TOME II
( »9o ) Montrez , tant qu'il Tt^us ^aim , la vanité et le néant des créatures ( i ) par les défauts qui leilr ^i^i propres; faîtes remaipquer la brièveté et i'incektitude de la vie , l'inconstance de la ft^rtune , l'infidélité des amis y l'illusion des gtaiidés places , les amertumes qui y sont inévitables , le mécompte dé^ plus belles espérances^ le vide de tous le^ biens ^ti'on possède^ la réalité de tous les maux qu'on souflbe; toute cette morale, quelque Vraie et quelque sensible qu'ell^e soit, sans une touché secrète de Di^Êtt même , ne fait qu'effleurer le cœur ; elle àe passe point la superficie; le fond dé l'homme n'en est point changé , il sot^ire de se voir esclave de la vanité, et ne «ort point de cet esclavage. llaU «i Je rayon de la Inïnîfère divine l'écl«ireintériettremient, il voit dans l'abtme dm «bien, qui est Dieu, l'abtne
du n^éant«t du mal, qui est la créature cosTOmpi^e. Il rentre dans IWdre , qui est d'aimer pardessus tout celui qui est infiniment aimable ; il s'aban* donne à Dieu, il se pexd en lai , «i fose m'etprimer ainsi , et to«t lui profite alors^ pareequ'iln'estrien qui ne tourne i bien pour ceux qui aiment Dieu. Concluons donc que notre plus grand aoin doit étve de nous adresser am père des lumières, pour lui demander oelles qui nous manquent, et pour qu'elles opèrent en nous tous les eflets qu'elles doivent y produire.
(i) Fëiielon , OEutn^s spirituelles j tom. Y^r,
3. Il ii'eit point d'état où nous n'&ycms beaucoup à faire pour acquérir lesyertusqui nous manquent et pour nous corriger de nos défauts. Il se trouve presque toujours» ou dans notre tempérament ^ ou dans nos habitudes > ou dana le caractère de notre esprit^ des dispositions seorèt^ dont nous ayons totit à craindre ; nous désirons ^ nous projetons même de réformer cette vanité j cet orgueil qui nous rend insupportables à tous les hommes ^ cette humeur chagrine y ces emportements qui nous rendent malheureux^ nous et ceux avec lesquels nous vivons , cette indolence qui est cause du dérangement de nos affaires et de la ruine de notre fiimille; enfin tous ces vices qui sont la source de presque tous nos maux : d'où vient donc que ces résolutions sont si infructueuses y et que , voulant prendre une conduite plus régulière selon Dieu et selon le mx^nde, nous espérons toujours de le faire, et ne le faisons Cepen* dant jamais ?
C^est qu'il n'appartient, à bien dire, ni à notre propre force, ni à notre propre sagesse de nous corriger. Nous entreprenons de faire tout cnns Dieu, et Dieti permet le p(lus s<mtent que tîoas n'exécutions rien de tout ce que nous avons résolu avec nous-mêmes sans lui. C'est en sa présence qu'il faudroit prendre desconseils praticables ; c'est avec Dieu qu'il faudroit concerter ton^ nos projets,-
( »9» ) puisque c'est lui qui peut seul les rendre pOs* ■ibles(i).
4> Appliquons - nous de telle sorteà la prière, que nous j puisions la conuoissauce profonde de ce qne nous sommes et de ce que nous devrions être : cWt là que nous découTrirous non- seulement le nombre et le mauvais effet de nos défauts( car cette étude toute seule ne serviroit qu'à nous découra-.
(■) 11 n'y a point d'homme qui puisse Être bon, dit Sënêque, si Dieu m£me ne Vûde à être tel. Qui pourroit s'ëlerer au-dessus de sa condition , sans le secours de cet être souverain ? C'est
lui seul qui nous inspire des vues grandes et sublimes
Loi*(|ue voua Tcnei un homme inaccessible à lacrsinte, Diattre de les passions , content dans l'adversité, tranquille an milieu delà tempête, supérieur aux au très hommes par sa vertu , et presque é^al aux dieux. , u'aurez-vous pas du respect pour lui ? £t ne direz-Tous pas qu'il y a là quelque chose de trop grand et de Irop merveilleui , pour l'attribuer à une cause aussi foible que l'est une ciéatnre mortelle? Le prodige, en effet, vient de Dieu. Une ame élevée , qui règne sur elle-même , qui méprise tout ce qui est indigne d'elle , qui rit de nos craintes et de nos espérances frivoles . ne pe'ut être mue qne par les ressorts de la céleste puissance, et ne se soutient dans ce haut degië de perfection , qu'à l'aide du secoues divin. Ep. 4', traduct. de La Bciumelle. Boniuviràiv Oeonamaett,jbip»teit^UutprÀ jùrumam,nùiabiUomiJutiu,exÊurgere?IUtdalcoruiliamag^
nifica et erecla , • anâattmtxctllenUmi, moderaluai, omnia
tanguant minom tranieuntem , tjuid^uid timemua , oplmnuKjue ridenUm, ctrlalii poUntia agitai ; mm pottlt ra tanta ùneadaUmicuLo numitm itare.
