‹ Essai sur les ouragans et les tempêtesChapitre 8 sur 42 · HER DES- ANTILLES · texte numérisé non relu

HER DES- ANTILLES

Les vents alises du nord-est à l'est sont presque constants dans la mer des Antilles, depuis le mois de novembre jusqu'au mois de juillet. Pendant leur durée, le temps est beau

et le baromètre élevé , quoique par intervalle ils acquièrent une très-grande intensité ; plus ils sont forts, plus leur direction se rapproche du nord (1) et plus le baromètre monte. Lorsque ces vents ont une certaine force, ceux du nord-est au nord régnent ordinairement dans les régions élevées de l'atmosphère (2) ; mais s'ils sont modérés, les alises du sudest de l'atmosphère austral soufflent au-dessus d'eux, et les vents variables de la zone torride du sud au sud-ouest, audessus des vents de sud-èst (3). Chaque fois que les vents supérieurs prennent de l'intensité, ils tendent à se rapprocher du sol ; quelquefois même ils y remplacent ceux du nord-est à l'est.

Dans la période de novembre à juin, la transition s'opère sans causer une agitation remarquable dans l'état de l'atmosphère ; mais, entre ce dernier mois et celui de novembre, les vents supérieurs, principalement ceux du sud-est, deviennent violents quand ils parviennent près du sol (4).

Pendant les mois de juillet, août et septembre, et souvent pendant une partie des mois de juin et d'octobre, les vents de l'hémisphère austral de Test au sud-est et au sud-sudest, qui régnent sur les côtes de la Guyane, parviennent par intervalle dans la mer des Antilles et même au delà, soit en continuant à souffler à la surface, soit après avoir traversé les régions élevées. On peut voir, par les cartes où Redfield et le colonel Reid ont tracé la marche d'ouragans observés dans l'océan Atlantique septentrional, que le plus grand nombre se manifeste dans la direction des vents de l'est-sud-est au sud-sud-est, qui soufflent sur les côtes de la Guyane. Ainsi les ouragans sont rares h Test du méridien de 55'' ouest, et ceux qui se font ressentir dans l'ouest du méridien de 70** ouest, diffèrent assez souvent de forme avec ceux qui se produisent dans l'est de ce dernier méridien. De ces remarques on peut inférer qu'il existe une grande cor-

(1) Parfois, dans les mois de Janvier, février et mars, les bâtiments sont obligé» de mettre à sec de voiles, pour traverser les canaux qui séparent les lies.

(2) Exposition du système des vents, etc., page 34.

(3) Eœposition du iystème des vents, etc., page 10. (4} !d. td» pages 2S et 2tf.

relation entre les vents de Test-sud-est au sud-sud-est, qui régnent sur les côtes de la Guyane, et les ouragans des Antilles. Au surplus, des observations météorologiques faites à Cayenne dans le courant du mois de juillet 1825, pendant qu'un violent ouragan éclatait à la Guadeloupe, semblent confirmer cette opinion.

Les 22, 23 et 2i juillet 1825, les vents alises du sud-est de l'hémisphère austral ne soufflèrent pas à Cayenne ; ils y étaient remplacés par de très-faibles brises variables de l'est au sud et au sud-sud-ouest, et par des calmes. Pendant ces trois jours le temps fut couvert ; des éclairs fréquents sillonnaient la nue ; mais le 25 juillet, lorsque le soleil parut à l'horizon, les vents de sud-est s'élevèrent; ils continuèrent à souffler, par rafales assez fortes, jusqu'au 26, au coucher du soleil, sans perdre sensiblement de leur intensité. Le temps devint m.oins couvert aussitôt que ces vents commencèrent; les éclairs furent moins fréquents; ils cessèrent même dans la nuit du 25 au 26. Le baromètre, qui avait sensiblement baissé, remonta à partir du 25 au matin, et, dans la matinée du 26, il atteignit la hauteur observée habituellement à Cayenne (1).

Ouragan du 26 juillet 1825 à Vile de la Guadeloupe.

