XL — MARMOTEN ET OBOLE DE L'ÉMIR
Ces deux termes désignaient, comme celui de besant du Gharb, une monnaie d'or des princes berbères.
(t) Cf. ci-dess. p. 215.
(2) Ibid. p. 223 et 225.
Nous trouvons à la date de 1209, le change d'un marmotin à 5 s. 4 d. (le royaux coronats ; et, à la date de 1283, le change d'une obole de l'Emir, à 6 s. de royaux coronats.
Le prix de l'or devait être très élevé, en 1209, dans le pays agricole où fut évalué le marmotin, car pour déduire de cette évaluation à 5 fr. 37, un poids d'or acceptable, soitl s^. 77^ il faut recourir au rapport 12.
Le prix de l'or fut le même en avril 1283, si, à cette époque, rafîaiblissement du royal coronat n'avait pas encore eu lieu et si le denier en valait toujours 0 fr. 07058 ; car, à ce compte, Vohole de VEmir doit être évaluée à 5 fr. 08, et le poids de l'or, à 1 gf- 70.
Si l'affaiblissement de 1283 avait déjà été opéré en avril, Vohole de VEmir aurait valu 4 fr. 77, prix normal, il est vrai, mais produisant, au rapport de 12, le poids trop faible de 1 gr. 596 (\'qy pour yri besant. Il aurait fallu le rapport 10, impliquant une diminution exceptionnelle du prix de l'or, pour en redresser le poids d'or et l'élever à 1 S"" 9152.
On ne saurait trop étudier le rapport de l'or à l'argent ; il peut devenir une base solide de calculs comparés et un critérium de leur exactitude ; il parait suivre partout au XIII« siècle une marche progressive et ascendante et même semblable.
§ XIIL— COURS DU CHANGE DU DOUBLE BESANT OU MICHALAT DU GHARB ; TITRE ET POIDS DE CETTE MONNAIE SELON DON VASQUEZ GUEIPO ; RAPPORT DE l'oR A l'aRGENT.
Suivant le témoignage des écrivains arabes et des chroniqueurs francs, en Egypte on pesait la monnaie au lieu de la compter, et l'on avait raison, car il y avait peu de régularité dans la taille des espèces égyptiennes. Il n'en était pas ainsi
dans le Gharb où les dinars semblent avoir été taillés non pour être pesés, mais pour être comptés.
Il en est de même des doubles dinars de ce pays. On peut s'en convaincre en parcourant attentivement la table LXXIV du livre de don V. Queipo, où se trouve une longue série de poids de ces doubles besants ou mithkals ; (1) ces poids varient de 4 S''- 50 à 4 s^. 70 et l'auteur de la table en établit la moyenne effective à 4 s^- 656 et le chiffre théorique à 4 §r. 720. (2)
Le cours de change de ce double besant fut, en 1230,à MarseiU[e^de 12 s. '^|^Q de royaux coronats, valant 0 f. 076 par denier ; il correspondait donc h il f. 58 et fut payé par un poids d'argent de 46 gr- 84.
En déduisant environ '/^^ du poids moyen effectif de ce double besant, comme je l'ai précédemment fait pour les simples besants musulmans d'Orient et du Gharb, et en m'étayant sur les essais de V. Queipo (3) pour en établir l'or à 24 carats, j'en déduis, entre l'or et l'argent le rapport de 1 à 10,
§ XIV. — COURS DE CHANGE DU FLORIN, RAPPORT DE L'oR A l'argent.
Le florin était l'une des monnaies d'or du XlIJe siècle les plus recherchées ; il tenait 24 carats de fin, avait cours de fait partout et ne payait pas de droit de douane dans la plupart des pays chrétiens.
(1) Le lerme de michilat, était employé en Sicile, au XII° siècle j or, le michalat, c'était le millikal.
(2) D. V. Queipo, loc, cit. III, p. 0i5 et G»6.
(3) Trois railhkals d'Abou Jacoub Youssouf et de Jacoub Ebn Youssouf donnèrent, à l'essai, ,VoV^^° ^"' i^. Queipo, loc. cit. III, p. 396.)
