CLASSE DES MOLLUSQUES
GENRE ORTHOCERAS.
Les coquilles qui appartiennent à ce genre ou plutôt à ce groupe, sont trèsnombreuses dans le système huronien : parmi les espèces que j'ai rapportées de Pile Drummond et des autres îles de l'archipel des Manitoulines, plusieurs ont des formes très-remarquables, et avant que d'entreprendre leur description, il s’agit de bien établir les caractères des véritables Orthoceras ; les voici tels qu'ils sont posés par M. Deshayes dans sa description des coquilles caractéristiques des terrains, p. 215 : Coquille droite, allongée, conique, à test mince, cloisonnée du sommet jusque vers la base, qui est occupée par une grande cloison engainante; cloisons simples, transverses, percées par un siphon central, quelquefois latéral, mais non visible en dehors; et page suivante : les Orthocérates font partie de la famille des nautiles, ce sont des nautiles droits, comme les baculites sont des ammonites droites : elles sont allongées, coniques, droites, à test mince dans toute son étendue, quelquefois pointues, quelquefois obtuses au sommet, qui n’est pas épaissi, ni radié et fibreux, comme dans les bélemnites. Ce test mince est rempli du sommet Jusque vers la base de cloisons plus ou moins nombreuses, simples, concaves d’un côté, convexes de l'autre, et percées, soit au centre, soit vers le bord, par un siphon qui paraît continu; la base de la coquille, au-dessous de la dernière cloison, offre une grande cavité engaimante, dans laquelle il est présumable que lanimal pouvait être contenu, si ce n’est complétement, du moins en très-grande partie. Celles des espèces qui ont le siphon placé vers le bord des cloisons, se distinguent facilement des piles
d’alvéoles des Bélemnites, en ce que, dans celles-ci, lorsqu'elles sont détachées de la coquille, le siphon est visible en dehors dans toute sa longueur, tandis que dans les orthocérates ce siphon est placé entre le bord et le centre, et n’est jamais visible au dehors sans une mutilation.
En examinant les orthocérates d'Amérique, je fus frappé de leur singulière apparence, et je ne tardai pas à reconnaître qu'ils appartenaient en grande partie à des genres séparés, formés par des naturalistes modernes aux dépens de ce groupe; en un mot, que c’étaient les actinocères et les ormocères des Anglais, et les conotubulaires des Américains. Je vais essayer d’esquisser l'histoire de ce groupe. Plusieurs des espèces qui y rentrent, avaient été figurées par le D.” Bigsby, dans un mémoire sur la géologie du lac Huron, publié dans les Transactions de la Société géologique de Londres, sous le nom générique dorthoceras, et sans dénominations spécifiques, et c’est sur elles que M. Bronn établit ensuite le genre Actinoceras, dans sa Lethea geognostica. Bientôt après M. Charles Stokes, dans un mémoire sur des espèces nouvelles dorthocérates, donna d’intéressants détails sur cette coupe, qu'il caractérisa ainsi : Un grand siphon très-dilaté dans chaque chambre, et contracté dans les parties où sont attachées les septæ. Dans le siphon, un tube continu, qui semble avoir été capable d'expansion (au moins dans quelques cas), muni de rayons en verticillations, qui réunissent le tube avec les côtés du siphon.
M. Lyell, dans son excellent ouvrage, intitulé : Nouveaux éléments de géologie (1858), s'exprime ainsi : . Les calcaires du lac Michigan, dans PAmérique du nord, renferment, ainsi que diverses autres régions avoisinant les grands lacs du Canada , des coraux, etc. : ils contiennent aussi certains orthocerata, dont la structure est réellement singulière. Le siphon de ces mollusques, qui est très-grand, renferme, dans toute sa longueur un tube, de Pextérieur duquel s’'échappent des rayons qui s'étendent en formant des verticillations jusqu'à la paroi intérieure du siphon : le nombre de ces verticillations correspond à celui des loges de la coquille. M. Stokes, qui a décrit ce genre d'Orthocératites, en a formé un genre distinct, pour lequel il a adopté le nom d'actinoceras, proposé par le professeur Bronn. L’actinoceras ne figurait pas parmi les fossiles britanniques avant d’avoir été récemment découvert à Caske-Espie, dans le comté de Down en Irlande. ” M. Lyell donne aussi des figures de cette espèce (pag. 281, 282).
