dans ces conjonctures périlleuses, il avait fallu augmenter l'effectif des armées de Germanie, de Pannonie et de Maesie, A Trajan fut chargé de conduire dans la Germanie supérieure une des légions de l'armée d'Espagne, la P Adjutriœ *. Malgré la distance qui sépare l'Ebre du Rhin, ce mouvement n'a rien d'extraordinaire, car les troupes d'Espagne étaient alors, dans l'Europe occidentale, les seules dont le déplacement n'offrît aucun danger. Les corps du Danube devaient être maintenus au complet pour empêcher l'invasion des Daces ; ceux de Bretagne faisaient la guerre sous la conduite d'Agricola; en
1. A la mort de Néron, il y avait trois légions en Espagne, la /« Adjutrix, la F/a Victrix, la Xa Gemina (Borghesi, IV, p. 240). Galba, en quittant la Tarraconnaise qu*il gouvernait pour prendre la pourpre, créa la légion Vlia Gemina et renvoya en Pannonie, mais elle revint en Espagne après la mort de Vitellius (Tacite, HisL, IV, 39), D'autre part les Via Vietrix et Xa GemHia furent appelées sur le Rhin inférieur au moment de la guerre de Givilis (Tacite, HisL, IV, 68) et y restèrent. Ainsi la /a Adjutrix et la VlJa Gemina seulement étaient en Espagne quand Domitien eut besoin d*y prendre des troupes. La dernière ne quitta pas la province jusqu*à la dissolution de Tempire romain, sauf un court séjour en Germanie sous Alexandre Sévère (Borghesi, IV, p. 221, note). Elle était cantonnée dans la ville de Léon^ dont le nom même rappelle ce séjour des troupes romaines {legio). C'est donc la /» Adjutrix que Trajan mena en Germanie supérieure, où elle a laissé des monuments (V. Borghesi, IV, 204, et notre n* 84).
Gaule, enfin ceux qui avaient leurs quartiers dans les Gaules marchaient déjà contre les rebelles, mais on pouvait craindre qu'ils ne fussent pas assez nombreux pour comprimer la révolte*.
Pline, décrivant à grands traits la marche rapide de Trajan à la tête de ses troupes, lui fait franchir les Pyrénées et les Alpes^. Ce mouvement n'a pas été bien compris. Gomme Trajan était à Cologne à la mort de Nerva (janvier 98), on a supposé qu'il y avait été envoyé par Domitien et on ne s'expliquait pas conmient il avaittraversé les Alpes pours'y rendre. Mais c'est confondre des faits séparés par un espace de dix ans. Domitien envoya Trajan dans la Germanie supérieure, en lui assignant probablement pour objectif Augst ou Windisch. Trajan passa parNarbonne, Arles, Vienne. Là il suivit la grande route de Lyon à Milan, qui traversait Chambéry, Moutiers {Darantasia), le Petit Saint-Bernard, Aoste (Augusta Praetoria), A ce point, il l'abandonna pour prendre l'embranchement qu'elle jetait sur Windisch par Avenches {Aventicum). Les termes de Pline s'expliquent trèsbien ainsi ^.
Lorsque la P Adjutrix arriva en Germanie, Antonius s'était donné la mort, et l'ordre était rétabli. Trajan ne prit donc aucune part efTective à la guerre. Mais l'activité dont il avait fait preuve, et le zèle qu'il avait déployé furent récompensés par le consulat, dont il fut revêtu en 91, avec Acilius Glabrion*. Des présages, dit Dion ^, annoncèrent les destinées bien différentes qui attendaient chacun des consuls^, mais il ne les fait pas connaître"'.
1. Ils le furent néanmoins : une débâcle subite, rompant les glaces dont le Rbin était couvert, empêcha la jonction projetée des Barbares avec Antonius Saturninus, et L. Âppius Norbanus, commandant de la légion Yllh Augusta, défit Satuminus dans une bataille livrée sur les confins de la Vindélicie. L. Renier, Compte-rendus de VAcad. des Inscr. 1872, p. 423 et suiv.