CHAPITRE III
Prinelpes i;éiièi*aiix des repeuplements artlfleiels.
1. Principes généraux. — 2. Choix des essences en général. — 3. Les essences indigènes. — 4. Considérations spéciales. — 5. Formation lente des forêts spontanées. — 6. Effets de la dénudatiou. — 7. Le tempérament des essences. — 8. Les essences transitoires et mélangées. — 9. Buts divers du mélange. «— 10. Forêts mélangées. — 11. Essences d'abri ou de couverture. — 12. Nécessité de l'ameublissement du sol. — » 13. Moyens de combattre la sécheresse du sol. — 14. Du gel et du dégel. — 15. Les expositions chaudes et les sols légers. — 16. Influence de la couverturedu sol. — 17. Limites cT application du principe de Tameublissement. — 18. Les divers modes- de repeuplement. — 19. Le semis. — 20. La plantation. — 21. La bouture. — 22. La marcotte. — 23. Le drageon. — 24. Choix du mode de repeuplement. — 25. En Allemagne au siècle dernier et au xix* siècle. — 26. L'opinion classique actuelle en France. — 27. Les partisans du semis. — 28. La plantation est plus expéditive. — 29. La plantation est plus sûre. — 30. Les dangers de la plantation. — 31. La plantation est plus économique. — 32. Avantages des semis. — 33. Cas où le semis ne peut être appliqué. — 34. L'emplacement des pépinières.
1. Principes généraux. — Les moyens propres à implanter la végétation forestière dans les vides et clairières des forêts comportent une série de questions auxquelles les deux chapitres précédents ont déjà commencé à répondre.
Dans le présent chapitre, nous nous proposons d'examiner les principes généraux des repeuplements artificiels, au point de vue du choix des essences, de leur tempérament, de leur mélange, du mode de propagation et de production. Les chapitres suivants feront connaître les procédés à employer dans la pratique.
L'art des repeuplements exige en eftet des connaissances théoriques et pratiques assez étendues. C'est faute de comprendre cette vérité que beaucoup de propriétaires et de gardes entreprennent tant de travaux de Tespèce sans aucun succès.
2. Choix DES essences en général. — Nous savons déjà que le sol physique, le climat surtout, ne sont pas indifférents en ï)areille matière, et qu'il convient de les étudier en détail, sous peine de laisser après soi d'infructueux et stériles travaux. Le chêne pédoncule sur un sol très sec, le sapin à l'exposition du midi, le châtaignier
sur un sol calcaire, le pin maritime sous un climat rude, sont fatalement condamnés à un hâtif dépérissement.
Il conviendra de se préoccuper également de l'utilité que peuvent présenter les essences à introduire dans le pays, et de se renseigner à cet égard sur les industries qui emploient du bois à proximité des lieux à reboiser. C'est là une étude économique qui n'est pas à dédaigner.
3. Les essences indigènes — Les essences indigènes, nous l'avons déjà dit, doivent, être préférées aux essences exotiques. L'acclimatation forestière est une chimère, et la naturalisation ne doit être acceptée qu'avec une extrêmeréserve.
La France offre sur une petite échelle un monde en miniature de tous les sols et de tous les climats avec leurs végétaux spontanés auxquels ne manquent ni la qualité ni la variété. Il est par suite inutile d'aller chercher au loin des végétaux étrangers de la réussite desquels on doit souvent douter.
4. Considérations spéciales. — Le choix des essences paraît, au premier abord, très simple. Dans une forêt peuplée de chênes et hêtres, les vides à repeupler ne devraient-ils pas être garnis avec ces essences, puisqu'elles y croissent spontanément? On ne peut répondre affirmativement, car il faut tenir compte de la manière dont la nature a introduit ces essences, et leur a permis, non seulement de s'y implanter, mais de s'y développer dans des conditions normales. Il faut aussi prendre en considération le temps plus ou moins long pendant lequel le terrain à repeupler est resté dénudé. 11 faut enfin comprendre les difficultés que les jeunes repeuplements ont à surmonter avant d'avoir pris possession définitive du terrain.
