TOUS
» Nous sommes prêts.
LE CAPITAINE
» Son Altesse jurera, à son tour, d'accomplir les » engagements que je vais énumérer. Elle consacrera » tous ses soins, toutes ses forces, elle ne reculera » devant aucun sacrifice pour maintenir ses sujets » en paix : c'est le premier devoir des rois. Elle ne » contraindra personne à renoncer aux innovations » religieuses qui se sont introduites dans ce pays. » Pour éviter de fâcheuses querelles, elle persistera » dans la politique suivie par son père à l'égard du » pontife romain. Elle n'enlèvera pas aux laïques » les revenus ecclésiastiques qui leur ont été distri- » bues et elle ne verra pas un vol dans ce change- » ment de destination. Si votre Altesse prête se ser- » ment, toute la noblesse va la reconnaître pour » héritière.
MARIE
» Je ne veux pas l'être à ce prix. Est-il possible, >■> Sire, que Votre Majesté m'ordonne de prêter ce » serment?
LE ROI
» Lo parlement l'exige, et ce n'est pas une innova- » lion qu'il demande.
MARIE
» Si le parlement croit que je m'y soumettrai, il » se trompe. La promesse de mille couronnes ne me » l'arracherait pas. Puisque votre Majesté connaît » la vérité, je la conjure de ne pas permettre que » la loi de Dieu soit foulée aux pieds. Le prince qui » à écrit .sur les sept sacrements ce livre rempli » d'une doctrine si merveilleuse que les plus savants » théologiens en parlent avec respect, qui a con- » damné la désobéissance au pape par des arguments » tellement concluants qu'ils imposent silence à » l'hérétique le plus opiniâtre, qui a réfuté si victo- » rieusement les sophismes de Luther, ce monstre do » l'Allemagne, peut-il se contredire à ce point?
LE ROI
>•> Tu dis vrai, mais il faut ménager mon honneur. » Infortuné Henri, que de malheurs t'attendent ! » Marie, vous êtes jeune, vous êtes femme, c'est » votre peu d'expérience qui vous fait parler ainsi. » Vous reconnaîtrez bientôt qu'il vous importe de » faire ce qu'on vous demande.
MARIE
• » Ce qui m'importe, c'est que nous rendions à » l'Eglise une humble obéissance. Pour moi, je me » prosterne devant elle, je. me soumets à ses drcrots » et je renonce à toutes les promesses du monde. >^ l)lutôt que dp nier la loi divine.
LEROL
» On nô vous demande pas de renier cette loi, » mais de laisser dormir quelques-unes de ses dispo- » sitions.
MARIE
» Manquer aune seule, c'est les violer toutes.
UNMtXISTRE.
» sire, veuillez engager la princesse à ne pas rè- » sister davantage. A moins qu'elle ne cède, le par- » lement refuse de lui jurer fidélité.
MARIE
» Et il fera très bien, car je ne veux pas qu'il » ignore que si, moi régnant, qui que ce soit osait » enfreindre les préceptes de ma religion, je le ferais » brûler vif. Le plus prompt repentir pourrait seul » l'en sauver. ^
LE ROI
» C'est sa jeunesse qui la fait parler ainsi, mais elle >■> a trop d'intelligence pour ne pas se modérer avec » le temps. Le parlement peut lui prêter serment. » Si, devenue reine, elle ne gouverne pas au gré de » la nation, la nation la déposera,. (\voiœ basse.) » Dissimulez et taisez-vous, Marie : un jour viendra » où vous pourrez, sans danger, vous livrer à l'ardeur » de Yotre zèle et où cette étincelle produira un » incendie.