FRANÇOIS REGNAULT
102. — 1527. Hore beatissime virginis Marie ad legitimum Sarisburiensis ecclesie ritum , cum quindecim orationibus béate Brigitte... 1527. Venundantur Parisiis a Fr. Regnault.
— In-4, fig. et bordures, dans lesquelles est une Danse des Morts.
403 — 4K30. Ilnrn lïfflO. — In-A IMimnirosinn Hp
Morts et des trois Vifs, ou quelque sujet séparé montrant un Squelette, tel que celui que nous avons reproduit plus haut (p. 159), ou comme les figures grotesques de la Mort qui se trouvent , indépendamment de la Danse , sur les marges de plusieurs livres de Prières imprimés par Kerver.
Nous préférons mentionner brièvement quelques publications singulières qui , sans être des copies de ces anciennes compositions , leur ressemblent cependant par le fond du sujet. Les unes, comme les trois premières, remontent à une époque presque contemporaine des diverses éditions de la Danse Macabre et paraissent dues à une inspiration du même genre. Celles qui suivent sont autant de Danses différentes, issues de la fantaisie capricieuse des artistes, et dont un certain nombre, publiées pour la plupart eu Angleterre, affectent la forme des caricatures modernes les plus excentriques.
Cette dernière énumération , comparée aux catalogues précédents, fera voir que les premiers types furent longtemps reproduits et que les conceptions dans lesquelles les dessinateurs suivirent pour guideleur fantaisie ne parurent qu'à une époque fort postérieure , généralement vers la fin du siècle dernier.
COMPOSITIONS ANALOGUES AUX DANSES DES MORTS ET DANSES DES MORTS MODERNES.
4. — 44.? La Danse des aveugles. ( Sans lieu ni date.) Pet. in-4,goth., fîg. sur bois. Cette édition est sortie des presses de Lyon, à la fin du xv« siècle, selon M . Brunet ( ÏIÏ, 385 B ) :
îtfif) KSSU H1STOIUQIK
4 — 166.? Une Danse des Morts en cinq planches de forme ovale et gravée à l'eau-forte par Etienne de La Belle , qui a figuré son héros n'enlevant guère que des femmes et des enfants. Cet artiste célèbre mourut en 1664 , avant d'avoir pu achever la cinquième estampe , qui représente deux Squelettes précipitant un Vieillard au tombeau, et dont la gravure, due à Melchior Kûsel , est inférieure h celle des autres sujets.
M. Douce cite une sixième planche ( la Mort jetant un Jeune Homme dans un puits), qui fut commencée par La Belle et achevée par son élève Galestruzzi ; le catalogue Mariette ( 1775 ) en fait aussi mention , mais nous ne Pavons pas vue.
Nous connaissons encore de La Belle une grande planche oblongue, dans laquelle la Mort, montée sur un cheval squelette et coiffée d'un bonnet à plumes , parcourt d'un air triomphant un champ de bataille où les hommes tombent pêle-mêle. Le dessin de toutes ces compositions est admirable et d'une vigueur étonnante.
5. — 16.? TheDance of Deatb,.... printed , culloredand sould by R. Wallon at the Globe und Compassés at the West end of St Paules church turning down towards Ludgate. ( La Danse de la Mort , imprimée , coloriée et vendue par Wallon , au Globe et au Compas , sur le côté ouest de Saint- Paul , en tournant vers Lydgate. ) C'est une feuille gravée sur cuivre et représentant une dizaine de scènes, au-dessous
le titre suivant : Die ietzten Stunden und der Tod in aile klassen der GeselUchaft , au% den Gesichlspunkl der Humanitat, der Pzy~ chUogie und der Religion. Leipzig, 1842. 2 vol. in-8. ( Les dernier» instants et la mort dans toutes les classes de la société , au point de vue de l'Humanité , de la Psychologie et de la Religion. )
Nous pensons qu'il y a ici méprise de la part de M. Kist et qu'il ne s'agit simplement que d'un ouvrage de psychologie.
368 ESSAI HISTORIQUC
ouvrage , dont le tcxle est un mélange de prose el de vers, consiste en 24 planches en taille-douce bien exécutées.
.10. — 1803. Freund Hcin's Erscheinungen in Holbeins Manier, von J. L. Musaus. Neue Aufl. Mannhein ( Wien ). In-8. Nouvelle éJilion du volume précédent avec un titre sur cuivre , par J. Mansfeld. ( Massmann , p. 59-60. )
11 . — 1796. Newlon's Dauces of Death. ( Danse de la Mort de Newton, publiée le 12 juillet 1796, par William Rolland , n° 50 , Oxford street. ) — Cette Danse , gravée sur cuivre , consiste en 28 sujets dont un répété , en tout 29 ; ce sont des caricatures anglaises coloriées , qui ne se font remarquer que par leur grotesque excentricité , et qui peuvent servir de type dans ce genre. Les figures sont accompagnées de quelques vers de l'invention de Holland, comme l'indique la dernière inscription : The writing and some of the ideas by W- Holland.
12. —179? Bonaparle's Dance of Death, invented , drawn and etched by Richard Newton (la Danse de la Mort de Bonaparte, inventée et gravée à Peau-forte par R. Newton ).
M. Douce ne donne que le titre des six planches qui forment l'ensemble de cette bizarre composition anglaise ; elle ont sept pouces sur cinq, et voici la traduction de leurs inscriptions : Bonaparte poignardé à Malte ; noyé à Alexandrie ; étranglé au Caire ; fusillé par un gentleman de Tripoli ; dévoré par les bêles fauves dans le désert , et vivant à Paris. 11 est probable que ces absurdités correspondent à de faux bruits qui auraient couru en Angleterre aux différentes époques de la vie de Bonaparte '.
1 Quelques caricatures faites vers 1815, ea France , contre Napoléon, offrent aussi des représentations de la Mort. Nous en connaissous deux dans lesquelles celle-ci cherche à l'attirer, soit en jouant devant lui de l'orgue de Barbarie , soit en lui faisant signe de le suivre dans sa barque.
Au reste , ce n'est pas la première fois que dans de méchantes
positions originales en prose et en vers , contributions ami cales de différents écrivains , ayant surtout pour but d'illustrer 24 planches dessinées par R. Dagley, auteur des pierres gravées d'après l'antique , etc. ) Livre estimé dont les planches sont sur cuivre et dont on a donné la réimpression suivante.
46. — 4827. Death's Doing , etc. 1827. Avec un nouveau frontispice dessiné par Adrien Van Venne , à qui M. Massmann attribue dubitativement cet ouvrage.
