‹ Essai sur les ouragans et les tempêtesChapitre 2 sur 42 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les ouragans qui, k certaines époques de Tannée, occa* sionnent de si grands désastres dans les mers des Antilles» de rinde, de Chine, sur les côtes des États-Unis et sur les mers adjacentes, ont été l'objet de remarques très-judicieuses, d'explications plus ou moins exactes, de la part des physiciens et de quelques navigateurs ; mais, pendant fort longtemps, leurs théories n'ont pu s'appuyer que sur des faits isolés.

Depuis quelques années seulement, Redfleld, le colonel Reid, Thom, Piddington, Keller, Espy, s'occupent de réunir des documents à ce sujet, et déjà ils ont publié des observations faites sur un grand nombre de points au moment où ces phénomènes s'y produisaient. Cette manière d'opérer, qui permet de comparer entre elles des observations simultanées, semble la seule qui puisse faire avancer la question.

Piddington s'est principalement occupé des ouragans du golfe du Bengale et de la mer de Chine; Thom, de ceux de

la mer de Tlnde, au sud de Téquateur. Redfield, Reid, Espy et Keller traitent de ceux qui se manifestent dans toutes les parties du globe.

D'autres auteurs ont écrit sur ces phénomènes ; mais leurs travaux, quoique ayant fourni des documents et des explications utiles, sont beaucoup moins importants.

Tous admettent en principe que l'ouragan est constitué " par un courant d'air circulaire auquel quelques-uns donnent le nom de cyclone^ les autres celui de tourbillon ; mais aucun d'eux n'a cherché à montrer comment se forme un courant de cette espèce. Mes observations personnelles, combinées avec les renseignements que j'ai puisés dans leurs ouvrages, me permettent de donner à ce sujet des explications qui pourront jeter quelque jour sur l'ensemble de la question .

Mais, pour bien comprendre ces explications, il faut avant tout considérer le mouvement général de l'atmosphère (1) , car ce sont très-rarement les causes locales qui déterminent les ouragans, et, dans le plus grand nombre de cas, ils sont produits par des vents qui ont pris leur origine à une très-grande distance du lieu où ces phénomènes se font ressentir. Les diverses observations que je publie tendent, en effet, à démontrer qu'ils ne se manifestent que dans les lieux où des vents intenses d'un des hémisphères peuvent se rencontrer avec ceux de l'hémisphère opposé, ayant eux-mêmes une certaine intensité. Ces observations, en même temps qu'elles seront utiles aux marins, pourront servir à donner une direction plus précise à des études qui, dans l'intérêt de la science et de la navigation, paraissent

(1) Voir Exposition du système des ventSy ou Traité du mouvement de Vair à la surface du globe et dans les régions élevées de Vatmosphère^ par M. Lartigce, S* édition.

devoir être continuées; elles montreront, d'ailleurs, que souvent les ouragans se produisent sous diverses formes, et qu'ils ne sont pas toujours soumis aux mêmes lois.

Des diverses relations publiées par un grand nombre d'auteurs, de celles qui m'ont été communiquées par plusieurs officiers de la marine, et de mes propres observations, je déduis des conséquences générales sur les principales causes qui déterminent ces phénomènes, sur leur forme, sur quelques-unes des lois qui les régissent, ainsi que sur les prescriptions nautiques pourvu souffrir le moins de dommages possible ; mais je suis d'autant plus loin de présenter ces conséquences comme une solution complètement satisfaisante de la question des ouragans, que les faits sur lesquels elles s'appuient ne sauraient être tous regardés comme rigoureusement exacts (1).

Toutefois, malgré quelques causes d'incertitude, les ré-

(1) Il est, en effet, peu de personnes, soit à terre, soit à la mer, qui aient la possibilité d'observer, au fort de Touragan, toutes les variations qui se succèdent dans la direction des vents. C'est surtout par les désastre^ qu'il a causés, ou par la marche imprimée aux bâtiments soumis à son influence, que l'on estime ces variations ; alors il arrive souvent que les observations faites dans un même lieu, ou à bord d'un même bâtiment, mais par des personne^ différentes, ne s'accordent guère entre elles ; d'un autre côté, dans les baies entourées de côtes élevées, et sur les terres dont le sol est Irès-inégal, les vents conservent rarement leur direction normale; quelquefois même, pendant les ouragans, ils soufflent simultanément, de directions différentes, sur des points très-rapprochés les uns des autres, par l'effet seul de la configuration des terres. {Typhons de 1848, par Keller, pages 13, 14 et 16.)

Souvent aussi la force exacte des vents est difficile à déduire des observations faites à bord des bâtiments, parce que, dans les relations, elle est généralement indiquée d'après les effets que les vents ont produits, et non d'après leur intensité réelle, ce qui établit une grande différence ; car, pour un bâtiment qui court sur la perpendiculaire du vent ou au plus près, le vent paraît beaucoup plus fort que pour celui qui fait vent arrière : le bâtiment qui porte peu de voiles et qui a réduit sa mâture, souffre beaucoup moins que celui

sultats d'un travail basé sur un très- grand nombre d'observations choisies parmi celles qui paraissent réunir le plus de garantie, ne sauraient, ce me semble, s'éloigner beaucoup de la vérité.

qui conserve plus de voiles et sa mâture haute. Dans le premier cas, la dtflférence apparente d'intensité peut varier de 9 à 11; dans le second, de 9 à 10. (Voir plus loin le tableau indiquant l'intensité relative des vents.) Enfin, il est des circonstances où un navire fait des avaries par suite de mauvaises manœuvres ; alors la relation transforme quelquefois en ouragan impétueux un coup de vent, un orage ou un grain d'une force ordinaire.

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