‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 146 sur 183 · Denier · texte numérisé non relu

Denier

1 . Je ne m'écarterai pas de mon sujet en disant un mot sur cette monnaie.

Le denier taillé à raison de 173 livres de deniers, ou 42000 exemplaires, dans 100 livres de poids (poids d'argent) (3) et au litre de 1/4 d'once par livre de poids (4), pesait théoriquement 0,82 centigrammes et avait un titre de Vis ou environ Vioo de fin.

Un quart d'once d'argent coûtait 19 grains 1/4 d'or (5) équivalant, frais compris, à 2 francs 07.

(1) 8 à l'once d'or : donc 9C au marc d'or ; 105,60 au marc d'argent et avec le tii"" eu sus pour cause d'alliage, 110 carlins.

(2) Cf. ci-dessus, p. 504

(3) Cf. ci-dessus, p. 109 et 120.

(4) Ci-dessus p. 91.

(5) Le texto porte : ad rationem de tar. xxx [et gr.] m pro qualibet viarca, quarla uncia valet granos xix plus quartum. (Gi-dess. p. 91).

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La division de cette somme entre les 420 deniers taillés dans une livre de poids, fournit le principal élément de la valeur intrinsèque de chacun de ces deniers, — valeur bien faible, car elle n'atteint pas un denier (1).

Le denier, taillé à 42000 pour 100 livres, ou 420 par livre de poids, (poids d'argent) (2), pesait 0 gramme )s227, dont le 48-'' était d'argent et les "Ui de cuivre. Le cuivre coûtait, par livTe de poids (3), 9 grains V* équivalant à 0 fr. 993, ce qui, reparti entre les 420 deniers de taille, donnait à chaque denier une valeur d'alliage de Vi d« centime en\iron (4).

Le denier équivalait donc intrinsèquement, argent et cuivre, aux trois quarts d'un centime (5).

2. Les frais de fabrication augmentant cette valeur de 17 OyO (6j, la portaient à 0 franc 0083 ou ^j-, environ de centime.

3. Le denier carolin Je Sicile fut émis à deux reprises différentes : en 1267, après l'avenemenl de Charles 1" au trône de Sicile, et en ■1278, quand ce prince eut pris le titre de Roi de Jérusalem.

La première date est fournie par deux actes, l'un du 31 juillet et l'autre du 3 août 1266 (7), mentionnant la monnaie alors fabriquée à Urindes : monetnm cusam Brundusii, ce qui ne pouvait être que la monnaie de deniers, car la monnaie d'or ne fut frappée que posté-

Ges deux chiffres ne concordent pas. Si le premier est exact, le second doit être modifié ainsi : gr. xix minus octavum. Si le deuxième chiffre est le bon, il faut substituer au premier tar. xxx et gr. xvi. Mais ce défaut de concordance est minime, car dans le premier cas, le prix du 1/4 d'ouce équivalant à 1 fr. 02, et dans le deuxième cas, à 'l fr. 07 ; je me suis conformé à la deuxième donnée.

(1) Exactement 0 Ir. 00492.

(î) L'once d 'argent pesant 28 grammes 794352, la livre de 12 onces pesait 35 i grammes 5322.

(3) Cf. ci-dessus, p. 91.

(4) Exactement 0 tr. 00237,

(5) Exactement 0 fr. OOTi.

(6) Cf. ci-dessus, p. 141.

(7) A. Scotti, Syllabus membranarum, etc., t. I, p 3 et 4.

rieurement, en vertu des lettres des 5 et 15 novembre 1266, et dans les ateliers de Barletta et de Messine, (1 ) et la monnaie d'argent fin est postérieure à 1277, puisqu'on y lit le titre de Roi de Jérusalem.

La deuxième date de l'émission des deniers est encore plus certaine, Charles V ayant, en 1278, fait appeler de Florence à Naples François Formica, à qui l'on doit le devis de cette deuxième fabrication de deniers (2).

L'émission des deniers de 1266 durait encore en 1269, comme le prouvent trois chartes d?s 11 et 15 août et du 8 octobre 1269 qui, mentionnant la distribution de cette monnaie, en dispensent entièrement ou en partie, pour cette année, les villes de Civitate en Capitanate, Foggia et Serra Capriola (3).

L'émission des deniers de lïiTS n'était pas terminée en 128''. Les premiers actes connus où il soit fait mention de la distribution de ces espèces sont du 1 2 septembre i 278 et concernent Bari et Acquaviva (4).

M. A. Scolti en a édité cinq de 1279 (5) relatifs surtout à la justicerie de Sicile, vingt-huit de 1 280 (6) émanant en général de celle de la terre d'Otrante, et enfin trois de 1281, sur lesquels deux des 6 et

9 octobre, sont des injonctions aux villes de Vico di Sorrentoet de Campli (7), d'aller se pourvoir de deniers neufs, et la troisième du

10 juillet 128 J est un ordre royal au justicier d'Otrante d'envoyer 600 onces d'or à l'atelier de Brindes pour alimenter la fabrication de deniers (8).

On remarquera que la distribution des deniers était une charge pour les sujets, puisque c'est grâce à une faveur royale que les villes de Civitate. Foggia et Serra Capriola en furent dispensées en 1269.

C'est qu'en efiet ces deniers dont l'ensemble des valeurs inlrin-

(1) Cl', ci-dessus, p. 494.

(2) 8yll. membr. t. l. p. 181.

(3) Ibid., p. 15, 16 et 21.

(4) Ibid., p. 164 et 165.

(5) Ibid., p. 186 et 188.

(6) Ibid., p. 206, 208 et 220.

(7) Ibid., p. 232 et 233.

(8) Ibid., p. 237.

sèque et extrinsèque n'était que de «/t de centime, étaient émis au change légal et forcé de 3 livres par once, ad rationem de uncia ami I pro singiilis in libris denariorum (I), c'est-à-dire de 9 centimes par denier

Ce change fut constant pendant tout le règne de Charles d'Anjou, comme l'attestent les actes que je ^^ens d'énumérer et notamment ceux du 3 octobre 1269 et des 6 et 9 octobre 4281 ; de sorte que, sous ce rapport, les procédés monétaires de Charles I" étaient bien préférables aux pratiques du monnayage de Frédéric II (2).

Toutefois, Charles I" emprunta au système de son prédécesseur le mode d'émission des deniers, je veux dire la distribution ou répartition forcée de ces deniers entre les diverses villes du royaume, pour lesquelles celte distribution équivalait à un impôt, en ce sens qu'on leur imposait, payable}! en or et au prix de 0 franc 09 centimes la pièce ne valant pas un centime, des quantités de deniers proportionnelles à leur importance et à leur population.

Le seigneuriage excessif qui pesait sur ces espèces leur donnait, grâce au cours forcé, un caractère essentiellement fiduciaire. Honorius IV condamna le cours forcé, c'est-à-dire le mode d'émission dont je \iens de parler, par une bulle du 15 septembre 1285 (3), à laquelle, par un statut spécial, Charles II prit l'engagement, de se conformer (4).

§ VII. — Valeur relative.

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