ÉPOQUE DE LA PREPARATION DES BUTTES. — NOUS aVOUS dit
(§ 26 ) que la préparation des tas de terreau devait avoir lieu veis
les mois d'août à octobre, et que l'intervalle entre cette préparation et l'emploi du terreau variait de six mois à dix-huit mois ( § 30 ). Le choix do la saison se trouve ici commandé par l'époque préférée pour le buttage, qui est le printemps. Si on était obligé de planter en automne, il faudrait néanmoins préparer le terreau un an à l'avance.
La nécessité d'employer du terreau proparé quelques mois à l'avance ressort de ce fait que ce terreau doit être très meuble et assez ressuyé pour revêtir les racines. On compromettrait la réussite des jeunes plants en n'employant que du terreau boueux et d'une cohésion trop grande. Les buttes, au lieu do s'imprégner facilement des exhalaisons terrestres et de conserver leur fraîcheur, se dessécheraient à l'arrivée d'un temps chaud et sec, et se durciraient comme des masses cuites au four, au milieu desquelles les racines seraient comme encastrées. Les buttes solidifiées tiendraient comme captifs des plants étiolés qui mourraient si la pluie se faisait attendre, ou qiii tout au moins resteraient languissants pendant plusieurs années.
35. ÉPOQUE DE LA PLANTATION. — Pour choisir l'époque la plus favorable à la plantation en général, il faut tenir compte avant tout des circonstances locales, et se mettre en garde soigneusement contre les idées préconçues et les principes trop absolus.
« On a beaucoup discuté et écrit sur le choix de la saison à préférer pour la plantation des résineux. Les partisans de l'automne ont cité des résultats indiscutables, ceux du printemps n'ont pas manqué d'arguments irréfutables, ce cpii démontre surabondamment que chacune de ces opinions peut être admise suivant les circonstances locales qui se présentent et qui dominent toute la question. » (Demontzey, 230).
En théorie, on peut transplanter en toute saison, en ayant grand soin d'abriter la plante contrôles rayons solaires et d'entretenir avec soin la fï-alcheur de sa tige et de ses racines.
30. Automne et printemps. — Mais les précautions multipliées qui en résultent ne peuveni être prises en grand, quand il s'agit de plantations sur de vastes étendues; la dépense serait d'ailleurs trop élevée, et les risques à courir trop considérables. Ces travaux doivent dès lors être effectués dans la saison où l'évaporation des feuilles n'est pas h craindre, c'est-à-dire depuis le moment où survient la chute des feuilles, eu automne, Jusqu'à celui où les bourgeons se gonflent au printemps. Dans cet intervalle^ il faut encore supprimer la période des gelées qui ne permettraient
pas la mise en terre des plants dont les racines pourraient aussi souffrir ; H faut do même éviter le moment des grandes pluies qui convertissent la terre en boue et empêchent de la bien disposer autour des racines.
Il faut donc choisir entre Tautomne et le commencement du printemps. Dans les climats doux,comme la région méditerranéenne, par exemple, on peut travailler presque tout Thiver là où la neige n'existe pas et où les gelées ne sont pas à redouter.
37. Plantations d'automne. — Les avantages que peut présenter la plantation d'automne, notamment dans les terres légères et sablonneuses, sont les suivants :
A cette époque de Tannée, quand le soleil s'élève déjà moins audessus de l'horizon, mais conserve encore assez de force pour maintenir l'activité de la sève, les plants ont moins à souffrir après leur extraction, parce que l'évaporation est moindre dans cette saison qu'en toute autre.
Le chevelu, organe d'absorption par excellence, supporte dès lors le contact de l'air avec moins de dommage.
Mis en place, le jeune plant subit un tassement des terres régulier sous l'influence des premières pluies. L'humidité se maintient; et si la température pendant cette saison et pendant l'hiver est douce, le plant commence à pousser du chevelu, ce qui lui assure une reprise plus précoce à l'époque où la végétation 'se remet en mouvement.
Voici maintenant les inconvénients :
Cette reprise trop précoce au printemps peut devenir funeste si des gelées tardives viennent à se produire.
D'autre part, les gelées de l'hiver et du printemps peuvent soulever les plants mal ou peu enracinés, et les expulser en quelque sorte de leurs trous. C'est ce qui arrive souvent pour de jeûnes sujets, qui courent ainsi le risque d'être entièrement déchaussés au moment du dégel.
38. NÉCESSITE d'un climat humide. — « On conçoit dès lors (Demontzey, 230) que les partisans de la plantation d'automne peuvent avoir raison dans les contrées où le climat généralement humide permet au sol de n'être pas sec à la lin de l'été ou au début de rauiomne, à une époque où les jeunes plants se trouvant encore en végétation peuvent émettre de nouvelles racines et prendre, pour ainsi dire, possession de leur nouveau terrain avant que les froids, toujours moins précoces dans ces régions, soient venus surprendre et arrêter le cours de leur végétation. »
LES l'Î.A.NTATU N.S FORESTIÈRES EN GÉNÉRAL 221
39. Plantations de printemps.— Les avantages que peut présenter la plantation de printemps sont les suivants :
Dans des terrains frais et humides, dans des terrains légers mais facilement arrosables, dans un climat pluvieux, la réussite est assurée sans qu'on ait à redouter les effets désastreux des gelées dont nous venons de parler. Dans ces conditions, le printemps est préférable à Tautomne, par cette raison que les plants ne restent pas aussi longtemps au repos; leurs racines s implantent immédiatement dans le sol, l'interruption de vie est moins longue.
Mais si le temps est au hâle au moment de l'extraction des plants, alors que leurs racines sont exposées à l'air, celles-ci peuvent se dessécher, et elles reprennent alors plus difficilement. Cette reprise est encore plus compromise si une saison aride et brûlante se produit après la plantation, et si le terrain est par nature exposé au dessèchement.
40. Cas des hautes régions. — On le voit, la question ne saurait être tranchée nettement, et nous nous garderons bien de conclure en faveur de l'une ou de l'autre des deux saisons. Ajoutons qu'on n'a pas toujours le choix. Dans les hautes régions, il s'écoule souvent un intervalle de temps fort court entre les sécheresses chaudes de l'été et les grands froids qui amènent la chute des neiges. On doit en profiter, si la chose est possible, surtout dans la région alpine, quand une certaine humidité se manifeste à la fin de l'été. Dans ces conditions, on peut planter, mais pendant un très court espace de temps, le pin cembro, l'épicéa et le mélèze.
Là et ailleurs, au printemps, les neiges fondent tellement tard que la végétation est depuis longtemps en mouvement quand le terrain à planter se trouve libre.
La plantation du printemps est dès lors impossible.
Ai. Saison des plantations en butte. —M. de Manteuffel dit qu'on peut planter en butte en toute saison ; maisU donne laprérence à la plantation faite de bonne heure, au printemps, pour les motifs suivants :
1^ A l'automne, on se procure difficilement le terreau substantiel nécessaire à la formation des buttes. Le plus souvent on est obligé d'employer à cet effet le terreau naturel.
29 La décomposition du gazon recouvert par les buttes influe sur la bonne venue des plants. A l'automne, ce travail de décomposition se trouve arrêté ou affaibli, et celui des racines se trouve retardé et même annulé dans la même mesure.
3® Pendant la mauvaise saison, le terreau se tasse à un degré tel qu'au printemps les tièdes vapeurs terrestres ne peuvent se répandre dans l'intérieur des buttes en pleine liberté.
Il faut ajouter que le système par buttes permet de commencer les plantations de très bonne heure, sans craindre les grandes pluies. Dans le cas des trous, il faut attendre que ceux-ci ne soient plus des réservoirs d'eau, ce qui arrive à la première averse violente. En plantant de bonne heure, on emploie des plants dont les racines ne sont pas encore en activité, et ont par suite moins à redouter les dangers du soleU et du hâle de printemps.
42. Conclusion. — Disons, en terminant, qu'à part les conditions locales à prendre en considération, on doit, par suite de la pénurie de la main-d'œuvre, répartir souvent les travaux de plantations entre les deux saisons. Les soins donnés aux plantations, l'ameublissement donné au sol, les précautions prises pour l'extraction et le transport des plants, etc.. permettent de combattre les influences contraires dues, suivant lés cas, à l'une ou l'autre saison. Si l'homme est en eSet impuissant à modiûer les conditions du milieu dans lequel il se trouve, n lui est permis et même commandé de demander à la science et à l'expérience les moyens de neutraliser en tout ou en partie les actions adverses résultant de ces conditions mêmes.
