‹ Essai sur les fortifications anciennes, ou introduction à l'histoire générale de la fortification des anciensChapitre 23 sur 72 · Voy. Guizot, Hisl. de la civilis. en Fi'., l · texte numérisé non relu

Voy. Guizot, Hisl. de la civilis. en Fi'., l

Le simple guerrier en reçut de son seigneur ; celui-ci en obtint de plus puissants que lui^ les rois en donnèrent ; de telle sorte que le bénéfice devint bientôt la monnaie courante avec laquelle on paya tous les services, ce qui fit qu'on en arriva à ne plus attaclier de prix qu'à ces concessions. Celles-ci, du reste, comportaient d'immenses avantages pour le bénéficier; car dans toute retendue du territoire auquel elles s appliquaient, elles assuraient à la fois Tindépendance et Tautorité , en même temps que des revenus d'autant plus importants que le bénéfice était lui-même plus considérable.

Le goût de la propriété se développa tellement, de la sorte, que beaucoup de ceux qui ne possédaient rien se mirent à conquérir des terres par les armes, tant étaient grands alors les avantages attachés à la possession du sol. Ceux qui avaient eu des bénéfices à titre temporaire ou viager refusèrent de les rendre, et quiconque en possédait à titre héréditaire, sous la condition de se faire confirmer de temps à autre dans sa possession , se dégagea lui-même de cette obligation ; de sorte qu'il. n'y eut plus bientôt, sur toute l'étendue du territoire, qu'une multitude de seigneurs, petits ou grands, reconnus ou non, qui, mépnsant tous les contrats et oubliant la recoùnaissance qu'ils devaient à leurs bienfaiteurs, s'arrogèrent tous les droits dans leurs domaines, même ceux qui, jusque-là, n'avaient été réservés qu'aux rois, ceux, par exemple, de faire des lois, de battre monnaie» etc., etc. S'il existait véritablement une hiérarchie entre tous ces petits potentats, elle se compliquait de tant de manières différentes , par les Rapports variés de dépendance qui les liaient les uns aux autres, que, lorsque l'équilibre venait une fois à se rompre dans le rouage du mécanisme féodal, rien ne pouvait sortir de cet accident que la guerre civile.

Ce fut bientôt une usurpation générale : usurpation de pouvoir, de propriété , de droits , de titres même ; car quiconque, officier de la couronne, duc ou comte, n'était, sous les Mérovingiens , qu'un dignitaire amovible , s'élait , sous les faibles successeurs de Charlemagne, constitué le titulaire perpétuel de l'office, le transmettant désormais

comme un bien à ses héritiers. Les évi lièrent également au régime féodal ; il les seigneurs, vassaux ou suzerains, eux, des bénéfices et en accordant, ai ou de leur abbaye ; comme eux , ils pi des droits et des abus féodaux dans Tête qu'ils tenaient , soit de la muniûcenc libéralité des grands , soit encore de la En un mot, chacun, seigneur, aventui ne s'occupa plus désormais qu'à régnei sacrifiant l'intérêt général à l'exercice ticulière. Le point d'appui de cette pi indispensable de ce droit ou de cette va château, habitation fortifiée, située au Le seigneur y vivait avec sa famille ; maître ; il y soutenait ses droits par la avec le secours de ses gens ; il s'en se de point d'appui , pour courir sur les t Le fruit de ce brigandage trouvait, château, un abri sûr, que n'aurait pu demeure non fortifiée.

Il faut concevoir le château indépend£ même de ses défenses et ne le distingui de forteresses que par le but même remplir. Bien avant l'époque vraiment tiens champêtres des Franks avaient é s'était vu entourer d'un fossé, la feri palissades, la métairie d'une levée de d'une haie. Ces défenses ne faisaient ces demeures champêtres ainsi rempa:

le devinrent véritablement, sans plus d sive , le jour où fut inauguré pour elles jour où de simples maisons de plaisance agricoles, elles passèrent à l'état de < abritant, non plus le leude frank, mais 1 ment inféodé.

C'est à tort qu'on se représente le

formés de toutes pièces, à rorigiiie de la féodalité, au X® siècle , par exemple , comme on en trouvait au XI V**, avec de magnifiques et hautes murailles, des tourelles élancées, et un donjon hérissé de défenses. Us durent être , dans le principe , aussi simples qu^on peut se Fimaginer ; car il n*y avait pas alors d'ingénieurs assez habiles pour exécuter des travaux aussi compliqués et Ton n'avait sans doute pas encore songé à en faire venir de loin , comme cela eut lieu plus tard. C'était avec les ressources locales qu'il fallait pourvoir à tous les besoins de la construction; et, souvent, pour suffire à toutes les nécessités, le seigneur n'avait à sa disposition que les paysans de son domaine. Aussi l'obligation de travailler aux fortifications ( munitio castri)^ était -elle, pour ceux-ci, une redevance que le seigneur était en dix)it d'exiger quaud il le voulait.

D'un autre côté, le château ne devait présenter qu'un développement de défenses, en rapport avec le nombre de ceux qui pouvaient être appelés à les soutenir; aussi, malgré la faiblesse ordinaire de ses fortifications , mais en raison même du développement restreint de celles-ci, le château pouvait-il souvent faire d^excellentes résistances, grâce à l'incapacité poliorcétique de l'époque.

Au X® siècle, on vit s'élever un nombre considérable de châteaux ; ils étaient simples et restreints comme ceux dont nous venons de parler ; car les moyens manquaient pour en faire de brillantes forteresses ; et les seigneurs qui les élevaient ne songeaient vraisemblablement alors qu'à se constituer le plus rapidement possible des asiles plus sûrs que ne pouvaient l'être de simples habitations ordinaires. Beaucoup se contentèrent de renforcer les défenses de leurs villas ; ils en firent élargir et approfondir les fossés, doubler les rangs de haies ou de palissades (paliz); ils y ajoutèrent parfois des brelèches (bretesches), espèces de tours de bois, démontables et probablement mobiles, dans le genre de nos

1. Guérard, Cartul. de Saint-Pcrc de Charlres, t. 1, p. 230. Le Cartulaire iV, liv. lll, où il est qiicslion de cette obligation, est antérieur a ranncc 1088 ap. J.-C.

WMWwMmo.]tni.-!,Oiile8élabli9saitBur]'eiioeinteexlérieure formée lic hauts terrassements (hauï terrers) et de pieux aigus {peuls agun), avec des hèrigsonii de iwis (lierirons) et desponlri tournants (ponz torneiz} devant les entrées. Les bi-etoches flauquaieiit les approches à ia manière des tours et surveillaieut ]es abords des retranchements, tout en fournissant un abri aux défenseurs. Benoit de Saint-Maur, rapportant comment les Normands de BoUon {900 ap. J.-C.) s'étaWirent dans un camp auprès de Pont-de- l'Arche, dit que ces nouveaux venus s'enfermèrent dans des retranchements semlikbles à ceux d'un château :

Défenses firent' e fossen

GraM e parfunz e liauz c kt

CIds environ cump rliasldl -,

Korz fu Ij Icus e lai^c e bel <.

Quand ces mêmes Normands seprésentèrentdevantParis, ils trouvèrent cette ville soigneusement organisée r

Mu II la vcient gent alorn^c

E ricliement close e fermée

Uc graoî fossez , de haui terrers

E de tocns mura forï e entiers

Od si faites lur* batatllécs (cn'nelées),

Jà n'icrcnl prises ne baillées S.

Plus loin , oit trouve encore , h propos de Paris :

Esters suni II arbaleslicr

E as foD! lices* li archier ;

Es brelesclies n peuls agui ,

E par lut pendent les gran/ fuz i.

Puis toujours , en parlant de la même ville :

Fait i unt puis de p-anz doisons,

FossBï, paliz e heriçons, ^ Brelesclics e pani tornciz ■'■.

