HAÏTI
Le 13 août, entre 2 h. et 5 h. 1/2 du matin, un violent ouragan éclata aux Cayes. Le vent souffla d'abord entre le nord et le nord-est, il varia ensuite au sud-est. La mer, qui s'éleva considérablement, occasionna de grands désastres dans la ville et les campagnes environnantes (2).
Ouragan à la Guadeloupe^ à la Martinique^ à la Dominique et à Sainte-Croix, les 20, 2i et 22 septembre 1834.
GUADELOUPE (raDE DE LA POINT E-A-PITRE).
Depuis quelques jours, le vent du nord au nord-nord-est était plus ou moins frais, mais avec un ciel couvert par intervalles. Le 20 septembre, à la pointe du jour, on vit la mer briser considérablement sur les hauts fonds. Le baromètre
(1) Journal de la Martinique.
<2) Feuille du commerce de Port-au-Prince (Haïti).
avait baissé de 9 millimètres depuis la veille. A 5 h. do soir, le venl fraîchit beaucoup ; il s^apaisa au coucher du soleiU mais des nuages chassaient avec rapidité de la même direction que le vent, c^est-à-dire du nord au nord-nord-est. Vers 8 h. du soir, les vents soufflèrent en rafales, interrompues par des intervalles de calme d'abord assez prolongés; mais ces intenralles diminuî'frent progressivement, et à minuit le vent souffla sans interruption avec une grande violence* Depuis 8 h. du soir la pluie élnii continuelle et le temps était toujours très-couvert.
Entre & et 5 h. du matin, le vent mollit et tounia trèslentement au sud-est. A 5 h. 30 du matin, il soufflait grand frais de cette direction, la pluie continuait à tomber avec abondance.^ Le 21, à 10 h. du matin, la tourmente commenca à diminuer.
Les vents de sud-est soufflèrent encore bon frais pendant deux jours ; mais le ras de marée, qui avait commencé le 20 au matin, cessa dans la soirée du 21.
Pendant le plus fort de la tempête, le baromètre ne des* ceodit pas au-dessous de0*,7&9; il était de 0«,00& plus bas avec les vents du sud-est qu'avec ceux du nord au nordest.
Partout ailleurs, dans les environs, le venl fut plus fort qu'à la Pointe-à-Pitre (1).
IIABTIXIQL'E (RADE OCS TROIS-ILETS, BAIE DE FORT-ROTAU)
Le 17 septembre, très-beau temps, vents de Test-nordest, joli frais.
Le 18, à la pointe du jour, le temps était orageux; dans la matinée, Torage éclata dans la baie, le tonnerre tomba sur un bâtiment amarré dans le carénage ; son grand mât de hune fut rompu et son grand mât fendu. Le baromètre se maintint à 0"*,760 sans variation. Pendant Forage, les vents varièrent de Pest-nord-est au sud-est. IjB temps s'embellit dans Taprès-midi, et les vents se fixèrent h YE. N. E.
il) Sitnit dtt Jpttnua 4« U fo«lett« U JKpmitf, mouillée à b P9întê4^im.
La journée du 19 septembre commença par un assez beau temps, joli frais de Test-nord-est. Le temps se couvrait par intervalle, Thorizon devenait gras. Dans la matinée, il y eut ' deux grains peu forts, pendant lesquels les vents varièrent, comme de coutume, de l'est-nord-est au sud-est. Le baromètre descendit jusqu'à 0™,758.
Le 20, à 2 h. du matin, il s*éleva quelques fortes rafales du nord-est, qui ne durèrent que quelques minutes ; ensuite les vents furent très-inégaux en force, jusqu'à 8 h. du matin ; le temps fut couvert et parfois pluvieux ; le baromètre à 0™,756.
A partir de 8 h., le temps devint plus incertain ; le vent était modéré ; il se rapprochait alternativement du nord et de Test-sud-est ; le baromètre avait des oscillations très-sensibles ; à 10 h., il remontait à 0",757 ; à midi, il retombait à 0™,756. Le ciel était chargé de nuages très-épais , mais on ne distinguait aucun éclair.
A 3 h. de l'après-midi, le baromètre était à 0™,75â; le vent soufflait par bouffées, tantôt entre le nord et le nordest, tantôt entre le nord et le nord-ouest ; mais vers tes 8 h. 1/2 il se fixa entre l'ouest et-l'ouest-nord-ouest ; à 4 h. il était déjà fort, ensuite il augmenta progressivement, et il atteignit sa plus grande intensité de 8 à 10 h. du soir.
Après 10 h. , le vent varia à l'ouest-sud-ouest ; alors il se modéra graduellement. Le baromètre, qui avait oscillé entre 0™,753 et 0™,752, commença à remonter. Dans la nuit, les vents passèrent successivement au sud-ouest, sud-sud-ouest et au sud, en diminuant de force.
Le 21, à 10 h. du matin, la pluie cessa, les vents varièrent au sud-sud-est ; ils s'y maintinrent toute la journée ; le baromètre remonta à 0", 756; le 22, il étaità0^«,758, les vents à l' est-sud-est.
A terre, les plantations souffrirent peu. A Saint-Pierre, les vents soufflèrent du nord-ouest pendant la tempête. Les quelques bâtiments mouillés dans la baie furent jetés à la côte, d'où ils ne purent être relevés , mais les équipages furent sauvés (1).
(1) Journal de la frégate rAtalante,
— si —
LA DOMINIQUE (viLLE DU ROSEAU).
Dans la nuit du 20 au 21, Touragan passa sur la Dominique. D'abord, les vents varièrent alternativement du nord au sud- et du sud au nord-ouest. Il y eut ensuite quelques instants de calme, à la suite desquels les vents soufflèrent de toutes les directions avec plus de violence ; ils causèrent cependant moins de dommages que les inondations (1).