43. Une crrATioN importante. — Nous ne terminerons pas l'examen de la saison la plus favorable aux plantations sans citer l'opinion d'un praticien consommé (Demontzey, 231) :
« Pendant les vingt-quatre ans que nous avons dirigé dee travaux de reboisement dans les climats les plus divers, depuis les plus chauds de l'Algérie jusqu'aux plus froids des Alpes, nous avons pu constater maintes fois, par des expériences tentées souvent sur une très ^ande échelle, le bien fondé de cette préférence donnée au printemps sur l'automne : il ne nous a jamais été donné d'obtenir le moindre résultat sérieux et concluant de la part des plantations d'automne, tandis que c'est par bien des dizaines de millions de sujets formant aujourd'hui de grands massifs que se sont manifestés les avantages de la plantation de printemps. »
44. Plants propres a la plantation. — On peut se reporter au chap. VI (§ 2, 3, 4) pour connaître la distinction entre les hautes, moyennes, basses tiges, et pour se renseigner sur les âges que doivent avoir les plants des diverses essences pour être propres à
r.ES PLANTATIONS FORESTIÈRES EN GKXÉRAL 223
la plantation. Voir aussi sur ce sujet, à l'article repiquage (chap. VI, S 60 et ôl).
Nous rappellerons seulement qu'un plant, quel que soit son âge, doit, pour présenter les meilleures chances de reprise, avoir des racines fraîches, unies, qui ne soient ni rompues, ni endomipagées en aucune manière; plus les racines sont nombreuses, mieux la reprise est assurée.
Les plants reprennent d'autant mieux qu'ils sont plus jeunes, la jeunesse variant de un an a trois, à quatre ans suivant les essences. C'est dire que les basses tiges sont d'un usage presque général. Les moyennes tiges viennent ensuite. Les hautes tiges sont l'exception.
45. Plants isolés. Touffes et mottes. — Quand les sujets sont bien constitués et vigoureux et qu'ils ont plus de un à deux ans, on peut peut les planter par pieds isolés.
Mais si on emploie des plants au-dessous de cet âge, comme on conseiUe de le faire pour l'épicéa, le pin sylvestre, le hêtre, il y a souvent avantage à associer les brins par touffes de 2, 3, 4, 5, 6, dans la même place, trou ou butte. C'est le système de plantation par touffes. Nous dirons plus loin, en traitant de l'extraction des plants Q 49), comment on doit procéder à cette extraction quand les brins doivent être plantés d'après ce système. On les emploie en mottes, c'est-à-dire que les racines des brins destinés à rester unis ne sont pas séparées les imes des autres ; la motte de terre qui les unit reste adhérente et est mise en place avec les plants eux-mêmes.
46. Avantages des touffes. — Les avantages de oe système sont les suivants:
1° Plusieurs brins réunis en une touffe permettent plus difficilement à la terre de se détacher des racines^ soit dans l'extraction, * soit dans le transport. Les racines se trouvent dès lors mieux pro* tégécs contre l'influence de l'air et de la chaleur, et cette protection est souvent d'une importance capitale pour la reprise des sujets plantés.
2^ Les touffes couvrent plus rapidement et mieux leur pied qu'un plant isolé. La reprise d*un des brins, au moins, est assurée.
3^ Dans une même touffe, le brin le plus vigoureux s élève bientôt au-dessus de ses voisins. Après quelques années, les tiges dominantes forment seules le massif ; les autres constituant le 80U8-étage tombent dans la première éclaircie dont l'exécution est facile et ne donne lieu à aucune hésitation.
40 L'expérience a prouvé que dans le sols les plus ingrats, aux expositions les plus défavorables, où tout autre mode de repeuplement avait été vainement tenté, les plantations par toiiffes avaient parfaitement réussi.
Ce système, employé depuis longtemps en Allemagne, notamment dans la chaîne montagneuse du Hartz, a été appliqué avec un plein succès à l'épicéa. (Voir Annales forestières, année 1845, page 329).
Dans son Cours de culture des bois (4* édition, 1860), M. Parade le recommande ainsi : « Ce mode de plantation que nous avons nous-même pratiqué sur une assez grande échelle et avec différentes essences (pin sylvestre, épicéa, sapin) nous a toujours très bien réussi. Nous pouvons donc le recommander avec conâance.^
47. Les touffes sur les terrains en pente. — Dans son Étude sur les travaux de reboisement, M. Demontzey (page 227) signale les avantages des touffes. Nous citons textuellement :
« C'est par touffes que s'exécute le plus souvent la plantation. Ce mode présente le double avantage d'être le plus économique et le plus sûr de tous ceux employés.
«D'mie part, en effet, il augmente considérablement les chances de succès d'une plantation et épargne ainsi de nombreux regarnissages, non seulement coûteux et souvent difûciles, mais encore dangereux pour les plants qui ont végété à cause du passage des ouvriers sur des pentes souvent très fortes.
« D'autre part, il permet d'espacer davantage les plants et par suite de diminuer la dépende à l'hectare. Car toutes les touffes forment au début une sorte de petit massif dans lequel les plants se soutiennent mutuellement, ce qui leur permet d'attendre plus longtemps et sans danger le moment où le massif général se constituera par le contact de leurs branches développées. »
48. Objections faciles a réfuter. — Et Fauteur de V Étude sur le reboisement continue ainsi:
« On a fait à ce mode l'objection que si les plants ainsi réunis en touffes venaient à pousser tous également, ils ne tarderaient pas à s affamer mutuellement et à produire des arbres grêles, incapables d'une longue durée. Â cette objection l'on peut répondre d'abord que la touffe n'implique pas nécessairement un grand nombre de plants, et que dans les Umites que nous posons, c'est-à-dire de 2 à 4 pl£mts par touffe, ce danger devient illusoire.
« Mais, bien plus, un!e longue expérience a démontré l'inanité de ces craintes, dans le cas où le nombre de plants demeure ainsi
limité dans la touffe. Il est rare, en effet, que 2, 3 ou 4 plants poussent, dès le début, avec une vigueur identique; le plus souvent Tun d'eux prend le dessus, et quand le massit général se produit, il demeure seul. D'autre part, bien souvent, un seul plant, deux au plus, reprennent avec vigueur; les autres viennent à mourir soit immédiatement après la plantation, soit un an après, de sorte qu'en dernière analyse, on se retrouve dans les conditions de la ^plantation par brins isolés, mais avec des chances de réussite bien plus complètes. Enûn il serait toujours facile d' obvier à peu de lirais à l'inconvénient d'une égale pousse, s'il venait à se manifester. »
Les citations qui précèdent ont une grande autorité et permettent de recommander avec sûreté le système des touffes >
49. Extraction des plants. -> Quand les plants à employer ont été choisis, on doit procéder à leur extraction, soit en pépinière, soit en forêt. En pépinière, s'il s'agit de plants non repiqués, on procède coi^ime il a été dit (chap. VI, § 62); s'il s'agit de plants repiqués, on doit se reporter aux conseils donnés déjà (même chap., S 70). On doit en tout cas faire en sorte de ménager le plus possible les racines et les tiges.
. Les petits brins peuvent être arrachés à la main dans ime terre meuble et fraîche. Mais il vaut toujours mieux les extraire au couteau ou avec une petite pioche.
Les tiges plus fortes sont extraites au moyen de l'ouverture d'une tranchée parallèle au premier sillon. Avec la bêche, on détache les plants par mottes, en les soulevant un peu, et on les renverse doucement dans la tranchée de telle manière que la terre reste adhérente aux racines.
Quand û s'agit d'extraire des plants à employer par touffes, on , découpe les mottes de terre qui entourent les racines en morceaux de 0. 10 de longueur environ, et on manie ces morceaux avec précaution, afin que la terre reste adhérente aux racines.
Pour les hautes tiges, on creuse autour de l'arbre une petite fosse à une distance convenable pour lui laisser les racines nécessaires. Puis avec une bêche bien tranchante on coupe les racines latérales, et on atteint obliquement le pivot. Il faut éviter de donner à l'arbre une direction inclinée, ou de l'arracher avec effort avant d'en avoir détaché toutes les racines.