5. Formation lente des forêts spontanées. — Les forêts dont l'existence n'est pas due à l'industrie humaine ont traversé sans doute de longues périodes séculaires de transformation avant d'arriver à l'état qu'elles présentent actuellement. Les repeuplementsartificiels ne peuvent pas attendre aussi longtemps avant de fournir des peuplements exploitables ; car les travaux de l'espèce constituent toujours un placement financierqui,pour être avantageux, doit fournir des produits rémumérateurs dans le délai le plus rapproché possible.
6. Eppbts db la dénudation. -— Les sols qui restent longtemps dénudés perdent peu à peu leur fertilité, car leurs éléments orga-
niques constitués paf le terreau subissent une combustion lente SOUS Taction triple de la lumière, de la chaleur et de l'humidité, et se transforment en acide carbonique qui se perd dans Tatmosphère. Ces fâcheux eflets sont encore aggravés sur les terrains en pente; là, les eaux; pluviales entraînent tous les éléments du sol, et ne laissent que la roche nue. C'est ainsi que tant de belles forêts ont été remplacées par de mauvaises terres restées incultes et stériles. On comprend la difficulté d'implanter la végétation forestière sur de tels terrains, qui ne peuvent souvent recevoir que les essences les moins exigeantes. Aussi, en France, beaucoup de vides des belles forêts de chêne et de hêtre ne peuvent -ils être reboisés qu'au moyen de certaines essences résineuses, telles que les pins sylvestre, maritime, et noir d'Autriche.
7. Le tempérament des essences. — La jeune plante forestière, pour prendre possession définitive du terrain, doit enfin lutter contre la sécheresse et la gelée, deux ennemis diversement redoutables suivant son tempérament ^lus ou moins robuste.
On entend par tempérament d'un végétal l'aptitude à supporter une dose plus ou moins grande de chaleur et de lumière. On dit que ce tempérament est robuste quand le végétal, exigeant beaucoup de lumière, ne peut supporter le couvert, si ce n'est dans son extrême jeunesse. Le tempérament est réputé délicat quand le végétal, redoutant la lumière vive dans sa jeunesse, a besoin de couvert pendant un certain temps.
La délicatesse du tempérament s'observe chez les essences dont les racines s'enfoncent lentement dans le sol qui ne devient frais d'une manière continue qu'à une certaine profondeur. Sous l'action du soleil, les racines placées dans la couche superficielle qui se dessèche vite, ne peuvent remplacer l'eau perdue parla forte transpiration qui se produit à la surface des feuilles. A mesure que les racines s'enfoncent en terre, le tempérament se fortifie, parce que les racines rencontrent alors une humidité suffisante pour lutter contre l'exhalaison foliaciée.
La nature a remédié en partie à cette délicatesse 4^ tempérament de certaines essences en leur donnant une ramification d'autant plus épaisse qu'elles sont plus délicates.
C'est ainsi que le hêtre, qui a des racines superficielles, a un tempérament délicat et un couvert épais. 11 en est de même du sapin et de l'épicéa. Aussi les jeunes hêtres, sapins, épicéas, ontils besoin d'un abri prolongé. Cette situation explique la difficulté de propager artifieieUement ces essences dans les régions mêmes où elles couvrent déjà de vastes espaces. Il paraît probable que
ces forêts séculaires n'ont pu prendre possession du sol qu'à la suite et à Tabri d'autres massifs aux essences plus rustiq^ies qui ont, en même temps, enrichi le sol de leurs débris.
Par contre, les chênes, les pins disparaissent sous un couvert prolongé. L'air, la lumière, la chaleur sont indispensables, dès les premières années, à ces essences robustes qui ne redoutent que les effets du froid et des gelées à certaines époques critiques.
8. Les ESSENCES TRANSiTomES ET MÉLANGÉES. — Cet cxcmple f ourni par la nature donne de bonnes indications à suivre. Les pins dont le couvert est léger et le tempérament robuste sont tout indiqués pour servir d'essences de transition permettant d'introduire ensuite le hêtre, le sapin, et même le chêne, comme essences déûnitives.
