Voir ci-dessous, s. v
Ille-et- Vilaine. Ce devait être pour du Fail un provincialisme i. Dans Eutrapel il emploie la forme bestiail (II, 191).
Beurrée. — IL 138, n tenant un lopin de pain et sa beurrée ». Le premier exemple connu du Dict. Gén. est de 1642. Dans le passage de du Fail beurrée parait signifier la couche de beurre étendue sur le « lopin » de pain.
Biaut. — II 284, « son biaut, gallicelle, ou sequenie. » De la ponctuation de Godefroy, s. v. Gallicelle (« son biaut gallicelle »), et de l'absence de la forme biaut clans son Dictionnaire, on peut conclure qu'il a pris ce mot pour l'adjectif biau (= beau). C'est tout simplement une prononciation provinciale de bliaut : sorte de blouse de paysan. Dans ce mot et dans son doublet féminin bliaude, nous constatons ou bien la chute du jod, ou bien la chute de Y l : 1° Plaude en Normandie (W. Heymann, Dialektworter, p. 43) : blaude en Bourgogne {ibid., p. 72 ; Guill. des Autels, Mitisl. barragouyne, éd. Techener, p. 8, m une belle blaude de grosse tine toille »). 2° Biaude en Bourgogne (W. Heymann, op. cit., p. 43, 72: Champfleury, L'Usurier Blaizot, Paris, 1858, p. 17 : « mauvaise veste de toile appelée biaude » près de Dijon). La chute de la liquide / ou r dans le groupe consonne + liquide-!- semi-consonne est fréquente en Bretagne, et presque normale (Cf. fuit = fruit : puie = pluie : lois = trois, etc.). M. Yiaud-Grandmarais Bévue de Bref.. 1913, p. 126) signale en pays gallo bliauder et biauder.
Bo. — II, 18 : (( Vous autres qui par raison... estes les plus bo. » Le discours prêté à maître Joannès étant d'une incohérence voulue, il est assez difficile de se prononcer sur la signification de ce monosyllabe. On serait d'abord tenté d'y voir une caricature de la prononciation monophtongue de l'adjectif beau, prononciation qui commençait déjà à se répandre au XVIe siècle (Cf. Thurot, Prononc. //.. I, p.- 434-439). Ajoutons que dès le moyen âge, dans une petite pièce satirique où sont raillées les fautes de français des Bretons bretonnants, nous lisons ù la rime : « s'il pluet ou il fet bo » (Le Privilège aux Bretons, éd. Jubinal, Jongleurs et Trouvères). Néanmoins, si baroque que soit la phrase de maître Joannès, l'interprétation « les plus beaux », — qui a été donnée par des éditions de date postérieure, — serai! \ miment trop absurde. La leçon '»». que donne l'édition de 1585, suivie en cela par 1587, 1598, est remplacée dans I58(:i2 par br. el l'un sait l'importance de cette édition revue par l'auteur. Il est donc très probable que nous avons affaire ici
i. nu peut-être nu archaïsme, il va sans dire que bestial au xvi» siècle o'esl nullement Limite aux parlera de l'Ouest. Cf. par exemple Montaiglon- Rothschild, XII. 216, n 5.
à une simple onomatopée : bo ou be (Voir : bo). Maître Joannès, embarqué dans une longue phrase, ne sait plus comment finir, hésite, puis conclut brusquement à un accord. L'onomatopée représente quelque chose comme notre : euh, euh.... el nous imprimerions avec des points de suspension : « estes les plus... bo (ou : be)... : per diem ! Accordons ».
Eobita. — Propos Rus t., 18, « notaire de la court de Bobita »: II, 21, (( l'auditoire de Bobita ». La Borderie a bien fait de faire observer (p. 188) qu'il existe dans les Cotes-du-Nord, sur les confins de l'Ille-et-Vilaine, une petite commune appelée BobitaL Mais il eût fallu ajouter pourquoi du Fail avait choisi le nom de cette commune comme particulièrement ridicule. J'ai entendu en Haute-Bretagne les mots bobia et bobita, servant à désigner des nigauds et des imbéciles. Les lexiques, chose curieuse, n'enregistrent pas en général ces deux formes, mais signalent le verbe bober (flâner en ouvrant la bouche, regarder d'un air stupide, « begauder », comme dit Noël du Fail), et y joignent divers autres dérivés de ce verbe (Dottin-Langouët, Orain, Coulabin). La « cour de Bobita » et son « auditoire » sont donc une cour et un auditoire de nigauds. Cf. Godefroy. Bobu = sot. niais. Tous ces mots semblent apparentés à êbâubir, autrement dit à balbum (bègue).
Bon (-ne), adj. — II, 339. Calme, en parlant de la mer. Dans le récit correspondant de Pantagruel, IV. xxvm, Babelais avail
écrit : « advenant qu'il fusl calme en mer ». L'exemple de du Fail est typique, car la mer boiine est liés gênante pour les navigateurs dont il parle. Cf. le subst. bonace.
Bon compagnon. — Outre le sens général de joyeux drille, paillard (II, 237), d'individu gaillard et éveillé (I, 304), cette locution a chez du Fail un sens particulier assez curieux : « en étal d'ébriété, en goguette »: II, 2:37, « estant bien imprimé i et bon compagnon ». II, 282, « venant des Anses, bon compagnon et hur le guay ». D'ordinaire, comme il est naturel, cet euphémisme s'applique à une complexion. à une disposition générales, et non, comme chez du Fail, à un état momentané. Mais ce dernier cas n'est nullement isolé 3. Cf. Journal de GouberrilU\ éd. par Eug. de Beaurepaire (Caen, 1892), Introd., p. 49 : « Gautier Birette...