50. Conseils pratiqlisspouri/kxtraction. — Les règles suivantes doivent ètrei prises en considération dans l'extraction des plants:
par voie de recepage, dans la forêt dé Compiègne, témoignenc de refïicacité du procédé, et permettent de le recommander en toute sûreté aux sylviculteurs soucieux du succès des repeuplements c|u'ils entreprennent dans leurs bois.
55. Taille des résineux. — Le recepage ne peut naturellement êtreappliqué aux résineux qui ne repoussent pas de souche. La taille des branches leur est même plus souvent nuisible qu'avantageuse ; elle doit, dans tous les cas, être faite avec une grande prudence et une modération excessive. Les résineux, plus que les feuillus, puisent leur nourriture dans l'atmosphère. Il semble donc nécessaire de ménager les organes destinés à recueillir cette nourriture. Si les sujets sont un peu forts, on leur enlèvera quelques branches, en ayant soin de laisser des chicots, car les plaies faites rez-tronc se recouvrent très mal sur les résineux, et occasionnent fdes écoulements séveux qui affaiblissent l'arbre où altèrent la pureté de ses tissus. En plantant des sujets très jeunes, comme on le conseille (§ 44), on rend la taille des branches inutile.
Hartig cite des éla gages faits avec succès sur de jeunes plants résineux de 0,30-0,60 de hauteur. Mais il a soin de dire qu'un ébranchage complet sur des plants de cette taille a toujours eu des suites funestes. C'est aussi le résultat des observations de Duhamel du Monceau.
56. Transport des plants. — Nous avons traité en détail au cliap. VI les questions du transport des plants (§ 71), disposition en lits (S 72), bottelage (g 73), chargement (§ 74), emploi des caisses ou corbeilles (§ 75, 76), précautions à prendre à Tarrivée (§ 77). Nous n'avons rien à y ajouter.
Qu'il nous suffise de- rappeler que les précautions à prendre ont pour but d'éviter la rupture des racines et des branches, et surtout de prévenir le dessèchement des racines. Les extractions ne doivent avoir lieu qu'au fur et à mesure des besoins, lorsque les plants doivent être employés à proximité des lieux d'origine. Quand on est dans la nécessité de faire voyager les plants, on doit le faire lé plus rapidement possible, et alors leur emballage doit être soigneusement fait. Sur les chemins de fer, la voie accélérée doit toujours être employée.
57. Soins a donner avant la plantation. — Mais ce n'est pas seulement pendant le transport et la mise en jauge, c'est surtout pendant la plantation qu'il convient de protéger les racines contre les effets du dessèchement U arrive trop souvent que les ouvriers
LES PLilNTATIONS FORESTIÈRES EN GÉNÉRAL 229
Chargés de distribuer aux planteurs les sujets destinés aux plantations les portent à la main, dans des tabliers ou des paniers pendant des heures entières, sans se soucier le moins du monde d'abriter les racines Pour éviter cet inconvénient, on doit exiger que les porteurs de plants n'en aient avec eux qu'un petit nombre à la fois, qu'ils répandent sur les racines du terreau humide ou bien qu'ils les couvrent de toiles mouillées et maintenues humides, si l'eau est à proximité.
Enfin, avant la mise en terre, U est bon de visiter encore les plants, afin de les habiller ime dernière fois, et de tailler les racines mutilées dans le transport.
58. Mise en tebrb. Règles oÉNÉRAiES. — Les règles suivantes doivent être suivies pour la mise en terre des plants :
1® Les racines doivent conserver leur position natui^lle; les ra* cines latérales surtout doivent être placées horizontalement.
^ Il faut remplir tous les vides qui se trouvent entre les racines avec la terre la meilleure etla plus divisée, que l'on tasse le mieux possible.
d^ Les tiges doivent être enterrées un peu plus qu'elles ne l'étaient auparavant ( § 20 et 21 ), en tenant compte de la nature de la terre dont le tassement varie avec son état plus ou moins compact, plus ou moins léger, plus ou moins frais.
4« Lorsqu'on en a la facilité, on doit donner au plant ur fort arrosage avant que le trou soit parfaitement rempli, afin que la terre se rapproche bien des racines, et que celles-ci conservent l'humidité convenable. — Dans les plantations forestières, l'arrosage ne peut avoir lieu qu'à titre tout à fait exceptionnel.
5* Si le sol est léger et sec, on doit ménager autour des tiges un petit creux où l'eau des neiges et des pluies puisse s'amasser.
6® Si le sol est humide, au lieu de ménager un creux, on fait une petite butte autour de la tige afin de faciJter l'écoulement des eaux.
7« Les tiges recepées doivent être plantées de manière àefûeorer exactement le niveau du sol.
8<» Si le sol est exposé au dessèchement, on couvre la surface avec des mottes de gazon.
9* Une ou plusieurs pierres placées autour du plant maintiennent la fraîcheur, raffermissent la terre autour des racines et donnent un abri contre les ardeurs du soleil.
59. Orientation des plants.— Certains auteurs estiment qu'il convient d'orienter les arbres lorsqu'on les replante^ et de leur conserver
la même position qu'ils avaient dans la pépinière ondanslaforèt. Ils fondent cette règle sur cefaitquelapartieexposéeaunordestmoins dure que celle exposée au midi, et qu'il est nécessaire de conserver Torientation primitive, sous peine de voir la première partie se gercer si on change cette orientation. C'est l'opinion d'Hartig.
Nous estimons que l'orientation est de peu d'importance, sur> tout pour les Jeunes plants employés pour le repeuplement des vides des forêts.
60. Direction des plants. — La direction à donner aux plants est celle de la verticale. On s'écarte quelquefois de cette règle en plantant très obliquement les plants chétifs ou mal conformés, dans la direction du sud au nord, Ja tige dirigée au nord. 11 se produit alors des bourgeons proventifs au collet de la racine, et une tige nouvelle se forme plus vivante que la première qui se dessèche et disparait bientôt. L'expérience locale fera juger, dans chaque cas particulier, s'il convient de planter obliquement.
61 . Opération de la mise en terre dans les trous. — Appliquons les principes précédents à la mise en terre dans les trous.
Le plant est placé au milieu du trou, sur une couche de bonne terre de 5 ou 6 centimètres d'épajsseur, ou sur les mottes de gazon renversées et brisées menues.
Avec la main, on étend les racines de manière à donner à chacune sa direction naturelle. 11 est essentiel qu'elles posent toutes d'aplomb. Puis on répand la bonne terre végétale, mise à part en creusant le trou de telle manière que les racines en soient entièrement recouvertes. En même temps, on remue un peu la tige en l'élevant et l'abaissant légèrement, afin que la terre se répande dans les interstices des racines. Comme précaution, il est bon d'introduire la main sous les racines pour combler tous les vides qui pourraient encore exister.
On achève de remplir le trou avec les couches de moindre qualité. Tout en répandant la terre sur les racines, on la raffermit avec la main ou le pied, légèrement d'abord, puis de plus en plus fortement, surtout dans les sols légers.
Si le sol est ingrat, on peut se servir de meilleure terre prise dans le voisinage et apportée dans des paniers.
Si le sol est sec, on doit garnir la surface avec des gazons ($ 58) ou des pierres.
62. plantation sur le bord dutrou. — Quand il s'agit de faibles tiges, recepées ou non, l'opération est rendue plus facile en ap*
LES PLANTATIONS FORESTIERES EN OBNéRAL 231
payant le plant contre une des parois du tiou par le côté le moins pourvu de racines. L'ouvrier a le plant dans la main gauche et conserve la msiin droite libre pour étendre les racines en ayant du plant, les garnir de terre et remplir le trou comme il a été dit plus haut.
Pour ces travaux on emploie soit une truelle, soit une petite houe à manche très court. L'ouvrier travaille à genoux s'il est seul. Généralement il y a deux ouvriers par trou, l'un (une femme ou un enfant) qui tient le plant, l'autre qui le garnit de terre, remplit le trou, opère en un mot la plantation.
63. Mise en terre dans les places ou bandes ameublies.— Quand le sol a été nettoyé et ameubli sans être fouillé, on se borne à creuser, au moment même de la mise en terre, le trou nécessaire, qu'on rebouche aussitôt après y avoir posé le plant comme il a été dit ( S 58). On donne un peu de jeu au plant quand le trou est refermé, afin de bien étendre les racines, puis on tasse légèrement le sol s'il est compact, et fortement s'il est léger. •
64. Plantation directe. — On peut mettre le plant en terre sans aucune préparation préalable du sol. Le trou est ouvert, et aussitôt reçoit le plant, qui voit immédiatement la terre se refermer sur lui.