ger), mais enoore toutes les vertus auxquelles n^ous sommes appelés, et les mc^ens de les pratiquer; c'est là qu'éclairés de cette lumière si douce et si pure qui console les âmes humbles^ nous comprendrons que tout est possible à quiconque est biea convaincu qu'on ne peut rien sans Dieu.
5. Le besoiju où nous sommes que Dieu bénisse nos travaux , qu'il nous accorde le succès que nous attendons de sa providence, qu'il éloigne de nous de certains maux, est encore un puissant motif pour nous engager à prier. En vain une femme sage et vertueuse gémira-t-elle de se voir sous l'autorité d'un mari , qui , méprisant la foi qu'il lui a donnée , dissipe follement ses biens , abandonne leurs enfants communs , et vit indignement lui-» même sous les lois d'une étrangère;, en vain., cç père infortuné soupire en voyant ses enfantsliber^ tins et dénaturés , qui consument par avance l'héritage qu^il leur avoit amassé par tant de veilles, et qui , plongés dans l'oubli de Dieu et de toute vertu, lui causent tous les jours une douleui: mortelle par leur conduite honteuse et dissolue: tous les remèdes humains sont trop foikles contre de tels niaux.
Il faut avoir recours à celui qui seul est capable de guérir ks cœurs ; et quoiqu'il s'agisse de l'intérêt de sa gloire dans la conversion de ses créatures , il veut néanmoins, et il est de sa grandeur de vouloir que nous lui demandions sa propre gloire ,. et
( »94 ) que Paocompliisemeiit de 8â Tolonté soit l'objet de noê yœux et de nos loapirs (i).
6. Ne croyons pas^ an laste, qu'il fiiillepro* noncer une longiie suite de paroles, et se donner beaucoup de contention pour prier Dieu (a). Etre en prière y c'est lui demandisr que sa volonté se' &sse^ c'est former quelque bon désir, c'eal élever son cœur k Dieu , c'est soupirer après^ les biens qu'il nous proibet , c'est gémir i ]a vue de noa misères et des dangers où nous sommes de lui dé* plaire et de violer sa loi. Or cette prière ne demande ni soienoè ni méthode, |ii raisonnements;
(i) li'eiBcacitë de la prière ne déroge point à Ja toute-puîsaanoe dÎTÎne. Les dieux ont touIu que certaines grâces nous fussent accordées en conséquence de nos demandes ; ces effets , loia d'Mre ooatfaires an déeret éternd , en sont la suite et Pac« oomplmn^t. Vai^, dirarvous , telle chose arrivera infaillH* blement 09 n'arri?era pas : ai les dieux oqt déteminé qu'elle arrivera , nos voeux ne sauroient l'empêcher 5 si le décret porte qu'elle ne doit pas arriver, nos vœux ne lui procurent pas Pexjstence. Le dilemme n'est pas concluant; parce que, entre en deux piopositions , tdie chose arrlveta o|t nf'arrivcm pss , il y a un fùlieu, qui est la proposition oonditipn|ielle, telle chose orrivera si vous invoquez les dieux. Sénec., lir. II , QuœsU naUy (iiap. xxxvii , traduct. de L. B.