17. — 48.? The Britisch Dance of Death , exemplified by a séries of engravings from drawings by Van Assen , with explanatory and moral essays. Prinied by and for George Smeeton, Royal Arcade, l'ail Mail. In 8. Sans date. (La Danse anglaise de la Mort développée dans une série de gravures , d'après les dessins de Van Assen , avec des essais explicatifs et moraux, imprimé par et pour G. Smeeton, etc.) 48 cuivres. Avec un frontispice dessiné par G. Cruiksbank, et une préface qui expose que l'ouvrage est fait sur le plan des dessins d'ffolbein , tels qu'ils sont dans les éditions de Lyon , mais avec lesquels ils ne présentent pas la moindre ressemblance.
48. — 4830. Voyage pour l'Eternité, service général des omnibus accélérés, départ à toute heure et de tous les points du globe, par J. Granville.
Véritable Danse des Morts moderne consistant en neuf sujets plaisants et très spirituels , lithographies vers 4830 , et que leur supériorité met infiniment au-dessus de ceux de Howlandson. La Mort y est représentée sous le costume d'un postillon , d'un horloger, d'un apothicaire , d'un cuisinier, d'une courtisane , etc.
49. —1835. Frcund Hein. Grotesken und Phantnsmagorien von E. Dull r. Mit llolzschnitlen nach Morilz v. Schwind. 2 Theile Stult. 4855. ( L'Ami Hein, scènes grotesques et fantasmagoriques par E. Du lier, avec figures sur
372 KKSAI HISTORIQUE
catalogue. Quelques spécimens en sont donnés dans les planches de notre II e volume * ; pour les détails qui peuvent concerner les autres , nous nous contenterons de renvoyer aux ouvrages de MM. Peignot et Douce , qui ont fait de cet objet une partie spéciale de leurs recherches.
i Voyez, par exemple, nos planches 25 , 25 bis , 27 , 40 et 41. il serait difficile d'énuniérer la totalité de ces gravures /qui ne forment entr'elies aucune suite et dont un petit nombre seulement se recommandent pa les noms célèbres qu'elles portent, comme ceux d'Albert Durer, Lucas de Leyde, UrsusGrafft , David Hopfer, Rembrandt , de Bry, Martin de Vos , Jost Amman, etc. Les seules que nous puissions mentionner, en ce qu'elles représentent plusieurs sujets composant une certaine série , sont les suivantes : Une planche par Israël van Meckenen , consistant en six médaillons dans lesquels la Mort enlève divers personnages , avec ces mots : Mémento mort ; cinq gravures de Giovanni Maria Mitelli , représentant des mortels entretenant un dialogue en vers italiens avec la Mort , quoiqu'ils ne soient point accompagnés du squelette, habituel r une Danse en huit sujets in- 12, portant la date de 1562, citée par Bartsch ( ix , 482 ) ; une autre gravée , selon Heinecken (iii, 77 ), vers 1740, par Maurice Bodenehr, de Fribourg ; une troisième . d'une époque toute moderne , exécutée en Angleterre par John Nixon Goleraine , pour figurer, en guise d'ornement sur des éventails. Enfin , dans la collection allemande compilée par Scheible sous le titre de Dos Schalljahr ( l'année bissextile ) . Stuttgard, II» vol. , 1846 , p. 444 , on trouve, pour accompagner un article sur l'Art de bien mourir, par Adam Walasser, une très petite Danse des Morts, en 8 sujets, sur une seule feuille , grossièrement gravés sur bois.
» tares morales connues sous les noms de Dan- » ses Macabre» , d'Icônes Mords, etc., ne sont que » des réminiscences ou des imitations même des » véritables Dames de la Mari ou spectacles fu- » nèbres exécutés par des vivants dans un but y religieux. » Vous avouez, toutefois, « que » vous n'avez pu recueillir qu'un bien petit nom- » bre de faits , et que ce que vous avez trouvé » de plus positif à cet égard n'est consigné qu'en » fort peu de mots dans le supplément du Glos- * saire de Du Gange , sous la rubrique de Ma- 9 chabœorum chorea. #
Je conçois, Monsieur, que l'idée de rechercher l'original d'un tableau aussi curieux ait souri à l'imagination de l'artiste, et que le savant ait cru n'y trouver d'abord qu'une entreprise facile à réaliser. Sans obéir, comme vous , aux inspirations de ces deux qualités réunies , j'admets
fait presque tous les frai» : on s'en apercevra trop , peut-être ; mais il m'importe de ne pas laisser ignorer qu'il y avait déjà plusieurs mois que cette lettre était écrite et parvenue a sa destination, lorsque sir Francis Douce fit paraître à Londres sa dissertation sur les Danses des Morts. Je n'avais point encore lu cet ouvrage. Si les idées de l'auteur s'accordent avec les miennes , j'en suis fort aise; sinon je lui abandonne volontiers un terrain dont je n'ai ni l'intention ni te temps de faire un champ de bataille.— (/u tffoM834.)
représenter l'empire de la Mort sur tous les hommes, etc.... Il cite ensuite un passage extrait d'un manuscrit de Besançon , gui aurait fait le sujet d'une lettre fort longue, insérée dans le Mercure de septembre 1 742 , et d'où résulte , en substance, l'ordre donné au trésorier de l'église de Saint-Jean-1'Ëvangéliste de payer le prix de quatre mesures de vin fournies à ceux qui ont exécuté la Danse Macabre, le 10 juillet 1453, dans cette même église de Saint-Jean»
Voilà deux choses qu'il ne faut pas séparer:
l'assertion du lexicographe et le témoignage qui en est la base. Mais le fait annoncé n'est pas compris dans le témoignage. Où l'auteur a- t-il trouvé que la Danse Macabre a été instituée par des prêtres , et qu'elle s'exécutait dans l'esprit et par les moyens qu'il spécificie? Le passage cité ne dit rien de cela ; et cette longue lettre du Mercure de 1 742 , qu'apparemment Carpentier n'avait pas sous les yeux , ne contient uniquement que cette citation sur le sujet de la Danse des Morts ; il n'y est d'ailleurs question que de la Danse de la Bergereite, qui n'a rien de commun avec l'autre ! .
1 Voici la fin de cette lettre , qui n'a pas moins de 25 pages : » J'avais dessein d'ajouter à ce que je viens de dire sur notre
sançon , postérieure de soixante-dix ans , ne pouvait être qu'une imitation renouvelée, et n'était, selon toute apparence, qu'une copie de la peinture mise en action. La même objection s'appliquerait aussi naturellement au fait de la prétendue Danse vivante exécutée au Marchédes-Innocents en 1424, et je suis surpris que M. Peignot ne l'ait point opposée aux partisans de cette opinion qu'il combat ; si elle laisse subsister le fait matériel, elle le détruit comme preuve de ce qui est en question.