Voici comment on peut réaliser ce système de plantation directe, qui est très économique.
Des ouvriers, placés en ligne à 1 mètre de distance les uns des autres, tiennent d'une main un instrument en fer, que nous allons décrire, et de l'autre une botte de petits plants.
L'instrument est un morceau de fer, long de 15 à 20 cent., de la forme d'une pyramide triangulaire ou quadrangulaire. Le manche recourbé est en fer garni de cuir. Le tout pèse 3 kilog. (1)
Le plantoir est enfoncé dans le sol et détermine un trou dans lequel le plant est introduit. Pour refermer le trou, on pratique une deuxième ouverture à 5 cent, de distance, dans une direction un peu oblique à la première. Le plantoir est ensuite redressé et poussé de manière à rapprocher le mieux possible les parois du premier trou, et produire autour du plant le tassement nécessaire.
65. Procédé Butlar — Ce système, appelé système Butlar, du nom du forestier allemand qui en a fait le premier usage sur la plus vaste échelle, s'emploie avec succès dans un sol peu pier-
i. Fi^re i3.
reux, dont la végétation herbacée n'est pas assez épaisse et assez consistante pour étouffer le jeune plant destiné à croître en contact avec elle :
Le procédé Batlar exige des plants. d'une forme spéciale.Un long pivot ne saurait prendre place dans le trou creusé, il en serait de même de racines latérales trop longues ou trop grosses. Il faut donc des racines de moyenne longueur, assez filamenteuses et assez flexibles pour c[\ïon puisse les replier, s'il est nécesssaire, afin de les loger dans le trou sans être obligé de les couper ou de les casser.
Quant au sol, il doit être moyen, ni trop aride, ni trop humide, ni trop meuble, ni trop compact.
Enûn le procédé Butlar exige l'emploi d'ouvriers exercés, ayant une certaine pratique pour arriver à un résultat bon et rapide àlafois.
66. Plantation par touffes. — Dans la plantation par touffes, on n'a pas à se préoccuper du tassement de la terre autour des racines. Il sufût de poser la motte dans le trou ou la place ameublie de telle manière que les plants soient bien d'aplomb.
Voici comment on peut opérer dans les terrains non préparés à l'avance (le cas suivant suppose qu'on plante en touffe des brins d'abord isolés).
« Un ouvrier, muni de la pioche à pic, ouvre, en trois ou quatre coups bien assénés, en avant et en arrière, comme nous l'avons décrit pour les semis, un trou étroit de 10-12 cent. , et assez long (25-30 cent.), pour que la pioche puisse pénétrer jusqu'à la douille, cette longueur étant dirigée dans le sens horizontal.
« Gela fait, un planteur prend 2-4 plants, suivant les cas, par la tête sans toucher aux racines, et les réunit en une touffe, de façon que les collets des racines soient tous à la même hauteur. Tenant alors cette touffe par la tête de la main gauche, il l'applique contre la paroi inférieure du trou, en ayant soin que le collet des racines soit au niveau du sol^ et, saisissant de la main droite ou avec une truelle la terre meuble sortie du trou, il la repousse, de haut en bas, vers les racines des plants qui se trouvent ainsi placées dans leur position naturelle. Il achève de remplir le trou, en régueulant à la partie supérieure avec sa pioche, et serre légèrement la terre avec le pied.
« Si le terrain a reçu une préparation préalable, on opère identiquement de la même façon, avec cette différence qu'un^seul coup de pioche douné dans la terre ameublie sufût pour préparer l'ouverture nécessaire à la mise en terre des plants ». (Demontzey page d26).
67. Lès abris. —Nous ne saurions trop insister sur l'utilité des abris. C'est ainsi que quelques pierres (§ 58 et 62) plates disposées autour des plants maintiennent le sol frais et l'empèclient de se soulever aussi facilement sous Tinlluence des fortes chaleurs et des gelées. Il est vrai que dans certains pays, tels que les Alpes- Maritimes, on. a constaté que les pierres étaient un obstacle à Tinfluence de la rosée.
De même les mottes de gazon (§58 et 62) placées autour des plants peuvent contribuer à maintenir la fraîcheur. On fend ces mottes en parties de manière à garnir le plant du côté du midi.
On peut, suivant les circonstances locales, placer ces plaques Therbeen dessus ou l'herbe en dessous. Dans le premier cas, la terre de la motte n'est pas exposée à se dessécher et à s*émietter,ce qui pourrait arriver si cette terre était directement exposée à Fair mais alors on proûte de la fraîcheur qui se maintient mieux dans rherbe, au moment de la rosée. Dans le second cas (l'herbe en dessous), l'herbe, en se décomposant, fournit une certaine alimentation à la terre qui garnit le plant; on n'a pas à redouter le danger de voir l'herbe pousser ses racines dans le terreau meuble et substantiel et affamer le plant.
Dans les sols inclinés, surtout au midi, les abris ont une certaine importance. On doit alors disposer la terre et le gazon entourant le plant suivant une pente dirigée en sens inverse de la pente générale du terrain, aûn d'arrêter l'humidité et de la retenir au passage.
68. IMiSE EN PLACE DES PLANTS EN BUTTE. ORGANISATION DU CHAN- TIER. — En ce qui concerne la plantation par buttes, nous prions le lecteur de se reporter aux § 23 à 82, 34, 41.
Quand l'époque de la plantation proprement dite est arrivée (§ 42), on organise les chantiers de repeuplement de telle manière querapprovisionnement en terreau et la confection des buttes marchent de front avec la mise en place des plants et le revêtement à l'aide des plaques de gazon. On empêche ainsi le dessèchement des buttes formées d'un terreau très poreux, dans le cas d'une sécheresse ou d'an h&le excessifs; on évite de même le danger de voir, à la suite d'une pluie violente, le terreau devenir instantanément très humide et se tasser au point de rendre impossible la mise en place des plants.
69. Assiette des racines. — Une première prescription est recommandée. Elle est considérée comme indispensable à la réussite de la plantation.
^,, f^ft f>^if'\ tvtk t^^'tf^' >f'f*'t pt^.t'j^x/Vx* T,r. ^^xz.*^ zy:n un séjour Aff ^^r^*A /jA ff *;♦ A /;,< ^^iuw.ut'^^ Mit^t^z'^^, Kyàt >* tdsfiies et les ^//>ff'/ < r,/ ^tr^/'/^ * /(f,; ^rr/n7^>t ^// f^/r,/î ^ i/yr.-: 'rr^ci^liiormées en f^^r^ *»»N ^rfi/^ iiiUf'fhf-rtM'. /1/î f/ftit^rtif Ur^fMrt. ^ qu« les racines /|^f> z^-;^/ /f^f x»»/ :c/ ifi /)a, /^'JIa, tu^i.t'Tf, içrH%k^ or*: p>7a£sé en grand ttfffftlft^ fV-% fi^éVut^Wf^, 7/^/rtir'rf**<',^ /|iij r#;^/^îf#rnt de sèfe. Il n'en /'«^ ^/«« /î/* ffif fft^f f}ti fffhUi^ h tut ni \ihtti #J^^é, lorsque les ra- /?MA« «#♦ tmuyptti 9.(pitr('V,^, pur tinti f'/ttirMh 4e terre des matières *tf'^f'\fi\t*n, iifi tU'f*nhpt,zUUffti ijf'>%i ¥ii tpiï ^ajiliqne la teinte mala- /()7^ f\t^Sm\ f\9^ \t\tinUt\)tm* p^^kfit lA premier été, lorsq[Qe le lit /)/' \Hih «Mr \H\^\ti,\ ft\\p% n^pt)%tiui i'%i trop épais et trop compact h\ /(iM* l"«i ^lml*»MrM *1« IV'l/Mjuvlwrinimt trop intenses.