I. Micbel, Clirnniq. Jes ducs de Normandie p. 220. — 3. Palissades extérieures. — 1 5.ld.. p. 250.

Michel, id n

U serait inutile de multiplier davantage ces citations ; celles gui précèdent résument, on peut le dire, toute la science de la fortification du X' siècle*.

Au centre des retranchements dont il vient d'être question, s'élevait généralement, dans les châteaux, la maison en bois du seigneur, son donjon (danjon), presque toujours relevé sur une moite, espèce d'éminence artificielle ou naturelle, au sommet de laquelle le donjon acquérait *le commandement qui lui était nécessaire pour la surveillance de Tintérieur du château et de ses abords. Plusieurs de ces buttes , faites de main d'homme , en forme de cône tronqué, se rencontrent encore parfois, aujourd'hui, dans les villages de France, où, au moyen-âge, existaient des châteaux féodaux^.

Dans un passage très-connu de la VU de Jean de Thérouanne, Jean de Golmieu, auteur d'une chronique écrite au commencement du XIV* siècle , a indiqué le mode de construction des châteaux sur mottes au XP siècle' ; mais il paraît que cet usage d'élever des monticules de terre rapportée, pour supporter des donjons, remonte à l'époque galloromaine et rappelle les dispositions des prétoires romains dans les camps anciens. C'est l'opinion de M. de Caumont*; et celle-ci se trouve confirmée par les observations de M. Schuermans* sur le château de Vieux -Landen, entre Liège et Malines, où Pépin de Landen demeurait au VIP siècle.

Oh trouve la description d'un très-grand nombre d'emplacements de châteaux à mottes des X* et XI* siècles dans les excellents ouvrages d'archéologie de M. de Caumont'; je me contenterai, en conséquence, de renvoyer le lecteur à ces travaux ; mais il pourra consulter en outre avec fruit

1. Congrès archéol. de Fr., 1862, p. 281. — 2. Batissier, Archéal. nation., p. 522; de Caumont, Cours d'antiq. monument., V, p. 78; Congrès archéol., 1863, p. 506, note de M. Schuermans. — 3. Voy. de Caumont, Archéol. milit., »édit., p. 403. — 4. Id., p. 392. — 5. Congrès archéol. de Fr., 1867, p. 506. — 6. de Caumont, id., p. 395 et suiv. ; Antiquit. nienument., t. V.

' - :îo:i -

BQt des repré.-ienlalîotis iliî cliûteaux à foifique tapisserie de Baveux', travail , attribué, à tort ou à raison, à lapréemps modernes, à la reiue Mathilde, e-Conquérant, duc de Normandie.

1 rapportée ne présenlaut pas, d'une sol sut&samment résistaut pour supriictioas en maçonnerie , ne portaient, i l'origine, que des donjoas en bois', lans les vallées, au bord des ruisseaux, ; daus tous le? endroits pour lesquels lient montée jadis une véritable préicoatraient les chi^teaux qui avaient \ix qui comportaient le plus spéciale- 3tte ou éminence artificielle, suppor- *. Mais on apprit bientôt à établir ces iditions plus favorables à leur défense, ur des éminences naturelles, purent , quelques-uns furent adossés à des li-hauteur, aux endroits où l'on poud'autres encore, pour plus de séi:uritë, ir le sommet des montagnes, sur des 3rdables si ce n'est par des sentiers

u se dresser à la fois autant de fortesmiers temps de la féodalité; jamais, ) produire tant de sièges, ni se vider îied des fortifications. En parcourant ■d*, on pourra voir, du reste, avec aux du X' siècle se trouvaient succesrasés ou brûlés, restaurés ou rebâtis.

^nilil.. p. iOi; es. PrSYOst, Etudes liisl. «

i^-Congrts arch., id., p. 81. — 3. Voy. ci-

E. de CaumoDt, il ; a des exemples de donnes artificrdles , Arcli. milil., p. lOS. — : château- fort. — 6. Guinit, MUecL.l.VI.

ce qui est une preuve évidente de leur fragilité et de leur grande simplicité à Torigine.

Isolés, mal soutenus, éparpillés sans ordre, agissant généralement avec leurs propres forces, et n'entrant dans aucun système raisonné de défense, ces fortins changeaient perpétuellement de maîtres. Bâtis seulement, dans le principe, en vue de garantir aux seignours le libre exercice de leurs droits dans leurs domaines, leur action ne s'étendait pas au-delà. Ce ne fut que plus tard, au XI* siècle, quand la féodalité se fut véritablement constituée, que les châteaux se lièrent davantage à l'organisation défensive des grands ilefs, dont les marches ou frontières en furent alors hérissées.

Dans la seconde moitié du X* siècle, beaucoup de donjons étaient déjà eh maçonnerie, comme le montrent certaines vignettes, tirées des manuscrits de l'époque* ; mais on continuait néanmoins à les entourer de remparts de terre et de bois^. Ce mode bâtard d'organisation des châteaux resta longtemps en vigueur, du reste ; et nous le voyons encore mis en pratique, au milieu du XIP siècle, par Robert de Dreux, comme nous lapprend une charte de Tan 1160, octroyée par ce seigneur à Henri de Champagne^. Robert venait de faire fortifier sa maison de Savenay, ce dont Henri s'était plaint. « J'(en) avais fortifié une partie par un » fossé de deux jets , dit le comte de Dreux. L'affaire a été » arrangée comme il suit, savoir : que ce qui était déjà ibr- » tifié par un fossé de deux jets resterait ainsi , mais que le )> reste serait fortifié par un fossé d'un jet seulement, et une » haie sans bretesche, »

Les seigneurs, considérant qu'ils n'avaient pas les moyens de faire les frais de constructions entièrement en maçonnerie, portaient tous leurs soins dans la bonne organisation de l'une des parties de la forteresse, de celle qui était appelée à servir de citadelle ou de réduit à tout l'ouvrage , de celle

1. Viollet- Leduc, Archit. milit., p. 23. — 2. Benoît de Sainl-Maur, Ghron. des ducs de Normandie, passim. — 3r Guizot, Hist. de la civil, en Fr., t. m, p. 120, d'après Brusscl, Usage des fiefs, l. I, p. 381

que l'on pouvait défendre avec peu de monde, en un mot du donjon.

Dans le XP siècle, on construisit beaucoup de châteaux avec des donjons en maçonnerie, et plusieurs princes même se distinguèrent, à cette époque, par les construclions militaires qu'ils firent entreprendre. Parmi ceux-ci, il faut citer, en première ligne. Foulques Nerra, le fameux bâtisseur angevin. On croit qu'il organisa, autour de la vieille cité romaine d'Angers (Juliomagus), couverte elle-même par de fortes murailles gallo-romaines du IV* ou du V* siècle*, une ligne de châteaux redoutables, formant la défense d'une espèce de vaste camp retranché , avec cette capitale comme citadelle. Contre les Poitevins, les Manceaux, les Bretons et les Chartrains , Foulques dressa ainsi une vingtaine de forteresses, dont les principales furent celles de Durtal^, de Saint-Florent^, de Château-Gonthier^, de Montbazon', de Montrichard*, de Mirebeau^ et de Beaugé® (987-1040 ap. J.-C).

Vers le même temps (1005-1030 ap. J.-C), Geoffroy, vicomte de Châteaudun et comte de Mortagne, le même qui avait mérité les foudres de l'évêque de Charti'es, Fulbert, pour avoir voulu élever les châteaux d'IUiers et de Galardon (vers 1020 ap. J.-C.)*, faisait relever le donjoa de Nogent-le-Rotrou*^ précédemment détruit, pense-t-on, dans les invasions normandes.

