‹ Essai sur les hiéroglyphes égyptiensChapitre 33 sur 48 · LE SPHINX · texte numérisé non relu

LE SPHINX

État des arts en Egypte du temps de Joseph, fil«

DE Jacob»

Le sphinx est de tous les ouvrages symbo* liques des sculpteurs égyptieus le plus beau et le plus connu. Son nom^ SPHINX ou SPHING , ne peut exister dans Thébreu avec la signification propre qu'il avait en Egypte , sans jeter quelque lumière sur l'état des arts dans cette contrée à Tépoque pour laquelle il a fallu l'employer. SI nous consultons Jes

(ao3) Dictionnaires hébreux et toutes les traduclions connues de nos livres sacrés ^ nous Ty chercherons yainement , et nous serons , en apparence , fondés à croire que ce mot n'y existe pas. Il s*y trouve néanmoins^ non isolé ^ mais soutçnu par des dérivés en assez grand nombre , et . qui tous se rattachent à la valeur hiéroglyphique du symbole par des significations qui en résultent évidemment.

Comment ces rapports ont-ils échappé à la sagacité des interprètes? c*est ce que Ton ne peut expliquer que par leur obstination à vouloir faire de Thébrea une langue absolument différente de Tancien égyptien.

J'ai dit> dans le premier fragment ^ que les Égyptiens nommaient Ambriques , Hébriques ou Hébraïques les livres sacrés dans lesquels les prêtres consignaient tout ce qui était rela* ti( aux mystères et à la sainte doctrine. J'ai fait voir qu'on donnait à la science des choses saintes le nom SBO oa SPhO ; j'ai dévoilé la force hiéroglyphique de ce mot ; et Ton a va que non seulement il désignait la langue hébraïque , mais encore que cette langue re« cevait , avec ce nom ^ la qualification de lau" gue pure , sincère , pleine de promesses et de beautés ; j'ai dit enfin que le hiéroglyphe de

(ao4) la sainte science ^tait le SPhO^ le SPhON, le SPhlN, le SPhINX. (Voy. pag. 3o, 3i, Sa).

Je vais développer cette dernière assertion.

Je n'ai pas besoin d'entrer dans quelques détails préliminaires auxquels le lecteur suppléera facilement ; il sait que le sphinx désignait la science en général , et sur-tout la science cachée au vulgaire.

Le mot SPHING tient h la racine faébraïysm que SPHO qui , prononcée avec le son nazal que prennent souvent les voyelles , donne le mot SPHON et SPHONG.

Si ce mot a désigné le sphinx , on s* il a

servi de radical au nom du sphinx, il doit^

ainsi que ses dérivés , avoir des significations

, qui s'accordent avec Tusage et la forme de

cette figure hiéroglyphique.

SPHOr^G signifie inondation ^ débordement impétueux; abondance , amas , récolte abon^ dante. La réunion de ces significations qui paraissent opposées ^ prouve déjà que le mot est égyptien ; car c'est en Egypte , et non chez les Hébreux ^ qu'on a pu dire que Tinondation et les grands débordemens étaient le principe de l'abondance et de la fécondité.

Le sphinx était représenté avec le visage et la poitrine d'une jeune fille ; c'est ce que

( ao5) rappelle le mot SPhÉ , une jeune fille ^ une ^^^ esclave j laquelle se lient à Tentrëe de la maison^ ce qui la distingue de la jeune iille^ de la vierge OLMÉ y qui se tient au contraire XKch^ cachée dans les lieux retirés.

Le sphinx était effectiyement placé & rentrée des temples ^ il en gardait la principale avenue ; de là ^ avec une légère modification ^ le mot SPHÉ ou TSPHÉ , demeurer , se te Jr nsï tjo à rentrée , rester sur le seuil de la porte , être sons le vestibule.

