Livre V (ff. 272-350) : conduit les événements jusqu'en
Le livre VI manque également. Toutefois, au lieu du sommaire de ce livre que Ton trouve dans le ms. 8991, on a ici aux fî*^^ 351 et ss. une « Description de la plaine du Gap François », qui est un fragment du livre VI. Une autre rédaction de cette « Description » se trouve encore à la suite, au f" 356. Ce sont là évidemment des ébauches de cette description de Saint-Domingue que devait former le livre VI.
Bref, de l'examen de ces deux manuscrits on conclut sans peine qu'on a là les mémoires envoyés par le Pers à Gharlevoix pour composer son histoire. En effet, ils ont été composés au plus tard en 1727 ~. Or, le livre de Gharlevoix parut en 1730. De plus, il est facile de voir que les mss. 8990 et 8991, sans être des brouillons, ne sont pas non plus des travaux prêts à être livrés à l'imprimeur.
Tout au contraire le ms. fr. 8992 diffère des deux premiers par le format, par l'écriture et surtout par le plan. Gelui-ci est une
i. F^ 349, verso.
2. Les derniers événements rapportés par le ms. 8990, loc. cil., sont indiqués comme survenus « sur la fin de Tannée passée », et la date portée en marge par l'autour lui-même est 1726 ; cette page a donc été écrite en 1727 et elle fut l'une des dernières. Le ms. 8991 porte au f'^ 178 identiquement la même })hrase. Il est donc contemporain du 8990, bien qu'il ne porte pas en regard de cette même phrase une date marginale.
OUVRAGES DE SECONDE MAIN ! CHARLEVOlX 161
nouvelle rédaction faite par Le Pers après l'édition de l'ouvrage de Gharlevoix et complètement prête à être imprimée. Le livre que Le Pers projetait de faire paraître devait comporter deux tomes : le premier pour l'histoire de Saint-Domingue, le second pour sa description. C'est le premier dont le ms. 8992 est le manuscrit. Il a été mal relié, avec des interversions fréquentes. On y trouve au f^ 30 un « Avertissement de l'Editeur », de la main de Le Pers et qui devait se mettre en tête, et au même f", verso, des notes pour l'éditeur sur la place des planches et cartes, absentes d'ailleurs du manuscrit.
Les ff^^ 26 à 29 comprennent les « Réflexions sur l'histoire de Saint-Domingue » du P. de Gharlevoix qui devaient sans doute être la préface de l'auteur. Le reste du ms. est divisé en VIII livres et mène le récit des événements jusqu'à 1730. Il est d'une main étrangère, avec des fragments autographes intercalés.
Mais la première rédaction du P. Le Pers n'est pas complète dans les mss. 8990 et 91 . Le P. Sommervogel ^ signalait d'ailleurs des mss. du même père à la bibliothèque de l'Ecole Sainte-Geneviève à Paris. Quelques recherches dans ce dépôt m'ont permis d'y trouver :
Vol. Saint-Domingue j : un fragment de la même écriture que les mss. 8990 et 91 et reproduisant le début du livre 1 de ces mss., 30 pp. environ.
Au même vol. : toutes les lettres du P. le Pers au P. de Gharlevoix pendant les années 1727-1731, plus une sorte de mémoire justificatif de Gharlevoix ripostant aux attaques de Le Pers (ce mémoire en double rédaction).
Vol. Saint-Domingue 2 '. un fragment important du Livre II des mss. 8990 et 91 comportant o8 ff«\
Vol. Saint-Domingue S : « Livre sixième. Le Portrait ou miroir de S^ Domingue ». 124 fî'^^ in-4, autograjohe : chap. I, (( Réflexions sur l'isle en général» ; ch. II à XI, « Réflexions »...
1. Bibliothèque de la Compagnie de Jésus. Mém. et doc. de l'École des Chartes. — VI 11
162 SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES
sur les habitants nègres, espagnols, français, etc. Le chapitre X manque.
Il est inutile d'insister sur Timportance que présentent ces textes et surtout la correspondance entre les deux pères. Or de la lecture de ces dix-neuf lettres du P. Le Pers, il résulte très clairement ceci :
Le P. Le Pers avait depuis quelque temps commencé à écrire rhistoire de Saint-Domingue quand, désespérant de pouvoir bientôt revenir en France pour la publier, il eut Tidée de donner au P. de Gharlevoix ce qu'il avait rassemblé de notes, pour que celui-ci écrivît à sa place. En 1726 et 1727, il lui envoya jusqu'à trois rédactions, ou plutôt trois copies différentes, des deux premiers livres de son travail, craignant que quelqu'une s'en perdît en route ^ (Ce sont du reste les trois formes que nous en trouvons aux mss. 8990 et 91 de la Bibl. Nat. et à l'Ecole Sainte- Geneviève.) Au 16 décembre 1727, Le Pers avait déjà expédié son livre VI, le IIP était prêt à partir, le IV'^ et une partie du V*" partis, le récit des événements compris entre 1697 et 1727 allait être envoyé incessamment. Tout était parti en simple, double ou triple expédition au 14 juillet 1728, et nous avons vu que cette précaution n'était pas inutile, puisque, pour le livre VI, nous ne possédons qu'une seule copie incomplète, conservée par les Jésuites. Mais enfin nous sommes autorisés à repousser l'hypothèse du P. Sommervogelqueces mss. auraient péri dans un naufrage 2, et bien plus encore l'affirmation de M. Lorin que, sans Gharlevoix, « hanc... operam amissam desideraremus ». Bien au contraire, si nous n'avons pas conservé la partie botanique et zoologique de l'œuvre de Le Pers, qui devait faire le tome II de
1. École Sainte-Geneviève, Saint-Domingue^. C'était une habitude ancienne, aux Isles, pour éviter les risques de la mer, d'envoyer tout, même les lettres, en double. La correspondance conservée dans ce volume en présente plusieurs exemples.
2. SoMMERvoGEL, loc. cU., s'cu rapportc à une hypothèse faite dans une de ses lettres par Le Pers, étonné que Gharlevoix ne lui accusât pas réception de ses envois. Nous avons vu qu'ils étaient bien arrivés à destination.
OUVRAGES DE SECONDE 3IAIN : CIIARLEVOIX
sa seconde rédaction ^, et qui du reste nous importe peu, nous possédons de quoi rétablir à peu près entièrement toute l'œuvre historique de ce jésuite, dans ses deux rédactions, et voici comment :
A. Rédaction antérieure à la publication de Charlevoix^ i7S7,
Plan : six livres — cinq manuscrits.