Dans la Normandie , Guillaume Talvas , seigneur de Bellesme, avait également fait renforcer les défenses du donjon de Domfront (1011-1014 ap. J.-C.)*\ dont son père, Yves de Creil , avait déjà jeté les fondements dans le siècle

1. Voy. ci-dessus, p. 106; Congrès archéol., 1862, p. 38. — 2. Guilberl, t. m, p. 501. — 3. Id., p. 508 (vers 1025 ap. J.-C); voy. Parrol, Congrès arch., 18G2, p. 223. — i. Guilberl, id., p. 499 (1037 ap.J.-C),

— 5. Lebas, Annales de l'hisl. de Fr.,Univ. pill., t. I. p. 109; de Cauraont, Arch. milil., p. 435. — 6. Id., p. 436; Lcbas, id. — 7. Id. — 8. Guilberl, id.,t.III, p. 490. — 9. Guizot, Hist.de la civil., 1. 111, p.il7.

— 10. De Caumont, id., p. 429; Guilbert, id., t. Ill, p. i2l et 128. — 11. M., id., t. V, p. 611.

précédent, quand Richard I", duc de Normandie , lui avait concédé rAlençonnais (942-997 ap. J.-C.)*.

On vit encore Hugues Bardoulphe, «homme d'uncou- » rage et d*une noblesse non communs, » suivant Texpressioa d'HuGUES DE Fleury^, fortifier, contre le roi Henri I" de France, le château de Pithiviers (1037 ap.J.-C). L'architecte Lanfred, qui Taida dans cette construction, rapporte Orderig ViTAL^, y acquit une telle célébrité, qu'il fut immédiatement recherché par Albérède , femme de Raoul , comte d'Evreux, pour la construction de la forte tour dlvry (Eure). Le chroniqueur ajoute : « On dit qu'après avoir fait terminer à force » de travaux et de dépenses cette fortification difficile, Albé- » rède fit trancher la tête à Tarchitecte Lanfred, dont le talent, » supérieur à celui de tous les ingénieurs qui étaient alors » en France, méritait de grands éloges, et gui, après la 3» construction de la tour de Pithiviers, avait été considéré » comme le maître de son art. Elle avait été portée à cet » assassinat par le désir d'empêcher Lanfred de faire un » pareil travail pour d'autres seigneurs. »

Sans doute, comme on peut l'induire de ce gui précède, les véritables ingénieurs militaires étaient encore fort rares à la fin du XP siècle ; mais il n'en est pas moins vrai qu'à cette époque Tarchitecture militaire avait pris un nouvel essor et que le progrès allait se poursuivre dans le siècle suivant : « Le onzième siècle,' dit M. Sismondi^, fut une » période de vie et de création : tout ce qu'il y eut de noble, » d'héroïque, de vigoureuse, dans le moyen-âge, commença » à cette époque ; la nation acquit et développa son nouveau » caractère; elle devint vraiment française, de germanique » et de barbare qu'elle était auparavant. »

De son côté, la conquête de l'Angleterre par les Normands favorisa considérablement le développement de Tart de la fortification, dan» l'Europe occidentale (1066 ap. J.-G.)- ^^

1 . Guilbert, id., p. 593 ; de Caumoot, id., p. 425. — 2. H. de Fleunfr Chron., Guizot, CoUect., t. YIl, p. 75; Fragm.de l'hist. des Fraoçaiâ, id.,p. 38. — 3. Order. Vital., Hisl. de Normand., voy. Patria, p. <2^' ~ 4. Sismoudi, Ilist. de France.

Tit sortir des forteresses, bâties de toutes pièces, daas des lieux où il n'y en avait jamais eu auparavant ^ Gomme le dit Robert Vage , les fortifications étaient rares en Angleterre :

N'i aveit gaires fortelesce

Ne tur de pierre ne bretcsce Se n'esteit en vielle cité, Ki close fust d'antiquité. >

Guillaume , à peine débarqué sur la côte anglaise , construisit des redoutes de campagne à Pevensey et à Hastings'. Après la victoire qui lui assura la possession de la couronne de Harold II , le conquérant plaça des garnisons sur toutes les frontières de ses nouveaux états , dans les cités et dans les châteaux-forts ^ qu'il fit bâtir à cet effet. On dit qu'il ne cessait de faire les recommandations les plus vives aux gardiens de ces postes fortifiés'. A Londres, on commença la construction de la fameuse Tour^, qui fut bientôt suivie de celle de deux nouveaux ouvrages , le château Baynard et le château Montfichet^. Dans la campagne, on vit s'élever successivement les châteaux de Winchester, de Warwick , d*York, de Nottingham , d'Huntingdon, deGambridje^ etc. Enfin le roi fit élever des forteresses jusqu'en Ecosse (1066- 1087ap.J.-G.)».

Gomme il avait donné des terres aux barons qui l'avaient accompagné, ceux-ci voulurent également assurer leur autorité dans leurs domaines , comme le roi le faisait dans les siens; ils construisirent, à cet effet, de nombreux châteaux , ce qui fit dire encore à Robert Vace :

Mais li baninz de Normandie Quant ii orent la seignorie Firent chastels e fermetez , Turs de pierre , murs e fossez^^^.

1. De la Barrc-Duparcq , Art do la Guerre, p. 279. -^ 2. Robert Vacc, Tloroan du Rou, 1. — 3. Benoit de Saint-Maur, Chron.', t. III, p. 191. — 4. Id., p. 230, 231. ~ 5. Id., p. 2U. — 6. Voy. Fleury, Hisl. d'Anglet., t. I, p. 98. — 7. De la Barrc-Duparcq, id., p. 282. — 8. Benoit, id., p. 230, 253. — 0. Id., p. 251 , 270. — 10. U. Vace, id.

Plusieurs ingénieurs parurent et modifièrent quelque peu les règles suivies jusqu'alors dans la construction des forteresses ; on vit Tévêque Gondulphe , vers 1095 ap. J.-C, bâtir le château de Rochester sur un plan tout nouveau ; enfin , de la Grande-Bretagne, le goût des constructions militaires passa en Normandie , où beaucoup de châteaux-forts furent alors bâtis ou seulement restaurés ^

L'action du régime féodal, en France, ne se borna pas seulement à l'exercice de Tautorité seigneuriale dans les campagnes, où s'étaient élevés de nombreux châteaux, depuis l'origine de la féodalité; elle s'étendit également sur les villes. Aussi, vit-on, dès le X" siècle, se dresser, au sein des cités, des forteresses redoutables destinées à maiutenir celles-ci dans le respect. C'était ainsi qu'Herbert , comte de Vermandois, possédait au moins une citadelle de cette espèce dans toutes les grandes villes de ses états, et Frodoard rapporte qu'avant l'année 931 ce seigneur « avait fait construire » lui-même un château dans l'intérieur de la ville de Laon^.»

Ces châteaux urbains, défendus, non-seulement par leurs propres fortifications, mais encore par celles des cités, à l'intérieur desquelles ils se trouvaient, présentaient ordinairement une force de résistance plus considérable que ceux des campagnes , dont il siiffisait souvent, au X^ siècle, d'incendier les défenses extérieures , pour se rendre maître de toute la place ^. Le même chroniqueur, Frodoard*, raconte en effet que, lorsque le roi de France, Louis IV d'Outre-Mer, vint attaquer le château de Laon , il fut obligé de le faire miner'* et d'en renverser les murs « avec beau-

1. Voy. de Caumont, Ârchit. milit., p. 440 et suiv. — 2. Frodoard, Chron., collect. Guizot, t. VI, p. 97. — 3. La chronique de Frodoard renferme beaucoup d'exemples de châteaux incendiés et pris de cette manière. — i, Frodoard, id., p. 108. — 5. L^usage des mines, dans les sièges, s'était perpétué, dans la Gaule, depuis l'époque romaine. (Voy. Viollet-Leduc, Archit. milit., p. 33.) A défaut des mines, l'assiégeant essayait parfois de pénétrer dans^la place par la voie des rgouts ou des aqueducs ; c'est ce qui eut lieu, du temps de Clovis (501 ap. J.-C), au siège de Vienne en Daupliind , par Gonilchaud , roi des Baui'i;uignons. (Voy. Grrg. de

» coup de machines^, » ce qu'il n'exéci bien de la peine (938 ap. J.-C).

