‹ Essai sur les repeuplements artificiels et la restauration des vides & clair�eres des for�etsChapitre 32 sur 150 · I. Le chêne rouvre · texte numérisé non relu

I. Le chêne rouvre

2. Fructification du chêne rouvre. — Le chêne rouvre provenant de brins de semence devient fertile vers l'âge de 50-80 ans, félon les climats, et selon son état d'isolement. Les rejets de souche portent fruit dès l'âge de 23-30 ans. Un sol sec hâte la Cructiflcation.

Les glandécs sont généralement bisannuelles ou trisannuelles, sauf dans le Nord et l'Est de la France où Ton observe des intervalles de 4, 6, 8 et même 10 ans entre deux glandées consécutives. Cette intermittence provient des gelées printanières qui se font sentir souvent aux mois d'avril et de mai, et qui détruisent les ileurs dont l'apparition a lieu précisément à cette époque.

Le gland mûrit et tombe au mois d'octobre de l'année môme do la floraison. 11 est lourd et s'écarte peu, dans sa chute, de l'arbre qui le produit.

Quand on récolte des glands, il est important de. pouvoir constater s ils appartiennent bien à Tespèce rouvre. Les glands de «ette espèce sont sessiles, c'est-à-dire attachés sur le rameau ou du moins sur un axe très court, autour duquel ils sont groupés par bouquets de 3, 4, 5, 6. Les glands du chêne pédoncule sont, au contraire, suspendus au nombre de 1, 2, 3, à un 'pédoncule ou axe commun assez long.

' 3. RÉCOLTE DES GLANDS. — La chutc OU disséminatiou des glands a lieu à la fin de septembre ou au commencement d'octobre. La récolte doit s'en faire au fur et à mesure de la chute, parce que les gelées pourraient les endommager, si on attendait trop longromps. Mais on doit aussi éviter de ramasser les premiers tombés, parce qu'ils sont ordinairement piqués des vers, ef par suite impropres à la germination. Ils peuvent cependant servir à la nourriture des porcs, tant que leur amande n'est pas entièrement consommée. On fait la récolte par un temps sec, le plus possible. On a soin de

ÉTIDE DES GHAINES DES PUÏXGIPALES ESSENCES FORESTIERES 51

choisir les glands les plus gros, les plus pesants, les plus colorés, et de ne les ramasser que sous les arbres de l'espèce qu'on veut multiplier, comme il a été expliqué plus haut. Le meilleur moyen d'avoir de hons glands, c'est de faire la récolte sous les plus beaux arbres exposés à l'air ou au soleil. Les sujets étiolés ou dominésdonnent des semences vaines

Lorsque la chose est possible, on peut gauler doucement les branches, après la chute des premiers glands, et étendre des draps de grosse toile sous les aibres pour recevoir les semences.

Si les glands doivent être semés à l'automne même, ce qui est préférable, il importe de les transporter aussitôt après la récolte dans des lieux aérés, frais et secs, où on les étend de suite sous de faibles épaisseurs. On les remue une ou deux fois par jour, jusqu'à ce qu'ils soient bien secs. Alors on peut en former des tas de 30-40 centimètres d'épaisseur qu'on laisse dans cet état jusqu'au moment de leur emploi ; mais si cette époque était encore éloignée, il serait utile de visiter les glands de temps en temps, pour s'assurer s'ils ne germent point; et dans le cas où la germination menacerait, il conviendrait de les remuer tous les jours. Grâce à ces précautions, les glands ne peuvent ni s'ochauirer, ni germer, ni geler.

4. Conservation des glands. — Lorsqu'on est obligé d'ajourner les semis de glands au printemps, il y a lieu de prendre des précautions spéciales pour les conserver. Cet ajournement peut être justifié par divers motifs : la présence des sanghers, mulots, lapins, blaireaux et autres animaux qui dévorent les glands dans la terre pendant l'hiver^ les gelées qui feraient périr les jeunes plants s'ils levaient trop tôt au printemps; la grande humidité du terrain qui ferait pourrir les glands pendant l'hiver.

.5. Les tas coniques. — Un premier procédé consiste à choisir dans un lieu clos un sol bien sec qui reçoit une couche de feuilles sèches d'un pouce (0 m.027) d'épaisseur. Sur ce lit on place les glands bien secs par tas coniques d'un mètre de hauteur. On recouvre ces pyramides de 3 couches ayant les épaisseurs suivantes :

Feuilles mortes 33 centimètres,

Mousse sèche IG —

Paille IG —

Le tout est recouvert d'un chapeau on paille semblable à celiti qui garnit les meules de grain dans les campagnes. Il sera prudent de visiter le dépôt de temps en temps, pour sas-

surer si les mulots n'endommagent pas les glands, et pour tendre des souricières, s'il en est besoin.

Au commencement du printemps, on retrouve les glands parfaitement conservés; cependant il ne faut pas trop tarder à les employer, parce que la température devenant plus diaude ferait germer les glands et affaiblirait la pousse des jeunes plants.