(a] Ne regardez point Dieu comme un maître qu'on n'aborde qu'en se composant avec cérémonie et embarras -, il n'a que faire de vos protestations étudiées avec effort. La liberté et la familiarité de fanumr ne diminueront jamais le vrai respect et l'obéisa»ncè. Œuvrai philost^. , 3"*e lettre 9 ch^p. vi«
( >95 ) ee ma doit {toïnt être un travail de la tête , il ne &ut qu'un iostant de notre temps et uu bon tqouvetneat de notre cœur, Ou jieut même prier sans aucune pensée distincte, i) qe laut (ju'ua retour du cœur d'un mQO^nt , encore ce nwment peut-il le plus souvent être employé à quelqu'autre chosej Dieu nous permet de le partager, pour le besoin , entre lui et les créatures. Oui , dans ce moment occupec-vons selon VQS emplois : il f uiBt que vous oflrïez à pieu, ou qu^ vous fassiez avec ujie intention générale de le glorifier , les causes les plus communes que Tfons vous êtes engagé à fcire. Qu'il est lacile de prier, pour quiconque sait que lameilleure de toutes les p-ièçes est d'agir avec une intention pure, en se renouvelant souvent dans le désir de faire tout selooDieui et dans l'ordre où Dieu l'exige ! 7- 3e ne veux pas dire cependant qu'il n'y ait aussi des instants d'un recueillement plus parfait, et que nous ne devrons même former des demandes plus expresses de toutes les choses que nous avons lieu de désirei-' Tout ce qui est vériublemcnt propre à nous fiier dav&ntage sur les différents objeu qijie suppose ou que renfemte l'idée de la prière, ne peut qu'être très conforme à ce que nous dicte la raison. I) y a d'ailleurs des circonstuicesqui semblent j^us que toutean,tre nousinvîter à prier (i). L'astre du jour vient-il nous
(i) Pline, er^ fluide ru(S(o où iioieat k* IttW^B* ^
rendre sa lumière et nous inviter à en profiter? quoi de plus naturel que d'élever nos premiers regards vers celui à qui nous nous devons tout entiers^ de lui demander qu'il bénisse ce jour que nous al^ loQS passer^ qu'il fasse servir toutes nos actions à «a gloire , et qu^il nous donne les secours dont nous aurons besoin au milieu de nos travjaux ? La nuit vient-elle au contraire nous plonger dans les bras du sommeil , et nous faire goûter les douceurs du repos ? quoi déplus juste^ en rendant grâces au souverain être des moments qu'il a bien voulu nous donner , que de lui demander encore que le repos que nous allons prendre ne soit troublé par rien de funeste^etque^ par ses soins bienfaisants^ il veille pour nous ?
Quels que soient ^ au reste y tes objets dont nous nous occuperons dans la prière^ quel que soit même le temps que nous y pourrons donner sans nuire en aucune manière à d'autres fonctions qui soient plus dans l'ordre de nos devoirs, n'oublions pas d'y apporter toutes les dispositions qui peuvent rendre nos demandes agréables à celui auquel' elles s'adressent ; et salutaires pour celui qui les fait.
commenoer la plupart de lenrs actions par jnvoq^aer les dieax , en donne pour raison qu'ils pensoient que. les hommes ne pouvoient rien entreprendre de bien , rien qui -eût été déterminé ayec sagesse , sans le Recours des dieux immortels , et san^ leur avoir rendu hommage pour l'obtenir» In Paneg.
( 297 ) 8. Nous devons prier avec attention : Dieu écoute la voix de notre cœur et non pas celle qui n'est formée que par notre bouche. Â qui devonsnous parler avec té&exion, si ce n'est à Dieu? Peutil moins demander de nous que de vouloir que nous pensions à ce que nous lui disons , et osons- .nous bien espérer qu'il daigne nous écouter ^ si nous refusons de nous écouter nous-mêmes ? A voir une infinité de gens dans les moments qu'ils semblent consacrer plus particulièrement à cette action y qui oroiroit qu'ils ont intention de prier et d'adorer Dieu ?
^. Il faut demander avec confiance : rien de * plus capable de nous rendre Dieu favorable que notre confiance en sa bonté {ci-dess., VI). Peut-il rejeter ceux qui ont mis en lui toute leur espé^ rance ? C'est lui , en quelque sorte , qui prie et qui gémit en moi y je n'ai garde de croire qu'il puisse être sourd aux cris et aux gémissements qu'il y forme. Il ne nous donne lui-même le désir de lui demander ses grâces , qu'afin de les répandre sur nous avec abondance; pouvons -nous craindre qu'il' nous les refuse , dès que nous lui ferons cette demande qu'il attend ? Cependant ne sommes-nous pas forcés d'en convenir? cette confiance filiale qu'un si bon père exige de nous ^ manque presque . à toutes nos prières ? la priète n^est notre ressource qu après que toutes les autres nous ont manqué.