Le 26 juillet 1825, un ouragan des plus impétueux éclata sur l'île de la Guadeloupe. A la Basse-Terre, le vent qui, dès le point du jour, soufflait d& l'est, s'établit quelque temps entre le nord et le nord-est; à 7 h. 1/2, il était déjà violent, à 9 h. il devint impétueux ; après avoir soufflé pendant assez longtemps du nord-nord-est, il varia successivement au nord-est, à l'est et au sud-est sans diminuer de violence; à midi l'ouragan cessa (2).

A la Pointe-à-Pitre, la pluie, qui était tombée pendant toute la nuit précédente, redoubla par un vent fort du nord-

(1) Table de loch de la goélette la Lyonnaise.

(2) Extrait 'd*un rapport du gouverneur de la Guadeloupe et des Joumaui de la Pointe-à-Pitre.

est ; à 9 h. du matin le vent çoufSa avec plus de violence, et Touragan se déclara ; vers les deux heures de l'après-midi, le vent passa au sud-est et se modéra par degrés (1).

Toute la partie de la Guadeloupe proprement dite, de Cabesterre à lest, jusqu'à la Pointe-Noire à Vouest, en passant par le sud, ne présentait plus que le spectacle de la plus affreuse dévastation; à midi la Basse-^Terre n'offrait plus qu'un vaste amas de décombres et de ruines (2) ; mais à droite de la ligne que Ton supposerait joindre la Cabesterre à la Pointe-Noire, les habitations et les plantations éprouvèrent peu de dommages (3).

Cinq bâtiments mouillés surla radede laBasse-Terre dis^ parurent ; deux capitaines seuls parvinrent à se sauver ; Vun d'eux, Mac-Kotvn^ après avoir lutté contre une mer furieuse j a vu son brick, enlevé par un tourbillon, faire, pour ainsi dire, naufrage dans les airs (ù).

La Pointe-à'Pitre a peu souffert; mais les îles des Saintes et de Marie -Galante^ qui paraissent s' être trouvées dans la direction de la colonne principale, ont con^ sidérablement souffert (5).

c( A la Martinique, dans la nuit du 25 au 26, des grains « violents, accompagnés d'un vent intense soufflant de « l'ouest, puis du nord-ouest et enfin du sud, constituèrent c une vraie bourrasque. Le mauvais temps a duré jusqu'au « milieu de la journée du 26 (6). »

Une lettre de Sainte-Croix annonce « que cette île da- « noise, située dans le nord 61^ ouest de la Basse-Terre, a « ressenti d'une manière terrible les effets de l'ouragan (7) . >

A Saint-Thomas il y eut peu de dommages ; mais on aperçut de cette île une colonne d'air de teinte foncée, paraissant tourner sur elle-même, s'avancer sur Sainte-Croix, pas-

Ci) Extrait des journaux de la Pointre-à-Pitre.

(2) Extrait d*un rapport du gouverneur de la Guadeloupe.

{9) *ilenseign6ments donnés par un habitant de la GusfSeloupe.

(4) Annales ntantimes, 1825, tome 2, page 550.

(5) Extrait d'un rapport du gouyerneur de la Martinique. (6-7) Extrait d'un rapport du gouverneur de la Martinique.

ser sur cette lie et se diriger ensuite sur Textrémité orientale de Porto-Ricco, où un grand nombre d'habitations et de plantations furent détruites (1).

Des débris de meubles et d'autres objets appartenant aux habitants de la Guadeloupe furent transportés à File Montserraty située à 18 lieues dans le nord 32<> ouest de la Basse- Terre (2), et par conséquent de 29* sur la droite de la direction suivie par la colonne d'air qui a passé sur Sainte^ Croix.

Ouragan de la Martinique dans la nuit du 24 au 22

octobre 1817.