Un certain nombre de ces châtea succédé à des forteresses anciennes autres. Situés dans des positions gén sies , on les avait bâtis en partie ave ou seulement on les avait restaurés souvent, dans les sièges, meilleure châteaux neufs. 11 suffît de citer l'ex Château-Thierry. Après avoir été ass mois par le roi de Bourgogne , Rodolp

Tours, liv. II, collect. Guizot, l. I, p. 95.) 1 essayait de surprendre la ville par les portes ou exigeait qu'on y fit constamment bonne garde p. 345, Vie de S' Léger, à propos du siège d' ap. J.-C.)

1. Nous avons dit prëccdemment (voy. p. 31 l'usage du bélier. On trouve souvent dans les cette machine de guerre , dont , en particulier, L< tran , roi des Bourguignons , se servit au siège de Celui-ci, dit Grégoire de Tours (collect. Guizot, ploya concurremment des claies et des planche jusqu'au pied des remparts ; il prépara des faisi cines) pour combler les fossés de la place ; mais , géante fut accablée de paniers de pierre , de mar graisse enflammée, qu'on jetait du haut des ren siège de Bourges, traça, dit-on, des lignes de également du bélier (762 ap\ J.-C). (Voy. H. D'après Âbbon, les Normands, au siège de Paris { dans l'attaque un certain nombre de machines, c lier (aries), le musculu:?, le pluteus, la tarière (terel tria, p. 1242.) Tous ces engins étaient des modi à l'époque romaine, s'ils n'étaient pas exacteme âge , le bélier s'appela bosson ou moulon , suivai était nommé , dan.s la langue d'oc ou dans la 1 Leduc, id., p. 22 et suiv.) — Le musculus, c'él fois par César (G. civ., II , 10) et par Végôce (1 appelée chat ou gâte et Charles-le-Simple s'en s 938,(Voy.Patria, p. 1242.) Simon de Montfo

était tombée au pouvoir de rennemi ; mais le vieux château mérovingien, qui la dominait, n'avait pu être enlevé, et, malgré les efforts des Bourguignons, il était resté aux mains des fidèles d'Herbert, comte de Vermandois (934 ap. J.-C.)^

On attachait tant d'importance à la possession des châteaux urbains, que le roi de France, Louis IV, après la prise de Laon , fit construire une deuxième forteresse dans cette cité*. Celle - ci fut élevée auprès de la porte de la ville (938 ap. J.-C), et lorsque Thibaut-le-Tricheur, comte de Blois, voulut en disputer la possession au roi de France, celui--ci, pour la mettre à l'abri des tentatives du comte, la fit entourer d'une muraille qui se reliait par ses deux extrémiles aux murs de la ville (949 ap. J.-G.)^

Rien, en effet, ne valait à cette époque la possession d'une ville close, murée et garnie de châteaux, pour assurer l'autorité des seigneurs. Aussi beaucoup d'entre eux s'efforçaient-ils ordinairement de garnir de bonnes fortifications celles qu'ils étaient parvenus à faire entrer daas leur domaine. Ce fut ainsi que le premier soin de Notcher, fils d'Herbert II, comte de Champagne , de la maison de Vermandois, quand ce prince voulut faire du Vallage, dont il venait d'hériter par la mort de son père, un comté indépendant, fut d'entourer « de murailles hautes de vingt pieds sur six » d'épaisseur^ » la ville de Bar, qui allait devenir sa capitale. On ajoute qu'il creusa des fossés profonds tout autour et 1^

les Albigeois, en fit Clément un fréquent usage (i204-1222 ap. J.-C). (VioUet-Ledue, td., p. 29 et suiv.) — Le pluteus est mentionné par César (G. d. G.. Vil, 41 ; G. ci?., 1, 25; 1I,.15), par Tite-Live (X. 38), par Ammien Marcellin (XXI, 12), etc. ; c'était un rempart de plancbes servant à protéger les assiégeants contre les coups des défenseurs , dans les travaux d'approche et dans les assauts. On le poussait devant soi, comme les sapeors modernes se servent du gabion farci, (Voy. Masquelez, Castramét. des Romains, p. 180.) — La tarière (terebra) est mentionnée par Viuruve (X, 13, 7); elle servait à percer les murailles; c'était un bélier avec une tète pointue. — Pour la falarique, voy. ci-dessus, p. 259.

1. Frodoard, id., p. 100. — 2. Id., p. i08. — 3. Id., p. 140; Hugues de Fleury, coliect. Guizot, t. VU, p. 65. — 4. Guilbert, t. HI, p. 38.

eaux de TAube et de THuis, qui y avaient accès, pouvaient s*y élever jusqu'à vingt pieds de hauteur (vers 951 ap. J.-C).

Il en fut de même, au siècle suivant, à Épernay, quand cette ville passa des mains des comtes de Champagne de la maison de Vermandois à celles des comtes de la maison de Biois; Eudes II, dit-on^, s'empressa de faire réparer immédiatement les fortifications du château (1019 ap. J.-C).

Mais un seul seigneur n'était pas toujours l'unique possesseur d'une ville; bien souvent, Tautorité y était partagée eatre plusiem*s, chacun d'eux possédant son quartier et son château - fort. La partie la plus ancienne s'appelait ordinairement la eité; elle était, le plus souvent, séparée, par des murailles , de la ville proprement dite, le bourg, et, dans la plupart des villes épiscopales, à Arras^, au Mans^, à Angers^, c'était là que les évêques résidaient ; car ces seigneurs d'église avaient vu parfois leur autorité s'eJBfacer devant celle des seigneurs d'épée ; mais ils avaient généralement conservé la propriété du sol sur lequel, comme défenseurs, ils ayaient jadis exercé tous leurs droits, la propriété de la partie la plus ancienne de la ville , de son noyau primitif, de cette portion que l'évêqufe d'Angers, Talasiùs, appelait si complaisamment, au Y** siècle, Cmlatula mea (461 ap. J.-G.)'.

Dans la partie de la ville qui s'appelait ordinairement le bourg et qui, comme je l'ai dit, se trouvait le plus souvent séparée de la cité par des fortifications, habitait le seigneur, comte ou duc, ou son représentant. A Arras, au XIP siècle (vers l'an 1100 ap. J.-C), l'évéque Lambert étendait sa juridiction dans la cité, tandis que la ville proprement dite relevait du €omte de Flandre, représenté par un avoué ^ le sire de Béthune^. Cet état de choses ne pouvait assurément amener que des disputes. U en était de même à Nantes , depuis qu'Alain Barbe -Torie avait d^vré cette place de roccupation normande (9^ ap. J.^C). Celni^d, rapporte

1. Guilbert, id., p. 153. — 2. Id., p. 316. — 3. Id., p. 387. — A, Yûy. Godard - FauUrier, Congrès archéol.^ ISOS^ p. 43. -*- 5. Id. — 6. Guilhert, t. 111, p. 316.

M. BiLLiARD^ « divisa la ville en trois parts : l'une pour lui, » comme duc de Bretagne, l'autre pour les seigneurs qui » Tavaient accompagné, la troisième pour 1 evêque : de là » trois fiefs qui ont subsisté jusqu'à l'époque de la Révolu- » lion » ; de là aussi le sujet d'incessantes querelles.

