LES MODIFICATIONS DES CELLULES NERVEUSES
des unités rythmiques et les durées réelles il doit y avoir de fréquentes et grandes divergences. Je reprends ma balle en caoutchouc. Si les pressions que j'y fais n’ont pas la même intensité, la même rapidité, si l’impression varie par suite en profondeur, la comparaison ne pourra plus se faire entre elles avec justesse: il s’écoulera un intervalle chaque fois différent entre le maximum d'impression et le retour à l’état normal. C’est ce qui arrive presque toujours dans le rythme intensif: les temps marqués n'ayant que rarement la même intensité, le travail cellulaire des sensations ne mettra que rarement le même temps à s’épuiser ou à se réduire à un degré fixe. La mesure sera donc faussée : un temps marqué fort entrainera une unité rythmique objectivement plus longue qu’un temps marqué faible (1). En est-il ainsi? Seule la mesure objective des unités rythmiques peut le montrer. Nous ne saurions nous en rapporter à la mesure fournie par les mouvements du corps, par exemple le mouvement du bras, du pied ou de la tête qui sert à battre la mesure: les changements d'intensité du rythme musical ou poétique se répètent en effet dans ce mouvement et ils y Causent sans doute, pour des raisons analogues, des irrégularités identiques (2). Seuls des appareils spéciaux offrent une garantie suflisante. Quoi qu’il en soit, je ne connais pas de circonstance, en dehors du rythme, où la durée du travail des cellules nerveuses serve de mesure. Il me semble donc hasardé d'admettre qu’elle joue ce rôle par rapport au rythme.
(1) De même un son fort aurait une durée objective plus grande qu’un son faible de durée subjectivement égale. Nous nous attendrions plutôt au contraire : plus un son est intense, plus il nous paraît long Cp. $ 3r. J'en donnerai un exemple au chapitre suivant. — Quand on entend une série de percussions équidistantes mais allernativement fortes et faibles, l'intervalle qui précède la forte semble plus court que celui qui la suit (v. Wundt, Vôlkerpsychologie, T, 4. IE, p. 380). Pareillement, quand on frappe soi-même du doigt ou avec un instrument en cherchant à aller en mesure, mais à coups allernativement forts et faibles, l'intervalle qui suit le fort est plus long, que les coups s'entendent ou non (v. Ebhart, Zs. f. Psychol. u. Phys. d. Sinn., 1808, X VILLE, p. 99 et suiv , et Miyake, Stud. Yale Psychol. Labor., 1902, X, 1 et suiv.).
(2) Vérifié (v. II: Partie).