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peut suivre sur le terrain sa direction aux débris considérables qui en restent sur trois points de T Allemagne S et on ne peut se méprendre sur les vues qui ont présidé à sa construction. Les Romains voulaient mettre obstacle aux invasions en fermant les routes naturellement tracées par les affluents du Rhin , dont les vaUées offraient aux envahisseurs un chemin facile. Les deux points faibles de cette longue ligne étaient évidemment les débouchés du Mein et du Neckar , dont les bassins très-spacieux se prêtaient au rassemblement de forces considérables , auxquelles un simple retranchement n'aurait pas longtemps résisté. Trajan, pendant les séjours qu'il avait faits dans la Germanie supérieure, n'avait pas laissé échapper cette observation importante. En avant du confluent du Mein , il établit un fort (ou redoute) , nommé à juste titre munimentum Trajani, que Julien fit relever dans sa campagne contre les Alamans^. Il s'assura aussi du cours du Neckar, en y fondant une ville importante aux environs de Ladenburg ^.
Nous terminerons la liste des établissements de Trajan en Gfermanie en citant la ville de Bade, au milieu de laquelle les légionnaires de la P Adjutriœ élevèrent un édifice dont la dédicace seule a subsisté*.
On voit que les Romains commençaient à franchir le Rhin. Garanties par le limes du contact périlleux des populations les plus turbulentes, celles qui étaient voisines des terres de l'empire se fixèrent enfin, pour bien des années, sur le sol qu'elles occupaient. C'est alors que sur les bords du Rhin pacifiés et rendus accessibles à la civilisation et au commerce , s'élevèrent tous ces monuments dont on recueille aujourd'hui les intéressants débris*.
1. En Vétéravie, en Pranconie et près de Batisbonne, v. Pauly, Beat. Bneycl., III, 826-829, et Porbiger, Handbuch der alte Géographie, 111, 422-
2. Ammian. Marc, XVII, 1. Sa position la plus vraisemblable selon Porbiger, 111, 404 est près d'Hœchst, sur la rive droite de la Nidda. On l'a placé aussi à AscheflTenburg, à Darmstadt, & Gassel, à Francfort, v. Vkert geog. dergr. und Rœm., III, 1, p. 297.
3. On ne peut déterminer très-exactement la position de cette civiiûs Ulpia, certainement voisine de Ladenburg, v. Brambacb, Corp, inser. Rhénan, 1713. Cf. Baden und rœmischer Herssehaft du même auteur, p. 22- 26 et Revue criUque d*hist, et delitt, 1867, 2, p. 386.
4. Notre n- 84. Sur la prétendue construction d'un pont à Mayence, V. Prancke, p. 60 et Dierauer, p. 32-33.
5. JahrbUcher des Vereins von Alterihumsfreunden im Rheinlandey Bonn, 1842 et suiv.
Ces souvenirs matériels sont, il est vrai, les seuls que Rome ait laissés dans cette partie de l'Europe; les deux civilisations, germanique et romaine, étaient alors trop distinctes pour se pénétrer et se modifier pacifiquement l'une par l'autre. C'est la Gaule , surtout, qui fut appelée à profiter du nouvel état de choses installé de l'autre côté du Rhin. Au sein d'une sécurité complète et prolongée, sa prospérité, toujours croissante depuis la conquête de Jules-César, prit un nouvel essor à partir du règne deTrajan.
Le deuxième consulat de ce prince (98 ap. J.-C.), époque à laquelle Tacite écrivait son livre S est donc une date importante dans l'histoire de la Germanie. La période de luttes , qui a duré deux cent dix ans, est terminée : l'armée du Rhin est réduite de moitié*, et malgré ce désarmement, aucune invasion ne vient, pendant un siècle et demi, troubler de ce côté la paix du monde ^. Ce n'est plus là qu'est le danger, c'est sur le Danube : là encore, Trajan saura l'écarter.
Mais pour le moment, tranquille sur le sort des provinces qu'il avait administrées, il se mettait en marche (99) pour rentrer à Rome, n y arriva au milieu des bénédictions du peuple entier ^ et immédiatement travailla avec zèle au bien général. Le Panégyrique de Pline nous retrace les débuts du gouvernement civil de Trajan. Malgré le ton souvent emphatique de l'orateur, on sent bien que son cœur est plein d'une joie réelle, qu'à un sombre
t. Germ,, 37 : < Sexcentesimum et quadragesimum annum Urbs nostra agebat, quum primum Gimbrorum audita sunt arma, Coecilio MeteUo ac Papirio Carbone coss. Ex quo si ad alterum imperatoris Trajani consulatum computemus, ducenti ferme et decem anni coUiguntur : tamdiu Germania vincitur. Medio tam longi aevi spatio, multa inducem damna, etc. •
2. Tacite (Ann, IV. 5), faisant le tableau du monde romain à la mort d* Auguste : < Praecipuum robur Rhenum juxta, commune in Oermanos Gallosque subsidium, acto iegiones erant. • V. le détail de ces légions dans Borgbesi, Œuvres, IV, p. ^17 et ibid., p. 265, les quatre légions cantonnées dans ce pays au milieu du second siècle.
3. Avant les guerres de Probus contre les Francs (277) on ne cite qu'une expédition importante sur les bords du Rhin : celle qu*avait préparée Alexandre Sévère et que termina Maximin (233). Pendant le deuxième siècle et la première partie du troisième, les invasions germaniques menacèrent exclusivement les provinces baignées par le Danube.
4. Voy. dans le Panégyrique, c. 22, le tableau animé de cette entrée de Trajan dans Rome : les toits couverts de spectateurs, les rues envahies par un peuple dans l'ivresse, les femmes saluant de leurs acclamations le nouveau prince et le montrant à leurs enfants, les vieillards se félicitant d'avoir vécu jusqu'à ce jour heureux.
déœaragementontsuccédédepatriotiques espérances, justifiées par les gages que le prince a donnés déjà de sa modération et de son équité. Nous réservons pour un autre chapitre l'examen des réformes et des lois qu'il proposa dans ces premières années. Suivons maintenant le hardi et prudent capitaine dans une autre partie du monde romain , où ses légions vont se montrer dignes de leur chef et rivaliser, pour le courage et le succès, avec les soldats des temps républicains.