Enfin, on se rappellera sans doute qu'à l'époque où éclata la révolution qui inaugura le régime communal à Amiens (1113 ap. J.-C), cette ville se trouvait aussi partagée en plusieurs régions : « L'évéque, dit M. Aug. Thirry^, exer- » çait les droits de la seigneurie sur une partie de la ville , » le comte sur une autre, le vidame sur une troisième, et » enfin le propriétaire d'une grosse tour, qu'on nommait le » €a$tiU(mf prétendait aux mêmes droits sur le quartier voi- » sin de sa forteresse. "»

Dans cette ville, comme le fait remarquer ailleurs cet illustre historien, Tévêque n'occupait pas la région la plus ancienne. Celle-ci était celle sur laquelle se dressait le Gastillon, bâti jadis « sur l'emplacement d'un palais romain. » La tour du Gastillon et les terrains qui l'a voisinaient » depuis le mur de la ville jusqu'à la Somme, continue » M. AuG. Thierry^, étaient du domaine du ix)i et non de » celui du comte ; ils étaient tenus héréditairement, sous » condition de foi et d'hommage, par un châtelain qui exer- » çait dans ces limites une certaine juridiction, et que les » droits attachés à sa tenure plaçaient après le comte, » l'évéque et le vidame ou lieutenant civil de l'évêque, au » rang de seigneur, ou, comme parlent d'anciens documents, » de prince de la cité. »

L'évêque, à Amiens, reJégué en dehors de la cité, moins bien partagé sous ce rapport que ne l'était le châtelain , ne l'était pas mieux, d'un autre côté, sous le rapport de la puissance ; celle-ci, « dans les affaires civiles, était de beaucoup » inférieure à celle du comte'*. » Mais il en avait été tout autrement à Lyon. On y avait vu, au X* siècle (vers 955

1. Guilbert, id., t. I, p. 260. — â. Aug. Thierry, Lettre XIX, p. 321. — 3. Id., Monuments du Tiers-Etat, t. I, p. ii. — i. Id., p. 28.

ap. J.-C), les archevêques s'emparer de toute l'autorité, au mépris des droits des comtes et entrepreudre contre eui une lutte bis-séculaire qui ne devait se terminer en 1173 que par une transaction. En vertu de l'accord qui s'ensuivit, le prélat conserva tous les droits sur la ville el sur son tenitoire, tandis que les comtes de Lyon, indemnisés par certaines compensations pécuniaires , se transportèrent volontairement dans le château de Montbrison, en s'iutitulaat comtes de Forez. Ils entraînèrent à leur suite tous ceux qu'effrayèrent les impôts écrasants que levèrent alors les archevêques pour payer les frais de la guerre'. TeUe fut l'origine d'un grand nombre de villes ; car, comme le fait reroetrquer M. Goubtet*, les seigneurs se voyant refuser l'entrée des villes épiscopales , k imaginèrent d'en bâtir de M nouvelles , persuadés que c'était le meilleur moyen de se » venger, »

La querelle du comte de Rouergue et de l'évêque de Narbonne , au sujet de la propriété des murs de cette ville , se vida tout autrement que celle des archevêque» et dea comtes de Lyon. Après une lutte très-longue et très-animée, les deux prétendants convinrent entre eux que la propriété des murailles serait désormais partagée {1066 ap. J.-C.)*.

L'évoque de Langres, paraît-il, s'entendait mieux avec le roi de Bourgogne , Hugo. Le premier possédait le bourg de Ghastillon, tandis que celui de Chaumont, qui en était voisin, appartenait au second*. La réunion de ces deux fiefs forma depuis la ville de GhâtiIlon-sur~Seine ; elle eut lieu en 1168, lorsque l'évêque Gautier eut permis au duc de Bourgogne de renfermer les deux botu-gs dans une même enceinte'.

A Verdun, où l'évêque Heiraion ou Haymo commandait en maître, on le vit prendre occasion de sa querelle avec Gozelon, duc de Lothier, pour faire entourer de murs sa

I. Guilberl, l.I, p. 378. 406, ilO. —2. Cctur((l. Rev.arch.. 18*9, p. ii7. 3. A, Cliampollion, ià., 1856. p, 382. — 4. Guilbert, t. V, p. 171 . — 5. A. Champollion, ûl., p. 3â4.

Tillé épiscopale (1029 ap. J.-C.)^ « Landri, abbé de Saiirt- » Père de Chartres, dit M. Ghampollion» suivit cet exemple, » en 1057. »

La révolufcioQ commnnale qui se produisit, à la fin du XI* siècle, avait été précédée par les iusurrections des paysans normands et bretons contre le i^gime féodal (997 ap. J.-G.) ; mais les tentatives de ceux-ci avaient échoué devant l'action de forces supérieures ^. Les villes réussirent mieux dans leurs efforts révolutionnaires , quand le signal de Tinsurrection eut été donné par les cités du Mans (1070 ap. J.-C.) et de Cambrai (1076 ap. J.-C.)*- La révolution s'étendit de proche en proche et les villes du Nord obtinrent de leurs seigneurs des chartes communales qu'elles ûreni conârmer, moyenant finances, par Tautori té royale. Ailleurs^ les villes n'acquirent leur indépendance que les armes à la main; enfin, dans le Midi, où les traditions municipales romaines s'étaient mieux conservées, la révolution s'accomplit d'elle-même^ ; les municipes qui s'y formèrent y jouirent d'une liberté complète vis-à-vis des rois , avec lesquels les magistrats de>,ces petites républiques traitaient parfois d'égal à égal.

Ces circonstances amenèrent la restauration rapide des fortifications d'un grand nombre de villes ; car les bourgeois eurent bientôt compris l'importance de la réparation des défenses de leurs cités « En ajoutant de nouveaux remparts aux anciens, en gardaat convenablement leurs biens et leurs personnes derrière des obstacles matériels , ils s'assuraient le mieux possible le libre exercice de leurs droits nouveaux^ Quant à la royauté , qui avait besoin de leur secours poùt ruiner la puissance des seigneurs féodaux , dont Louis-lfi- Gros avait entrepris rabaissement^^ elle s'empressait géné-

i. A. Champollion, id., p. 382. M. Champollion dit que cette construc^ tion de murailles eut lieu en 1037. A cette époque, Tévéque Haymo était remplacé par Tévéque Rimbert. Voy. Guiibert, id., article de M. de Saulcy. — 2. Benoît de SainWMaur, t. il , p. 389. — 3. Aug. Thienry, Lettre XIV, p. 337 et suiv. — 4. Ansart, Hisl. de France, t. I, p. 274. — 5. Suger, Vie de Louis VI, collecl. Guizot, t. VIII, pass.

Paiement d'accéder aux vœitx des o san» hésilation les chartes que celles par les barons ou les évéques.

Plusieurs docomenls historiques* t( soin avec lequel les communes, à la ( nait désormais rentretiea des fartiôc; chaieni alors à utiliser toutes leurs en efTet, dans la charte de Saint-* Raoul > comte de Yermandoia (1 102 a

«c Si quelqu'uà a commis on délit , » eu présence du majeur et des jurés » teur sera démolie, s'il en a une, ou ^ sa maison, à la volonté du majeur n des maisons à démolir servira à 1 » et des fortifications de la viUe. Si h » maison, il sera banni de la ville, c ]> pour Teutretien des fortifications, x

La même charte porte encore : « 1 » les jurés voudront fortifier la ville » sur quelque seigneurie que ce soiL

On trouve également dans une c d'Amiens, octroyée au XII" siècle (i!

a Quiconque aura blessé avec am » moins qu'il ne se justifie par témo ]» perdra le poing ou paiera neuf livi ]» cations de la ville et de la eomm » rançon de son poing'. »

Pendant que les bourgeois de fVa] contre leurs seigneurs, Tévôque Gon donnait de nouvelles règles de fortifii truisant le château de Rochester ( vei Normandie, Robert de Bellesme, ai tingué , jetait, sur Tordre de Guillaui