I/^Mm fMM(ivri)(ti< fitttshifl'^ il^m rudneK U^s expose an déchausp^mM'mI firtr rr*/ti«l iImm k''1^*'<>* ♦ <''<î^t en eflct la couche de terre m- If'rpMAi'^ (ju)^ iliirm i(«i« tnmtiriM humides, s'imbibe d'eau rapidiptrMMil : t>l CMUn Mfiti, nr» mi coiiK^*laui pendant Ihiver, soulèye Ikii t'fWlMM Ml )♦• piMMt. On fait n rM/* Mouvont oiworvé.
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70. iMoMMattiMN tt)«Qi tutUNMM. »- Pour asseolT Ics racines sur il- ^ft^Mh \\\(^\\\^x Mtt (liiH d'»lMtr(t «heurter la terre de la butte, de m&- Hit'iM A tMiMh'»» (^ nu l0iMpU vi^K:<^tal superficiel. Mais cet éeartf^ tHMhl tliMI 0i)H) tltniir^ A rtiHpuct) nécessaire pour recevoirlN ^l^n t^rMHti^, Uti prnt'tSiU^ nlorM comme il a été dit (§62); ttvtMt* \\\\\sw^ Pi\\\ r(«i'4nt>M t(»ur disposition naturelle, on les «1h» A \a \^^\\\ nvm^ lt« torri^tiu placé autour, en les maintenant «^t^fiHv^^^i'v IMilfi xsx\ i^mt^n^ lu)» surplus du terreau jusqu'au colktaip H H<^m^ \\^ mttnl^n» à r<(Mrmnr TouTerture et à butter le planL
tK r^vM^l^«>t'(Mx\\ wv YKKiuutn ~ Il est nécessaire de ^i(^\^^h^^\)^i\| Ap. i'KWWXvAxix^t Xa terreau autour des racines et en )^M1^^>aK ^^ l<^55i^r i«^ huU<^s. Il est en effet constaté par Tvat- )^<'^\<'WK^ ^\^. ^t p<^tlt:$ moutieules, qoi s'affaissent d'eux-mènees ^W^i^ 4U'^(m l<M A ^^XiXiHs ne se tasseraient plus d'une mcDSèsv' Hlftll^Min^ ^i ^Mi l«« «comprimait après la mise en plaee des piaittB :
LBS PLAIfTATIONS FORESTIÈRES EN GÉNÉRAL 235
de plus, on empêcherait la vapeur d'eau de circuler librement à Vintérieur.
Ce tassement est dailleurs inutile pour donner à la butte une solide assiette. Si on essaye en effet, d'arracher un plant mis en place depuis quelques minutes seulement, dans une butte achevée et couverte de gazons, on reconnaît que le plant est parfaitement assujetti.
72. Du GAzoNNBBiENT DES BUTTES. — Plus les buttes sorout closes hermétiquement, plus le succès sera assuré. La couverture empêche l'air de pénétrer trop librement au milieu de la masse poreuse de la butte ; elle s'oppose à la dispersion des vapeurs »fueuses que cette butte contient ; enfin elle favorise leur condensation au sein du monticule.
Le gazonnement des buttes comprend: P le choix des gazons; 2** la forme à leur donner ; 3^ leur épaisseur; 4^ leur application. Nous allons passer successivement en revue ces divers détails.
73. Choix DES GAZONS. — Les gazons épais et souples senties meilleurs. A leur défaut, on peut se contenter du tapis serré formé par la bruyère, le myrtille, l'airelle canche. Enfin, à défaut encore de ce tapis serré, on se sert de mousse bien tassée que l'on charge avec de la terre ordinaire et des pierres plates.
74. Forme des gazons — Les gazons ayant la forme carrée, triangulaire ou circulaire, se rétrécissent extrêmement en temps sec, les joints s'écartent, et de larges fissures se produisent. Spécialement, dans le cas des plaques circulaires, une fente reste ordinairement ouverte à la base du monticule, et l'air arrivant aux racines par le chemin le plus court enlève la fraîcheur au terreau.
On recommande aujourd'hui les plaques en forme de croissant, amincies aux deux cornes et présentant un peu plus d'épaisseur au milieu. Deux de ces plaques suffisent pour gazonner les buttes de dimensions ordinaires. Un plus grand nombre est nécessaire lorsqu'on plante des hautes tiges.
75. ÉPAISSEUR DES GAZONS. — L'épaisscuT à donner aux plaques est réglée d'après la nature du sol et d'après l'espèce des plantes qui le couvrent. Il importe que ces plaques aient assez de souplesse pour s'appliquer facilement et exactement sur les parois de la butte ; il faut de plus que leur poids soit assez grand pour que ce poids, s'ajoutant à celui du terreau, détermine ime compression suffisante sur les plantes qui tapissent le sol ; enfin ces plaques doi-
Les racines des plants doivent être placées immédiatement sur le tapis végétal du sol.
Enlever ce tapis végétal ou le couvrir de terre, c'est priver le plant d'une source abondante de nourriture, jusqu'au moment où cette couche interposée se sera désagrégée au point de permettre aux vapeurs saturées de principes nourriciers de venir alimenter la racine.
Si, en effet, on retire avec précaution un plant, après im séjour en butte de huit à dix semaines, on remarque que les herbes et les plantes herbacées qui se trouvent au fond se sont transformées en une substance gélatineuse de couleur brunâtre, et que les racines qui végètent au sein de cette matière grasse ont poussé en grand nombre des radicelles vigoureuses qui regorgent de sève. Il n'en est pas de même, du moins à un si haut degré, lorsque les racines se trouvent séparées par une couche de terre des matières végétales en décomposition. C'est ce qui explique la teinte maladive de tant de plantations pendant le premier été, lorsque le lit de terre sur lequel elles reposent est trop épais et trop compact et que les chaleurs de l'été deviennent trop intenses.
Cette mauvaise assiette des racines les expose au déchaussement par l'effet des gelées ; c'est en effet la couche de terre interposée qui, dans les terrains humides, s'imbibe d'eau rapidement ; et cette eau, en se congelant pendant l'hiver, soulève la racine et le plant. Ce fait a été souvent observé.
Il y a donc sur ce point à exercer une surveillance active, les ouvriers ayant une tendance à placer les racines sur la terre nue.
70. Disposition des racines. — Pour asseoir les racines sur le gazon même, on doit d'abord écarter la terre de la butte, de manière à mettre à nu le tapis végétal superûciel. Mais cet écartement doit être limité à l'espace nécessaire pour recevoir l'ensemble des racines. On procède alors comme il a été dit (§ 62) ; après avoir donné aux racines leur disposition natur^e, on les saupoudre à la main avec le terreau placé autour, en les maintenant bien écartées. Puis on ramène le surplus du terreau jusqu'au collet de la racine de manière à fermer l'ouverture et à butter le plant.
71. Compression du terreau. — Il est nécessaire de défendre sévèrement de comprimer le terreau autour des racines et, en général, de tasser les buttes. Il est en effet constaté par l'expérience que ces petits monticules, qui s'affaissent d'eux-mêmes après qu'on les a gazonnés, ne se tasseraient plus d'une manière uniforme si on les comprimait après la mise en place des plants;
LES PLANTATIONS FORESTIÈRES EN GENÊRAIi 237
tant S. Le chapitre XI complétera ce premier exposé, en donnant des indications pratiques sur Tart des plantations et sur les dépenses qu'elles exigent (§ 1).
Nous terminerons le présent chapitre en exposant sommairement les mesures à prendre pour entretenir et conserver les plantations, et en fournissant quelques renseignements relatifs aux marcottes et boutures.
78. Conservation et entretien des plantations. — Les plantations sont exposées à des accidents qui sont d'autant plus nom- < breux qu'elles ont été faites avec moins de soin et d'intelligence. C'est surtout lors de leur entretien qu'on Juge du mérite de la première opération. Si une plantation a été faite avec de mauvais plants ou des essences mal appropriées au sol^ ou sur un terrain mal préparé, ou dans une saison défavorable, elle exigera des binages plus fréquents et plus prolongés, des remplacements plus nombreux. Malgré ces travaux supplémentaires, elle ne produira jamais les bons résultats obtenus à la suite d'une plantation bien faite.
Nous avons peu de chose à ajouter à ce qui a été dit à ce sujet (chap. VIII, § 84 à 91). Les plantations, comme les semis, sont exposés à divers accidents de la part des hommes, des animaux, et des intempéries des saisons. Une bonne surveillance, l'interdiction de l'accès des bestiaux parmi les jeunes plantations, la destruction du gibier, les clôtures, abris, couvertures ; le mélange des essences, les semis de graines fourragères, les sarclages, binages, regjamis, recepages, élagages, nettoiements ; tels sont les soins multiples qui doivent être donnés aux jeunes plantations pour assurer leur conservation et leur réussite.