DE CHARLES î" 303
En 1331; on en fixa de souvenir (1) — un souvenir lointain et peu fidèle peut-être — le cours de change à Marseille, en l'année 1263, à 12 s. 6 d. de royaux coronats, le royal coronat valant alors 0 f. 07058. C'était en porter la valeur à 10 f. 58, c'est à-dire à 4 sr- 2559 d'argent, lesquels, sur le pied du rapport de 1 à 12 ' '4, équivalent presque au poids de la pièce, à 3 gi'- 47 d'or.
En 1290, le denier royal coronat ayant été abaissé à 0 f. 06630 de valeur intrinsèque et extrinsèque, le cours précédent de 12 s. 6 d. de coronats équivalut seulement à 9 f. 94 et, au rapport de 1 à 12, à 3 si'- 325 d'or.
Enfin, le cours moyen de 12 s. de royaux coronats, de 1283 à 1290, assigna au florin une valeur de 9 f. 54, et, au rapport précité de l'argent à l'or, un poids d'or de 3 s^. 19.
Le rapport de 1 à 12 ','4, acceptable pour les années 1290 et même 1283, me parait trop élevé pour l'année 1263, si je le juge par analogie ; j'aurais préféré le rapport 11, mais le poids d'or en résultant eût été exagéré et inadmissible ; il eiit dépassé le poids de la pièce.
J'ai donné le nom d'arbitrage à l'élément essentiel de cette opération, au change indirect, afin de distinguer celui-ci du direct, sans tenir compte de l'idée de choix et de spéculation attachée au terme. Je me bornerai donc, dans cet Et^sai purement numismatique, à déduire de changes successifs, la valeur attribuée par les comptables du temps à diverses monnaies d'or et d'argent évaluées en espèces de change direct, et, en premier lieu, à l'obole d'or catalane estimée en tournois provençaux, avec un change médiat de royaux coronats.
(1) Cf. ci-dess., p. 211 et Piùc. just,, VIII, 4.
§ XVI. — COURS d'arbitrage de l'obole d'or catalanoprovençale; poids effectif, titre raisonné.
Le terme d'obole d'or, sans autre désignation, exprime, si je ne me trompe, une monnaie attribuée, avec juste raison, aux princes catalans auxquels appartint la Provence. Pour ce premier motif, j'ai classé l'obole d'or parmi les m.onnaies provençales. Néanmoins, elle n'eut pas en Provence un cours légal et fixe, mais un cours de fait et soumis aux fluctuations du change et même parfois du change indirect, et, pour l'évaluer, il faut, en ce dernier cas, avoir recours à une opération d'arbitrage. Pour ce deuxième motif, je joins l'obole d'or catalanoprovençale aux espèces arbitrées.
L'obole est estimée dans les rationnaires de 1251 et de 1264; à 5 s. de tournois provençaux valant 4 fr. 88 et contenant i8 gr, 629 d'argent; et, dans le dernier registre, elle est, en outre, évaluée à 5 s. 8 d. de royaux coronats valant 5 fr. i6 et contenant 20 gr. 90 d'argent.
Cette différence serait difficile à expliquer sans arbitrage, mais celui-ci redresse les deux cours et les deux poids précédents et justifie les deux prix. En effet, le royal coronat étant considéré par les comptables des deux rationnaires comme une monnaie de change valant les -^ du tournois provençal, Je prix de l'obole ne doit pas être calculé d'après la valeur réelle du royal coronat, mais d'après sa valeur de change, et, sur ce pied, il faut le faire descendre à 4 fr. 54 et le poids de lin y correspondant à iS gr. 440.
L'arbitrage rapproche donc les deux changes, fort distincts, de l'obole en tournois provençaux et en royaux coronats.
Le poids effectif de l'un des trois exemplaires de la monnaie
d'or des comtes catalans, celui du Cabinet de France, publié par M. Longpérier, est de 1 g^- 95. (1)
Si l'on envisage avec moi cette obole comme une monnaie avant joui, en Provence, d'un cours de fait affranchi de tous droits, et si on élève, en conséquence, pour le règne de Charles I", le rapport de l'or à l'argent au chiffre 11 au lieu du chiffre 10, usité sous llaimond Bérenger pour l'appréciation des espèces de change, on arrive à établir par induction à 22 carats le titre de fin de la dite obole. L'essai pourra, si je ne me trompe, constater un titre effectif moins pur, mais non plus élevé.
§ XVII. — COURS d'arbitrage des tournois de FRANCE EN TARINS DE SICILE, A NAPLES.