11 est vrai que le chêne ne craint nila lumière ni la chaleur, mais 11 est très sensible à l'action des gelées printanières. A ce point de vue un léger abri lui convient dans la jeunesse; tous les forestiers savent d'ailleurs qu'il ne prospère bien qu'en mélange avec d'autres essences plus ombreuses que lui, telles que le hêtre et le charme.
La nature nous offï*e l'exemple des essences mélangées. Dans les repeuplements artificiels, cet exemple est bon à suivre, surtout quand il s agit de bois feuillus. Il convient donc de s'arrêter un peu sur ce sujet important.
9. Buts divers du mélange. — Les repeuplements mélangés sont utiles dans trois cas :
lo Pour créer des forêts mélangées.
2° Pour élever une essence sous l'abri d'une autre, ou pour couvrir promptement le sol afin d'arrêter sa dégradation. 3° Pour économiser une semence chère ou rare.
lO.FoRÊTs MÉLANGÉES. — Lcs cssencès dont le mélange est avantageux sont celles qui ont une croissance sensiblement égale, qui supportent le même traitement (taillis, futaie), et dont les racines puisent la nourriture à différentes profondeurs du sol.
Exemples de mélange ; 1° le chêne et le hêtre; 2» chêne et channe ; 3» hêtre, frêne ; 4° hêtre, érable ; 5° hêtre et charme ; ô* charme et châtaignier ; 7« sapin et hêtre ; 8° sapin et épicéa ; 9» pin sylvestre et pin maritime.
11. Essences d'abri ou de couverture. — Les essences d'abri ou de couverture doivent avoir une croissance très rapide dès les premières années. Celles qui conviennent le mieux sont : l'orme, le bouleau, les érables, les saules, les peupliers, les pins, n importe dans ce cas de donner la préférence aux essences les moins coûteuses.
Dès que l'essence supplémentaire a atteint son but, on procède à son extraction, dont le produit est souvent assez considérable pour faire rentrer le propriétaire dans ses avances.
Les morts-bois, c*est-à dire la plupart des arbrisseaux (sureau, coudrier, épine, boux, cornouiller), ne doivent pas ôtfe négligés quand ils se présentent naturellement.
Enfin les plantes herbacées (fenasse, sainfoin, luzerne, baucbe) jouent elles-mêmes un rôle très important par l'abri qu'elles procurent au sol et aux jeunes plants.
12. NÉCESSITÉ DE l'ameublissement DU SOL. — Cet abri si nécessaire, pour lutter contre la sécheresse et la gelée, ne peut pas toujours être obtenu dès l'origine. On y supplée en partie en donnant au sol une (nilture d'ameublissement convenable.
Nous avons vu (§ 7) que les essences étaient d'autant plus robustes que leur enracinement en profondeur était plus rapide. Il importe donc que, dès le début, les jeunes plants soient placés dans les conditions du meilleur fonctionnement de leurs organes nutritifs souterrains, qui demandent à la fois la chaleur, l'air, et l'humidité. ,
La chaleur est, en majeure partie du moins, indépendante des soins de l'homme ; il lui reste à assurer aux racines l'humidité et ra'ération suffisantes ; ce qui s'obtient au moyen de la préparation du sol. Nous allons le démontrer.
13. Moyen de combattre la sécheresse du sol. — Le défoncement d'un terrain enlève toute cohésion aux matières terreuses ; il permet à l'air de pénétrer et de demeurer dans tous les intervalles où il joue le rôle d'un écran protecteur contre l'air chaud du dehors.
L'eau s'infiltre facilement dans un sol ameubli et s'évapore moins vite que dans les sols tassés où la liaison étroite des terres permet un afflux constant de l'humidité inférieure vers la surface desséchée.