D'un autre côté, Monsieur, ne pourrait-on pas dire, sans calomnier le siècle, que nos historiens modernes ont fait bien du bruit pour bien peu de chose. Quel monument nous retrace, quel acte nous révèle le fait de la Danse vivante de 1424? D'où est sortie cette trop fameuse Procession de la Mort, défilant en grande pompe dans les rues désertes de Paris, pour célébrer les hauts faits de la régence anglaise et la honte de notre malheureuse patrie ? Si Ton remonte aux sources , on trouve , dans un journal du temps, deux lignes qui sont loin de dire toutes les belles choses qu'on y a vues depuis. Mais ces deux lignes ont prospéré sous la plume de Villaret, lequel a été amplifié par un homme d'esprit ,
servir à l'explication des premiers , ont échappé à l'attention de ces savants. Telle est l'Histoire des Spectres vivants d'Abdère , patrie de Démocrite , rapportée par Lucien , dialogue de l'Jncrédule :
Démocrite avait choisi un cimetière pour y méditer à son aise ; d'un sépulcre il s'était fait un cabinet. « Les jeunes gens d'Abdera , qui
9 l'avoient en opinion de fol , estant avertis de 9 cecy, s'accoustrèrent en esprits, prindrent y des robes noires et des masques hydeux faits » à semblance des morts qui n'ont que le cray nion et la sarcasse nue, et l'environnèrent au- » tour du sépulcre , faisant la danse en rond, et
» sautelansetcapriolans sans relasche, etc. ' » Démocrite ne s'en émut point, et se borna à les traiter de fous. Anacréon, qui n'était guère plus sage, mais dont les grâces couvraient le délire, Anacréon s'écrie , dans ses transports de tendresse : a Amour , couronne-moi de roses ; fais 9 venir ma maîtresse ; je veux me divertir ici v avant d'aller danser chez les morts. »
Dès qu'on sait que les anciens plaisantaient
* Ancienne traduction de Le Loyer.
10 LETTItE DE M. C. LEBER
sieur, de la réflexion ; vous allez la comprendre , et vous n'aurez plus le courage de ine la reprocher.
L'origine de la Danse Macabre n'est pas un fait isolé, singulier, qui appartienne exclusivement à un acte ou à une époque déterminée de l'histoire. C'est , si je ne m'abuse , une succession de faits qui dérivent des mœurs , des pratiques, des préjugés de nos pères, qui, répandus dans le vague des siècles barbares , existent partout , et ne se voient nulle part revêtus de la forme arrêtée que leur prête notre imagination, d'après les tableaux dont nous cherchons l'original. C'est un sujet d'épouvante et de désolation qu'il faut suivre à la piste pour s'en rendre maître. Ce caractère s'attache surtout au fléau qui menace la vie , au silence des tombeaux , à la solitude des lieux incultes ou inaccessibles au commun des hommes, aux mystères que couvrent, aux prestiges que font naître les ombres de la nuit. Il rappelle les préjugés, la croyance et les pratiques superstitieuses du moyen-âge , en tout ce qui appartient ou semble appartenir à l'ordre des choses surnaturelles. Les effets singuliers de contagions jusqu'alors inconnues,
12 LETTRE DE M. C LEBEIt
que sont qualifiés les plus anciens dans les premiers livres où il en est parlé. L'original , ou vivant, ou fantastique, ou produit de l'art , présentait donc réellement une réunion de personnages dansant et gambadant sous différents masques.
Or, on ne saurait douter qu'on n'ait anciennement dansé dans les cimetières , et que les premiers tableaux des Danses Macabres n'aient été destinés aux lieux de sépulture. Lucien fait dire à Lycinus, disputant contre Craton , que la Dans eThéâtrale , qu'il qualifie d'art divin , a pris son origine du branle des cieux et de leur harmonie f . Pourquoi la Danse des Morts ne nous viendrait-elle pas du branle de l'enfer, ou des voies qui nous y mènent?
Reportons-nous d'abord à ce fait de lugubre mémoire dont M. Peignot signale la coïncidence avec l'époque du plus ancien monument connu de la Danse des Morts.
Il régna , en 1 373 et 1 374 , une épidémie qui lit de grands ravages en Allemagne , en France et en Italie C'était une ardeur singulière qui sai-
1 Dialogue sur la Danse.
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sion Dansante au tombeau de saint Willibrod ou Wibrod, dans l'église du monastère d'Epternach 1 , auquel l'empereur Maximilien I OT fit don d'une bougie de trois cent cinquante-trois livres pesant. Cette dévotion bizarre consistait en un pèlerinage de plusieurs paroisses qui se rendaient procesMonnellement à Epternach , chacune sous sa bannière , le mardi de la Pente* côte, et y formaient, au son des instruments, une sorte de danse ou menuet dans lequel les pèlerins avançaient trois pas et reculaient de deux. Elle avait été instituée , ou plutôt conservée, en mémoire de la guérison des bestiaux, qu'on avait obtenue de l'intercession de saint Willibrod par un pèlerinage semblable *. Mais il n'y a pas ici mort d'homme.
Une autre Procession Dansante , la dévotion de saint Weit, a un rapport plus direct avec la conjecture formée ou du moins appuyée par M. Peignot : c'est l'époque qu'il signale, c'est la conséquence immédiate du même fait. Le fléau de 1373 à 1374, qui se répandit dans le
1 Epternach , ou Echteren. Dans les Pays-Bas , a quatre lieues Ae Trêves.
' Mémoire de V Académie celtique , tome m de l'ancien recueil.
f iWi! AlC
16 LETTRE DE M. C. LEBEfl
principe de diverses danses votives , symboliques et toutes spéciales , associées aux communes pratiques de la dévotion; mais il n'en résulte pas évidemment que ces pratiques aient fourni le premier modèle de notre Danse Macabre. Allons plus loin.
