RUY GOMEZ
» Le prince a lui-même avancé ses jours par » l'étrange* régime auquel il s'était mis, faisant ar—
» roserson lit pendant Tété, buvant de Teau glacée » pour apaiser l'ardeur de la fièvre, remettant tous » ses vêtements. Il semblait chercher à dessein ce
» cjui était le plus contraire à son tempérament et »- et sa complexion.
LE ROI
55> Son caractère plus que tout autre chose a causé » sa mort. (Au duc d'Albe.) Maintenant, partez pour » la Flandre, allez-y dompter la rébellion. (AD. » JXego,) Pour vous, D. Diego, c'est à présent que » j 'ai besoin de votre vivacité pour m'aider à difertir y> xna tristesse.
D. DIEGO
» Vivez, sire, vivez, le reste importe peu. » Cette scène* ne ressemble-t-elle pas à une rèf utsL-tion indirecte des bruits qu'on avait répandus sur la. mort du fils de Philippe II ?
Tel est, sauf une intrigue d'amour assez mal liée au sujet et dont nous n'avons pas cru devoir tenir compte dans cette analyse, sauf encore quelques incidents destinés à faire mieux ressortir le caractère du mal- ^Bureux prince, mais que nous nous sommes bornés ^ résumer en quelques traits généraux, tel est le -^- Carlos d'Enciso. Il est sans doute moins brillant, ^oîtis poétique que celui de Schiller, mais combien ^^ y sent mieux la vérité historique, comme toute Espagne du xvi® siècle y respire, comme c'est bien ^à. Ce Philippe II admiré, vénéré par ses sujets sous ^^ nom de Philippe le prudent ! Avec un pareil fond, ^^Ideron et Moreto eussent fait des chefs-d'œuvre ^^ixiparables à ceux que leur a inspirés la grande
figure de Pierre le justicier et peut-être d'un i^l us haut intérêt. Enciso ne s'est pas élevé aussi haut : trop souvent, chez lui, l'exécution n'est pas à la hauteur de la conception, mais son ouvrage ne dû-t-ii être considéré que comme un monument naïf d« l'esprit du temps, il mériterait encore qu'on s'ar-' rêtât à l'étudier.
Un autre drame du même poète, La plus granif^ action de l'Empereur CMWe^-Ow/n^, représente asse^ ^ bien l'idée gigantesque que la puissance et le géni de ceicaonarque avaient laissé dans le souvenir dei Espagnols. Cette plus grande action, c'est sa retrait au couvent de Saint-Just où il acheva ses jours dan les exercices d'une piété exaltée. Enciso, toujbur fidèle interprète des sentiments de son siècle, n'imagine rien de mieux pour glorifier les derniers m ments de l'illustre empereur que de nous le mon trer tremblant, comme le plus humble des religieux, à la moindre réprimande du prieur du couvent, s rappellant son ancienne puissance seulement pou regretter de n'avoir pas fait brûler Luther, recom mandant à son successeur de se montrer moins in dulgent envers les hérétiques et lui reproehan comme une impiété, comme une révolte, la guerre toute défensive cependant, où il se trouve engag- ^é contre le pape. Philippe II figure aussi dans ce drame-^^= : il y est le plus tendre, le plus soumis, le plus respe( tueux des fils, comme nous l'avons vu, dans D. Carl(vle meilleur et le phis vigilant des pères.