Sa position était celle d*un surveillant ^ à* une sentinelle en repos j à* une personne qui attend une chose; c'est ce qu'expriment les mots SPHY , TSPHÉ , TSPHYI , TSPHyN. "S^> "^«i V^

Couché, étendu sur un banc élevé j sur une estrade j sur une élévation > il donne à ces objets leurs noms SPHÉ^ SPHÂ, SoPHAH. nm^, icv

Attentif aux progrès du Mil ^ il proclame les avis salutaires des sages ( SoPHôN ) qui «of «y portent son nom, et leurs discours j leur lan^ gage distingué du langage vulgaire en prend sa dénomination SPHE. nSQ)

Ces sages cachant leur science dans ces mêmes temples , fl^'^^ ^^ sphiux garde les avenues, font donner k ce nom, SPHIN, la sig- «j^ ^^ nification de cacher^ couvrir, tenir dans Vom* * bre du mystère.

nfi^t

(ao6)

Le spbinxy comme l'explique très bien Tauteur de Tbistoire du ciel , était un symbole salutaire à ceux qui le consullaieot et qui suivaient les avis qu'il donnait : «r Cette fin gure, dit-il^ composée d'une tête de jeune » fille et du corps d'un lion coucbé^ signim fiait qu'il fallait s'attendre ii demeurer oi« 9 .sif sur les terrains élevés tant que l'inonda- 9 tion durerait^ et qu'elle continuerait au 9 moins pendant deux mois dans sa force , 9 savoir^ tout le temps que le soleil mettrait 9 k parcourir les signes du lion et de la 9 vierge. »

Il résulte de cette explication fort sim« pie et fort juste , que ceux qui négligeaient les avis du spbinx , ou qui ne pouvaient in* terpréter le sens des instructions en hiéro* glypbes dont sh base était couverte , deve* naieut victimes de leur ignorance ou de leur indocilité ; de là , pour le mot SPHIN , la signification de sauver ou sauveur , rendre sain et sauf.

On voit ici l'origine de ce que la fable dit toucliant les énigmes proposées par le spbinx»

En admettant cette fable dans leur mytbologie 9 les Grecs adoptèrent le nom du sphinx ^ et ils en firent le radical de sphingeSn , près*

( 307 ) ser , contraindre , et de quelques dérivés simples ou composés.

Enfin 9 chargé d'instruire le peuple en lui découvrant une partie des observations faites par les chefs du sacerdoce; en lui faisant part de leur science et de leurs conseils , le sphinx devint le symbole de la science , nommée , en égyptien , SBo ou SPHO et SPHON.

Le sphinx fut encore , et par suite de cet emploi > le symbole de la sagesse ^ de la prudence ; son nom passant dans le grec > et du grec dans les langues savantes , y devint la racine du nom de la sagesse ( SoPHIa ) ^ et «ovta celui des philo-SoPHes qui la pratiquent ( SoPHOI ). «of o(

Ces étymologies hiéroglyphiques » ces rapprochemens qui ^ déjà me paraissent offrir un véritable intérêt ^ vont en acquérir un plus grand encore , en nous fixant sur les progrès que les Egyptiens avaient faits dans les arts près de dix-huit siècles avant Tère chrétienne^ et plus de deux cents ans avant l'époque ou Cécrops quittant l'Egypte , vint tenter de civiliser les peuples sauvages de l'Attique.

Le séjour des Hébreux en Egypte est un fait sur lequel on ne peut avoir aucun doute.. Ce séjour fut de 43 o ans , selon Moïse lui-

n^^vM

même qui nons a transmis les détails de cette migration du pouple hébreux. 11 nous apprend qu*uii jeune Israélit-é^ nommé Joseph^ ayant été vendu par ses frères à des marchands arabes, fut conduit en Egypte par ces mêmes marchands , et que bientôt la réputation qu il s'acquit par sou savoir et sa sagesse le fit connaître et entrer au conseil du prince.

Elevé dans le culte des ancêtres , culte professé secrètement en Egypte ; éclairé de bonne heure par la science des choses saintes que les prêtres de l'Egypte conservaient dans l'intérieur des temples > et quMls ne révélaient qu'à leurs disciples > Joseph parut à la cour de Pharaon comme un initié de Dieu même , et fut admis de suite dans l'ordre des Pfazaréens de première classe ( Voyez planche 10 )• ^^ Appelé alors à la qualité de NaBI ou de

liuBl y c'est-à-dire, de devin ^ àe prophète; car alors avoir rintelligence et une chose , Van^^ noncer j V enseigner ^ conseiller, instruire , c'était prophétiser ; élevé au rang des princes de l'empire; en un mot, créé AS NDBI où A-NUBl-S , dénomination de rang ou de dignité , dont on a fait ensuite le nom d'une