1. Aug. Thierry, Monum. du Tiers-Etat» Â 521, 531, 532, 537, 571 et pass. — 2, p. 225. - 3. IJ., XIX, p. 32i. — L Voy. c

ments du donjon de Gisors , pour assurer le duché du côté delà France (1097 ap. J.-G.)^ A cette époque se bâtissait également le Château - sur -Ep te*. Bientôt le roi d'Angleterre , Henri P', devait augmenter à son tour les fortifications de Gisors, en faisant entourer son donjon d'une enceinte extérieure en maçonnerie (1123 ap. J.-C.)3. Ce prince fut, du reste, un des grands ingénieurs militaires de son temps ^; il éleva, dit -on'*, le château d'Arqués et restaura, entre autres, ceux de Falaise, d'Argentan, d'Exmes, de Yernon, de Domfront et d'Amboise. En même temps, il fit raser beaucoup de tours et de forteresses de la Normandie , qu'il supposait poijvoir être utiles aux Français. Ce fut ainsi qu'ij justifia le langage prophétique du devin Merlin : « Au trône succédera le lion de la justice ; à ses » rugissements trembleront les tours gauloises®. » On sait que ce fut Toccupation par les Anglo-Normands de la forteresse de Gisors qui décida la rupture de l'alliance qui avait existé jusqu'alors entre Henri P' et Louis-le-Gros (1109 ap. J.-C.)^

La guerre qui s'ensuivit, ainsi que les attaques incessantes des nobles de son voisinage, engagea Louis-le-Gros à entourer sa capitale de nouvelles fortifications. Jusqu'alors la Cité seule possédait une enceinte® ; mais les faubourgs, situés au delà de la Seine, en étaient dépourvus. Le roi fit entreprendre autour de Paris la construction d'une ligne de remparts qui devaient assurer désormais cette ville contre les agressions extérieures. En même temps on releva les tours du Grand et du Petit ^Chûlekt, pour servir de têtes-dc' ponts à la Cité (1108-1137 ap. J.-C.)».

D'un autre côté, Amaury P' de Montfort, dévoué à Louisle-Gros, venait de reconquérir par les armes l'héritage que le roi d'Angleterre lui avait enlevé (1118 ap. J.-C). Après

1. De Gaumont, Arch. milit., p. 446; voy. Benoît, Chron., t. 111, p. 317 ; Sugcr, id., p. 5, 59. — 2. De Caumorit, id.» p. 475. — 3. Id., p. 4iG. — 4. Benoît, id., p. 38i. — 5. De Caumonl, id., p. 427, d'après Robert du Mont. — 6. Sugcr, id., p. 56. — 7. Id., p. 59. — 8. Descautiet, Ilist. desagrand. de Paris; p. 11. — 9. II. Marliu, t. 111, p. 522.

avoir repris le donjon d'Evreux, c i par Henri I" (vers 1106 ap. J.-C.)^ d'Houdan^ ; ce fut probablement ap lui eut repris Evreux pour la second i dié cette ville forte (1119 ap. J.réconcilié avec le roi d'Angleterre , cette ville , un nouveau château ; il i (1124 ap. J.-C.) et le recouvrer qu2 1 ap. J.-C.)^

Pendant que Louis Vil parcourait sade), Tabbé de Saint-Denis, Suger, i à sa place, les domaines royau^. On tauration d un grand nombre de plac

« Faisant même plus qu'un bon )> moine Guillaume^, son biographe , » s'était chargé que de conserver, » royales et releva les ruines des t : » est , en efiPet , l'édifice royal que I » (1149 ap. J.-C), n'ait pas trouva D quelqu'une ^de ses parties ? »

Dans ses domaines, le comte de < le Grand, ne négligeait pas non p mettre ses forteresses en défense. Il plus constant de Louis YI' ; sa po sous le fils de celui-ci , Louis-le- Je entourer d'une nouvelle enceinte c Château -Thierry et il y avait cons Saint' Jacques^, quand Louis VII inci en comble la ville de Vitry, nomm^ Brûlé (1142 ap. J.-C). Ce fut sans remparts que Château-Thierry dut ( guerre qui désola Vitry. Il est proba plus anciennes du donjon de Provini

1. Guilberl, t. V, p. 561. — 2. Dion, Cci 3. Guilbert, t. V, p. 562. — L Guillaume, \ l.VIII, p. 186. -. 5. H. Martin, t. III, p. p. 88.

âe Loms-le-Jeune ^ datent de cette époque où le comte de

Champagne se voyait ohligé de prendre de nombreufies

sûretés contre le roi de France.

Le mariage d'Ëléonore d'Aquitaine, épouse diToroée de

liouis YII, avec Henri Plantageoet, qui, deux ans plus tacd,

monta sur le trône d'Angleterre (1154 ap. J.-CL), donna à

la maison d'Anjou une puissance considérable dansla France

occidentale. Henri posséda alors qiiarante-Bept de nos

départements, dit M. Fleury^, tandis que Louis n'en avait

pas TÎngt. Dans la: suite^ pour courber la tête du baroanage

anglo-normand^ il fit raser, en Angleterre^ cent quarante

diâiteauz-forts, icreûiges des xésii^anccs féodales » (llSfi- 1158 ap. J^-a) 3;

Ce destructeur des forteresses baronniales faisait tout autrement, quand il s'agissait de la protection de ses pnopres domaines. H fit construire , en effet, un très^grand nombre de (âiâteaux sur ses terres. On lui attribue la fondation du château de Douvres^, bâti sur le même plan que celui de Bochester*, à remplacement d'une andenne forteresse saxonne, assiégée jadis par Guillaume -le -Conquérante Bous son règne , on fit aussi quelques addituuis et réparations h l'ancien château de Gisors {vers 1175 ap. X-G.), comme ie marque Bekqet de fiAmT-Miiia^ :

Turs % fist faire e murs Uen hauz.

Mads déjà l'architecture militaire était entrée dans une jpériode de transformation; et les forteresses, comme toutes les autres constructions du temps, avaient subi, daits leurs dispositions d'ensemble et de détail , des modifications importantes. Celle que Richard CoBur-de-Lion bâtit^ auprès des AndelySi le magnifique Château-Gaillard^, accuse l'applica^

1. Dion^ Congr. ardi., id. — 2. Fleury. Hist. d'An^., 1. 1^ p. 139. — '3. H.Martin, LUI, p. 465. — 4. DeCaumont, Ârch.milit.,p. 441. — 5. Voy. ci-dessus, p. 405. — 6. Benoît, t. III, p- 220. — 7. Id., p. 284. — 8. Voy. Viollet- Leduc, p. 70 et suiv.; Deville, Monogr, du Château -Gaillard; Prévost, Études bist.« P«34; Guillaume -le -Breton, Philippide, collect. Guizot, t. XII, p. 179.

lion d'idées toutes nouvelles et d'un soin d'organisation qui faisait des châteaux de cette époque des forteresses admirablement dressées pour ia chicane et la défense pied à pied

(1197ap. J.-C).

De son côté, le roi Philippe-Auguste fut à la fois un grand preneur de forteresses^ et un fort bâtisseur de murailles. Sans insister sur la construction de celles des Halles, à Paris, du bois de Vinconnes et du cimetière des Innocents (1183- 1187 ap. J.-C.)2, il est néanmoins important de remarquer que le goût profond du prince pour les constructions s'était déjà accusé par tous ces travaux, dès le commencement de son règne.

Poursuivant Fidée de Textension de ces états par l'abaissement de la puissance seigneuriale, il comprit tout le secours qu'il pouvait tirer d'une bonne organisation défensive de ses états, pour maintenir sous son autorité les provinces réunies à son domaine à la suite de ses expéditions. Ce fut surtout du côté de la Normandie et de TAnjou qu'il porta tout d'abord son attention; là, en eOet, se trouvaient les ennemis les plus redoutables et ceux dont il devait tout particulièrement poursuivre l'abaissement et la ruine.