Le système de repeuplement par voie de plantation exige des soins moins nombreux que les semis. De plus, on peut constater plus vite si la réussite esi assurée. On revient aussitôt remplacer les plants qui ont manqué. Ce regarnissage presque immédiat n'entraîne que des frais Insignifiants, et peut être renouvelé plusieurs fois dans un court intervalle de temps. £n deux années, le terrain est complètement repeuplé et regarni.
79. Les marcottes. — La marcotte est une branche qu'on couche en terre à une certaine profondeur sans la détacher de la plante-mère, et qui prend ainsi racine dans le sol.
"tte pratique a pour but de multiplier certains végétaux qui
' propagent pas avec leurs qualités utiles par la voie des se-
ceux encore qui ne donnent pas de bonnes graines, enfin
ceux qfui sont trop longtemps à se développer par la voie des semis.
Toute la théorie de cette opération consiste à déterminer, par Teffet de l'humidité et de la chaleur d'une terre préparée, et au moyen d'incisions ou ligatures, les rameaux marcottés à pousser des racines, et à former de nouveaux sujets doués de toutes les qualités de la souche mère.
80. Marcottage des taillis. — La marcotte est usitée surtout dans les taillis. Il y a lieu de distinguer deux cas: 1^ celui de brins faibles et flexibles : 2^ celui de perches fortes.
Dans le premier cas, les brins flexibles peuvent être couchés sans difficultés dans de petites rigoles creusées à cet effet et que l'on comble ensuite de bonne terre. Une butte formée de terre limoneuse est ensuite dressée, tassée, et affermie de manière à se gercer le moins possible et à conserver plus longtemps la fraîcheur».
Dans le second cas, on fait à l'endroit où la plus grande flexion devient nécessaire une entaille qui ne doit pas pénétrer jusqu'au centre du bois et qui doit être pratiquée sur la face convexe de la courbure.
Au moyen de cette entaille, on amène la tête de la tige sur le sol, légèrement labouré au préalable, et on l'y fixe par des crochets en bois qui la saisissent immédiatement au-dessous des branches inférieures et vers l'extrémité de la cime. On complète la fixation des plus fortes branches en les couvrant de grosses mottes de gazon. Gela fait, on recouvre tous les rameaux d'une couche de 15-25 cent, de bonne terre, de manière à n^ laisser passer que leur extrémité, sur une longueur de 10 à 25 cent, environ. Puis on redresse ces petites ramilles, au moyen de terre ou de mottes de gazon, de manière à leur donner une position à peu près verticale. Si ces ramilles sont mal conformées ou meurtries, on procède à leur recepage à 3-4 centimètres de terre.
Après troisou quatre ans,il s'est formé, dans lapartie enterrée, des racines suffisantes pour nourrir les rameaux. On peut alors sevrer ceux-ci, c'est-à-dire retrancher la perche courbée qui les reliait à la souche mère.
Cette pratique est souvent usitée avec succès pour repeupler les clairières des taillis de hêtre. A cet effet , ©n réserve, lors de l'exploitation, un certain nombre de tiges sur le bord de ces clairières, et l'année suivante on les* couche en terre.
81. Saison du maiccottags -— La saison la plus convenable pour
le marcottage est la fin de Thiver, lorsque la terre est profondément humectée. Il est utile d'arroser de temps en temps pendant les grandes chaleurs de l'été. A l'automne suivant, on visite les branches enterrées pour s'assurer si elles poussent des racines en quantité convenable, et pour prendre les mesures d'entretien nécessaires, soit en renouvelant la terre ou les gazons, soit en augmentant l'incision en enlevant sur la face inférieure une petite plaque d'écorce jusqu'à l'aubier avec un couteau bien tranchant. Cette pratique est même recommandée dès le début pour activer la formation des racines. Autour de la blessure, il naît un bourrelet sur lequel les racines ne tardent pas à se former.
82. Précaution a prendre pour les cepées. — Si les perches couchées proviennent d'une souche qui en porte un plus grand nombre, on doit éviter de laisser ces dernières debout sur la souche. La sève se porterait sur celles-ci, et les marcottes ne produiraient pas de racines. On doit donc supprimer tous les rejets, et pour éviter qu'il n'en repousse d'autres jusqu'à la reprise complète des branches marcottées, il est utile de couvrir la souche d'une couche de 15-20 cent, de terre tassée fortement en butte. Quand le sevrage des marcottes est opéré, on découvre la souche, qui peut alors produire de nouveaux rejets.
83. Les boutures. — La bouture est une jeune branche garnie de boutons que l'on sépare d'un arbre ou d'une plante et que l'on met en terre pour former un sujet nouveau.
Le principe des boutures est fondé sur la propriété dont jouit la sève eitistant dans les vaisseaux d'une branche, de faire pousser, pfar ref!et de la chaleur et de l'humidité, des racines à la portion de cette branche qui est en terre, et des feuilles à celle qui est hors de terre. U faut donc : i® qu'il y ait assez de sève ; 2» que cette sève ne soit pas susceptible de s'écouler ou. de s'évaporer trop promptement ; 3« qu'elle soit chargée d'une issez grande quantité des matériaux de la partie solide des végétaux, pour suffire à la nourriture des racines et des feuilles dans les premiers moments de leur existence, c'est-à-dire jusqu'à ce que oes deux sortes d'organes soient suffisamment développés pour en puiser de nouveaux dans la terre et dans l'air.
84. Essences propres aux boutures. — Toutes les essences feuillues ont plus ou moins la faculté de se reproduire par boutures ; les résineux eux-mème peuvent parfois se multiplier par ce procédé. Toutefois, en sylviculture, on ne peut considérer ledit
procédé comme réellement pratique et avantageux qu'à Tégard des saules, peupliers et platanes, et encore doit-on excepter le
peuplier tremble et le saule marceau, qui sont tous deux d'une reprise difficile.
85. Application des boutures. — Les boutures trouveni surtout leur application dans les terrains aquatiques des forêts, sur les pentes rapides pour fixer les terres, sui* le bord des eaux, sur les sols légers pour fixer le« sables. C'est une culture très productive, notamment pourle^aule osier, dont les produits très recherchés par la vannerie donnent lieu à des transactions cooimerciales importantes. Pour la défense du sol, dans le reboisement des terrains en pente, les boutures jouent également im rôle très utile.
86. Classification des boutures. — En sylviculture, on compte cinq espèces de boutures : 1° la bouture à bois de deux ans ; 29 le plançon; 3» la ramée ; 4^ la fascine ; 5® la crossette. Le nombre des espèces de boutures reconnues par les horticulteurs s'élève jusqu'à dix ; mais les cinq qui viennent d'être signalées sont les seules • pratiques dans les forêts et dans les pépinières forestières, et, parmi elles, la bouture de deux ans et le plançon sont les boutures les plus usitées.
87. La bouture de deux ans. — La bouture de deux ans est choisie parmi les rameaux bien vigoureux présentant du bois de deux ans ou trois ans au plus ; on coupe toutes les ramilles et on leur donne 30-40 cent, de longueur. La section inférieure se fait en biseau, celle du haut doit être droite.
Dans un sol léger, on enfonce la bouture directement en terre. Dans ime terre plus ferme, où l'on pourrait déchirer l'écorce, on prépare un trou avec un plantoir un peu plus gros que les boutures. Dans les sols compactes, on ouvre des trous ou des tranchées à la houe ou à la bêche. Il convient de bien raffermir la terre autour des racines.
Les boutures sont plantées obliquement. La partie hors du sol doit avoir 3-10 cent, seulement
Il faut avoir soin, quand on a coupé le nombre de boutures dont on a besoin, d'en former des bottes de vingt-cinq et de les placer dans une terre humide ou dans l'eau, où elles restent jusqu'au moment de la mise en terre.
88. Le PLANÇON. — Le plançon est une branche de 3-4 mètres de
longueur sur 4-8 centimètres de diamètre que Ton dépouille de tous ses rameaux et que l'on taille en biseau par les deux bouts. Pour le planter, on creuse avec un pieu en fer un trou de 50 cent, de profondeur dans lequel on l'enfonce ensuite. Ce mode de plantation suffit dans Isfi sols aquatiques. Si le sol est trop ferme, on doit ouvrir des trous ou des tranchées à la bêche, les plançons y sont placés ; et l'ouverture est ensuite comblée avec la terre bien émiettée.