C'est un fait au-dessus de toute discussion que, dans les siècles où les rites de la religion chrétienne étaient loin encore d'être purgés des pratiques propres aux cultes des païens , parce qu'elles appartenaient plus étroitement aux mœurs qu'à la croyance d'un peuple ignorant, les champs de repos , asiles naturels du recueillement et de la douleur, devenaient souvent le théâtre d'excès contraires , de véritables divertissements qu'une simplicité grossière se représentait comme des actes de piété envers les morts. Après avoir rappelé ces premiers temps où les obsèques étaient accompagnées de danses et de repas, un sage du dernier siècle décide que rien n'était plus naturel. * La Mort, selon lui, » inspire la paix ; elle fait sentir le besoin de la * concorde; les peuples connaissent alors le » prix de l'amitié , et ils mangent ensemble pour » cimenter leur union. » Tout cela est fort beau
Tobie recommande à son Cls de déposer du pain et du vin sur le sépulcre du juste, et de ne point s'en nourrir avec des pécheurs : < El noli v ex eo manducare et bibere cum peceatoribus. » Tertullien blâme les banquets funéraires comme une inconséquence superstitieuse : «... Et negant 9 sentire quidpiam, escam desiderare prœsumunl ! . » Comme les morts d'autrefois ne soupaient guère plus que ceux d'aujourd'hui, les vivants se faisaient un pieux devoir de les aider à consommer le sacrifice ; ils faisaient honneur au repas, sans trop s'occuper vraisemblablement de la défense de Tobie ; le vin et la bonne chère dissipant la tristesse, ils oubliaient bientôt l'objet du festin pour ne plus céder qu'au plaisir de le pousser à ses dernières conséquences; et c'est alors que, formant un branle autour des tombes profanées, ils présentaient ce contraste de la vie et de la mort , où l'on retrouve l'idée-mère de la Danse Macabre. Les orgies des cimetières nous sont attestées par ce passage de saint Augustin :
« .... Novi qui luœuriamsimè super mortuos bibunt, » et epulas cadaveribus exhibente$ super sepulchra
'"Voyez sur ce sujet le P. Carmeli, Storia de* Riti tacri e profani, etc Venczia , 2 vol. in-12. -
boire à tous ceux qui en demandaient , aux dépens de la confrérie. On buvait à rasade jusque sur la fosse; d'un cimetière on faisait un bouchon , comme si Ton n'eût mis aucune différence entre inhumer un crieur de vin et enterrer le mardi-gras. Il y a plus ; c'était une obligation , car le règlement scellé du sceau royal le voulait ainsi. Longtemps après cette époque, peu favorable à l'amélioration de la société , au commencement du xvi e siècle , les champs de sépulture étaient encore le théâtre de divertissements périodiques non moins scandaleux que les orgies des semi-païens. On voit, par les anciens registres de la collégiale de Saint-Rieul de Senlis , qu'en 1 501 le chapitre permettait aux vicaires de cette église de faire les jeux dans le cimetière , le jour de la Circoncision , selon l'usage. Ces jeux consistaient dans la représentation des farces à la Fête des Fous et des Innocents , dont les traces les plus nombreuses appartiennent aux provinces voisines de Paris , et principalement à la Picardie. C'était un évêque des fous qui , malgré les défenses des conciles , présidait à ces grossières profanations.
La simplicité naturelle des Suisses a dû favoriser la propagation des Danses Sépulcrales au
j'ai eu occasion de rappeler dans mes notes sur le Traité de Noirot, est rapportée dans la Chronique de Trithême , d'où elle a passé dans le Traclatus de Larvis seu Mascheris , auclore Bergerio , folio 203. C'était en 1012, la veille de Noël , a minuit , dans le cimetière d'une église de Saxe. Une bande , triste ou joyeuse, composée de seize hommes et trois femmes, dansait au milieu des tombeaux. Ayant refusé d'obéir à la voix d'un prêtre qui leur avait ordonné de s'éloigner , et condamnés par ce ministre d'un Dieu vengeur à poursuivre leur branle au même lieu pendant une année entière, sans boire ni manger, ni prendre aucun repos , les malheureux sentirent la terre s'enfoncer graduellement sous leurs pas, et les cercueils près de s'entr'ouvrir pour les recevoir. Les uns en moururent après l'expiation complète de leur peine ; les autres n'y survécurent , en conservant un tremblement effrayant dans tous leurs membres, que pour servir d'exemple aux impies , et peut-être, Monsieur, aux peintres de ces temps.
Il y avait là, sans doute, de quoi exciter la verve d'un artiste en capuchon , et le produit de cette inspiration pouvait bien être une Danse Macabre, ou quelque chose d'approchant. Le
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24 LETTRE DE M. C. LEBBIt
J'ai dans mon cabinet une Danse Macabre gravée en Allemagne , sur deux feuilles de grandes proportions, Outre les scènes isolées , à deux ou trois personnages, qui se succèdent dans les compositions les plus connues en France, on y remarque l'image du branle général , ou l'ensemble de la danse exécutée dans un cimetière, qui occupe le cenlre du tableau. Là , dix-huit personnages tant morts que vifs , de différentes conditions , se tiennent par la main , et forment un cercle en dansant autour d'un cercueil dont l'ouverture laisse à découvert un hideux squelette. Cette estampe n'est pas très-ancienne ; je ne la considère pas non plus comme un monument, mais le branle du cimetière a certainement été gravé d'après les traditions germani-
tions relatives a la. puissance intermédiaire des bons et àes mauvais, génies, à l'interposition , entre ce monde et l'autre , d'êtres surnaturels de toute espèce. Et, en effet, sous quelque forme qu'on se représentât un être fantastique, et quelque nom qu'on lui voulût donner, fée, génie, sorcier ou démon, maie ou femelle, nain ou, géant, bouc ou petit-maître; dès qu'il se pouvait que Satan lut caché sous cette apparence, tout était possible pour un chrétien orthodoxe , et pour le peuple tout était vrai.. J'ai besoin d'ajouter, au surplus, que mon intention est loin d'attaquer une doctrine que je respecte dans son principe avoué par l'église. Je ne le rappelle ici que comme un fait, et parce que ce fait importe a l'appréciation d'une pensée, frivole en, apparence, qui domine dans cet opuscule.
doz contre doz pour n'être pas cogneuz. Mais, pour le jourd'hui, ils ont une autre invention
«au mesme effet, qui est de se masquer
Il y a encore des démons qui assistent à ces danses , en forme de boucs ( ou sous d'autres
formes fantastiques ) Les hautbois ne
manquent pas à ces esbatz.... Satan y
joue mesme de la fluste Quelquefois,
mais rarement, ils dansent deux à deux, et parfois l'un ça, l'autre là, estant telles danses semblables à celles des Fées , vrays diables incorporez qui régnoient il n'y a pas longtemps ! . »
Pesez bien , Monsieur, ces dernières paroles : les Fées dansaient, et les Fées ont régné avant le xvi e siècle.
Ici , la tradition, assise sur les momuments, commande le respect , et vous allez vous incliner avec moi devant le temple de Landerthun.
Il existe dans la plaine de ce nom , située à quelque distance de Boulogne-sur-Mer, un mallus ou sanctuaire druidique, vulgairement nommé les Danses, et en patois du pays Neuches (Noces).
