‹ Essai sur le théatre espagnol (volume 3)Chapitre 6 sur 73 · CALDERON, — ACTES SACRAMENTELS · texte numérisé non relu

CALDERON, — ACTES SACRAMENTELS

Ce ne serait pas faire connaître complètement Calderon que de passer [sous silence se,s Actes sacramentels. Quelque étranges que nous paraissent maintenant ces compositions, elles j ouissaient au xvir siècle d'une très grande faveur. On les représentait à l'époque des principales fêtes religieuses, elles faisaient en quelque sorte partie de la solennité, et par là, elles prenaient un caractère assez semblable à celui qu'avait la tragédie dans les premiers temps de l'antiquité grecque. Pour la forme comme pour le fond, c'étaient purement et simplement les mystères du moyen âge. Tantôt, une action tout allégorique destinée à figurer la lutte du démon contre l'humanité, le triomphe de la foi, la glorification d'un des myàtères de la religion, tantôt une scène de l'ancien ou du nouveau testament présentée aussi à titre d'allégorie, tels étaient les sujets de ces ouvrages bizarres. Le démon, la foi, l'humanité, les vertus, les II. 4

3r essai sur le théâtre espagnol

vices en étaient les principaux personnages, et l'un des vices y tenait lieu Âe l'inévitable Gracioso, car l'appareil de la comédie ordinaire y était scrupuleusement conservé. Tous les poètes dramatiques de cette époque ont composé un nombre plus ou moins considérable d'actes sacramentels, mais Calderon s'y distingua plus qu'aucun autre, et aux yeux de ses contemporains, les succès qu'il obtint dans ce genre n'étaient pas un de ses moindres titres de gloire. C'est qu'en réalité, la tournure particulière de son esprit l'y rendait singulièrement propre. Il [est impossible de ne pas admirer le prodigieux talent^qu'il y a dépensé, la finesse, la justesse des métaphores et des allégories, la perfection et la richesse du style, le fini et la délicatesse de tous les détails. Ce sont peut-être ceux de ces ouvrages qu'il a le plus soignés, et on ne peut s'empêcher de regretter qu'il n'ait pas consacré tant de temps et des don§ si précieux h des travaux d'une valeur moins relative et mieux faits pour être appréciés par la postérité.

Pendant trente-sept ans, la ville de Madrid lui confia exclusivement le soin de composer les actes sacramentels qu'elle faisait jouer, suivant l'usage que nous rappelions tout à l'heure, aux grandes fêtes religieuses et surtout à la Fête-Dieu. Séville, Tolède, Grenade, eurent souvent aussi recours à lui.

Ces pieuses représentations, objets alors d'une édi-, fication universelle, se sont prolongées en Espagne jusqu'au règne de Charles III. Nous verrons plus loin comment elles prirent fin à cette époque.

Page 1