Ce sont là des faits d'expérience qu'on ne saurait contester, quoique pendant longtemps le défoncement profond du sol pour combattre la sécheresse n'ait pas été admis en culture forestière. Citons donc des faits :
Qu'on fasse un tas de sable, si peu fertile qu'il soit, pourvu qu'on ne le comprime pas, qu'on lui donne 40 à 50 cent, de hauteur, qu'on visite ce tas de terre par les plus grandes sécheresses ; on le trouvera frais à peu de profondeur, même sous l'action directe d'un soleil ardent.
choisie et le sol préparé, il faut examiner le meilleur mode de repeuplement. Quelques explications sont ici nécessaires.
Les forêts existantes peuvent se perpétuer par deux moyens différents qui donnent naissance aux taillis et aux futaies.
Les futaies naissent des semences tombées des grands arbres qui disparaissent pour laisser la place à un-e jeune forêt. C'est le mode de reproduction des forêts vierges que Tart forestier imite, en favorisant et réglant les conditions naturelles de la germination des semences.
Les taillis proviennent des rejets qui naissent sur les vieilles souches privées de leurs perches ligneuses.
De même, quand il s'agit de produire artificiellement la végétation forestière, des moyens variés se présentent, et leur choix n'est pas indifférent pour assurer le succès de l'opération.
Ces moyens sont au nombre de cinq, comme il suit :
lo Le semis ; 2° la plantation; 3« la bouture; 4° la marcotte; 5° le drageon.
Nous ne parlerons pas de la reproduction par la greffe. C'eôt un procédé d'horticulture qui n'a pas d'intérêt pratique en matière de repeuplements forestiers.
19. Le semis. — Le semis est une opération par laquelle on me^ en terre les semences ou graines d'une essence donnée. Cellesci germent, se développent, et donnent naissance à des arbres de même espèce qui, dans la jeunesse, prennent le nom de jeunes plants.
Chaque essence, à une époque plus ou moins avancée de son existence, commence à porter des fleurs, puis des fruits. Elle devient alors fertile. Le fruit contient les graines qui doivent assurer sa reproduction. Celles-ci tombent à terre, il y a dissémination des graines. Après la germination^ les jeunes plants grandissent à l'ombre de l'arbre qui les a produits, et le remplacent quand la main de l'homme ou la vieillesse le jettent sur le sol.
En récoltant les graines des arbres au moment favorable, on peut reproduire avec elles les conditions de la nature, dans des lieux souvent fort éloignés des arbres qui les ont fournies.
20. La plant ATiox. — La p/anto/tonestune opération par laquelle on extrait un jeune plant du lieu où il a pris naissance pour le replacer dans un autre lieu, où il continuera à se développer et à grandir.
Souvent, avant d'être affecté à sa destination définitive, le jeune
plant est transplanté pour recevoir un supplément d'accroissement. On dit alors gue c'est un plant repique.
Les jeunes plants peuvent être pris au milieu de massifs forestiers provenant de semis naturels, ou bien être élevés, après semis artificiel, dans des enceintes particulières appelées |>epinières, où on leur donne tous, les soins propres à favoriser leur développement.
Les plants à repiquer peuvent provenir de semis naturels pris en pleine forêt, ou bien de semis artificiels des pépinières. Le repiquement a toujours lieu dans celles-ci.
21. Labouture, — La bouture est une jeune branche qui, mise en terre, pousse des racines et des rejets, et devient ainsi un arbre nouveau. C'est là une opération plus horticole que forestière. Le nombre des végétaux forestiers qui se prêtent avec avantage à ce mode de reproduction est d'ailleurs assez restreint. JNous citerons les saules, les aunes, les peupliers, les platanes.
22. La MARCOTTE. — La marco«t€ est une branche couchée en terre, sans être séparée de l'arbre auquel elle appartient. C'est une bouture qui reste attachée au pied qui l'a produite jusqu'au moment où, ayant développé des racines qui lui sont propres, elle peut se suffire à elle-même. Comme le bouturage, le marcottage est une opération plus horticole que forestière en raison des soins qu'il exige.
23. Le drageon. — Les racines de certaines essences peuvent émettre des rejets qui percent le sol et donnent naissance à des sujets qui deviennent indépendants delà souche mère. Ces rejets se nomment drageons. Les essences principalesqui se renouvellent par drageons sont Forme, l'aune, le peuplier blanc, le peuplier tremble.