Le sou de tournois de France équivalait à 1 fr. et le denier à 0 fr. 0833, frais compris. L'once de Sicile, évaluée à 50 s. 1 d. '/g de tournois de France, (2) par mio charte de Charles \" et du 18 mars 1275 (v. s.) est donc cldffrée par 50 fr. 125.
Les prix de l'once à Marseille ayant été, en moyenne, de 48f,15, si on y comprend la cote exagérée du premier tarif de 1228, et, si on la supprime, non sans raison, de 44^,80, le sou de tournois revient, dans le pi'emicr cas, à 9G centimes et, dans le second, à 90 sans compte de frais. A ce dernier taux, mais non au premier, l'arbitrage marseillais aui'ait porté à l'achat du tournois cie Franco, à Naples, avec paiement en onces.
(1) Uev. num. 1856, p. 03, etci-Jess., \>. l'JQ.
(2) Ci-dess., p. 262.
,^ XYIII. — COURS d'arbitrage du besaxt d'acre en tarins
DE SICILE, a TRANI.
En 1237, le besant d'Acre valut à Trani 4 tarins 4 grains et -r- de grain ; il valait à Marseille, vers la même époque, le tiers d'une livre de royaux coronats ou 6^0S, et le tarin de Sicile environ 1^,50, (l) d'où le grain, 7 centimes V^-
Le besant équivalait donc, à Trani, à 6^,35. Il n'y avait pas intérêt d'arbitrage pour les Marseillais à l'y acquérir ; il y en avait peu à l'y vendre.
§ XIX. — COURS d'arbitrage DU BESANT DU GHARB EN TARINS DE SICILE, A NAPLES. (2)
L'an 1285, on évalua à Naples ou dans le voisinage, le besant du Gharb à 2 tarins ^2- Le besant du Gharb valait, à Marseille, 6 s. de royaux coronats ou 4^,77, en 1283, et le tarin, je viens de le dire, 1^50, à une époque un peu antérieure. Si le change du tarin n'a pas varié en 1285, fait posbible, le besant du Gharb a dès lors équivalu à 3^,75 et l'arbitrage marseillais se serait avec profit tourné vers l'achat, en Sicile, de cette monnaie d'or, en en supposant la mise à la disposition des banquiers, au change de la charte royale.
(1) Je laisse de côté, clans celte évaluation, le cliange exajjéré Je 3 1. pour une once. Cf. ci-tlessus, p. 228.
(2) Cf. ci-dessus, p . 2ft3 .
§ XX. — COUUS DE CHANGE DU MORABOTIN, DU FLORIN, DES DOUBLES DENIERS DE ROUSSET ET DE l'eMIR ET DE L'aUGUS- TALE EN TOURNOIS TOULOUSAINS, A PARIS; PERTES AU CHANGE; RAPPORTS NORMAL ET DE CHANGE DE l'aRGENT A L'OR, EN FRANCE, EN 12C8. (i)
Alphonse de Poitiers, quelque temps avant de partir pour la croisade de Tunis, .fit le nécessaire pour se procurer des fonds en espèces d'or et notamment en doubles besants du Gharb. A cet effet, il adressa diverses lettres à ses sénéchaux et leur fixa les prix de change des monnaies à acquérir.
Dans son mandement du 25 août 4268, édité ci -dessus et corroboré par des textes analogues et de même date, publiés dans V Histoire monétaire d'Alphonse de Poitiers, (2)
Le morabotin de Castille est tarifé à 8 s. i d. de tournois toulousains;
Le florin, à 8 s. 6 d.;
Le double denier d'or de Rousset, à 10 s.;
Le double denier d'or de l'Emir, à 10 s. 6. d.;
Et l'augustale, au même taux.
Je connais exactement le poids et le titre du florin et de l'augustale et le poids du morabotin, et très approximativement les poids et titre du double denier de l'Émir. J'ignore le titre du morabotin et du double denier de Rousset et le poids de celui-ci.
Or^ pour tirer tout le parti possible de ces données, il est utile, il est nécessaire d'introduire dans cette étude un nou-
(1) Cf. ci-dessus, p. 266.
(2) BoulariCj Rev, num. 1868, p. ifii.
veau terme de comparaison parfaitement défini, à savoir le rapport de l'or à l'argent, en France, à cette époque.