6. Les fosses ou silos. — On choisit un lieu élevé, parfaitement sec, et qui ne soit dominé par aucune élévation d'où puissent descendre les eaux de pluie; on creuse une fosse de 3 m. de longueur, de 2 m. de largeur et profondeur; on garnit les parois et le fond d'un mur en pierres si on se propose de le faire servir plusieurs fois à la conservation des glands. Mais si la fosse n'est que temporaire, on se contente d'en soutenir les parois par des pieux reliés par des tresses de paille. Dans le fond de la fosse ou silo, on met une couche de paille de 10 centimètres d'épaisseur; puis les glands bien secs sont étendus par couches de 33 centimètres alternant avec des couches de même épaisseur de menue paille et de feuilles sèches. Ainsi remplie, la fosse est recouverte de planches, puis d'une butte de terre bien tassée et assez épaisse pour arrêter le froid et l'humidité.

7. La conservation dans l'eau. —On peut remplir de glands des caisses ou des tonneaux percés de petits trous et plongés dans l'eau, à l'abri de la gelée . Au printemps, on retire le tonneau, et on trouve les glands bien conservés et très propres à germer. L'expérience souvent répétée prouve, contrairement à l'opiiaion de certains auteurs, que les glands conservent dans l'eau leur faculté germinative. 11 parait même qu'on peut conserver les glands dans une caisse ou un tonneau clos que l'on enfonce profondément dans l'eau.

8. Lits de sable. — On stratifié les glands par couches en mélange avec du sable ou de la terre sèche dans un endroit sec et frais, soit grenier, soit hangar. On visite les glands de temps en temps; on les arrose si on les voit se dessécher; on les sème dès le mois de février si on voit, au contraire, les radicules et racines apparaître prématurément.

9. Fosses avec lits de sable. — On peut choisir, surtout si l'année est sèche, un milieu élevé où les eauxne puissent se rassembler. On y ouvre des fosses de i m. 30 de profondeur, et on y dépose les glands mêlés par lits avec ^u sable sec. On forme sur

ces dépôts des buttes de terre, en employant telle retirée des fosses, et on recouvre ces buttes avec des bruyères, genêts et autres plantes ou herbes sèches, pour empêcher la pénétration de rhumidité.

Si le terrain est sablonneux, on peut se borner à faire une fosse de 2 n^ de profondeur, à y jeter les glands après qu'ils ont sué, et à les couvrir ensuite d'une couche de 2 m.-l m. 50 de sable.

Enfin on peut, dans une fosse de 1 m. 30- i m. 60 de profondeur, placer au fond une couche de glands de 5-6 cent, d'épaisseur, puis une couche de terre, puis une couche de glands, et ainsi de suite. Lorsque le trou est rempli à m. 15 près du niveau du terrain, on place sur le dernier lit une couche assez épaisse de feuilles de houx ou de jonc hachées, pour écarter les taupes et les mulots. On jette par-dessus de la terre qu'on dispose en talus, et qu'on fait bien battre avec des pilons. Enfin on recouvre la butte de terre avec des herbes sèches ou du chaume, pour la garantir de l'humidité.

10. Conservation a l'air libre. — - Si on choisit une aire à battre le grain, bien sèche et bien ferme, située à l'exposition du midi, on peut y conserveries glands à la condition do les remuer et éplucher souvent, en séparant ceux qui se gâtent, et en mettant ceux qui sont restés sains entra des lits de paille, de grains, etc.

Si on dispose do vastes chambres, on étendra les glands sur les planches en les couvrant de paillassons, en ayant soin de les remuer souvent^ et de chauffer doucement pendant les grands froids.

Si l'espace fait défaiit, on établit des planchers étages dans les greniers restreints dont on dispose. Les glands sont étendus en couches minces de 10 centimètres; on les remue avec des pelles •en bois assez souvent pour les aérer et empêcher leur fermentation ou leur échauffement. Ce procédé suppose un climat sec.

11. Choix d'un procédé de conservation.— Nous avons indiqué à «dessein un grand nombre de procédés de conservation des glands. On conçoit qu'il faut un grand discernement pour choisir suivant les circonstances celui qui présente le plus de chances de succès, en ■évitant à la fois le dessèchement et la fermentation.

Desséché, le gland a perdu toute vitalité. D'autre part, la substance féculente qui le compose, et dont l'état d'agrégation est peu avancé, se transforme aisément en matière sucrée sous l'influence d'une légère humidité et de la moindre température (3-4 degrés au-dessus de 0°), et détermine une germination asticipée. Placés fious Teau, ils se trouvent exposés à fermenter par suite d'élévation

do la température; alors, au lieu de germer, Ils se transforment en produits acides noirâtres (acide humique), et tombent en pourriture.

12. ExAMÇN DES GLANDS.— Il est donclndlspensable, avant d'employer des glands, do s'assurer de leur qualité, surtout si on les a conservé pendant l'hiver. Dans ce but, on ouvre quelques glands et on reconnaît qu'ils sont propres aux semis s'ils ne sont point piqués des vers, si les lobes ont conservé leur suc et leur couleur jaunâtre, si l'enveloppe cornée du gland n'est pas détériorée, et si la radicule qui pousse vers la pointe est saine et fraîche.

Mais si les glands sont piqués des vers, s'ils sont durs ou desséchés, si l'amande est brune, bleue, ou noire, s'ils sont moisis, ils ont poussé des racines déjà longues, la faculté germinative est détruite.

On a souvent indiqué le moyen suivant pour juger la qualité des glands : on les jette dans un vase rempli d'eau ; ceux qui tombent au fond sont bons pour la plupart, ceux qui surnagent sont mauvais.

Enfin on, en juge par le poids. Un litre de glands de bonne qualité doit peser à peu près 550-600 grammes. On en compte 250 au litre, et 450 au kilo environ.

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