24. Choix du mode de repeuplement. — Des cinq procédés de repeuplement qu'on vientde signaler, les plus usités sont le semis et la plantation.
On a beaucoup discuté et on discutera longtemps encore sur les avantages et les inconvénients de ces deux procédés. Les semis et les plantations ont des partisans chaleureux comme des ennemis systématiques; nous ne sommes ni des uns ni des autres. En pareille matière, l'esprit systématique, imbu des idées trop abstraites de la théorie, ou s'appuyant sur des expériences locales ou incomplètes, est à rejeter avec soin.
On conçoit en effet que dans une question de cette nature il peut se présenter un grand nombre de solutions différentes à l'avantage, tantôt du semis, tantôt de la plantation.
Nous nous bornerons à indiquer les opinions diverses sur cette matière; et nous signalerons, quand Toccasion s'en présentera, le mode préférable à suivre dans des circonstances déterminées.
25. En Allemagne au siècle dernier et au xix" siècle. — En Allemagne, terre classique de la sylviculture, on préférait, au siècle dernier, sur les préceptes des maîtres, le semis à la plantation*
Johann Gottlieb Beckmann, le forestier le plus distingué de l'Allemagne en 1756, signalait le système des semis comme le seul capable de donner de bons résultats, et le préeonisaii comme le seul moyen de régénérer les forêts ruinées. Il s'exprime ainsi, dans ses Essais et Expériences, sur la nécessité de faire des semis forestiers- « Que faut-il penser des plantations? Pas grand chose de bon, et en ce qui concerne les résineux, elles sont impraticables. » (Ghap. IV
Cette opinion était tellement ancrée dans les esprits que Gotta préconisait encore, il y a quarante ans, dans son Traité de culture forestièrcyle mode de repeuplement par voie desemis. « Gomme les repeuplements en grand sont d'une exécution plus facile par voie de semis que par voie de plantations... nous pensons qu'il convient de donner la préférence au premier de ces deux modes. »
26. L'opinion classique actuelle en frange. —En France, la faveur eet actueltement à la plantation. Les auteurs forestiers qui se sont occupés de cette question considèrent ce mode comme présentant, la plupart du temps, des chances de réussite plus assurées que le semis. Ils n'entendent toutefois nullement repousser celuici d'une manière systématique, et proclament la nécessité de varier les procédés de culture suivant les conditions de sol et de cli mat de chaque contrée.
G'est aussi notre avis.
27. Les partisans du semis. —Les partisanw du semis prétendent que ses procédés se rapprochent de ceux de la nature. On ne saurait mieux faire qu'en l'imitant.
Ge raisonnement n'est pas juste. Les graines tombées naturellement sont dans des conditions bien plus favorables que celles recueillies sur les arbres, transportées au loin, et répandues par la main de l'homme sur un sol souvent défavorable à la germination-
36 PRLNCIPES GÉNÉRAUX DES REPEUPLEMK.XTS ARTIFICIELS
Les semis naturels trouvent au contraire un sol préparé pour leur réussite.
On ne peut pas d'ailleurs semer aussi abondamment que le fait la nature sans engager d'excessives dépenses.
Les graines courent de nombreux dangers jusqu'au moment de leur germination. La nature permet à celles qu'elle répand de résister plus énergiquement à ces dangers, en protégeant d'une manière plus efficace leur bonne conservation et leur faculté germinative.
On ne saurait donc valablement établir une relation entre les semis naturels et les semis artificiels.
28. La plantation est plus expéditive. —Les progrès introduits dans l'art des plantations depuis cinquante ans ont singulièrement modifié les idées jusque-là en honneur en faveur du semis; de telle sorte qu'aujourd'hui le premier mode peut être considéré à la fois comme plus expéditif , plus sûr, plus économique, pour créer des peuplements complets dans les vides et clairières des forêts.
La plantation est plus expéditive ... on profite en efïet de plants d'un certain âge, ce qui avance d'autant l'âge du peuplement futur. Il est vrai qu'il a fallu préalablement les élever en pépinière ou les récolter en forêt, ce qui suppose une certaine prévoyance qui n'est pas nécessaire en matière de semis.