Les rois de France et d'Angleterre avaient alors , pour soutenir leur querelle, le plus grand intérêt à posséder vers

i . L*art poliorcétiqac fit de très-grands progrès à l'époque de Philippe- Auguste et de Richard Gœur-de-Lion. A ce sujet, on pourra lire avec fruit les oeluvres de Rigord et de Guiilaume-le-Breton. La Philippide, en effet, est un véritable traité d'attaque et de défense des places pour le XII^ siècle. On remarque l'emploi fréquent de la mine : siège de Boves (1185 ap. J.-C.) (Guillaume, Philippide, t. XII, p. 52); siège du château du Mans (1189 ap. J.-C.) (Rigord, Vie de Philippe, t. XI, p. 82) ; siège de Saint-Jean-d'Acre (1191 ap. J.-C.) (Id., p. 104); siège du Ch&teau-Gaillard (1202 ap. J.-C.) (Guillaume, id., p. 205; id., Vie de Philippe, t. XI, p. 233). On y trouve encore roenlionné Tusage du chat (voy. ci-dessus, p. 399), de la truie (Rigord, p. 164), machine analogue, du beffroi (Guillaume, Philippide, p. 203), des mangonneaux f des pierrières ou machines à contre-poids, destinées à lancer de grosses pierres (voy. ci-dessus, l'emploi des trébuekets, p. 214). — 2. Rigord, id., p. 30, 31, 61.

leurs limites mobiles , des forteresses importantes , de^ villes bien remparées, de nombreux châteaux très-forts. Aussi tous les traités de paix de l'époque , — et ils se succédaient comme les disputes, ■— contiennent-ils des stipulations relatives au droit de construction des fortifications.

Le traité de Gaillon, entre Richard et Philippe (1 196 ap. J.-C), portait en effet :

« Art. 19: Les Andelys ne pourront être fortifiés ^ »

Mais cette position était véritablement trop importante pour que le roi d'Angleterre ne violât pas le traité*. Les possessions de Philippe-Auguste s'étendaient, en effet, jusque là, et, par cette voie, ce prince pouvait s'avancer facilement, à sa volonté, jusqu'au cœur de la Normandie. Ce fut pendant Tannée qui suivit le traité de Gaillon que Richard construisit aux Andelys le fameux Château-Gaillard, dont il put bientôt dire avec raison : « Quelle est belle ma fille d'un an ! »

Un autre traité, celui de Gueleton, entre Philippe et Jean- Sans-Terre (1200 ap. J.-C), renfermait également des clauses prohibitives' :

a Articles : 11 est à savoir que ni le roi de France, ni nous, » ne pourrons construire au-dessous des bornes établies entre » Neubourg etle pays d'Evreux, ni à Quillebœuf; le roi de » France , de son côté , comme du nôtre, nous ne pourrons » le faire que dans les barnes prescrites. De plus les forts » de Portes et de Jjandes seront détruits incontinent, sans » qu'on y puisse reconstruire d'autres forts.

» Article 7... Le roi de France ne pourra élever de forts » au delà de Gamaches, du côté de la Normandie, ni au » delà des limites de la forêt de Vernon, mais seulement » au dessous. Nous ne pourrons de même construire au delà )> des bornes de la forêt des Andelys, mais seulement au » dessous. »

Aussitôt que Philippe se fut emparé du Château-Gaillard

i. Rigord, id., p.. 129. — 2. Voy. Guillaume-le-Brelon , Philippide, p. 127. - 3. Rigord, id.^p, 149, 150.

(1202 ap. J.-C), il s*empressa, on le sait, de réparer les brèches faites à cette forteresse par les machines dé siège. ce Le roi, dit Guillaume-le-Breton\ fit réparer tout ce qui » avait été renversé par lui-même et tout ce qu'un ennemi » acharné avait détruit par le feu ; et, dans cette triple en- » ceinte aussi bien qu'au dehors, les murailles et tous les » autres édifices furent relevés, remis en meilleur état et )> rebâtis plus solidement qu'ils n'avaient jamais-été. »

Il en faisait autant dans toutes les places qu'il tenait à conserver: Chinon (1:204 ap. J.-C.)^, Poitiers (1206 ap. J.-C.)^, etc. Ailleurs, il démolissait en partie les murailles de celles qu'il ne pouvait garder avec sécurité: Montrichard (1188 ap. J.-C.)^ Evreux (1194 ap. J.-C.)», Vaudreuil», Dieppe (1195 ap. J.-G.)^ Aumale (1196 ap'. J.-C.)», Boutavant (1202 ap. J.-C.)^, etc., etc. En môme temps le roi Richard agissait de même de son côté. Vierzon en Berri (1 196 ap. J.-C.)<«, (Morcelles, près de Gisors (1 198 ap. J.-C.)<V etc., eurent aussi leurs murailles démolies par ses ordres. Les murs de la ville d'Angers furent tour à tour détruits (1206 ap. J.-G.)^*^, et réparés par Jean-sans-Terre (1214 ap. J.-G.)*^. Ils venaient de reprendre un nouvel aspect de puissance, lorsque Louis, fils de Philippe, recouvra cette placer forte. « Il détruisit tous ses remparts, dit Guillaume- » le-Breton**, et garda pour lui la ville ainsi privée de » murs» (1214 ap. J.-G.).

Pans le traité conclu la même année entre Philippe^ Auguste et Jeanne comtesse de Flandre, pour la liberté du comte Ferrand, fait prisonnier à la bataille de Bovines, se

1. Guillaume-Ie-Breton , Philippide, p. 210. — 2. Rigord, p. 111. — 3. Id., p. 174. — 4. Id., p. 79. — 5. Guillaume de Nangis, Chron. Gaizot. l. XllI, p. 77. — 6. Id., p. 78 ; Rigord, p. 121. — 7. ld.,p. 122. — 8. Guill. de Nangis, id., p. 79. — 9. Id., p. 87. — 10. Rigord, p. 131. — H. Id., p. lii ; Guill. de Nangis, p. 83.— 12. Rigord, p. 174 ; Guill. le-Brclon, Vie de Philippe-Auguste, t. XI, p. 239. — 13. « Jean d'Anglc-

> terre fil entourer d'un mur des deux côtés , jusqu'à la Mayenne, la ville

> d'Angers dont il s'était emparé » (Id., p. 270); comp. Guill. de Nangis, p. 113. — li. Guill. -Ic-Breton, id., p. 273.

rencontrent encore quelques stipulations intéressantes au sujet des places fortes:

«Article 1" (Moi, Jeanne, comtesse de Flandre) j'ai

)) juré de faire démolir les forteresses de Valendennes, )) Ypres, Oudenarde et Gassel, en sorte qu'elles soient dé- » truites à la volonté du seigneur roi et qu'elles ne soient » rebâties que selon son bon plaisir. Toutes les autres for- » teresses de Flandre resteront dans le même état où elles » sont maintenant et ne seront nullement fortifiées, et on ^> ne pourra construire d'autres forteresses que selon le bon » plaisir dudit seigneur roi^ »

Ce fut également à la condition de démolir «leurs tourelles » et leurs plates-formes, selon la volonté de Louis (fils du roi) » et du comte Simon (de Montfort) » que les Toulousains obtinrent la paix, l'année suivante (1215 ap. J.-C.)*.

Tels étaient les moyens par lesquels le roi Philippe- Auguste comptait assurer la réalisation de ses projets d'extension. Mais, en même temps, il savait encore intéresser à sa cause les communes naissantes en leur concédant des chartes et des privilèges. En retour, il les obligeait à concourir de tous leurs moyens à la sécurité générale du royaume; et, pour ce faire, il n'hésitait pas à leur enjoindre de restaurer ou de relever leurs vieilles murailles, quand il ne donnait pas l'ordre d'en bâtir de nouvelles.

