ARCHAÏSMES VOULUS
/jl 444j. . « par envoiseure et par gabois, comme disent les vieux romans » (II, 136); — « Ha, ma génie vielle » (II, 101). Mais l'érudition française de Noël du Fail ne se bornait pas à la lecture des vieux romans ni à celle d'historiens comme Gomines ou de juristes ayant écrit en français. En dehors de Rabelais, à qui il faut l'aire une place à part, il semble avoir été assez au courant du mouvement littéraire contemporain «. Nous savons déjà qu'il possédait à fond le répertoire des farces et monologues qui avaient pour héros des matamores de village; il en tira non seulement des silhouettes comiques, mais des locutions, des vers entiers, et s'exerça à imiter les façons de parler brèves, saccadées, de ces personnages ridicules**. Des bribes du Franc-Archer de Cherré et du Pionnier de Seurdre ont été enchâssées dans les Propos Rustiques et dans Eutrapel. Bien que du Fail n'ait jamais nommé Clément Marot, il l'avait beaucoup lu et lui a même fait de temps à autre des emprunts que nul commentateur n'a signalés «. Il connut aussi la nouvelle école poétique*8 et paraît avoir été sensible à la poésie de Ron-
45 Ajoutons que parmi les œuvres littéraires antérieures au XVI' siècle U connaissait PaUUn et les poésies de Villon. 11 cite le 9^S£iTSSSi Û-Eutravel : « il vantoit... sa noblesse, combien, ainsi que dit Pathelin, qu il fust Lu de a Plus vilaine peautraille qui fust... . (II, 53). Cf. Patelin v. 415 -Au
hapftre I eutrapel £ 218) l'expression dont se sert J^POjde.^gU ne pleut de-oute - doit provenir du v. 1211 de Patelin. - Au chapitre XXXI - U ne iait pas le tour qui veut . (II, 273) est le refrain d'une ballade qui figurait dans les œuvres de Villon.
46 Voir Vie et Œuvre, p. 166-169.
47 On me saura peut-être gré de signaler les rapprochements que j a i notés Je renvoie pour Marot à l'édition Jannet. D'abord l'influence du poète est ins'ble dans tout le début du chapitre VI des Propos Rust,. U y * la des usions évidentes au célèbre rondeau De r Amour au siècle a,,t,«ue I S au im>o<jue de Deux Amoureux (v. 186, 196. 215, -249 et sulv^: taspetote cadeaux; v 175 l'eau bénite), à l'épigramme des cuuj points en amows W,
5 Dans Eutrapel: chapitre XI (II, 1*) » comme la peur aux talons me d^aillT» (décasyllabe tiré de Marot. 1H 75 jwl ^^u^ ■ Virgile. .En.. VIII, v. 224, pedibus t.mor addidit alas) - Eut ropel. 1 l, 41 • « les boiteux iront tout droit en l'autre monde » (Marot. I. 22,), - E utra <> . U 174: « au demeurant, la plus honneste garce du pays - ^a 0<- ; f ' Eutrapel II, 267 : . Faut-il pour un verre casse perdre vingt ans de bon service? » (Marot, I, 224). - Citations des Psaumes de Marot au chapitre XXXIV (YEulrapCl (II, 334 et 350).
48. C'est bien à elle qu'il songe lorsque, s'adressent au vieux « sophis Lupolde U le rallie de chanter . ...longue et copieuse suite de lais, virelais, et chants Royaux, qui sont estoulez et esteins depuis trente cinq ans. . vcii. MX îl lOfflLe manifeste de du Bellay est de 1549 : ajoutons 35 ans, et nous sommes en ï, c^aîre àîa veille de' la publication *•*"£«. ^.^^S à peu près comme Tahure.au. dans ses Dialogues où celui-ci parie avec mépris des « triolets, virelais, rondeaux -, etc... « et autre telle espèce de vieille quincaille rouillée » (éd. Conscience, p. 13).
Oi STYLE ET LANGUE DE DU FAIL
sard 49. Pourtant il y a chez lui très peu de composés à la nouvelle mode, très peu d'essais de « provignement ». On trouvera dans notre lexique un mange-chair, un frappe-menu, des hausse-bec. On y trouvera aussi un verbe esclaver, d'origine ronsardienne. Du Fail plaisante sans malice avec le nouveau style poétique lorsque, peignant des courtisans plus disposés à bien manger qu'à bien se battre, il les appelle « cette chevaleureuse et soupière troupe ». Au chap. XXXI, le muguet prétentieux mis en -scène appelle une violette de mars « nouveauté prinlanniere » (II, 274) : à cette épithète alors nouvelle, Eutrapel interrompt le narrateur pour s'étonner : « Ho ! et vous poétisez aussi ! » Or, le premier exemple signalé jusqu'à présent de l'adjectif printanier est tiré de Ronsard. Il est possible, mais non sûr, qu'il faille rattacher à l'influence ronsardienne et aux théories sur le provignement, quelques créations par du Fail de dérivés avec le suffixe -eur (ex. sourieur, soudeur), ou avec les préfixes entre- et contre-, pour lesquels il marque une prédilection.
Seule l'influence de Rabelais est considérable et profonde. Nous savons déjà à quel travail d'imitation intelligente, personnelle, s'était livré le gentil auteur des Propos Rustiques50; tantôt, comme dans la harangue du chapitre I\\/sa phrase assez longue, chargée de termes abstraits, s'inspire des passages graves de Rabelais./ par exemple de la célèbre lettre de Gargantua à son fils, tantôt nous avons un style vif, sautillant, qui rappelle le style de certains chapitres comiques du Gargantua ou du Pantagruel/ l'énumération, procédé rabelaisien, est fréquente/ beaucovfp plus volontiers que dans les ouvrages suivants, /du Fail découpe dans le texte du maître de menus fragments qu'il enchâsse dans sa phrase.
Si le système des petits emprunts textuels est beaucoup moins appliqué dès 1548 51 et finit par devenir presque insi-
49. Nous faisons ici allusion à un passage très connu du chapitre XIX û'Eutrwpcl (il, H7-11K).
'<<>. Voir, dans : vie ei Œuvre notre chapitre IV 'p. 147 et suiv.).
51 . Nous avons rassemblé (Vu; cl Œuvre, p. 283, n. 2) tous lis emprunts textuels que nous avons pu constater- dans les cinq chapitres des Baliverneries. Cette li^ic doit être à peu près complète. Or, s'il y a encore assez de rapprochements pour nous permettre de conclure que du Fail ignora le Tien Livre (et c'est