Les plançons servent à élever des têtards. Ce mode de bouture réussit surtout pour les grands saules, osier blanc, etc. Le peuplier réussit rarement par plançons.
Les plançons sont plantés verticalement.
89. La ramée. — La ramée est une grande branche avec tous ses rameaux. On la plante horizontalement à Cm. 10 de profondeur, en ayant soin de laisser sortir l'extrémité des rameaux à 8-10 centimètres hors de terre. La ramée sert à garnir les berges des rivières, des marais, à affermir et exhausser le terrain. Le saule, le peuplier, le tamarix, l'aune.... sont propres à cet usage.
90. La fascinb. — La fascine est une collection de Jeunes branchesde la dernière ou de l' avant-dernière pousse ,réunles en fagots de m. 60 de longueur et de 15-20 cent, de tour. Un hart les réunit au milieu sans les serrer. Les fascines sont mises en terre dans une tranchée ouverte au préalable, et on ne laisse sortir de terre qu'une longueur de 10 cent., en leur donnant une position oblique. Une terre très ameublie est rejetée sur ces fascines et fortement tassée.
On se sert des fascines pour retenir les terres ou les berges qui sont menacées d'entraînement par les eaux. Ces lignes vivantes de défense sont consolidées par des pierres ou blocs de rochers qui ont pour but d'empêcher l'entraînement de la terre ameublie et de briser le courant qui dépose des alluvions humides le long des assises de fascines.
91. Lacrossettb. — La crossette est ime petite crosse formée du bois de la dernière et de l' avant-dernière sève. Le bois le plus ancien ne doit former que le quart de la longueur du bois de l'année précédente, et la longueur totale ne doit pas dépasser 40 cent. La crossette convient aux bois d'une consistance moyenne, ni trop dure, ni trop molle. On doit choisir des rameaux accrus sur des branches vigoureuses et les couper le plus près possible de la tige, de manière à emporter le bourrelet qui les unit ensemble. Ce
bourrelet est le talon de la bouture. Le talon favorise la reprise des racines.
92. Saison du bouturage. — On peut dire en général que la fin de l'hiver est la saison la plus favoral}le pour le bouturage. Toutefois la plupart des saules reprennent bien en été par boutures. Pour les crossettes, on les coupe pendant ITiiver, lors de la taille des arbres et on les lie par bottes qui sont conservées dans une cave jusqu'à ce que les gelées soient passées ; alors on les met en terre. Dans les travaux des fascines, on opère au moment de l'automne où les feuilles des saules commencent à se dessécher, et on peut poursuivre les travaux jusqu'au printemps, et au delà.
Les époques du bouturage varient donc suivant les climats et les années plus ou moins hâtives. Le succès de l'opération est subordonné au choix du moment où la production des racines est la plus facile, au choix d'un terrain favorable, enfin aux soins donnés aux boutures de manière à leur procurer l'air, la chaleur et l'humidité nécessaires et en proportions convenables. On doit consulter à cet égard l'expérience locale et les exigences du climat.
93. Soins a donner aux boutures. — Les plançons qui doivent former des têtards recevront des soins spéciaux. Dès le premier printemps, on retranchera toutes leurs pousses, à l'exception de celle qui est destinée à former la tête de l'arbre, afin de favoriser la production de nouvelles branches sur cette tête. Il est aussi très avantageux d'enlever, au deuxième printemps, les chicots desséchés qui se trouvent ordinairement sur la couronne du plançon, en se servant d'un instrument bien tranchant, et en pratiquant une section oblique. La plaie se recouvre promptement, etles tiges durent bien plus longtemps que si on avait négligé cette amputation, car la pourriture des chicots aurait alors gagné la partie saine de la tige.
Nous avons indiqué (chap. VI, § 21 à 23) les procédés du bouturage en pépinière. Nous ferons connaître plus loin (chap. XI, §71) les moyens de reboiser en boutures d'osier les sols humides, et nous indiquerons les avantages économiques de ce genre de culture dans les vides et clairières des forêts qui, parla nature de leur terrain, conviennent au bouturage.
CHAPITRK XI
Détails pratiques «or les Plantations Forestières.
l. Objet et division de ce chapitre. — 2. Description de la bêche demicirculaire. — 3. Usage de l'instrument. — 4. choix des plants.— 5. Plantation . — 6« choix des terrains. — 7. Dépense. — 8. Comparaison avec les plantations par trous. —9. Plantations mélangées.— 10. Plantations mélangées en résineux. — 11. Les plantoirs Prouvé. — 12. Principes de remploi de ces instruments. — 13. La bêche-levier. Description. — 14. Extraction des plants en forêt. — 15. Extraction des plants en pépinière. — 16. Avantages de ce système. — 17. Repiquement au moyen de la bêche-levier n<» 3. — 18. Direction oblique des tiges. — 19. Emploi du terreau — 20. La bêcheplantoir. — 21. Plantoir à étrier. — 22. Les fourreaux. — <• 23. Emploi du plantoir et du fourreau simple. — 24. Emploi du fourreau articulé. — 25. Fixation du plant en terre. —26. conditions favorables de la plantation. — 27. Plantation oblique. — 28. avantages du plantoir sur la houe. — 29. Economie de la dépense. —30. Résultats obtenus. — 31. Plantations en mottes et touffes. — 32. Places circulaires. — 33. Extraction des touffes en pépinière. — 34. Transport des touffes. — 35. Plantation des touffes. — 36. Dépense. — 37. Plantation en pentes rapides. — 38. La côte des Brûlins 39- Obstacles à vaincre. — 40. Marche de l'opération. —41. Dépense. —42 Réflexions sur l'opération. — 43. Les buttes. — 44. Buttage des plants à racines nues. Les cordeaux. — 45. Les paniers de terreau. — 4ô. Dressage des buttes. — 47. La mise en place. — 48. Levée des plants de gazon. — 49. Gazonnement des buttes. — 50. Buttage des hautes tiges. — 51. Buttage des plants en motte. — 52 Application du buttage auz pentes rapides. — 53. Exemple frappant. — 54. Application du buttage aux terrains tourbeux —55. Dépense du buttage de Tépicéa en France. —56. Dépense du buttage du chêne en France. — 57. Dépense du buttage en Allemagne. — 58 Dépense normale du buttage en France. — 59. Le plantoir-tarière. ~« 60. Emploi de cet instrument. — (M. Sols favorables à son emploi. — 62. Forme du potet. — 63. Avantage de l'instrument. — • 64. Organisation des chantiers. — 65. Approvisionnement des plants. — Cû* Personnel et fonctionnement du chantier. — 67. Choix des couvertures suivant le terrain. — 68. Dépense. — 69. Composition d'autres chantiers.— 70. Réflexions sur l'organisation des chantiers. — 71. Culture fructueuse de l'osier. — 72. Variétés spéciales de l'osier. — 78. Sols favorables à l'osier. — 74 Plantation. — 75. Coupes préparatoires. — 76. Coupe des osiers. Bottelage
Sur les sols légers et pierreux, les cônes ne sauraient con server leur forme primitive et par suite servir de couverture pour les racines. On doit alors ouvrir des trous avec un pic, et rejeter le^ pierres gui pourraient former des interstices et donner passage à Tair et à la chaleur. On place avantageusement ces pierres autour du plant, à la surface du sol (chap. X, § 58).
Sur les sols argileux ou très gazonnés dont la couche supérieure est compacte, résistante, élastique, spongieuse, on peut obtenir des cônes qm conservent leur forme primitive mais qui, remis en place, cessent bientôt de faire corps avec la terre voisine. Ces cônes, à la suite de la sécheresse, de la gelée, d'une grande humidité, se soulèvent et se resserrent ; un vide se forme dans la cavité, et Tair extérieur gagne les racines qui ne peuvent qu'en souffrir.
D'ailleurs dans de tels sols, le maniement de la bêche est pénible quand bien même on la munirait d'un étrier pour utiliser la pression du pied, et qu'on lui adapterait une traverse horizontale placée à Textrémité du manche et destinée à tourner et retourner l'instrument horizontalement. Les frais d'extraction des mottes augmentent notablement et la réussite de l'opération est incertaine.
