‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 138 sur 183 · Tarins et multiples · texte numérisé non relu

Tarins et multiples

Le tarin de Charles 1" est une pièce de facture française, mince et presque sans relief ; elle offre au droit, imité du F gothique qui orne plusieurs monnaies de Frédéric II, un grand K gothique entouré de la légende + KAROL' REX, et au revers, un écu à trois fleurs de lis chargé d'un lambel, ayant pour légende + SICIL'.

La facture du tarin , essentiellement française, diffère tellement de celle des multiples de cette monnaie, que le prince San Giorgio en a conclu à la priorité de fabrique de ceux-ci, qu'il date de la première année de la conquête sicilienne (2). Il a fallu pour cela que le savant numismatiste napolitain en arrivât à faire descendre à 4 267 les ordonnances royales monétaires des 5 et 15 novembre de la deuxième année du règne et de la dixième indiction, afin qu'un assez long inter-

(1) Augustales ac tarenos auri qui in sicla Neapolis cuduntur. A. Scott, Syllabus membranarum, etc., t I, p. 176.

('2) Monete enfiche battute da principi longonbardi, normani e suevi. Naplas 1844, in 4*, p. 24.

valle entre la conquête et ces ordonnances justifiât la fabrication supposée.

Mais la date de 1267 ne paraît pas possible, puisque, au témoignage du prince San Giorgio lui-même (1. c. ), les années du règne de Charles I" partant de la bulle d'investiture du 4 novembre 1265, la deuxième année de ce règne commence le 5 novembre 1266, ce qui concorde avec la dixième indiction. Telle est, du reste, la date qu'ont donnée à ces actes Ghiarito Gennaro, dans son Esame delli tre pergamene, Fusco, Ducato di Roggiero etc, (ces deux auteurs cités par San Giorgio, 1. c.) et Giuseppe delGiudice, Codicediplomatico del regno di Carlo I', etc.

C'est donc à l'an 1266 qu'il faut faire remonter les ordonnancf^s de Charles I" prescrivant la fabrication du tarin et de la réale à Barletta et Messine. Il est, dès lors, difficile d'admettre que cette fabrication ait été précédée d'une émission de monnaies carolines, qui, frappées en toute hâte, n'auraient été pour ce motif que de simples imitations des tarins de Frédéric II.

Les multiples de tarin de Charles l" auxquels le prince San Giorgio fait allusion, ont eiilr'eux trop de difiérences de format, de poids et même de type, pour avoir été fabriqués dans l'intervalle très court qui sépare la conquête des ordonnances de novembre.

On connaît, en effet, six variétés de format et de poids des espèces de ce genre , offrant deux types bien distincts, au revers de toutes ces monnaies, on remarque, il est vrai, comme à celui des tarins de Frédéric II, une croix longue accostée de l'ensemble ou d'une partie de la légende grecque 'Ua-ùZr Xotarof ny.y. ; mais, au droit, les unes ont le K gothique du tarin de Charles I", et les autres la figure du prince à cheval.

Peut-être Charles V\ dont le caractère impérieux a été signalé par l'histoire, a-t-il commencé à faire frapper le tarin de facture française pour affirmer le caractère de sa souveraineté, et ne s'est-il décidé à imiter la monnaie à flan épais et à légende grecque de ses prédécesseurs que contraint à cette imitation par les exigences des banquiers et des commerçants qui ne retrouvaient pas, dans la monnaie de facture française, les facilités de cours international dont jouissaient les

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anciens tarins : peut-être a-t-il dès le principe émis simultanément les deux types.

Quoi qu'il en soit, le tarin a été frappé pendant la plus granie parlie et peut-être toute la durée du règne de Charles I", car il en existe une variété, éditée par Diodati, (I) dont la légende porte le nom de Jérusalem : REX SICiliej ET HlErusalem]. (PI. V. n» i ).

Voici la description des multiples de tarin :

N« I . Flan épais, module i '/s , poids 30 grains napolitains = \ gramme 33. Grand K, accosté à dr. et à g. d'une fleur de lis. surmonté d'une troisième, et un peu à dr., d'une perle. — i^. Croix longue non pattée, accostée sous les bras, en trois lignes, à gauche d'unii, des lettres I C {'ima-ùZç) et dune perle, et à dr. d'un deuxième u, de la lettre X [XpiFToç) et d'une perle. — Pièce du musée de iNaples, éditée par le prince San Giorgio, 1. c et reproduite dans la Revue numism., t. V, p. 214 et pi. X n° 3.