(( Le roi, dit la Chronique de Saint-Denis^, commanda aux » bourgeois de Paris que la ville qui lui était si chère fût » toute fermée de murs hauts et forts et de tournelles )> (tourelles) tout autour, bien assises et bien ordonnées et » de portes hautes et fortes et bien défendables d (1190 ap. J.-C). ,

« Il donna les mêmes ordres pour les villes et les châteaux » de tout son royaume », ajoute à son tour le chroniqueur

RlGORD^. •

1. GuilIaume-lft-Brclon , Vie de Philippe-Auguslc , p. 308. — 2. Id., p. 317. — 3. Voy. H. Martin, t. 111, p. 537; Dcscauriel, id., p. 19. — 4. Rigord, p. 91.

la nouvelle enceinte de Paris, commencée l'an 1190 avant le départ de Philippe pour la Croisade, s'étendait autour des faubourgs du noitl et des deux côtés jusqu'à la 8eîue'. Ce ue fut qu'en 1311 que le roi donna l'ordre d'euceindre d'un mur, allant également des deux câtés jusqu'à lu Seine, lesfaubourgs située au midi de la capitale. Il parait certain qu'à cette époque il reuouviîla ses ordonnances sur les fortifications a des villes, châteaux et forteresses du » royaume*. »

II ne sera pas inutile, je crois, de produire ici quelques renseignements sur le mode de construction de cette muraille, dont quelques vestiges ont été retrouvés en 1848, lors des démolitions exécutées pour prolonger la rue Soufflet. On lit à ce sujet dans la Revue Archéologique^ : « L'une des deux » tours qui flanquaient la partie de l'enceinte, qui reliait la )( porte Saint-Jacques à la porte Saint-Michel, est comprise » dans cette démolition. La base et la fondation de ce mur » sont formées d'un massif de cailloux réunis avec un ciment » si ferme et si dur que les ouvriers, charges de le démolir H avec la pince et la pioche, éprouvent la plus grande peine » à en arracher quelques portions. Un noyau, formé avec M les mêmes matériaux, s'élevait jusqu'à six mètres; ses » deus faces étaient revêtues avec des libages soigneusement « parés. »

Comme on le voit par ce qui précède, les constructions militaires, au début du XIII' siècle, rappelaient encore parle mode d'emploi de leurs matériaux, blocage intérieur et revêtement en pierres de taille, les procédés usités à l'époque gallo-romaine. Ceux-ci s'étaient trouvés transmis à la génération présente par les architectes mérovingiens et carlovingiens. Peut-être les reconnal trait-on dans la construction du château de Bruniquel près de Cahors', attribué il la reine Brunehaut (Castrum Brunichildis]': « Des chal-

I. Guillnuuic-Ie-Bretoti , Vie de Pliilip., p. S05. — ± U., p. 250. — X Hcv. aroh., 1818, p. 25t. - i. V.iv, ci-dcssiis, p. 360- — 5. Gong. »rch., 1865, p. WJ.

» nés régulières de pierre de taille, dit M. Tabbé Pottibr , » forment les assises de ce donjon »; mais le vénérable prêtre n'indique pas de quelle nature est la maçonnerie intérieure. DanB.tous les cas, le château de Langeais, qui date de la fin du X" siècle (992 ap. J.-C), rappelle admirablement ces procédés. « Les murs, dit M. de Caumont*, sont » en petit appareil^^ et ils cintres des fenêtres offrent encore, » comme les tx)nstructions romaines, des claveaux alterna- » tivement en briques ef pierres cunéiformes encadrées » dans un cordon de briques. » On les retrouve également dans la construction du Château-Gaillard, dont M. Viollet- Lkdug a pu dire : « La maçonnerie est bien faite , composée » d'un blocage de silex reliés par un excellent mortier revêtu » d'un parement de petit appareil exécuté avec soin*, et » présentant sur quelques points des assises alternées de » pierres blanches et rousses*. »

D'autres ruines , comme celles du château de Saint- Laurent, près de Saint-Géré (Lot), offrent dans certaines' parties, qui datent, pense-t-on'*, de la première moitié du XI' siècle, la disposition que Vitruve^, nomme ojms spicatum et que les modernes connaissent sous le nom d'appareil en arête de poisson ou en feuille de fougère. Il en est de même au château de Plessis-Grimoult (Manche) (XP siècle), où l'appareil en arête de poisson est mélangé de cordons de pierres schisteuses qui rappellent les assises horizontales de briques des murailles de l'époque gallo-romaine^.

Dans toutes les constructions féodales qui précèdent, le massif intérieur des murs est formé d'un blocage de pierres

1. De Cauraont, Arch. milit., p. '409. — 2. Le petit appareil gallo-romain est celui que, sans le désigner, nous avons décrit ci-dessus, p. 105, 106. Les moellons de parement n'y sont pas contigus ordinairement, mais séparés par des couches épaisses de mortier; voy. de Caumont, Antiq. monum., t. Il, p. 160. — 3. Dans cette construction, les couches de mortier qui séparent les pierres sont minces et celles-ci sont taillées avec plus de soin que dans les appareils gallo-romains. — 4. Viollet-Leduc , Arch. milit., p. 80. — 5. De Caumont, Arch. milit., p. 41 i; Gongr. arch., 1865, p. 118. - - G. Vilruv., Vil, 5. — 7. Voy, de Caumont, Arch. milit., p. ii2.

linttes noyées dans du mortier. 11 en est de même pour les parties supérieures du donjon de Beaugency (XI' siècle), dans lesquelles le reTÔtemeut extérieur est fait avec des pierres d'inégales dimensions et généralement plus hautes que larges*. Mais le soubassement de cette dernière tour paraît être exclusivement composé de grdSses pierres de taille bien ajustées et formant ce que l'on appelle le grand ajtpareil^.

Quant au mortier qui liait tous ces matériaux, il était généralement d'une grande dureté. Il était formé d'un mélange de cbaiu et de sable; parfois, comme dans les murs du donjon de Loches (XI° ou XIP siècle), il contenait des parcelles de charbon de bois^, suivant une composition employée déjà par les Romains, dont Pline parle, dit-on', et qui se retrouve dans les murailles de la vieille cité galloromaine d'Angers, ainsi que l'a fait remarquer M. Godabd- Faulthier.

Il est presque superflu d'ajouter que, dans les régions où la pierre était rare et chère, ou avait, comme à l'époque gallo-romaine, introduit la brique dans la construction des murailles. On lit en effet daiis le Congrès Archéologique^, à prapos des anciens remparts de Moutauban, qui, d'après M. Devals, datent du XII° siècle : u Le seul reste actuel- » lemenl debout des anciennes fortifications de Montauban, » consiste en une énorme tour ronde au lieu dit le Fort. n Construite en briques, cette tour, en partie masquée par » des constructions modernes, estcourouuée d'une ceinture » de machicottli$*. Ils sont cintrés et formés de briques » épaisses, jointes entre elles par des lits de mortier d'une u épaisseur de trois à quatre centimètres, o

S'il est impossible de retrouver aujourd'hui les restes des ouvrages de fortification qui, à la fin du XII* siècle, étaient

1. Voy. de Caumont, .Arch. milil., p. 418— 3. Id., Antit;. monuni., I. II, p. 159. — 3, Id., Arch. mllil., f. il2, — i. Congrts ardi,, 1862 , |i. 3i. — 5. Id. , 1805 , p. 313. — G. Si cette lour Mt vi<ritablement du XII* siècle , l'usage des mâchicoulis remonle à cHle époque dans le midi de la France: voy. Pollier, Conerés arch., 1867, |i. i9ù.

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