( ^«9 ), divinité 9 Joseph reçut des mains de Pharaon

le RaBIO ou collier ^ symbole de la gmndetir, •(*:!•)

de la puissance j de l'élévation (Voy. pag. xxlx

et xxxix^ et pi. lo), et passa ainsi du rang

des esclaves k celui des princes de Tétatj

nommés RaBIN (i\ V^n

Pharaon lui remit en outre le TeBOTh ou

Vanneau des immersions^ des inondations du

Nil; le Tho à anse^ la clef des canaux de

l'Egypte. ( Voy, pag. xxxix ).

Ce TeBoTh était la marque hîérogly])hîque des fonctions auxquelles il était appelé.

Ce n*est pas ici le lieu de justifier une explication si nouvelle du texte de Moïse en ce

(i) Non est NuBIN , ^^33 , el ECM, DDH , siciU tu. Le mot ECiVf désignait les sages qui avaient la conaissance et l'inlelUgence des lois , des statuts , des lois saintes et religieuses conservées dans finiéneur des temples , que le premier Hermès avait gravides ou sculptées en figures , en hiéroglyplies sur deux thermes^ deux bornes, deux coionnes fiermétiques ( £Q , pn)* Deux tables avaient, dans récriture alphabétique , remplacé les deux bornes d'Her* mes.

( aïo ) qui concerne l'êléFation de Josepli. Je préviens seulement que je n emploie que les expressions mêmes de l'auteur sacrée mais que je les traduis dans toute l'étendue de leur valeur hiéroglyphique , justifiée par celle du mot hébreu.

J'ai parlé de NuBI en traitant des Cohens ou Cénates > daus un fragment publié en i8i5(i) Leur nom que je n*ai point analysé^ V^ au se compose de NO ou Nub , parole y discours, parole indubitable j comme celle de Dieu et ^a des prophètes , et de BI , ce qui est intérieur dans rhomme , le jugement j la compréhen^ sion; V intelligence des choses. Ainsi NuBI signifie discours divin et prophétique de l'intelligence et du sa\foir (a).

Quant au sens symbolique que je donne à Tanneau de Joseph , sens qui résulte de la signification radicale du mot^ je dirai seule-

(i) Ce fragment ayait pour objet de justifier les anciennes castes sacerdotales , calomniées par Boulanger , et de faire connaître , sans en divulguer les moyens , le système que je propose aujourd'hui pour interpréter les hiéroglyphes.

{i) NOU, chez les Égyptiens, signifiait Dieu, ffoh vient le grec vou;, esprit , ùUeUigence ; le latin NUM-cn. De Nou vient NAM , DM} , parole certaine , digne de foi; discours indubitable ; oracle.

(ai.) ment que Temploi d*un semblable symbole ^ pour désigner les foDctions ^ n'est pas étranger & l'Egypte ; les militaires y portaient des anneaux sur lesquels étaient gravés un scararabée. Plutarque dit que c'était ^ parceque le soldat doit être, ainsi que le scarabée^ considéré comme n'ayant poir.t de famille^ et s'étant engendré de lui-même. Cette explication n*est pas celle qu'auraient donné les inventeurs du symbole* Le scarabée > dont il est ici question 9 est la mouche du désert (i) , le terrible zimb des Arabes, le ZeBB ou ZeBuB m des Cbaldéens , le BeL-ZeBuB des idolâtres.

Elle a donné son nom OReB ou EReB aux lieux ^*^V ^*in qu*elle rend déserts, à la guerre^ à la Jevastation , à Yépée. Ainsi , l'anneau joint au scarabée ^ et souvent le scarabée seul , désignaient , en l^^le^Y homme et épée^ V homme de guerre j la guerre, le guerrier , etc.