N° 2. Flan épais, module I Vs » Poids 1 ,70.

Grand K entre 2 lis. Lég.: K [arol] VS [rex ?J — f^. Croix longue pattée, accostée à la hauteur des bras et à g. d'une perle, et, sous les bras, en deux lignes, à dr. d'un i2 et de I E, à g. d'un n et d'un X. (Carpenlin. Revue num. -1860, t. V, p. 214. et pi. X n° 2). (PI. V. n° 2).

N" 3. flan épais module 2 V'i. poids 4,10.

Grand K entre deux perles. — i^. Croix pattée, accostée sur une première ligne d'un n à dr. et à g., et sur une deuxième ligne, à g. de I C et à dr. de X C.

N° 4 . Comme la monnaie précédente, à cela près que le K est surmonté d'une croix pattée. Pièce fausse, en cuivre ; de la collection Bonghi. (Carpentin, Revue num. t. V, pi. Xn° 4.)

N° 5. Flan épais, module 2 ^/i, poids 4,92.

Le prince casqué, vêtu du haubert et de h cotte, portant l'épée levée de la main dr., l'écu à un lis de la g., monté sur un cheval au galop couvert d'un caparaçon fleurdelisé : le tout dans un grenetis ;

(1} lUustrasione délie monete che si nominano nelle coslttuzioni délit Due Sicilie. Att. dell' Academ. r^al. di Napoli. Nap. 1788, lu 4*, p. 330.

autour, K DEI [graci] A. — ï^. Dans un grenetis, une tige surmontée d'une petite croix pattée et accostée, sur une première ligne, de deux 12 ; sur une deuxième , des lettres I C XC ; et sur une troisième, du du mot m RA. Lég. + R[ex Sic]lLIE. [PI. V. n" 3.) Carpentin, Revue num., 1866, pi, XIII, n" 4.

N" 6. Mêmes flan et module. Au dr., le type du n° 5 et pour lég- RAR. [Dei] GRA. REX [Hierusalem].— ^. Croix longue accostée dune lég. sur quatre lignes dont les trois premières comme au n° o et la dernière formée des lettres A. M., le tout dans un grenetis ; autour : [et Sicil]IE PRC CAP. (PrincepsCapue.) (Bonnucci, cité par Carpentin, Rev. num., 1866, t. XI, pi. XIII, 5, p. 345.)

J'ai cru devoir compléter la légende du droit par le mot Hierusalem, afin de remplir le vide existant entre REX et la croix.

M. Bonnucci, qui a édité cette précieuse monnaie d'après l'exemplaire unique de la collection Santangelo, a supposé que les lettres A. M. étaient la marque d'atelier de Messine, indiquée par un M sur une pièce d'or de Mainfroy au même revers que celle-ci. M. Carpentin a exprimé l'opinion il. c.) qu'au lieu de voir dans ces lettres l'abréviation de Messine, il fallait y découvrir celle d'Amalfi. Comme Amalfi n'a pas eu d'atelier monétaire sous Charles P', la correction de M. Carpentin n'est pas admissible. Je n'en partage pas moins l'avis de cet auteur que les lettres A. M. ne peuvent signifier Messine : l'A est de trop. Mais pourquoi y cherclier un nom de ville ? Ne pourraient-elles pas être l'abréviation d'AvE Makia ? Le sentiment de reconnaissance auquel on doit les saints de 1278 n'aurait-il pas été indiqué d'une façon plus sommaire df's 1277, aussitôt que le Roi de Sicile a joint à ce titre celui de Roi de Jérusalem ? Or, la pièce, si je ne me trompe, est de cette date.

N" 7. Il existe une petite monnaie à flan épais qui, par le type, se relie aux deux précédentes, et par le module (l — g) et le poids (17 grains = 0,75), — s'ils n'ont pas été diminués par le rognage de la pièce — paraît éire un sous-multiple du tarin. En voici la description :

Au dr., la partie antérieure d'un cheval. — Au f^., les lettres N 1 et

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au dessous un lis, à g. el un autre à dr. de la hampe d'une croix longue. (San Giorgio. I. c. et Carpentin, Rev. num. 1860, t. V, p. 215).

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