'Boguct, Discourt exécrable de* Sorciers, p. 107.
de Landertbun , d'abord sanctuaire des Druides, ensuite colysée , ne fut bientôt plus qu'un champ stérile , désolé , sauvage , un amas de ruines informes, horribile visu. Il paraît que la commune de Saint- An toi ne-du -Rocher, près de Tours, peut se vanter aussi de receler dans sa solitude les précieux débris d'un monument semblable et de même origine. Cette autre ruine est connue dans le pays sous le nom de château ou grotte des Fies '•
Que le peuple des villes , comme l'habitant des campagnes , ait cru jadis à la présence corporelle des fées et des génies dans les lieux retirés, au fond des bois et des autres souterrains; que de prétendus témoins oculaires se soient persuadés à eux-mêmes qu'ils les avaient vus s'assembler, s'ébattre, danser ou conjurer, c'est un fait qui s'élève au-dessus de toute contradiction. Le peuple croit volontiers à tout ce qu'il craint. On redoutait les sorciers et les fées plus qu'on ne les aimait; on n'aurait pas osé douter d'une puissance qui pouvait devenir fatale aux incrédules. C'était l'âge des visions, et j'en ai la
1 Mémoires de l'Académie celtique,, t. 5.
* duite ( sic ) d'Espagnol en François par le
» SEIGNEUR DE RaVIÈRES AnGOUMOIS ! . »
Ce n'est pas sans prendre ses précautions que le seigneur de Gauthières, homme de courage, mais bon chrétien , tenta et mit à fin sa périlleuse entreprise. Écoutez le plutôt, et croyez bien ce qu'il vous dit :
« Voulant donc persister dans mon dessin , 9 prins mon plotton de cordelle , et ayant lié le » bout à une grosse pierre assez près de la tumbe » et entrée , alors d'un zèle ardent , les genoux 9 fléchis en terre , j'invoquay Dieu en toute la » cour céleste de paradis , le suppliant de tout » mon cœur de me faire assistance. Je baisay v trois fois la terre , puis me levay pour chemi- » ner en la garde de Dieu , mon espérance. Je » prins ma lanterne de voirre en ma main , et » une chandelle allumée dedans pour m'esclaire 9 (sic) y tenant sous mon bras le plotton de cor- 9 délie pour le développer mesnuement partout 9 le chemin ou j'iroye, avec opinion qu'il me » servirait de reconduite à mon retour. »
•* Suivant la copie imprimée à Rouen, 1582, pet. ln-8. L'original espagnol , s'il existe , peut être plus ancien ; mais il ne doit j>as remonter au-delà dn règne de Philippe II.
11 vous tarde , je le sens bien , d'en recevoir la confirmation de la bouche même du témoin qui a vu et entendu ; soit. Parlez-donc, sire de Gauthières ; profitez de l'occasion ; vous ne trouverez pas toujours, dans notre jeune France, des oreilles aussi bien disposées à vous prêter leur atttention ; parlez vous-même. SiredeGauthières continue :
« Au bout d'icelle galerie de jaspe toute voûtée et peinte de fines couleurs , je'trouvay un grand clos en forme de cloistre ayant plus de deux cens cinquante pieds de traverse, le tout circuy et fermé de murailles d'environ quarante pieds de haut par endroits, partie d'icelles ruinées. Ce circuit est tout rond et beau , ayant au milieu un préau fleuri et verdoyant , et tout à l'entour d'icelui doubles galeries au dedans desquelles y avait plus de deux mil femmes ou Fées estant appuyées sur les barrières, escotoires ou appuis d'icelles , aucunes d'elles tenans des petits chiens, les autres des bouquets de toutes fleurs ; et me sembloit à leurs contenances qu'elles regardoient une danse ronde composée de cinquante Fées bien apparentes et belles qui dançoient en ce lieu autour d'un gros et grand tillet fort
À M. E.-H» LÀ.NGL01S. 33
$ feuillu et ombrageux , spacieux et de grand
34 LETTRE DE M. C. LEBÉR
9 personnage bien révéré de tous , comme un 9 roy.... assis sur son chariot d'argent, conduit » par quatre chameaux enharnachez de velours 9 noir y passementez d'argent, qui faisoient une
9 grande parade Devant ce chariot mar-
» choient plusieurs joueurs d'instruments , et à 9 la suite venoient joyeusement soixante fées 9 cinq à cinq, toujours dançant. 9
Le sire de Gauthières en vit bien d'autres pendant trois jours et trois nuits qu'il employa à visiter ce monde souterrain ; mais nous ne le suivrons point dans mille détours où chacun de ses pas était marqué par un prodige. L'admiration trop prolongée fatigue les sens et trouble l'esprit. Nous en savons assez , Monsieur, pour reconnaître que l'antique existence des fées et leur goût prononcé pour la danse sont des faits prouvés par les monuments.
Or, les fées étaient de la famille des sorciers : pourquoi n'auraient - elles pas contribué aux mêmes œuvres? Les femmes n'ont-elles pas leur Danse Macabre aussi bien que les hommes ?
Si l'histoire des spectres et des vampires , qui n'est au fond que celle des morts , vous paraît une autorité plus imposante , en matière sépul-
A M. E.-fr. LANGLOIS. 35
36 LETTRE DE M. G. LEDER
causaient une telle frayeur, que leurs cheveux en blanchissaient subitement , ce qui ne permettait pas de révoquer en doute le récit de leur piteuse aventure. « Hœc speclra aliquando iter v facientibus viam intercludunl , abducunt eos à rectâ » via , terrent eos ut nocte aliquando canescanl i . v
"Ne voyez- vous pas ces spectres , ces images de la Mort arrêter dans le chemin de la vie chacune des personnes qu'ils y rencontrent, quelle que soit leur condition , et hâter l'heure fatale qui doit les rejoindra à eux dans l'autre monde? Ne retrouvez-vous pas ici l'esprit de la Danse Macabre? Vous exigeriez peut être un rapport plus étroit entre ces deux termes. Vous voudriez savoir où l'une de ces danses se trouve nominativement associée à l'autre : eh bien ! Monsieur, osez le demander, j'ai réponse à la question. Taillepied, auteur à peu près contemporain de Louis Lavater, et qui reproduit les mêmes faits, articule positivement le mot. Ces branles des esprits du Nord , cette Danse des Elves ne sont plus dans son style que des Danses de Mâcha* brez K
4 Lud. Lavater, Vbi sup., p. 129 et 133. * Traité de V Apparition des Esprits, p. 165.
D'abord , indépendamment du titre , Chorea ab eximto Macabro édita, on lit, dans l'édition française qui suivit immédiatement celle de Des* rey i , non plus un titre qui rapporte l'ouvrage à l'illustre Macabre, mais un vers latin placé isolément à la fin du poème, et dont la contexture énigmatique rappelle la même idée. Voici ce vers, qui ne paraît pas avoir encore été remarqué :
Fit fuit istui opus quod conditor indicat ejus.