Joseph fit usage de son pouvoir en assurant l'existence du peuple qui devait lui obéir , et auquel une de ses fonctions était d'annoncer y d^expliquer , d'intei'préter les instructions rendues publiques, mais en hiéroglyphes, par le moyen des sphinx. La con-

(i) Esaie, chap. 7, y. 18 et 19»

( aia ) naissance de cette fonction se tire encore du

texte mcniede .Moïse : PlKiraou^ dit-il ^ nomma «ys WSï j^sepi, TSPHLN-OT PHo> E , mois dont aucun Dirtionnaire 9 aucun traducteur n'a jusqu'ici donné la signifiration propre ^ qu'ils traduisent bien imparfaitement par ceux-ci :

interprète des choses cachées , sauveur du mon" de, et qui ^ conséquemment à tout ce que j*ai dit de ce même mot TSPHIN ( au pluriel fémi' nin TSPHIJN-OT), et des autres déiivés de SPHON^ siguilienty d'une manière évidente^ interprète des sphinx (i).

Il est facile d'entrevoir quelle lumière celte interprétation jette sur l'hibtoire de Fart chez les Égyptiens,

Il en résulte , en effet , qu'à Pépoque oii Joseph fut conduit eu Elgypte, les arts y étaient depuis long-temps cultivés et même

(i) On a voulu chercher ces mots dans le copte ; et pour en venir à hout, il a fallu cléfîgurcr le raot principal de manière h le rendre m<^coiinaissuMe ; de TZPHi- NOT PHo.NE on a fait PSOiNTÏlON PHANEK ,

^It^On $c\nHSC . Doctor ahstntsonun (Kirchcr prodr. copL , et clir. Blumberg y FwuUmienta lingtue copUcœ ).

Les Arabes de l'Egypte ont conserve une faible tradition des faits qu'on vient de voir; ib attribuent^ Joseph les premières mesures du Nil et l'invention du Nilomètre. ( Voy. Merveilles de TEgypte , pag* ai5 ).

perfectionnés, et qu'ils y avaîetrl fiiît les progrès que nous admirons dans les plus anciens xnonuniens de TÉgypte; ces monnraens eiistaient déjà, puisque le sphinx, qui les accompagne presque toujours , était depuis long temps inventé.

Des sphinx étaient ordinairement placés à rentrée des temples et comme pour en garder Tavenue ; celte place parait leur avoir été consacrée par les artistes qui conçurent les plans de ces temples. On peut en conclure que les temples égyptiens du temps de Joseph étaient conformes à ceux que nous connaissons ; et comme la conception de ces monuraens est réellement sublime ; comme le style , quoique étranger à celui des temples grecs et romains, n*en est pas moins très heau , très noble et très grandiose , il en résulte qu'à répoque où Joseph fut conduit en Egjpte, l'architecture y était cultivée avec les plus grands succès , et par conséquent depuis plusieui^ siècles.

Disons plus, la construction des pyramides , le choix des matériaux qui y furent employés, ne s'accordent point avec ce que Moïse rapporte des travaux auxquels les Hébreux de son temps étaient contraints en Elg^'pte.

Ces monumens , qu'on sait , à n'en pouvoir

douter , être aussi anciens que lai , étaient gardés comme les temples par des sphinx ; il est donc probable qu'ils existaient déjà du temps de Joseph. Mais îndépendemment de cette probabilité , nous trouTcrons bientôt la trace des monumens pyramidaux dans des; siècles bien antérieurs à Joseph.

Enfin , puisque le sphinx est un symbole composé de deux signes du zodiaque , le lion et la Tierge> il est évident qu'à Tépoqûe dont JQ parle ^ ce même zodiaque était iuTenté* Ainsi l'astronomie , et par conséquent les mathématiques > les sciences en général et lea beaux arts étaient perfectionnés en Egypte dixhuit siècles avant Tère chrétienne , lorsque , à Texception de la Nubie » les ténèbres régnaient sur le reste de T Afrique ^ sur TËurope entière et sur une grande partie de l'Asie.

Je joints ici une portion du bas-relief re* présentant rélectlon du Tsphinoî Pkoné , et, dans une autre planche , le Rabid de ce même Tsphinot Phoné ou interprète des sphinx (i).

(i) Voyez planches 9 et 10. Ce bas-relief existe dans le temple de Tîle Élëphantine ; la scène ici gravée est placée k rextrémité droite. Le reste du basnrelief est évidemment relatif k l'abondance qui résulte de Tépanchement et de la distribution des eaux du Nil et de la juste mesure de leur éléYation.

Péa^uÂ^f XT

NAZiAlREEN

élu

TSPHINOT PHIONÉ

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