‹ Essai sur les revendications colonialesChapitre 32 sur 74 · CHAPITRE Ill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ill

Avec brutalité, la conquête de l’Abyssinie a éveillé en Angleterre une anxiété : l'équilibre des forces dans le monde était-il menacé par la «révolte des pauvres » ? Des guerres pouvaient-elles naître de simples « revendications de matières premières » ? Il fallut, avec hâte, non pas seulement s'adapter à une situation de fait, transformée, mais encore et surtout s’habituer à vivre avec une inquiétude nouvelle.

Le temps pressait, on alla droit au but. L'intérêt se porta, sans retard sur ces problèmes de matières premières et de population, ces problèmes jusque-là — à tort, déclara-t-on — négligés. Intérêt, comme il était normal, d’autant plus vif que les discussions étaient moins précises, et qu’ainsi les opinions les plus diverses pouvaient aisément se donner libre cours.

Ces discussions pourtant ne devaient pas tarder à se préciser. L'Italie une fois satisfaite, au moins à titre provisoire, seul demeuraïit le problème allemand. Problème qui n’était plus vague, ni incertain : l’exigence allemande posait le problème du transfert des mandats, le problème d’une répartition nouvelle de l’Afrique.

Inquiète après la guerre éthiopienne, l'Angleterre eut le loisir de se ressaisir. L’ambition de l’Allemagne à l'égard de l’Afrique s’affirma à Nüremberg, en septembre 1936, au moment où, de fort mauvais gré, l’Anglais se décidait à réarmer. L’amertume dès lors fut moins souvent exprimée que la fermeté : déçue à l'égard de l’Europe, l’Angleterre devenait à nouveau confiante envers elle-même.

Page 1