D'autre part, on est fixé rapidement sur le succès de la plantation ; et les regarnis, s'il en est besoin, peuvent être faits utilement dès l'année suivante. Pour les semis, on ignore souvent pendant quatre, cinq et même six ans, si l'opération est complète. On ne peut revenir qu'après un assez long intervalle pour compléter le peuplement.
29. La plantation est plus sure. — La plantation est plus sûre ; ce qui veut dire qu'elle a, moins que les semis, de dangers à redouter.
Les plants employés ont une origine connue, on peut très facilement constater leur bonne qualité. Il n'en est pas do même des graines.
Les propriétaires forestiers sont en efîet obligés la plupart du temps de s'adresser au commerce pour se procurer les semences dont ils ont besoin; car leurs forêts ne sauraient leur fournir chaque année la quantité réclamée par les besoins de chaque localité. Or le commerce est assez indifférent à l'origine des semences qu'il fournit, il ne peut souvent contrôler cette origine même; souvent il ruélange de vieilles semences restées sur le grenier à celles ré-
collées dans Tannée. On doit s'estimer fort heureux quand les graines qu'on achète sont réellement de bonne qualité.
Supposons-les telles. Supposons le semis fait suivant toutes les règles et avec toutes les précautions nécessaires. Une ondée abondante, une longue sécheresse, quelques rayons trop vifs de soleil pendant la germination, une tardive gelée, peuvent mettre à néant le semis en espérance.
Si le semis a levé, s'il a échappé aux souris et aux oiseaux, les plantes parasites peuvent se multiplier en telle abondance (qu'elles Tétouffent sans merci. Couper cette végétation exubérante et gênante, c'est engager une dépense excessive, irréalisable même, si les surfacesensemencées sont considérables, sansparler du danger de couper en même temps bon nombre déjeunes plants. Aussi les herbes restent-elles le plus souvent, et le semis est en partie étouffé.
Dans les terres moins sujettes à se gazonner, c'est le déchaussement qui atteint le semis et en compromet la réussite. Ce danger est redoutable en montagne et sur les sols calcaires.
Si la pente est rapide, la préparation plus étendue que le semis nécessite, expose les terres h des éboulements dangereux qui mettent le semis à néant.
30. Les dangers de la plantation. — Sans doute, les plantations
ont aussi leurs dangers, comme les gelées tardives, la dent du gi- ,
hier de toute espèce, les mulots Toutefois un plant bien /
constitué de deux ou trois ans se guérit assez bien de ces blés- ! sures. Le jeune plant qui n'a que quelques mois d'existence dépérit et meurt.
Parmi les ennemis les plus dangereux des plantations, on doit citer les hylobes, le hanneton, sa larve le ver blanc. MaiA ce sont là à peu près les seuls dangers réels que les plantations aient à courir. Les semis d'ailleurs n'ont pas moins à souffrir qu'elles de phénomènes naturels météoriques et des ravages des animaux dont nous avons parlé.
Sur les espaces restreints des pépinières, les semis artificiels sont surveillés avec soin et mis à l'abri dos dangers de toute sorte signalés plus haut. Sur de vastes espaces, ces soins assidus ne pourraient leui' être donnés pratiquement.
31. La plantation est plus économique. —Longtemps les dépenses des plantations ont paru excessives, parce qu'on employait des plants trop âgés et en trop grand nombre sur un es-
pace donné. Aujourd'hui, les plants de deux à trois ans, et même d'un an, paraissent très suffisants, sauf en ce qui concerne certaines espèces délicates, telle que le sapin et le hêtre. L'éducation des plants est aussi plus facile, leur mise en terre moins chère, leur réussite plus assurée. On n'est dès lors obligé qu'à en employer le nombre strictement nécessaire pour couvrir convenablement le terrain.
Quand on sème, on emploie toujours plus de graine qu'il n'est peut-être nécessaire, dans l'incertitude où l'on est de la qualité de la semence. Si la graine est bonne, le semis trop dru peut être exposé à languir.
