HISTORIQUE
La première observation, relative à la variation du taux de l’urée dans les maladies du foie, date du commencement de ce siècle. Elle est due à Fourcroy et Yauquelin qui, analysant les urines d’un malade atteint d’ictère, y trouvèrent une forte proportion d’urée (1).
« Pour nous assurer si les urines des ictériques contenaient l’acide jaune qui se forme avec les muscles et 1 acide nitrique, nous avons fait évaporer une certaine quantité d’urine rendue par un jeune homme qui avait une jaunisse légère, et qui faisait usage d’acétate de soude; nous avons traité le résidu de ces urines évapo-
(1) Mémoires de l’Institut, 1806, t. VI, p. 569.
rées par l’alcool, pour obtenir à part toutes les substances salines insolubles dans ce réactif. L’alcool évaporé a laissé une matière rouge, cristallisée, qui contenait beaucoup d'urée et de sels ammoniacaux... »
Ce fait isolé, peu concluant en lui-même, à cause de l’absence de dosage précis opéré sur l’urine de vingtquatre heures, n’en est pas moins intéressant, surtout lorsqu’on le met en regard de ce qu’écrivaient ces illustres chimistes quelques années auparavant (1) : « Cette fonction des reins de désazoter en quelque sorte les humeurs, et peut-être même les solides de notre corps, doit surtout fixer l'attention des médecins. L’urine leur offrant désormais non-seulement l’évacuation des phosphates surabondants , mais surtout l’écoulement d’une matière très-disposée à l’ammoniacation putride, il leur importe de pouvoir déterminer la proportion et ï état de l'urée dans ce liquide excrémentitiel, d’estimer ses différents rapports de quantité et de nature dans les diverses maladies : il est instant de ne plus s’en tenir à la simple inspection, à ses propriétés physiques, mais d’en déterminer avec soin la pesanteur spécifique sur laquelle l’urée, cinq à six fois plus abondante que l’ensemble des sels que l’urine tient en dissolution, a la plus grande influence; de rechercher dans la mesure de sa coloration celle de la proportion de cette substance ; de l’analyser surtout dans les cas où cette matière semble y manquer tout à fait, comme les affections convulsives et nerveuses, et les cas où elle est plus abondante que de coutume,
(1) Fourcroy et Vauquelin. (Annales de chimie, 1799, t. XXXI). — Mémoires pour servir à l’histoire naturelle, chimique et médicale de l’urée.
comme à la fin de quelques fièvres, dans les maladies du foie , de suivre ses rapports avec l’acide urique dont Scheele avait déjà observé la grande quantité dans les urines critiques. »
Quelques années plus tard, M. Rose (1), après des expériences répétées, assura que l’urine des personnes affectées d’hépatite aiguë ou chronique, ne contenait pas d’urée : « Dans l’hépatite aiguë, dit-il, l’urine est assez foncée; elle est pâle dans l'hépatite chronique; l’odeur n'en est point urineuse ; sa gravité spécifique est inférieure à celle de l’urine saine, et elle donne conséquemment moins de matières extractives à l’évaporation. »
Le Dr Henri (de Manchester) apporta ses propres expériences à l’appui de celles de Rose , dont il confirma l’exactitude.
Pour Berzélius, il y aurait également diminution d’urée dans l’inflammation chronique du foie.
Dans leur célèbre mémoire (2), Prévost et Dumas constatent non-seulement la relation qui existe entre les altérations du foie et les modifications que subit le taux de l’urée, mais encore semblent entrevoir, pour cet organe, une nouvelle fonction, lorsqu’ils disent : « Tous les chimistes savent que l’urine des malades affligés d’hépatite chronique, contient peu ou point d’urée ce qui semble prouver que les lonctions du foie sont nécessaires à sa formation. »
Les observateurs précédents notent tous la diminution d urée dans les cas d’inflammation du foie. Pour
(1) Bibliothèque médicale, t. LVII, 127, 1817.
(-) Annales de chimie et de physique, t. XXXIII, p. 100.
Genevoix.
W. Prout (1), les urines de malades atteints d’afîections du foie, présenteraient, au contraire, un excès d’urée. Il dit, à cet égard : « On a prétendu que l’urée n’existait pas dans l’urine des personnes atteintes d’hépatite, mais cette observation ne s’accorde nullement avec mon expérience propre; je crois, au contraire, qu’en général, il y a dans cette maladie plutôt excès d’urée qu’appauvrissement. »
Rayer (2) arrive aux mêmes conclusions que M. Prout : « Dans quelques cas d’hépatite chronique, dit-il, avec induration du foie et dans plusieurs cas de cirrhose avec ascite, sans ictère, j’ai toujours vu l’urine rare, fortement colorée en rouge, donner une masse abondante de nitrate d’urée, lorsque après l’avoir évaporée en consistance sirupeuse, on la traitait par l’acide nitrique. »
M. Bouchardat fait observer que, les urines étant rares, ainsi que Rayer l’avait noté lui-même, la quantité d’urée rendue dans les vingt-quatre heures devait être plus faible qu’à l’état normal.
En 1846, à propos de l’augmentation de l’urée dans un cas d’ictère spasmodique de cause morale, M. Bouchardat émet l’opinion « qu’il existe certainement une relation qu’on trouvera un jour entre les fonctions du foie et la production de l’urée » (3).
Dans un travail plus complet, sur cette même matière, M. le professeur Bouchardat reconnaît que certaines lésions du foie produisent une augmentation de l’urée,
(1) W. Prout. Traité de la gravelle, 1822, p, 23.
(2) Rayer. Traité des maladies des reins, t. 1. p. 84.
(3) Annuaire de thérapeutique, 1846.
tandis que d’autres lésions du même organe en déterminent la diminution. Il recherche également les causes des variations de l’acide urique, et parmi ces causes, il cite certaines maladies du foie (1).
En 1869, dans son remarquable mémoire sur les conditions principales de la production de l’urée dans l’économie vivante (2), le savant professeur d’hygiène revient sur l’importance à accorder au foie dans la production de l’urée, en se basant sur l’étude du phénomène nonseulement chez les ictériques, mais encore chez les glycosuriques fortement atteints.
Parmi les auteurs français qui se sont encore occupés de cette question, il convient de citer M. Fouilhoux (Thèse de Paris, 1874), M. Brouardel (Documents inédits) et M. le professeur Charcot (Cours de la Faculté de médecine).
En Allemagne, le premier travail important publié sur ce sujet est dû à M. G. Meissner (3) qui mit à profit les observations de Frerichs sur les altérations de l’urine dans l’atrophie jaune aiguë du foie. Mais, ainsi que le fait remarquer M. le professeur Charcot, l’auteur allemand ne paraît connaître que les faits déterminant une diminution dans la production de l’urée.
Bien longtemps avant, Yogel (4) avait noté une diminution de l’urée dans un cas de cancer.
En Angleterre, les auteurs dont les recherches sur les variations de l’urée et de l’acide urique dans les mala-
(1) Annuaire de thérapeutique, 1867, p. 254.
(2) Annuaire de thérapeutique, 1869, p. 240-246.
(3) Archives de Henle, 1868.
(4) Zeitsch. fur ration. Medicine, Bd. IV, p. 391, 1854.
dies du foie ont le plus avancé la question sont, sans contredit, M. Harley (1), M. Parkes (2) et M. Murchison (3).
(1) On jaundice and diseases ot the Liverand Pancréas.
(2) The Lancet, t. I, april 8, 1871.
(3) Diseases of the Liver. — On continued Fever o Great Britan.