D. AUGUSTIN
» Vive Dieu ! le fripier me le payera plus tard.
D. MARCOS
» Vous manque-t-il encore quelque chose?
L'HOMME
» Cette robe de chambre et ce bonnet.
D. MARCOS (les lui jetant).
» Les voici, et s'il faut encore ma peau, prenez-la, » pourvu que vous ne me demandiez pas de l'argent. » D. Agapet, qu'est-ce que cela signifie ?
D. AGAPET
» Quesais-je!
D. MARCOS
» Entremetteur du diable, nous voilà frais !
D. AGAPET
» Mais moi...
D. MARCOS
» C'est à vous la faute, et...
ISIDORE
» Ecoutez-moi, je vous prie. Il n'j- a ici d'autres » torts que les torts de l'amour. Eprise de vous, c'est » pour vous appartenir que je m'étais donné ces ap- » parences de richesse et de luxe.
D. MARCOS
» Que dites-vous?
ISIDORE
» Ce que vous entendez.
I). MARCOS
» Quoi, ce riche colon, votre premier époux. ..
ISIDORE
» Pure fiction !
» Et tout cet argent en barres !...
ISIDORE
» Il s'est envolé.
» Ces navires.
» Submergés.
D. MARCOS
ISIDORE
D. MARCOS
» Cette dot magnifique...
ISIDORE
» Il n'y faut plus penser.
D. MARCOS
» Et ce sera à moi de vous nourrir ?
ISIDORE
» Sans doute, puisque je suis votre femme.
D. MARCOS
» Eh ! qu'attends-je donc pour me pendre à une » poutre, ou plutôt, ce qui m'épargnerait la dépense » d'une corde, pour me jeter dans un puits la tête la » première ! »
Les passages que nous venons de citer sont plus que suffisants pour caractériser le genre de mérite de cette comédie. Elle indique une transformation remarquable dans la nature du drame espagnol, la substitution de la peinture plus ou moins chargée des vices et des ridicules aux conceptions idéales et poétiques deLope et de Calderon. Moreto, dans quelques-uns de ses ouvrages, avait commencé cette ré-
voliition avec la mesure, l'élégance, la grâce qui ne l'abandonnent jamais. Rojas moins châtié, moins exquis, mais non pas moins fort de comique, s'était avancé plus hardiment dans la même voie. L'œuvre de la Hoz va plus loin encore. En la lisant, on croirait déjà toucher au dernier terme de cette révolution, à l'époque de Zamora et Caùizarès. Si le peu de données biographiques qu'on possède sur l'auteur du Châtwientcle l'Avarice n'excluait pas presque absolument cette supposition, on pourrait croire, en effet, que cette pièce appartient à la fin du règne de Charles II ou plutôt au commencement de celui de Philippe Y. D'une part, l'absence complète de poésie, de sentiments exaltés ou romanesques, de l'autre, certaines idées, certaines expressions, certaines plaisanteries où perce l'imitation du goût et des usages français, tout semble révéler une autre atmosphère que celle de la cour de Philippe IV.