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VI. — Chauffage des hôpitaux

Après le développement que nous venons de donner à la question de la ventilation artificielle des hôpitaux, celle du chauflàge des salles se trouve très-simplifiée, car les derniers appareils que nous avons étudiés sont destinés au

chauffage et à la ventilation combinés; nous n’aurons plus que quelques lignes à leur consacrer.

En Angleterre et en Amérique, les salles sont chauffées par des foyers ouverts; ce sont, en général, de grandes grilles simples et appliquées contre le mur, ou doubles et adossées dos à dos, dans lesquelles, pendant la saison froide, on entretient nuit et jour un grand feu de charbon de terre dont la flamme vive et brillante éclaire et distrait les malades, qu’elle réchauffe par sa chaleur rayonnante. Ces grandes cheminées sont aussi, on hiver, un puissant moyen de ventilation; on ne se fait que difficilement une idée de la quantité d’air qu’elles aspirent, et nous ne pouvons même pas donner ici de chiffres approximatifs, car le tirage dépend de la hauteur de la cheminée, en même temps que de sa surface de section et de la quantité de calorique que développe le foyer. Qu’il nous suffise de dire que les 88 centièmes du calorique que développe la combustion servent à activer le tirage de la cheminée, et se trouvent par conséquent employés à la ventilation.

Les cheminées ouvertes sont très-défectueuses au point de vue du chauffage proprement dit; on ne profite guère que de la chaleur rayonnante qu’elles développent, environ 12 pour 100. Elles consument par conséquent une quantité considérable de combustible dont les 88 centièmes sont perdus pour le chauffage, et dans les grands froids d’hiver, il devient assez difficile de maintenir dans les salles une température suffisante. C’est là la vraie raison qui les fait rejeter des hôpitaux de Paris. C’est une question d’économie, et d’après le savant mémoire de Husson, l’économie serait importante. Les hôpitaux de Paris dépensent en effet annuellement, pour leur chauffage, 350 000 francs environ, avec des appareils qui utilisent en moyenne 50 pour 100 de la chaleur dégagée. Pour obtenir la même température avec des cheminées ouvertes, il faudraitbrûlercinqfois pliisdecombustiblc

SAliAZlN.

eu. SARAZIN.

« Il s’agirait donc d’augmenter le budget de notre chauffage au minimum de 1050 000, au maximum de 1 /fOOdOOfr.» On pourrait toutefois faire àM. Husson l’objection suivante. Est-ce bien pour le chauffage des salles que l’administration dépense 350 000 francs par an ? Si dans cette somme doivent figurer les cuisines, lesbuanderies, les tisaneries, etc., etc., et c’est ce que nous croyons, les chilfres indiqués ci-dessus sont beaucoup trop considérables. Nous ne demandons pas, en effet, que la cuisine et le blanchissage soient faits à un feu ouvert.

Dans les dernières discussions sur l’hygiène hospitalière, bien des médecins ont demandé qu’on établisse des foyers ouverts dans les salles de malades; nous nous joignons à eux, en admettant toutefois Tusage simultané des poêles ou de la vapeur; l’un n’empêche pas l’autre.

En France et en Allemagne on se sert surtout pour le chauffage des salles d’hôpital de grands poêles de fonte ou de faïence, dans lesquels on brûle de la houille ou du bois. On leur a fait bien des reproches ; ils brûlent l’air ou plutôt le surchauffent, le dessèchent et diminuent ses qualités respiratoires; ils dégagent de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone. Utilisant hO ou 50 pour 100 du combustible pour le chauffage, ils ne contribuent pas d’une façon suffisante à la ventilation; ils sont enfin d’un aspect sombre et triste. Mais la question d’économie plaide en leur faveur, et il est possible d’atténuer en partie les défauts qu’on leur reproche en les surmontant d’un petit réservoir d’eau et en les enveloppant d’une gaine munie de bouches de chaleur et communiquant au dehors par des conduits qui passent sons le plancher et traversent la muraille.