N'a-t-on pas voulu faire entendre par là que Fauteur du livre ait indiqué, par le livre même , que Dame Macabre signifie danse composée par le nommé Macabre ou Macaber ?
S'il était permis de substituer quem à quod , ce vers, elliptique et obscur, exprimerait assez clairement le rapport établi, dans le titre de Desrey, entre l'œuvre et l'auteur. Ce serait un fait de plus à l'appui de l'opinion répudiée par M. Peignot, et ce fait semblerait puiser quelque force dans une autre circonstance non moins remarquable d'une époque postérieure.
1 L'édition de janvier 1490 ( 1491 avant Pasques), que donna le même libraire, Guyot-Marchand , et que M. Peignot n'a pas été a même de consulter. J'ai sous les yeux l'exemplaire De la Vallière, qui m'appartient.
Noël Du Faih seigneur de la Hérissa ve , dans
qui constateraient le fait de l'exécution du monument de 1424. Si l'observation du conteur est exacte, il en résultera que la danse du cimetière des Innocents est plus ancienne d'un demisiècle au moins qu'on ne l'a supposé de nos jours ; que les personnages figurant dans cette action étaient des portraits ; qu'elle tire son nom , si ce n'est de l'artiste qui l'a inventée , au moins du poète qui en a rimé les moralités; et, enfin , que ce n'était point une sculpture , mais un tableau peint et accompagné d'inscriptions en vers. Cette dernière circonstance déciderait aussi la question que M. Peignot se fait, et dont il pressent la solution dans le passage suivant : « Plus de doute que la Danse Macabre n'ait été » représentée sur les murs du charnier des In- » nocents. Mais était-elle peinte ou sculptée? Je » pencherais pour la peinture , et même je ne 9 ferais pas de doute qu'on n'y eût ajouté des » inscriptions i . » C'est bien ainsi que l'entend l'auteur des Contes d'Eutrapel.
Mon autorité ne consiste , il est vrai , que dans un conte. Mais Du Fait n'est pas le seul écrivain qui ait rapporté le nom de notre danse à son au-
1 Recherches sur les Danses des Morts , p. 84.
raît ne devoir s'en tendre que du poème, et c'est en ce sens que Du Fail pourrait avoir raison.
Quant à la portée du témoignage de ce dernier, si Ton se demande quelle confiance peut mériter un conteur, on répondra que le fait dont il s'agit n'appartient pas essentiellement à la fable de l'auteur, qu'il l'a rapporté comme tout autre, parce qu'il l'avait, pour ainsi dire, rencontré au cimetière où son imagination l'avait conduit ; que ce fait étant isolé et sans aucune importance dans son récit , il n'avait aucun intérêt à le défigurer pour l'ajuster à un système ; que son assertion porte tout le caractère de la naïveté , et qu'apparemment il n'a dit que ce que l'on croyait savoir de son temps, puisqu'il n'ajoute rien au fait nu, qui tende à le justifier. Il est prégumable , enfin , que si ce trait d'histoire eût pu trouver alors des contradicteurs, Du Fail , homme d'esprit et bon dialecticien , ne l'aurait pas jeté dans son conte, sans le soutenir et l'étayer de quelques réflexions. Il y a donc apparence qu'il croyait que la Danse Macabre ou Marcade , peinte par l'ordre de Charles V, était , quant aux vers , l'œuvre d'un poète de ce nom , et qu'il ne faisait en cela que partager l'opinion d'un siècle où la tradition du fait ne pouvait être
Cette famille, si elle n'était noble, devait appartenir à la bonne bourgeoisie, car on trouve plusieurs Marcade dans la classe des officiers royaux et municipaux ; d'où Ton peut inférer qu'elle jouissait d'une certaine considération .
Un Pierre ou Paul Marcade exerça des fonctions publiques à la chancellerie de France pendant les premières années du xv e siècle. Il nous reste plusieurs lettres-patentes de Charles VI, de 4405 a 1411, contre-signées ainsi : Par le roy. P. Marcade *. D'autres lettres du même prince, en date d'octobre 1409, prouvent qu'un Jean Marcade était alors maire de Béthune avec Guillaume Esmenault. On voit, enfin, des Mascardi établis à Rome dans le xvu e siècle , notamment Augustin , camérier d'honneur du pape Urbain VIII , et Vitale , son contemporain , qui descendaient peut-être d'une souche commune aux Marcade français *. N'allez pas , Monsieur , me chicanner sur de légères différences d'orthogra-
1 Lettres de Charles VI , confirmatives de divers règlements et statuts, d'octobre 1406, d'avril 1407, d'octobre 1409, de 1410, etc. Voyez le t. îx du Recueil du Louvre , p. 199, 482, 520, 630.
' Ce Vitale publia eu 1635 une relation intitulée : Festa faîta m Roma alU2b difeôraio, 1634, e datam luc&da Vitale Mascardi. in Roma , in-4. 11 existe beaucoup d'autres livres imprimés seus ce nom.
i 1 vn me
édition de Desray n'est pas absolument indigne de votre attention.
Mais je crains d'en abuser moi-même en vous faisant des histoires de fées et de sorciers avec un commentaire appuyé sur l'autorité d'un conte. Cependant , Monsieur, il faut bien , puisque vous m'avez fait l'honneur de me consulter , que vous ayez la bonté de m'entendre jusqu'au bout. J'ai encore à vous demander grâce pour quelques mots savants et barbares qui m'arrivent à la file, et que je ne puis éviter de vous présenter comme membres de ta famille des Macabre. Quelque menaçants qu'ils vous paraissent pour un tympan délicat, ne vous effrayez point; ce petit nuage d'érudition sera bientôt passé.
Vous n'ignorez pas que les dénominations de Macabre, Macabre, Machabrez et Machabée, ont servi également à désigner notre Danse des Morts : j'insiste , et pour cause , sur celle de Machabée. Le Livre des Curiosités françaises, d'Antoine Oudin , porte : « Danse Macabée , ou plus » vulgairement Macabre. » La même dénomination se retrouve encore dans plusieurs réimpressions modernes de la Danse Macabre.
Masca ou Mascha est pris pour stria ou striga ( sorcière ) dans la basse latinité , et dans les lois
FRAPPE , QUI EXTERMINE AU NOM DU SsiGNEUR.