Le 21 septembre, l'ouragan était sur Sainte-Croix. Voici la relation que le major Lang a bien voulu me communiquer :
« Samedi soir, 20 septembre 1834, le vent était nord- « nord-est, petite brise; mais l'apparence de l'atmosphère, « indiquée par sa densité, n'était pas en rapport avec la « nature modérée des vents. Cet état de l'atmosphère aug- « menta vers minuit. La lune semblait plongée dans une « brume d'un aspect pâle et tout particulier, et elle était « entourée d'un cercle lunaire ou arc-en-ciel.
a Le dimanche matin, lèvent était nord- est, dépassant « la force ordinaire des vents alises. Le brouillard cachait (( l'horizon de la mer. Le baromètre avait baissé d'une c< ligne depuis la veille, dans la matinée ; mais cependant ac il n'était que d'une demi-ligne au-dessous de la hauteur « habituelle. Pendant la journée, la brise fraîchit et le baro- (( mètre ne s'éleva pas, comme cela a lieu habituellement, <( depuis le matin jusqu'à 10 ou 11 heures. Quelques incc stants après, le mercure commença à descendre avec len- « teur (mouvement habituel à cette heure du jour). Le <i vent augmenta vers 2 h. de l'après-midi, et à 4 h. nous c< avions une brise très-fraîche. On pourrait même emc< ployer une expression plus forte. Le mercure suivait son « mouvement lent de baisse, et la mer devint très-grosse « sur les rochers et sur les bancs qui environnent Buchc( Island. Â 5 h. je vis des lames énormes qui déferlaient « avec une violence terrible sur l'extrémité est du banc qui <x se trouve au nord-est 1/4 est de la pointe la plus est de
(2) Journal de la Martinique,
« Sainte-Croix; elles brisaient par un fond de 7 brasses, à
« neuf milles marins de l'extrémité est de l'île ; et, comme a elles venaient de Test-sud-est ou du sud-est 1/4 est, « elles indiquaient clairement qu'une tempête existait dans a le sud-est 1/4 est de ma position, et j'avais l'espoir de la « voir passer dans le sud-ouest de l'île. A 10 h. de la nuit, <c le mercure n'était descendu que de 2 lignes 1/2. Quoique « le vent fut violent, je ne craignais pas qu'il augmentât ; « mais à minuit il souffla avec une force extrême, accom- « pagné d'une pluie fine. A 2 h. du matin, le lundi, le merci cure avait baissé de 5 lignes, et la tempête était alors « dans sa plus grande force ; elle continua jusque vers 4 h. a du matin, le vent se rapprochant graduellement de Test, « et à la fin arrivant à l'est-sud-est. Pendant ces variations du a vent, et très-fréquemment dans ces deux heures, le mer- « cure fut très-agité, montant et descendant d'une demi- « ligne en quelques secondes, quelquefois en moins de « 4 secondes. Entre 4 h. et 5 h. du matin, la tempête dimi- « nua lentement; cependant nous eûmes une forte brise « pendant presque toute la journée du lundi 22 sepa tembre. >
Perturbations atmosphériques produites dans la mer des Antilles par les vents variables de la zone torride du 5. à ro.
Depuis le mois de mai jusqu'au mois d'octobre, les vents variables de la zone torride du sud à l'ouest soufflent presque constamment sur les côtes occidentales d'Amérique, entre l'équateur et le parallèle d'environ 20 * nord. Ils sont généralement modérés de l'équateur au parallèle de 12°, mais ils prennent de l'intensité à mesure qu'ils avancent vers le tropique. Ces vents parviennent souvent dans la mer des Antilles, en passant sur les terres du continent.- Quelle que soit leur force dans l'océan Pacifique, ils sont toujours très-modérés sur les côtes orientales d'Amérique qui sont voisines des montagnes ou des terres très-élevées; mais ils
peuvent être intenses sur celles qui en sont éloignées, ainsi qu'à une certaine distance au large.
Ces vents du sud à l'ouest atteignent assez souvent le méridien de la pointe occidentale de la Jamaïque, où ils sont généralement modérés. Lorsqu'ils y prennent de l'intensité, ils peuvent parvenir jusqu'aux îles les plus orientales. Les vents variables de la zone torride qui soufflent dans la mer des Antilles ne viennent pas toujours de l'océan Pacifique ; mais, quelle que soit leur origine, ils causent une assez grande perturbation dans l'état de l'atmosphère ; cependant ils ne déterminent d'ouragan que là où ils rencontrent des vents alises ou des vents polaires intenses ; mais comme les rades les plus fréquentées des Antilles sont ouvertes aux vents de la partie de l'ouest, ceux du S. à l'O. etauN.O. occasionnent ordinairement dans ces îles plus de sinistres maritimes que les vents plus violents du nord-nordest au sud-est, d'autant plus que les côtes sont alors exposées k des ras de marée qui les rendent dangereuses.
Le H septembre 1846, un coup de vent du sud au sudouest prit naissance par 13® de latitude nord et 61^ de longitude ouest. Le centre'se dirigea d'abord vers le nord 30® ouest , puis, avoir dépassé Porto-Rico, il prit successivement la direction du nord-nord-ouest, du nord et du nordnord-est, et enfin celle du nord-est sur le parallèle de 33® nord (1). D'après les renseignements que j'ai pris sur les lieux où ce coup de vent a passé, il aurait conservé la même direction sur tous les points de son parcours : à la même époque, des vents du sud à l'ouest, assez modérés, soufflaient sur toute la mer des Antilles, et l'état de l'atmosphère faisait partout appréhender un ouragan.