On se sert aussi comme moyen de chauffage de l’eau chaude, de l’air chaud et de la vapeur, circulant dans des réservoirs. Le calorifère de Duvoir-Leblanc (système combiné de chauffage et de ven tilation) se compose d’une grande chaudière, où l’eau s’échauffe, et d’un circuit complet de

tuyaux conducteurs et de réservoirs qui communiquent avec la chaudière, à sa partie supérieure et à sa partie inférieure. L’eau en s’échaudant se dilate, et, devenant plus légère, tend à gagner les parties supérieures du système; elle redescend ensuite dans les réservoirs des salles en perdant son calorique et finit par revenir à son point de départ après avoir parcouru le circuit complet, qu’elle recommence dès qu’elle s’est de nouveau chargée de calorique. Il y a donc, dans tout l’appareil, un courant continu d'eau chaude qui porte, dans tout le bâtiment, la chaleur développée par le foyer de la chaudière.

L’eau ayant une capacité calorique considérable, est un excellent moyen de transporter, dans tout un hôpital, la chaleur que développe un foyer unique. Les tuyaux et les réservoirs qui la contiennent peuvent céder aux parties environnantes et à l’atmosphère des salles, des quantités considérables de calorique sans se refroidir d’une façon sensible. Le foyer peut être éteint plusieurs heures avant que la température ne s’abaisse d’une façon notable dans les pavillons chaufiés par des appareils à eau chaude. C’est de plus un moyen de chaulfage qui a l’avantage de ne pas surchauffer l’air des salles et de ne lui communiquer aucune propriété nuisible ; mais les frais de première installation sont très-élevés, les fuites d’eau se produisent facilement et l’entretien de tout le système est difficile et dispendieux. En résumé, les calorifères à eau chaude présentent plus d’avantages que d’inconvénients, mais au point de vue de la ventilation, ces appareils, comme nous l’avons vu, laissent à désirer.

A volume égal, la vapeur contient 288 fois moins de chaleur que l’eau élevée à la même température. Aussi les appareils qui n’ont comme moyen de chauffage que des tuyaux de vapeur se refroidissent-ils très-vite , et iis permettent dans les salles des abaissements brusques de température. On a obvié à cet inconvénient en combinant la

Cir. SARAZIN.

vapeur et l’eau de la façon suivante (appareil de Grouvelle, à Vincennes). Les tuyaux de vapeur, placés dans un caniveau, sous le parquet des salles, viennent aboutir à un serpentin contenu dans une grande caisse pleine d’eau, véritable réservoir de chaleur. Ce poêle à eau chaude, que la vapeur échauffe, est fait de forte tôle et timbré à deux atmosphères. La vapeur, en le quittant, est conduite par des tuyaux dans un réservoir où elle se condense, pour retourner ensuite dans la chaudière.

Le chef de bataillon Benoît (1) fait remarquer que ces réservoirs, où la température peut s’élever à plus de 100“, subissent une pression assez forte pour les faire éclater, lorsqu’ils auront perdu par l’âge une partie de leur résistance actuelle. Un autre inconvénient, mais de peu d’importance, est le gargouillement que produit dans les tuyaux l’eau provenant de la vapeur condensée, lorsque après avoir laissé refroidir les appareils, on y lâche brusquement de la vapeur. En somme, les appareils à vapeur sont passibles des mêmes reproches que les calorifères à eau chaude; ils nous semblent aussi présenter à peu près les mômes avantages.

Il ne nous reste plus à examiner que les calorifères à air chaud. Sous ce nom, nous ne comprenons que les appareils dans lesquels l’air est chauffé par un fourneau à une certaine distance des salles des malades. Si, d’une manière générale, le système est toujours le même, les résultats sont très-différents, suivant les appareils, au point de vue de la vitesse de la température et de l’abondance des courants d’air chaud qu’ils fournissent. L’air pris dans les caves ou dans les jardins de l’établissement arrive dans des tuyaux de tôle ou de fonte chauffés par un fourneau ardent. Il y acquiert une température élevée et jîasse, de là, dans des conduits qui aboutissent aux salles des malades. L’air traverse donc le feu, protégé par une enveloppe métallique

(1) Méraofüil de r officier du rjinie, 18G5,

ESSAI SUK LES HÙl’lTAl’X.

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