Vous conviendrez que cette étymologie n'était pas à négliger, et que Machabée est tout une image qui caractérise merveilleusement l'action de la mort aux prises avec la vie. Pour mon compte , Monsieur , je vous déclare que si la Danse des Morts n'avait point encore été qualifiée , je voudrais , proprio molu, la nommer Machabée, tant ce mot va bien à la chose.
En effet, Machabée , ce nom vénéré des Juifs, qu'illustra le valeureux Judas , n'est pas aussi étranger qu'on pourrait le croire aux merveilles de notre moyen âge. Vous vous rappellerez, Monsieur, le livre sacré qui porte ce nom ; vous n'avez pas oublié les descriptions qu'il nous donne de ces prodiges aériens , de ces chevaliers angeliques armés pour la défense du peuple de Dieu , qui , sous la forme de brillants météores , devenaient pour les Machabées un présage assuré de triomphe et de gloire. Eh bien ! vous retrouvez là le type de cette Chasse Machabée dont la tradition subsiste encore dans les campagnes du Blé* sois. C'est ainsi qu'on nommait jadis la prétendue chasse aérienne du comte Thibault , partant deChambord pour Blois, à grand bruit d'hommes, de chevaux, de chiens et de cors. Les paysans du
ample examen. Si vous répugnez à tirer du Midi un nom qui semblerait se rapporter à un sujet du Nord , vous pourriez ne pas chercher si loin. Villaret , cité par M. Peignot , fait venir Mocabre de l'anglais to make , faire , et lo break rompre. Voilà, je l'avoue, une étymologie bien vague, bien nébuleuse, et j'aimerais autant la filiation de notre Cheval, arrière-petit-fils de Equus, à la douzième ou quinzième génération; mais de l'Angleterre à l'Ecosse, il n'y a qu'un pas. L'Ecosse et l'Irlande furent dans tous les temps la terre promise des fées et des génies : c'est aussi la patrie des Mac : Écoutez ! écoutez ! J'ai lu quelque part, dans Bullet *, une histoire fort drôle de Fées et de Mac; mais je retrouve la même légende rapportée , d'après Boèce, par un auteur plus ancien , et la naïveté de notre vieux langage fait mieux valoir le merveilleux du sujet. Je lis donc dans mon bouquin : « Alexandre , 9 troisiesme de ce nom, roy d'Escosse, prenant 9 en tiers nopces, comme écrit Hector Boèce, 9 la fille d'un comte de Dreux, et célébrant la
9 nuit la solemnité des nopces veit entrer
9 en la grand salle une effigie de Mort toute des-
1 C'est, je crois, dans sa Mythologie française.
Voilà mon drame -féerie avec tout son spectacle. Sans vouloir en tirer aucune conséquence rigoureuse , par rapport à la danse de spectres nommée Maehabëe, je le livre à vos méditations , comme tous les aperçus que je viens de jeter sur ce papier, et dans lesquels je vous prie instamment , Monsieur, pour votre garantie et ma responsabilité, de ne voir, tout au plus, que des conjectures , et pas une seule opinion que je puisse avoir un jour à justifier au tribunal du public. On parle de faire une nouvelle édition du Dictionnaire des Origine» , revu et considérablement augmenté : dans l'intérêt de la vérité historique, je l'aimerais mieux considérablement réduit ; mais il coûterait beaucoup plus , et se vendrait
bien moins. Perge modo estimable libraire :
voici un nouvel article de plus pour votre édition.
Quant à l'exécution calcographique de la Danse Macabre , ce qui me reste à vous dire , Monsieur, sera bien peu de chose en comparaison de ce que vous pourriez m 'apprendre vousmême sur un sujet qui se lie aussi étroitement à l'étude et au culte des arts. Je me bornerai donc à de courtes observations dans Tordre des choses dont vous recherchez le principe.
cienne librairie française. Wolgemutb avait le goût des compositions sataniques et sépulcrales. Sa pièce des Quatre Socières et celle du Diable soufflant dans l'oreille d'un homme endormi , en sont une preuve. On connaît même de lui une scène tellement analogue à la Danse des Morts , qu'elle aurait pu être associée au branle comme plusieurs autres qui n'y ont paru qu'après coup. C'est l'image de la Dame se promenant avec son amant dans un jardin , sans paraître se douter que la Mort est sur ses pas tenant sur sa tête une horloge de sable. Si Wolgemuth , allemand, travaillant à Nuremberg , n'a pas fait les gravures françaises, il a pu en fournir le modèle dans des dessins , ou même des estampes allemandes qui nous seraient inconnues. Mais je n'ai sur ce fait aucune donnée particulière. Il n'en est pas ainsi de la troisième Danse dont il me reste à vous entretenir : ceci devient plus sérieux.
L'opinion dont on vous a parlé à ce sujet est mienne. Comme elle a dû vous paraître téméraire, il est juste, si elle porte à faux , que je m'en confesse coupable , et que j'en assume toutes les conséqences : Me meadsum quifeci. Cependant, elle ne va pas aussi loin que vous semblez
répondrais encore par la devise de Montaigne i Que sais-je? Vous-même vous nommez Jean Lutzelburger, du moins pour la gravure. M. Peignot rappelle aussi ce nom , d'après M. Jansen , je crois, et divers catalogues modernes. Pour moi, qui ne le connais pas autrement, tout ce que j'en puis dire, c'est que je serais fort porté à penser que l'artiste qui eut assez de talent pour exécuter le chef-d'œuvre de gravure en bois qu'on lui attribue , n'était point incapable d'en créer le modèle , et que le graveur et le peintre ne font qu'un dans l'histoire de cette belle composition.