La corvette la Caravane, se rendant des États-Unis à la Martinique, se trouvait, le 21 octobre vers minuit, à peu de distance dans l'ouest de cette île, avec beau temps et des vents du nord. A 1 h. 1/2 du matin le temps s'obscurcit ; le vent fraîchit graduellement, et bientôt il devint si fort que le bâtiment fut obligé de mettre à la cape sous la misaine et le petit foc, et défaire route au sud-est pour s'éloigner de terre. A 6 h. 1/2, les mâts de hune furent cassés par le vent qui alors était tellement violent, que, pour ne pas • sombrer, on coupa le mât d'artimon, ensuite le grand mât. Cette opération était à peine terminée, que le mât de misaine fut enlevé de son emplanture par un tourbillon. Le vent continua à souffler avec furie, en variant successivement au nord-est, à l'est, au sud-est et au sud-ouest, pour revenir ensuite au sud-est. Dans la journée l'ouragan commença à s'apaiser ; dans la soirée les alises s'établirent et le temps s'embellit.

Depuis le 18 octobre, toutes les circonstances atmosphériques paraissaient annoncer la fin de l'hivernage. Le beau temps était revenu à la Martinique avec les vents alises ;

(1) Renseignements fournis par nn officier de la marine qui se trouvait i Saint-Thomas le 26 Juillet.

(2) Renseignements donnés par un officier de la marine qui foi envoyé à Montserrat à la fin de Juillet 1825.

mais le 21, vers minuit, les vents halèrent le nord en augmentant graduellement de force, et, à la pointe du jour, ils soufflaient en ouragan. Tous les bâtiments mouillés à Saint- Pierre et à Fort-Royal furent forcés de prendre la mer; quelques-uns n'éprouvèrent que de légères avaries, tandis que plusieurs autres en éprouvèrent de très-graves, quoique peu éloignés des premiers. Le brick de guerre le Laurier, entre autres, eut, comme la Caravane, son mât de misaine enlevé par un tourbillon. Une goélette sombra. Les vents de sud-est produisirent par leur impétuosité plus de désastres que les vents des autres directions (1). Sur divers points de l'île, à quelque distance au large, les vents varièrent comme dans les parages où se trouvait la Caravane. *

Sous certains rapports, Tîle Sainte-Lucie souffrit peutêtre plus que la Martinique de cet ouragan, qui se fit aussi ressentir à la Grenade, à Saint- Vincent, à la Dominique, à Saint-Thomas et à Porto-Ricco (2).

Ouragan de la Barbade du 10 au 11 août 1831.

Extrait de la relation publiée à Bridgetown immédiatement après Touragan (3).

« Le 10 août, le soleil se leva sans nuages et brilla d'un <c grand éclat. A 1 h. avant midi, une brise douce, qui avait (( soufflé jusqu'alors, tomba. Après un calme passager, de « grands vents s'élevèrent de l' est-nord-est ; ils s'apaisèrent « bientôt après. La plupart du temps le calme régna, in- « terrompu de temps à autre par des bouffées soudaines c< soufflant entre le nord et le nord-est.

« A 2 h. la température s'éleva à SS'» Fahrenheit (31<>H ) ; « le temps était extraordinairement lourd et étouffant.

« A i h. le thermomètre retomba à 86^; à 5 h. les nua- « ges parurent s'amonceler du côté du nord, le vent com-

(1) Extrait du rapport du commandant de la Caravane, Moreau de Jonnès ; Annales maritimes, 1818, tome viii.

(2) Journaux de la Martinique.

(3) An attempt to develop the Law of Storms, etc., 3* édit, pages de 24 à 33; by lieutenant-colonel Reid, etc. , etc.

€€ mençant à souffler bon frais de cette direction; ensuite c< la pluie tomba, suivie d'un calme soudain. Vers le zénith « il y avait un cetcle confus d'une lumière imparfaite.

« De 6 à 7 h. le temps fut beau, le vent modéré ; de « temps en temps de légères bouffées du nord se manifes- < talent. La couche inférieure et principale des nuages se » portait avec vitesse vers le sud, les couches supérieures » fuyant rapidement vers divers points.

c< A 7 h. le ciel fut clair et l'air calme : la tranquillité ré- <4 goa jusques un peu après 9 h. Alors le vent commença à « souffler du nord.

u A 9 h. 1/2 le vent fraîchit, et des ondées modérées « tombèrent par intervalle pendant l'heure suivante.