Je dis en France, je devrais dire à Paris même, car les tarifs de change du comte Alphonse furent expédiés de Paris, où les chevaliers du Temple semblent les avoir élaborés. (1)
II s'agit donc, pour commenter et expliquer la portée de ces tarifs, d'être d'abord renseigné sur le taux parisien du rapport de l'or à l'argent, à cette époque.
Ce taux, je le trouve dans le cours légal en tournois français de Tagnel d'or de 1258.
L'agnel d'or était à 2i carats; le poids théorique en était de 4 g»*- i3 ; le cours légal, de 12 s. 6 d. de tournois contenant» directement ou par équivalence de la valeur du cuivre, 51 gr. 75 d'argent.
Ce chiflYe est calculé d'après la quantité de fin contenue dans un sou de petit tournois : cette quantité était de 4gr. i4. Celle du gros tournois étant de 4 gr. 0440, le total du fin de '12 s. V:', comptés en gros tournois, devrait être réduit à 50 g''- 540 d'argent. ^2)
Comme on devait donner, en échange de l'agnel d'or, tantôt des petits et tantôt des gros tournois, il convient de prendre pour base du calcul la moyenne entre les deux quantités de fin contenues dans ces espèces. Cette moyeime était de 51 s»'- 14 d'argent.
Le rapport de l'or à l'argent était donc officiellement, à Paris, à l'époque des tarifs d'Alphonse, de 12, 3S, et un sou tournois payait 0 gr. 330 milligrammes d'or fin.
La connaissance de ces notions me permettra de déterminer les pertes au change du florin et dé l'augustale et les titres du morabolin et du double denier de l'Emir. .T'en déduirai en
(1) C'élaienl. on le sait, ries Ijî.nrjiiit rs do premier ordre.
(2) Cf. ci-dess. p. 290, noie 1.
outre, à défaut des poids et titre, la quantité de fin d'un double denier de Roupset.
Le denier tournois de Toulouse valait 2 '/o "/ocn sus de celui de France. Mais ce surcroît de valeur ne doit pas entrer en ligne de compte dans mes calculs, les tarifs de change d'Alphonse évaluant le tournois de Toulouse au pair de celui de France.
« Et pour 1 d. gros d'argent des gros tournois le Roy de « France, doigniez xii petits tournois, » (1) et ailleurs, « xii « petits tornois le Roy de France. » {2)
Ceci pesé, comparons au cours légal de ragn(îl d'or en tournois les prix de change du florin et de l'augustale en espèces équivalentes.
Le florin, fabriqué pour la première fois en 1251, au témoignage de Jean Yillani (3) et de A. Malespini, (4) était, d'après eux et saint Antonin de Florence, à 24 carats et, d'après ce dernier chroniqueur, (5) du poids de 8 à l'once : a Fiebat de « auro perfecto xxiv caratorum, quorum vki erant pon- « derius unius unciœ. »
Le florin, pesant théoriquement 3 e^- 53G, subissait donc, au change de 8 s. C d. et au rappoit de 12,38, une perte de 0 g''- 728 de fin, c'est-à-dire de 20,58 "/o. En d'autres termes, on abaissa le rapport de l'argent des tournois de change à l'or du florin à 9,83 au lien de 12,38, rapport des tournois àl'agnel, et le sou tournois paya 0 s'- 416 d'or fin au lieu de 0 f 330.
L'augustale posait directement ou par équivalence 4 e^. 55 d'or fin ; elle subit donc, au change de 10 s. 6 d. et au rapport
[i] Rev num. 1868, p. 38i.
(2) Ibidem, p. 385.
(3^ L. VI. ch. LIV.
(i) Storia fiorentina, cap CLII.
(5) Summa histoii:a, t. XIX. c, VI. $ IV. Cf. aus.si Borghini, TraiaUo délia moneta fiorentina, p. 220.
de 12,38. une perte de 1 s^- 080 ou 23 ^4 "/o- Entre le poids d'or réel de la pièce et le poids de l'argent du change, le rapport fut de 9,44 et le sou tournois fut le prix de 0 gr. 433 d'or de cette monnaie.
Le double denier de l'Emir, suivant don V. Queipo, (1) pesait théoriquement -i s»'- 720 et était à 24 carats. Ceci admis, en évaluant ce double denier à 10 s. 6 d. de tournois, on y fesait subir une perte au change de 1 s^- '250 de fin ou de 26,50 0/0, et on l'estimait à raison de 0 s^- 449 de fin pour un sou tournois et selon le rapport de 9,09 entre l'or et l'argent.