Mais je m'aperçois que, déjà loin de nos origines fantastiques , nous marchons à grands pas dans le domaine de la bibliographie , que je croyais avoir exclu de mon itinéraire. N'importe : puisque nous y sommes, grâce à vous, Monsieur, qui m'y avez conduit sous le nom d'Holbein , je profiterai de l'occasion pour glaner ce coin de terre où M. Peignot a fait une si large moisson. L'auteur des Recherches sur les Danses des Morts est trop ami de la science pour ne pas accueillir tout ce qui peut contribuer à ses développements : il me pardonnera donc de suppléer au silence qu'il garde sur deux Danses
fut la vision telle qu'avis m'estoit que la Mort et ung nommé Accident, qui moult estoient espouva niables a veoir, menoient une Dance en laquelle estoient dançans plusieurs gens qui en leur vie avoient esté remplis de vice et iniquité, et avoient ensuivy la doctrine et instruction maulvaisedu faulx loup Archilupus : c'est du dyable, et avoient fait le contraire des commandemens de Dieu. Pour laquelle chose avoient esté punis en ce monde , ainsi que les loups dessusdit z, et estoient morts meschamment par plusieurs et divers accidens comme ils racomptoient eulx mesmes. Mais la mort qui tant hideuse me sembla que tout effroyé en fuz, tenant un dard en sa main :
commença à dire premièrement ce qui s'en suit :
» Comment la Hlort oe ton poooie *e vante » €n raromptant le mal qu'au* Ijnmain» fait , » €t comme ireul* pour leur» perljej tormente v Çot le ouetl JQtru veto qui tU ont forfait. »
Je n'avais rien à supprimer de cette prose , qui explique tout , de ces vers qui forment Tunique titre de l'ouvrage dont ils vont être suivis. On y voit, au premier coup d'œil, en quoi
Sur elle je fais naistre
Mainlz grans maulx, et si garde de croistre
Les biens par quoy mourir de fain
Je fais plusieurs à celle fin
Qu'ilz viennent dancer à ma dance,
Et tel est aujourd'hui bien sain
A qui demain ferai grevance. ■
Sa morale est que le pécheur, exposé à tant d'accidents qui peuvent le tuer au moment où il y pense le moins, ne doit point attendre la maladie ni la vieillesse pour se réconcilier avec Dieu.
« Je suis Accident qui jadis En Peau si feiz trébucher Le pont Nostre Dame pas dix Ans n'y a ' qu'on tenoit si cher, La ou je feis fort empêcher Ungs et aultres en les tuant , Et les aultres aucuns en les noyant Pour les apprendre a dancer.
Homme qui ne veult fonroyant Aller, doit a sa fin penser. »
1 Cette indication peut servir à foire reconnaître l'époque de la publication du livre de Gobin. Le pont Notre-Dame et les soixante maisons qui le couvraient croulèrent dans la Seine le 25 octobre 1499, a onze heures du matin. Puisqu'il n'y avait pas encore dix ans que ce désastre avait eu lieu quand le poète le rappelait dans ses vers , on peut en inférer que l'impression de son poème , dont la date n'est point indiquée, appartient à l'année 1508 ou 1509, ou qu'elle ne remonte pas plus loin.
devenues précieuses. Le siècle, rassasié de tant d'autres doctrines , a soif de ces enseignements naïfs ; ce sont ses nouveautés ; la mode les couvre d'or, et leur possession nous enivre et nous ruine sans nous désaltérer.
Vous me saurez donc gré de vous offrir ici le programme de ma Danse Gobine, qui n'a pas encore été décrite. Calqué sur le modèle que me fournit l'ouvrage même de M. Peignot , il aura du moins pour vous l'intérêt qu'il peut tirer de ses rapports avec un livre estimé et fait pour l'être.
Danse bobine '.
I er TABLEAU. — FRONTISPICE.
La Mort assise dans un cimetière , tenant sa faulx de la main droite, et de la gauche indiquant un tombeau.
Poème. Monologue de la Mort, en dix stances , chacune de dix vers , dont le premier commence , sans exception , par ces mots :
Je suis la Mort
Ensuite trois stances de FACTEUR.
1 Passez-moi l'épithète ; ma Danse n'a pas de nom , et il lui en Haut un qui la distingue dans sa nombreuse famille.
Poème Prosopopée de la Mort, en seize stances. — Histoire de Xercès, roi de Perse. — Narration de l'Acteur.
VI e TABLEAU.
Groupe de trois Fléaux personnifiés, la Famine, la Guerre et la Peste. Accident saisit celle-ci par son manteau.
Poème. Monologue des Fléaux. Chacun d'eux rapporte divers événements de son fait. — Réflexions de l'Acteur.
VII e TABLEAU.
La Guerre, sujet unique du tableau, immolant un guerrier qu'elle vient de terrasser, et atteinte elle-même par Accident , qui parait lui plonger son dard dans les reins.
Poème. Monologue de la Guerre. — Histoire de Cyrus. — Réflexions de l'Acteur.
VIII e TABLEAU.
La Mortalité (la peste} , sous la forme d'Accident, frappant de sa faulx quatre malades couchés sur un même grabat.
Poème. Monologue de Mortalité. — Réflexions de l'Acteur.
IX e TABLEAU.
La Famine , sous la même forme de squelette , debout devant quatre personnages, deux couchés, une femme priant à genoux , et à ses pieds un enfant
66 LETTRE DE M. C. LEBEH XII e TABLEAU.
Accident fustigeant un riche assis devant une table couverte d'or, deux autres personnages , un homme et un enfant.
Foéme. Histoire de Zambrias , roi des Juifs , vainqueur d'Hélon ( Zambri , usurpateur du trône d'Ela ) , qui , assiégé dans son palais , y fit mettre le feu , et se laissa consumer au milieu de tous ses trésors. — L'Acteur.
XIII e TABLEAU.
Tableau de l'Ambitieux. Au premier plan, Accident perçant de son dard un homme dont les mains ont saisi une branche d'arbre, soit pour s'élever, soit pour éviter une chute : en perspective , un personnage tombant , la tête en bas, du haut d'une forteresse.
Poème. Monologue d'Accident. — Prosopopée de Marais Manlius Gapitolinus. — L'Acteur.
XIV e TABLEAU.
Un Voyagbub , chargé d'or , égorgé dans un bois par un brigand, sous les yeux d'Accident.
Poème. Monologue d'Accident.— Prosopopée de Cacus, meurtrier et larron. — L'Acteur.
XV e TABLEAU.
Scène patibulaire à six personnages. Accident préside au supplice de deux favoris du prince qui ont abusé de leur pouvoir ; l'un pend au gibet dans la per-
Poème. Monologued^Acddent.— ProsopopéedeTtii/ii* ( Tulliui Oieero ) prince de éloquence latine. — L'Acteur.
XVIII e TABLEAU.
Gboupe de tbois jeunes débauches trahis par leurs maltresses : Accident vient d'en saisir nn au collet ; ils n'ont pour toute défense que leurs flûtes douces, dont les accords n'ont pu les préserver de la Perfidie qui les tue.
Poème. Monologue d'Accident. — Histoires de Sichen et de Tarquin. — L'Acteur annonçant , en huit vers , la scène suivante , sur laquelle il garde après un silence absolu :
« Puis Accident qui nud et sans linceul Estoit , de rechief ung tas de religieux Qui avoient esté aposutz et vicieux, Il amena avec maints ypocrltes Qu'a mort villaine avoit par ses condoytes Livrez , et si entre eulx un deux pape , Mais par Accident telles paroles dictes.
Furent» d'iceulx tenant un par sa chappe. »