<( Des éclairs lointains furent observés à 10. h. 1/2 au « nord-nord-est et au nord-ouest. Des grains de vent mêlés ft de pluie du nord-nord-est se succédèrent, interrompus <x par des intervalles de calme, jusqu'à minuit. Le thermo- « mètre, pendant ce laps de temps, varia avec une activité « remarquable. Durant les calmes il s'élevait jusqu'à 86*^; « le reste du temps il oscillait entre 83 et 85». 11 est néces- « saire d'entrer dans ces détails, car le moment où la tem- € pête commença et le mode de son approche varièrent « considérablement dans différentes situations : quelques a maisons furent littéralement rasées, tandis que dans « d'autreSjles habitants, à peine à un mille de là, ne s'aperçu- « rent pas que le temps fût plus violemment agité que de « coutume.

« Après minuit, des éclairs continus présentaient un « spectacle d'un effet terrible et éclatant. La tempête souf- « fiait avec violence du nord et du nord-est. A 1 h. du ma- « tin la fureur du vent augmenta ; l'ouragan, qui d'abord « venait du nord-est, changea subitement et creva du nord- « ouest et points intermédiaires (1) . Les régions supérieures « furent, à partir de ce moment, illuminées par des éclairs « incessants ; mais celte nappe de lumière tremblante était «t surpassée en éclat par le jet du feu électrique qui se pro-

(1) Aod Barst from the nord-west and intermidial points.

« jetait dans toutes les directions. Un peu après 2 h. , le « fracas étourdissant de Touragan, qui se précipitait du « nord-nord-ouest et du nord-ouest, ne saurait être décrit c par le langage. Vers 3 h. , le vent diminua par moments ; « mais des rafales venaient du sud-ouest, de Touest et de a Touest-nord-ouest avec une violence redoublée.

<x Les éclairs ayant cessé pendant quelques moments, des (( météores de feu furent aperçus tombant du firmament ; « un entre autres, de forme sphérique et d'un rouge foncé, a fut observé par Fauteur, descendant perpendiculairement a d'une immense élévation. Il répandit une clarté éblouisa santé en approchant de la terre, près de laquelle il prit (( une forme allongée •

a Quelques minutes après Tapparition de ce phénomène, « le bruit assourdissant du vent se changea en un murmure « solennel, ou, plus correctement, en un mugissement loin- « tain. Les éclairs qui, depuis minuit, avaient jailli et ser- « pente avec des interruptions rares et momentanées, éclaa tèrent alors d'une manière terrible, pendant l'espace « d'environ une demi-minute, entre les nuages etMa terre, « avec une nouvelle et surprenante activité. Le vaste corps a de vapeur paraissait toucher les maisons, et lançait de oc haut en bas des lueurs enflammées qui étaient prompte- « ment renvoyées de bas en haut par la terre.

« Un moment après cette singulière succession d'éclairs, a l'ouragan éclata encore des points de l'ouest avec une a violence au-delà de toute description, lançant devant lui « des milliers de projectiles, fragments des constructions a sans défense de l'art humain. Les maisons les plus solides « furent ébranlées jusque dans leurs fondements, et la terre « même trembla sous la rage de l'élément destructeur

« Après 4 h., l'ouragan se modéra par moments, et permit « d'entendre distinctement la chute des tuiles et des maté- « riaux que la dernière rafale avait probablement em- « portés à une grande hauteur (1).

a A 6 h. du matin, le vent était au S.; à 7 h., au S. £.; c< à 8 h. , à l'E. S. E. ; à 9 h. , le temps était redevenu serein. »

(1) Â 8 h. du soir, le baromètre marquait 0*762 ; à 2 h. du matin, 0*747 ; à & h. , il était au dessous de 0"b711.

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