Enfin, le tome IL des Mémoires de la société géologique de France (1838) contient également un mémoire du professeur Troost sur le même genre, mais établi sous le nom de conotubularia. Après avoir énuméré les caractères des orthocerates, il en distingue son genre de la maniere suivante : . Dans les conotubulaires lon voit qu’en effet un tube perce toutes les cloisons, mais on ne peut pas dire que cela ait lieu comme dans les nautiles; ce tube, au lieu d’être simple, se trouve, au contraire, composé d’anneaux circulaires et saillants, distants les uns des autres d'environ un cinquième de pouce. Le test, dont Fépaisseur est presque celle d’une feuille de pa-
pier, doit avoir été vide, et, autant qu'il est possible d’en juger, il n’avait pas de communications avec les cavités formées par les cloisons : ce tube est tantôt au centre, et tantôt touche, par ses parties saillantes, aux parois de la coquille, qui sont aussi fort minces. La forme de la coquille est généralement conique, allongée, à ouverture, quelquefois ovale et quelquefois circulaire : quant au tube annulaire, les figures montrent qu'il est absolument le même que dans lOrthocerates annulatus du Dictionnaire des sciences naturelles.”
* Or, en comparant les caractères ci-dessus avec ceux de M. Stokes, lon verra qu'ils n’en diffèrent que par les noms que lon a donnés aux diverses parties, et que ce que le premier nomme siphon, est le tube de M. Troost; ainsi le genre Conotubularia étant le même que celui d'Actinoceras, ce dernier nom doit être adopté, puisqu'il a l’antériorité de publication.
L'on trouve encore dans lés auteurs anglais deux autres coupes, qui nous semblent devoir, lune se rapporter à celle-ci, et l'autre en être au moins très-voisine; je veux parler des ormoceras et des huronia : toutes les deux établies par M. Stokes dans les Transactions de la société géologique de Londres. Les ormoceras sont, suivant lui, caractérisés par leur siphon, dont Pintérieur n’est pas continu, mais, au contraire, divisé en parties séparées et correspondant en nombre avec les chambres ; la coquille externe du siphon est extrêmement mince, et se trouvant généralement enlevée et usée là où elle a été exposée aux intempéries de l'air, elle laisse à découvert les parties internes du siphon. Une profonde indentation dans le milieu de chacune de ces parties correspond aux septæ de la coquille, de sorte que de chacune de ces portions internes du siphon une moitié est placée dans une chambre, et l’autre moitié dans la chambre de dessous. Une section longitudmale montre un arrangement très-curieux : louverture ou passage intérieur du siphon est comparativement petite, et les lignes internes et externes de chaque partie renflée, sont arquées d’une manière très-remarquable ; l’espace entre les parois internes et externes de ces parties est considérable, et rien n'indique qu'il ait été rempli par une substance quelconque. Î
En analysant avec soin ces caractères, lon verra que ces corps ne différent des actinoceras qu'en ce que le tube ou siphon interne de ces derniers serait formé d'articles, tandis qu'il serait continu dans les ormoceras: je dois avancer, qu'après des recherches approfondies et faites sur un grand nombre d'échantillons, je m’ai pu reconnaître nulle part de tube continu, que je lai trouvé partout formé de seoments, et qu'il est souvent très-difficile de s'assurer s'il portait ou non des rayons, ou plutôt, si les cloisons de la coquille y étaient attachées : je crois donc que lon doit, au moins provisoirement, réunir ces deux coupes ; car Je suis persuadé que celle dont il s'agit, n’est établie que sur des tubes internes de l'autre.
Quant aux Æuronia du même naturaliste, ce sont des corps fort singuliers qu’il avait d’abord, dans le Mémoire du docteur Bigsby, placés parmi les polypiers, mais
qu'il soupconna depuis pouvoir se rapprocher des orthoceras; je crois effectivement que c’est là leur véritable place, et il ne serait pas même impossible que, lorsqu'ils seront mieux étudiés, ils ne soient reconnus pour être des tubes internes, ou plutôt des siphons, de quelques espèces gigantesques voisines des orthocéras.
Pour ce qui est des actinoceras eux-mêmes, j'ai longtemps hésité pour savoir si je devais les séparer des orthocerates ou les réunir à ce groupe; car, bien que trèsdifférents au premier abord, ils se rapprochent de quelques espèces de ce genre, et même y passent insensiblement; je crois, du reste, que ce dernier genre a aussi besoin d’une révision approfondie, et qu’alors les actinoceras y rentreront comme formant une section particulière. Quoi qu'il en soit, les actinoceras, tels que Je les connais, sont des coquilles allongées, droites, plus ou moins coniques, à test généralement très-mince, renfermant un tube interne annelé qui, le plus souvent, en remplit toute la cavité; ce tube contenant lui-même un siphon divisé en segments correspondant au nombre des anneaux du tube et émettant chacun un rayon transversal ou cloison interne qui s'étend jusqu’à la paroi intérieure du tube.