S'il se produit des vides dans le semis ejffectué, il faut les repeupler par voie de plantations de remplacement dont le prix est très élevé, surtout si les vides sont disséminés, irréguliers, et s'il faut revenir plusieurs fois sur le même point. En fin de compte, on a souvent constaté que le coût de l'ensemencement primitif, augmenté de celui des regarnissages partiels et successifs, peut dépasser notablement la dépense qu'on aurait faite en reboisant tout d'abord par voie de plantation.
32. Avantages des semis. —Si on veut recouvrir en peu de temps de vastes surfaces, si la saison favorable est de courte durée, si les bras font défaut, le semis peut rendre des services plus immédiats et être plus économique dans ime circonstance donnée, surtout si la semence est à bas prix. 11 peut arriver aussi qu'à un instant donné on n'ait pas à sa disposition un nombre suffisant de plants. En attendant la production des pépinières qu'il aura installées dans une forêt, le sylviculteur pourra recourir aux semis, ne fût-ce qu'à titre d'expérience, et pour se rendre compte de la dépense comparative.
Les praticiens constatent que les semis manifestent la plus grande vigueur de végétation dans les terrains à surface couverte de débris de pierres qui, au premier aspect, semblent des plus infertiles. Ce succès tient à l'abri fourni au sol contre le tassement, ce qui favorise et conserve son ameublissement et, par suite, sa fraJcheur relative.
Les essences à fort pivot et à faible chevelu, telles que le chêne, le châtaignier, le pin laricio, éprouvent des difficultés dans leur réussite quand elles sont employées par voie de plantation. La reprise des plants est difficile, la préparation du sol est coûteuse. Ici l'avantage est généralement au plant de semis, qui stationnaire dans les premières années, pousse au bout de cinq ou six ans une tige vigoureuse. Encore faut-il un abri au jeune chêne, sur les
sols secs, dénudés, et aux expositions chaudes. Le mélange avec les pins fournit cet abri.
33. Cas ou le semis ne peut être appliqué. — Nous résumons ci-après les cas assez nombreux dans lesquels le semis ne saurait être adopté sans danger dans les vides et clairières des forêts :
1» Sur les sols légers, crayeux, calcaires, humides, partout où le déchaussement du jeune plant serait inévitable.
2° Sur les sols facilement envahis par les plantes parasites qui étouffent les jeunes plants.
8° Sur les pentes trop abruptes où la culture trop étendue du sol serait un danger pour les éboulements.
4» Dans les climats trop rudes pour certaines essences, dans la jeunesse.
5» Dans les lieux exposés aux gelées trop tardives.
6° Quand on emploie, à Tétatpur, une essence qui a absolument besoin d'un abri dans la jeunesse.
7° Dans les travaux de regarnissage.
8° Lorsque la semence est rare et d'un prix très élevé.
9° Lorsqu'on veut composer unpeuplement de certaines essences dans des proportions déterminées.
Nous avons dit plus haut les cas dans lesquels le semis doit être préféré.
Nous répétons encore que, tout en signalant les inconvénients du procédé par semis, nous n'entendons nullement l'exclure d'une manière systématique, parce que, dans la pratique, beaucoup de ces inconvénients peuvent disparaître.
84. L'emplacement des pépinières. — Une des graves objections qu'on peut opposer au système des plantations est tirée des dangers que courent les jeunes plants depuis l'instant où ils sont extraits du sol de la pépinière jusqu'à l'instant où ils sont mis définitivement eu terre. Mille précautions sont nécessaires pour conjurer ces dangers ; et, quand la distance de transport est grande, il en résulte de notables ftais.
Le moyen d'obvier à ces inconvénients est d'établir les pépinières à proximité des terrains à repeupler. Quand un propriétaire se décide à repeupler les vides do sa forêt par voie de plantation, il a donc intérêt à établir dans cette forêt môme une pépinière locale destinée à alimenter les chantiers de repeuplement voisins.
Cette question sera traitée en détail au chapitre VL