CHAPITRE XLYIII
ROJAS. — IL n'est pas PERMIS D'ÉTRE ROI ET PÈRE, ETC.
Un drame de Rojas, 7/ n'est pas permis d'être roi et yère, a servi de modèle au chef-d'œuvre de Rotrou, à Venceslas. La nature de l'action, les personnages, tout est emprunté à l'ouvrage espagnol, sauf une complication d'intrigues amoureuses dans laquelle Rotrou a été assez mallieureuseraent inspiré par la fade galanterie du temps. Il est pourtant juste de dire que si le poète français a fait preuve de peu de génie inventeur dans son imitation, si les intentions profondément dramatiques qu'on admire dans Venceslas n'ont pas été créées par lui, il se les est en quelque sorte appropriées en élevant jusqu'à une énergie sublime ce qui quelquefois, dans l'original, par le vice de l'expression ou par l'abus des métaphores gongoriques, tombe dans l'extravagance ou dans la platitude.
Bien que quelques autres ouvrages de Rojas con-
tiennent encore des éléments vraiment tragiques, ils y sont généralement perclus, au milieu de trop d'absurdités pour que nous croyions devoir nous y arrêter. Nous ne dirons rien des Aspics de Cléopàtre, du Faux prophète MaJiomet, de la Jalousie de Rodomoiit. DsiïisProgné et PMlomène, Rojasn'apas craint de mettre en scène toute l'histoire de ces deux personnages fabuleux telle qu'elle nous a été donnée par la mjihologie, à l'exception pourtant de leur métamorphose. Le sujet est, d'ailleurs, traité à l'espagnole, avec tous les incidents inhérents aux usages péninsulaires du xyii® siècle. Térée , en entrant à Athènes, y est accueilli par des salves d'artillerie. 11 envoie son frère Hippolyte combattre les Valaques, et bientôt Hippohie vainqueur fait son entrée triomphale au bruit du tambour dans la capitale de la Thrace. Ces anachronismes matériels nous font rire aujourd'hui. Pour qu'on se les soit permis à l'époque illustrée par Calderon, Moreto, Rojas, Solis, par tant d'autres écrivains d'un esprit aussi poli qu'éclairé, il ftiut croire qu'on n'attachait alors qu'une très mince importance à l'exactitude du costume. Peut-être, après tout, sont-ils moins choquants que certains disparates de mœurs et d'idées auxquels les poètes n'ont pas su se soustraire même de nos jours et qui, aux yeux des hommes instruits et réfléchis, portent une si grave atteinte à la prétendue vérité, à la couleur locale si vantée de leurs tableaux des siècles passés et des pays étrangers.