Ce dernier chiffre me paî-ait t)"op bas et l'avant-dernier trop haut. Peut-être cette moimaie n'était-elle pas tout-à-fait à 24 carats ; peut-être le poids moyen effectif de 4 sr- G5 doit-il en être préféré à celui de 4 S""- 72 ; dans ce cas, même en maintenant le titre de 24 carats, le rapport de l'or à l'argent pourrait être exhaussé à 9,23 et le sou tournois payerait seulement 0 sr- 442 de fin.
Je passe au morabotin de Castille.
Le morabotin de Castille avait le poids théorique de 3 Si"- 86; mais quel en était le titre? même approximativement, je ne le trouve indiqué nulle part. Il faut donc le déduire de sa cote comparée à celle des autres monnaies de change à titre connu.
Le morabotin de Castille fut taxé par les tarifs d'Alphonse à 8 s. 1 d. ou 8 s. 0833, c'est-à-dire à 33 &^- 101 d'argent fin.
A ce compte, si le titre en avait été de 21 Carats de fin, un sou tournois en aurait seulement payé 0 s>'- 43 d'or fin et le rapport de l'or à l'argent eût été de 9,^tij, chiflVe peut-être un peu élevé pour une monnaie d'imitation et probablement de
{i) Essai sur les systèmes mèlriquef, etc., II, p. 3%, el III, 646.
cours restreint. Au titre de 21 carats ^3, ce rapport fiât descendu à 9/24 et la contre-valeur du sou tournois eût été de 0 er. 44 d'or. Dans tous les cas, si les résultats précédents peuvent servir de ternies de comparaison, le morabotin de Castille a été au titre de 21 carats à 21 ^ 3.
Je termine par le double denier d'or de Rousset.
Tarifée à 10 s. de tournois, soit à la valeur de change d'un poids de 40 &^- 95 d'argent lin, cette monnaie, estimée 10 fr., parait avoir contenu, au rapport moyen de 9,38, 4gr. 36 d'or.
§ XXI. — VALEUR COMPARÉE, TITRE, TAILLE AU MARC ANGLAIS, P0IU3, VALEUR INTRINSÈQUE DU POITEVIN d'aLPHONSE DE POI- TIERS.
L'auteur de VHistoire monétaire d'Alpho7ise de Poitiers, termine sa remarquable étude numismatique en louant Alphonse d'avoir introduit dans ses États l'unité de monnaies, basée sur le système tournois. (1)
Cet éloge, vrai dans une très large mesure, n'est pourtant pas complètement mérité. Les textes publiés par ^l. Boutaric lui-même, forcent à des réserves.
En effet, si l'unité de monnaies, c'est-à-dire l'unité de valeur monétaire eût existé dans les divers Etats d'Alphonse de Poitiers, sa monnaie poitevine et sa monnaie toulousaine, par exemple, auraient eu une seule et même valeur intrinsèque.
Or, il n'en fut pas tout-à-fait ainsi, comme le prouvent les mandements de change adressés par le Comte aux Sénéchaux de Toulouse et de Saintonge.
(4)Rev. nnm. 1808, p. 387.
Dans ces actes, édités par M. Boutaric, (1) le prince évalue :
1" Le morabotin de Castille à 8 s. 1 d. de tournois et 8 s. 3 d. de poitevins ;
2° Le florin à 8 s. 6 d. de tournois et 8 s. 8 d. de poitevins ;
3" Le denier d'or de Rousset à 10 s. de tournois et 10 s. 2 d. de poitevins ;
4° L'augustale et le double besant de l'Emir, chacun à 10 s. 6 d. de tournois et 10 s. 8 d. de poitevins.
Ce document a une triple portée : il indique indirectement, mais d'une manière certaine, le change du tournois do Toulouse en poitevin; il fournit le moyen de déduire de la valeur intrinsèque et connue de la première de ces monnaies, la valeur analogue de la seconde; et, enfin, il peut servir à la détermination du poids et du marc de taille du poitevin, si on arrive à en connaître d'autre part la taille et la loi.
