‹ Essai sur les données immédiates de la conscienceChapitre 1 sur 36 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

toute discussion entre les déterministes et leurs adversaires implique une confusion préalable de la durée j avec l'étendue , de la succession avec la simultanéité, de la qualité avec la quantité : une fois cette confusion dissipée, on verrait peut-être s'évanouir les objections élevées contre la liberté, les définitions qu'on en donne, et, en un certain sens, le problème de la liberté lui-même. Cette démonstration fait l'objet de la troisième partie de notre travail : les deux premiers chapitres, où l'on étudie les notions d'intensité et de durée, ont été écrits pour servir d'introduction au troisième.

Février /<!

On admet d'ordinaire que les états de conscience, sensations, sentiments, passions, efforts, sont susceptibles de croîtreetde diminuer ; quelques-uns assurentmêmequ'unc sensation peut être dite deux, trois, quatre fois plus intense qu'une autre sensation de même nature. Nous examinerons plus loin celte dernière thèse, qui est celle des psychophysiciens ; mais les adversaires mêmes de la psychophysique ne voient aucun inconvénient à parler d'une sensation plus intense qu'une autre sensation, d'un effort plus grand qu'un autre effort, et à étabhr ainsi des différences de quantité entre des états purement internes. Le sens commun se prononce d'ailleurs sans la moindre hésitation sur ce point ; on dit qu'on a plus ou moins chaud, qu'on est plus ou moins triste, et cette distinction du plus et du moins, même quand on la prolonge dans la région des faits subjectifs et des choses inétendues, ne surprend personne. Il y a là cependant un point fort obscur, et un problème beaucoup plus grave qu'on ne se l'imagine généralement.

Quand on avance qu'un nombre est plus grand qu'un autre nombre ou un corps qu'un autre corps, on sait fort bien, en effet, de quoi l'on parle. Car, dans les deux cas, il est questioii d'espaces inégaux, ainsi que nous le montrerons en détail un peu plus loin, et l'on appelle plus grand espace celui qui contient l'autre. Mais comment une

sensalion plus intense contiendra-t-elle une sensation de moindre intensité ? Dira-t-on que la première implique la seconde, qu'on atteint la sensation d'intensité supérieure à la condition seulement d'avoirpassé d'abord par les intensités inférieures de la même sensation , et qu'il y a bien encore ici, dans un certain sens, rapport de contenant à contenu ? Cette conception de la grandeur intensive paraît être celle du senscommun, mais on ne saurait l'ériger en explication philosophique sans commettre un véritab'ecercle vicieux. Car il est incontestable qu'un nombre en surpasse un autre quandilfîgureaprès lui dans la série naturelle des nombres ; mais si l'on a pu disposer les nombres en ordre croissant, c'est justement parce qu'il existe entre eux des rapports de 1 contenant à contenu, et qu'on se sent capable d'expliquer avec précision en quel sens l'un est plus grand que l'autre. La question est alors de savoir comment nous réussissons à former une série de ce genre avec des intensités, qui ne sont pas choses superposables, et à quel signe nous reconnaissons que les termes de cette série croissent, par exemple, au lieu de diminuer : ce qui revient toujours à se demander pourquoi une intensité est assimilable à \ une grandeur.

C'est esquiver la difficulté que dedistinguer, comme on le fait d'habitude, deux espèces de quantité, la première extensive et mesurable, la seconde intensive, qui ne comporte pas la mesure, mais dont on peut dire néanmoins qu'elle est plus grande ou plus petite qu'une autre intensité. Car on reconnaît par là qu'il y a quelque chose de commun à ces deux formes de la grandeur, puisqu'on les appelle grandeurs l'une et l'autre, et qu'on les déclare également susceptibles de croître et de diminuer. Mais que peut-ily avoir de commun, au point de vue de la grandeur, entre Fextensif et l'intensif, entre l'étendu et l'inélendu.^ Si, dans le premier cas, on appelle plus grande quantité celle qui contient l'autre, pourquoi parler encore de quan-

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