Un sol de consistance moyenne, sans pierres, convient seul à la bêche demi'Circulaire.
7. DÉPENSE. — De nombreux travaux exécutés au moyen de cette bêche ont permis d'établir la valeur du procédé au point de vue économique.
En portant à 5 francs le prix du mille de plants de pin sylvestre (extraction, transport et plantation), et à ^ francs celui de l'éducation en pépinière, on obtient une dépeose de 7 francs par mille plants.
Les frais de reboisement à l'hectare, suivant l'espacement, sont les suivants:
l®. Espacement à m. 80 en tous sens. 15.625 plants à 7 f. le mille, ci 109 f. 38 c. 2» — 1 00 — 10.000 - 70 «
L'espacement est réglé d'après le terrain, la qualité et la force des plants, l'état de la végétation superficielle, le but à atteindre.
8. Comparaison avec les plantations par trous. — La plantation par trous exige une dépense notablement plus considérable.
L'ouverture d'un trou ayaut 20 centimètres en tous sens ne coûte pas moins de i centime au minimum, soit 10 fr. le mille. En admettant des plants de même dimension, on ne saurait évaluer à moins de 1/2 cent, l'extraction, le transport, la mise en terre et le comblement du trou. Si on ajoute à cette dépense les frais d'éducation en pépinière, soit 2 fr par mille, on obtient une dépense (10+5 + 2) = 17 francs , soit 10 fr. en plus que cidessus ( § 7).
Les frais de reboisement à l'hectare, suivant l'espacement, sont les suivants :
P Espacement à m. 80 en tous sens 15.625 plants à 17 f. le mille, ci 265 f. 62c.
Ajoutons que ces prix sont très modérés et qu'en pratique une plantation par trous, en plants de deux ans^ à 1 m. en tous sens, peut coûter 250 fr. l'hectare.
9. Plantations mélangées. — La faible dépense que nécessite l'emploi de la bêche demi-circulaire pour les plantations de pins dedeux ans non repiqués, la dépense élevée des plantations par trous pour les feuillus repiqués de trois à quatre ans, engagent à combiner les deux procédés quand on veut reboiser un terrain de bonne qualité en essences feuillues. On emploie alors le pin comme essence auxiliaire destinée à disparaître dans les éclaircies, mais couvrant le terrain dans les premières années, abritant le chêne, assurant son avenir, et améliorant notablement le sol
Admettons un espacement delm.20dans tous les sens, et un mélange par parties égales de chêne et de pin sylvestre.
Le compte de la dépense, au mille de plants, pour le chêne repiqué de trois à quatre ans, s'établit comme il suit :
Valeur de l'éducation en pépinière, 6 fr. le mille.
Extraction, transport et plantation, 8 cent, par plant, y compris l'ouverture de trous carrés de 0.70 de côté sur 0.60 de profondeur.
Soit, pour mille plants, 6 fr. -f- 80 fr. = 86 fr. + 2 binages à 2 fr., total 90 fr.
Cela posé, les dépenses de plantations se répartissent comme il suit :
10 Plantation de 3.472 chêne a 90 fr. le mille, ci 312 fr. 48 c.
2» — 3*172 pins a 7 fr. le mille, ci 24 30 c .
Total 336 fp. 78 c.
Si la plantation avait lieu en ohéne pur,elle coûterait 2 fois 312.48 624 96
Différence 288 fr. 18 c .
Or, quand les pins ont disparu, on obtient le peuplement définitif qu'on désirait, dans des conditions de réussite meilleures que celles produites par le chêne pur à l'origine, et les frais de plantation' se trouvent notablement réduits.
L'exemple qui précède montre l'intérêt double, économique et cultural, que présente la plantation mélangée, dans les sols de bonne qualité destinés à la production du chêne.
En associant le chêne au hêtre et au pin, on peut, en faisant disparaître d'abord le pin, puis le hêtre peu à peu, former des peuplements de chêne pur ou presque pur conduits aux grandes révolutions de cent quatre-vingts et deux cents ans, en vue d'assurer la production des bois de fortes dimensions, de plus en plus rares chaque jour en France.
10. Plantations mélangées en résineux. —• Dans les sols médiocres si nombreux dans notre pays, soit parce que la profondeur de la couche végétale est faible, soit parce que la dénudation, l'abus de la dépaissance ont amené la stérilité et l'appauvrissement progressif, on emploiera toujours avec grand avantage les essences résineuses, soit pures, soit mélangées. Le mélange présentera la ressource d'établir à moins de frais la plantation, en choisissant comme essence auxiliaire celle dont le prix de revient est moindre. C'est' ainsi que dans les régions où le pin maritime peut prospérer, son mélange avec le pin sylvestre sera avantageux, en raison du prix peu élevé de sa graine. L'expérience du rude hiver de 1879-1880 a montré l'utilité du mélange des essences. Si les plantations de pin maritime qui ont péri sur 80.000 hectares en Sologne, pendant les grands froids de l'hiver précité, avaient été faites en essences mélangées de maritime et sylvestre, cette dernière essence serait restée debout, et le désastre n'aurait pas été aussi grand. Dans les grands travaux de repeuplement qui vont être entrepris en Sologne, avec de larges subventions de l'Etat, on ne manquera pas de tenir compte de cette dure leçon. Le pin maritime sera abandonné à la région des Landes et du littoral sudouest de la France, sa seule patrie naturelle dans notre pays.
11. Les PLANTOIRS Prouvé. — Dans ces dernières années, l'outillage des plantations a été amélioré par M. Prouvé, inspecteur des forêts (voir chap. IX, § 34 et suivants).
Cet outillage comprend les instruments suivants (1) :
i. Figures 18 h 29.
P Les bêches-leviers (n<> 1,0 m. 60, 33 fr. — n^ 2, m. 55, 30 fr.), 3 modèles.
20 Les bêches-plantoirs (20 fr.)
3° Les plantoirs à étrier (nM , m. 60, 14 fr.— n<> 2, 0m.50,13fr.)
4* Les fourreaux simples (n® L 6 fr. — n° 2, 5 fr. 50)
5*» Les fourreaux articulés (n» 1, 11 fr. — n» 2, 10 fr. 50)
6» Les fourchettes en fer (2 fr.)
Ces instruments se trouvent à Blamont (Meurthe-et-Moselle) chez M"* Veuve Batelot, jeune.
12. Principes db l'bmploi de ces instruments. — Pour justifier remploi de ces instruments, M. Prouvé commence par établir que la reprise d'un plant est d'autant mieux assurée qu'il a plus de racines, que ces racines sont mieux garnies de chevelu et d'un bon pivot, que l'extraction est bien faite, que le dessèchement est mieux évité, que les racines sont plac<^es à la profondeur qu'elles atteignaient précédemment, ou qu'à défaut de la profondeur voulue les racines sont mieux disposées obliquement dans les couches inférieures de la terre végétale, et qu'enfin le sol est moins desséché par la culture superficielle et moins dégarni de ses abris naturels.
Nous ne discuterons pas ces principes qui ne trouvent pas toujoiirs leur app^cation dans tous les sols, comme parait le penser M. Prouvé. Nous nous bornerons à citer les renseignements fournis par l'inventeur. {Revue des eaux et forêts^ août 1880, page 353).
13. La bêche-levier. Description (i). — La bêche-levier consiste en un fer large de m. 14 et long : le n° 1 de m. 65, le n® 2 de m. 55, et le n» 3 de m. 45. Cette bêche porte une nervure longitudinale, un étrier latéral à la partie supérieure, et son tranchant est acéré. Le manche est en fer méplat, et porte deux poignées en bois, à l'extrémité et au milieu.
14. Extraction des plants en forêt. — Les bêches- leviers fonctionnent seules, ou mieux deux à deux ; elles servent en forêt et en pépinière à l'extraction des plants.
Deux ouvriers armés chacun d'une bêche-levier lés enfoncent à côté l'une de l'autre près du jeune arbre à extraire, et appuyant ensemble sur les manches comme leviers, soulèvent hors de terre une motte contenant les racines. Pour obtenir le chevelu intact, ils brisent cette motte en ayant bien soin de ne pas prendre le plant par la tige pour Tarradier, ce qui aurait pour effet de laisser en terre les parties du chevelu les plus délicates et aussi les plus