Il indique le change du tournois de Toulouse en poitevin, en établissant des équations entre les prix de change tournois et poitevins des mêmes monnaies étrangères. Ces équations ne concordent pas très exactement les unes avec les autres et établissent à un maximum de 1/50 et un minimum de 1/60 la difTérence entre les divers cours; j'en adopterai la moyenne, 1/55.
Or, si, dans une opération de cliange, un certain nombre de tournois toulousains équivalait à un même nombre de poitevins, augmenté de la 55e partie de ce nombi'e, il faut en déduire, corollaii'ement, la plus-value de 1/55 de la valeur intrinsèque de la monnaie toulousaine sur la poitevine. Celle-là valant 0 fr. 0773 le denier, celle-ci valait donc Ofr. 0759.
Je passe à la détermination du poids du denier poitevin. Supposons le titre du poitevin semblable à celui du tournois
(1) Ibid.,p. 383 el 38*.
toulousain, monnaie connue dans tous ses éléments, et il en eût été du poids du denier poitevin comme de sa valeur intrinsèque : il eût égalé, à 1/55 en moins, celui du tournois de Toulouse.
Or, un texte de Vllistoire jnonélaire d'Alplionse de Poitiers justifie pleinement cette supposition ; le titre du poitevin et celui du tournois toulousain (1) étaient l'un et l'autre de 3 d. 3/4 de fin : « Li deniers sont à quatre deniers poujaisse « moins. » ('2)
Donc, en retranchant du poids du toulousain égal au 217« du marc de France, c'est-à-dire de isr- 124, la 55e partie de ce poids, on obtient très approximativement, avec le chiffre de le^"- 10, le poids du denier poitevin.
La connaissance du titre, du poids, de la valeur intrinsèque d'une monnaie peut suffire aux recherches comme elle suffit à la détermination de cette monnaie, mais, dans le cas présent, on peut, on doit, en conséquence, aller plus loin.
Un texte édité par M. Bontaric autorise la fixation très approximative de la taille; et, de celle-ci au marc de taille, grâce aux notions déjà acquises, il y a à peine un pas, je veux dire un calcul élémentaire.
Voyons le texte; il est tiré d'une enquête faite, par ordre d'Alphonse, en 1268, sur les agissements des frères Pontlevoi, fermiers de l'atelier de Montreuil-Ronnin.
« L'an de l'incarnacion Nostre-Seigneur mil CCLXVIII, « fusmes à Mosteruel por l'essai de la monnaie, et fu trouvé... « en la boeste de vr.xx et vin milliers, ou marc pesant, m s,
« VIII d. de forz qui so)it de xv s. v d. le marc , et v s.
« un d. de fucblcs qui sont de xix s. vi d. le marc, j) (Ji)
(1) Nat. de Wailly, ^îéln de VAo. des I. et R.-L., XXI. 2« [artie, p. lit. (8) Boutaric, loc. cil., Rev. Xura. 1808, p. 395. (3J Rev. num. 1868, p. 3G8.
Cette enquête, il est vrai, donne seulement les tailles de tolérance : 15 s. 5 d. d'un côté; de l'autre, 19 s. 6 d. Mais la moyenne de ces deux tailles n'est-elle pas, au moins tfès approximativement, la taille normale? Celle-ci peut donc êtr^ fixée, sauf preuve d'erreur, à 17 s. 5 d. 1/2 et, en chiffres ronds, à 209 deniers poitevins. /
La taille du poitevin trouvée, on a le deuxième facteur de la détermination du marc de taille ; le premier facteur en est le poids. Le produit de la taille par le poids donnera le chiffre du marc ou un chiffre très voisin et facile à redresser. Ce produit, à 5 centigrammes près, est de 229 s»"- 85.
Le marc auquel, en 1270, on taillait à 209 la monnaie poitevine d'Alphonse, dans l'atelier de Montreuil-Bonnin était donc le marc de la Rochelle, de'229 sr- 85, le même auquel deux ou trois ans après, on tailla à 208 dans le même atelier, une des monnaies françaises, leparisis dePhilippe-le-Hardi. (1)
J'ajouterai un mot sur l'obole poitevine de 1270 et sa valeur comparée à celle du denier.