Avant que de passer à la description des espèces de chacune de ces divisions que j'ai rapportées d'Amérique, jetons un coup d’œil sur quelques-unes de celles qui sont décrites dans les auteurs :
Orthoceras. Je m’étendrai peu sur les espèces de ce genre, qui sont très-nombreuses; elles sont généralement droites, coniques, arrondies, ou un peu aplaties aux extrémités, à siphon interne, placé, tantôt au milieu, tantôt sur le côté.
On en a séparé (Cyrthoceras, Goldf.) des espèces à forme arquée, et on pourrait en faire autant de quelques autres qui sont triangulaires (trigonodema, mihi).
Ainsi que nous l'avons déjà dit, le nombre des orthocéras décrits dans les auteurs est très-considérable; Munster, Sowerby, Wabhlenberg, Dalmann, Murchison, etc., en ont fait connaître beaucoup d'espèces.
Parmi celles de Sowerby (Mineral conchology) quelques-unes semblent se rapprocher des actinoceras, telles sont ses flexuosa, Steinhaueri, gigantea, cordiformis, annulata, etc.
Il en est de même des espèces de Murchison (577. syst.) : son O. excentricum, pl. 15, fig. 46, auquel il manque une partie du test, laisse voir une portion du tube annelé; son nummularius, pl. 13, fig. 24, me semble aussi très-voisin des actinoceras.
Son Orthoceras Brighti, pl. 12, fig. 21, qu'il suppose être peut-être un ormoceras, montre un siphon interne divisé en articles, mais sans rayons transversaux.
L'Orthoceras gregarium, pl. 8, fig. 16, est un tube interne divisé en segments.
Le dimidiatum, pl. 8, fig. 18, représente aussi probablement un tube interne divisé en anneaux; mais comme dans ce cas on n’y verrait pas de siphon interne, c’est peut- être comme tel que lon doit le considérer, et alors ce serait un ormoceras pour M. Stokes : la coquille a dû être d’une grande épaisseur.
Les Orthoceras ludense, imbricatum, filosum, virgatum et annulatum de la planche 9 du même auteur, me semblent avoir perdu leur test et n'être par conséquent que des tubes internes : Jen dirai autant des Orthoceras ibex et articulatum de la planche 5.
L’Orthoceras bullatum, pl. 5, fig. 29, est très-remarquable: le test, en grande partie enlevé, laisse à découvert le tube, et, de plus, une fracture de la coquille montre le siphon interne, qui est long, gels et articulé ; ce qui en ferait probablement un ormoceras pour M. Stokes : lon n’y voit pas de cloisons transversales.
L'Orthoceras conicum, pl. A, fig. 21, est un véritable actinoceras, ou plutôt l'empreinte interne d’un tube avec le siphon interne, les cloisons, etc.
L’Orthoceras approximatum, pl. 21, fig. 22, est aussi un moule interne montrant des cloisons, mais en tout bien peu reconnaissable.
L'Orthoceras bisiphonatum, pl. A, fig. 25, est bien remarquable : c’est un trèsgros tube externe annelé, montrant deux siphons, dont lun est central et l'autre latéral : ce dernier n’aurait-il pas été, pour ainsi dire, incrusté dans l’autre? Dans le cas du contraire, cette coquille devrait former une nouvelle coupe générique.
Le beau Mémoire de M. Bigsby, inséré, ainsi que nous Pavons déjà dit, dans les Transactions de la société géologique de Londres, tome I, 2.° série, renferme les figures de plusieurs espèces qu'il nous importe d'étudier; les figures 1, 2 et 3 de la pl. 25 sont des actinoceras. Dans la planche 26 la figure 1 représente un orthoceras avec le siphon latéral; la figure 2 me semble se rapporter à lActinoceras Lyonü, de Stokes; les figures 3 à 11 sont des orthoceras, à l'exception de celle n. 5, qui est probablement un siphon interne.
La planche 98 contient des Zuronia; la planche 30 représente des siphons internes sous le nom de fossiles non déterminés : M. Stokes en a depuis fait ses ormoceras.
L'intéressant Mémoire d M. Stokes est celui qui a le mieux fait connaître les corps qui nous occupent. Il décrit quatre espèces dactinoceras :