La loi en était de 3 d. de fin et la taille de 30 s. 2 d. au marc de taille des deniers : « Doivent estre faites les malles « à trois deniers de loi, et se doivent délivrer les malles de « dis et vint sous deus deniers a celui marc auquel li deniers (c sont délivré. » (2)
L'obole poitevine était donc taillée, en 1270, à 362 au marc de la Rochelle ; l'obole parisis le fut au même atelier, sous Philippe III, à 369 au même marc. Cette sorte de coïncidence ne provint pas, du m.oins quant à la taille, des traditions de l'atelier, mais de la quasi-similitude de poids du parisis et du poitevin; sensible pour l'obole, elle l'est encore plus pour le denier de ces monnaies.
(1) Nal. deWailly, loc. cil., 118.
(2) Boularic, RiV. rium. 18GS, p. 208.
L'obole parisis avait une valeur proportionnelle inférieure de 6 "/o à celle du denier, et cette infériorité de valeur était de 7 '/.) o/o pour l'obole d'Alphonse de Poitiers ; celle-ci contenait, en effet, 158 milligrammes de fin et le denier, 348 milligrammes.
Enfin, et je termine par ceci, les résultats consignés ci-dessus s'appliquent au règneentierd'Alphonse,car un extrait d'un bail comtal de 1270, justement signalé par M. Boutaric, prouve l'uniformité de taille et de titre, de poids et de valeur de la monnaie poitevine pendant toute la durée de ce règne : « cette « monnaie, » y est-il dit, « sera faite en tele manière et tele (( condition comme elle a esté fecte en notre tems puis que « le Comtés de Poitou vint en nostre mein. » (1)
§ XXII. — En finissant ce chapitre, il me parait utile d'en résumer les résultats.
L'étude comparée des monnaies m'a permis l» d'établir à 8 centimes 2/5, 7 2/!, 7 et 6 ^ 3 les valeurs successives du royal coronat de Marseille pendant le XIII« siècle ; à 3 centimes '/2 et 40 centimes, celles de l'obole et du gros marseillais de Charles I*^"" ; à 7 centimes et 5 V-2i celles du viennois et du génois de ce prince ; à 5 centimes ^/3, celle du raimondin d'Avignon de 1240 à 1251 ; — 2» de poser des jalons pour l'évaluation définitive, entre 3 centimes \:! et 4 ^2» du raimondin d'Arles pendant la première moitié du XlIIe siècle; — 3° de chiffrer par 4 fr. 54 et 4 fr. 77, les valeurs de change de l'obole d'or catalane et de l'obole d'or de l'Emii", en Provence, sous Charles V^"^ ; par 9 fr. 35, le change moyen du florin à Marseille durant la deuxième partie du XlIIe siècle ; par 48 fr. 15? 10 fr. 50, 4 fr. 97, les changes moyens de l'once et des besants
(1) IbiJ., p. 287.
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d'Egypte et du Gharb, et par 6 fr. 52 et 4 fr. 55, les changes successifs du besant d'A<;re, à Marseille, quelques années avant ravéuemeut du prince français ; par 95 centimes et 3 fr. 75, ceux du tournois de France et du besant du Gharb, en Sicile, pendant son règne ; par 8 fr. 08, 10 fr. i/o, 8 fr i/,>, 10 fr. V^, 10 fr., ceux du morabotiu do Castille, du doubli> besant de l'Emir, du florin, de l'aiigustale et du double denier d'or de Rousset, à Paris, à la même époque ; — 4' de reconnaître, dans le marc anglais, le marc de taille des royaux de Marseille et des poitevins de Montreuil Bonnin, et de porter, à 209 à ce marc, la taille, au moins très approximative, de ces derniers. Du relevé des quantités d'argent et d'or s'équivalant par le fait du change, j'ai déduit, avec les chiffies de 10,85, 12 et 12^3, la succession des rapports légaux de l'or à l'argent, en Sicile et en France, pendant les deuxième et troisième quarts du XlIIe siècle, et avec le chiffre de 9 V:i, le rapport moyen de change de ces métaux , en Provence et en France, sous Charles I'"" . J'ai signalé les variations des pertes et gains au change, de 20 à 26 "/o environ sur l'or, en France, et, en Provence, de 11 V2 à 14 •y4 sur l'argent. Enfin, la pratique des expressions monétaires m'a naturellement amené à considérer la monnaie d'argent comme l'étalon monétaire de la France et de la Provence, et la monnaie d'or comme celui du royaume de Sicile au XIIP siècle.