3i nous sondons bien notre cœur^ nous trouve-
( >98) nms que nous demandons à Dieu les seeoieura dont nous avons beioiu , comme ai nous n'eu avions jamais reçu aucuns de lui , et qu'un certain fonds d'infidélité secrète et injurieuse & la bMité de Dieu» nous rend indignea d'en recevoir dea marques.
Au reste ^ s'il diffère quelqoefdis d^ «ous i|ocorder ce que nos yœuj: en attendent; s'il semble même nous le refuser, notre confiance doit-^lle en être altérée ? Dieu a ses voies , et si sa sagesse permettoit que dans cette vie nous pus^icms les sonder tout entières, nous y découvririons bientôt qu'il fait encore plus pour nous, que nous-onêmes n'avions désiré quHl ftt. Souvenonamoua toujours de cette sage maxime : ne jugea jamais de Dieu par les événements, juges plutôt des événements par l'idée que vous devea avoir de Dieu».
lo. Il faut joindre l'humilité à la confiance {cidess., 1 )• Ne comptons point sur nos propres forces , pour faire ce que nous désirons , parce que nos forces ne peuvent se trouver que dans celui dont nous tenons tout. Ne nous élevons point <^u* dedans de nous-mêmes. C'est la préparation de notre oœur qui engage Dieu à nous écouter^ Cette préparation doit être sans donte un abaissement intérieur, un aveu sincère de notre néant, A la vue des grandeurs de Dieu. C'est ce cœur contrit et bumilié que Dieu ne méprise jamais ; quelque effort an contraire que le superbe fasse pour fléchir
("99) I)ieUy Dieu, qui yoit son injustice , résiste au superbe. Comprenons^ s'ilsepeut, toute l'étendue de notre foiblesse et toute notre indigence; c'est notre seul titre pour obtenir.
On voit une infinité d(B personnes qui , parce qu'elles s'adonnent à de bpnnes oeuvres y dirent à Dieu dans leur cœur : Seigneur > je ne suis pas oomme le reste des bonunes. flUes s'imaginent être des âmes privilégiées; elles se complaisent vainelueut dans la haute idée qu'elle^ se forment d'e^leirmêmes; elles prétendent que c'est j^ elles seules de pénétrer les mystères du royaume de Dieu; elles s'en font une science et une langue chimérique ; elles croient que tout est permis à leur zèle > et ne craignent rien de ce qu'il faut craindre. Leur genre de vie régulier en apparence ne sert alors qu'à favoriser leur vanité; hors de là elles sont impatientes, indociles > inquiètes, indiscrètes, délicates et susceptibles. Capables de se gêner pour faire des actions d'éclat qu'aucune loi ne leur prescrit, elles sont incapables de se mortifier et de se contraindre pour remplir leur devoir. En un mot, en Allant à la prière avec ce fonds d'orgueil et de présomption , elles n'en rapportent qu'un esprit gâté, plein d'illusion sur elles-mêmes, et presque incurable.
Malheur à ceux qui prient de la sorte ! Malheur à nous si nos prières ne nous rendent plus humbles, plus soumis, plus vigilants sur nos défauts,
plus disposés à vivre dans une dépendance conforme à notre état ^ et surtout plus charitable^ envers les hoitimes.
1 1 . Il faut que nous priions avec amour {cùdcss., y ). C'est par Tamour qu'on demande y qu'on cherche , qu'on frappe , qu'on trouve et qu'on demeure ferme dans ce qu'on a trouvé. Vous cesserez de prier Dieu dès que vous cesserez de l'aimer et d'avoir soif de sa justice. Le refroidissement de la charité est le silence de notre cœur à l'égard de Dieu. Sans elle vous pourrez prononcer des prières y mais vous ne prierez pas véritablement si vous ne le faites que par coutume y si vous n'honorez Dieu que des lèvres y pendant qiie votre cœur est éloigné de lui , si vous ne sentez point en vous d'affection et d'empressement pour le succès de vos prières ; si vous demeurez toujours dans une froideur mortelle en approchant de ce Dieu qui est un feu consumant ; si vous n'excitez point en vous le zèle de sa gloire y la haine du péché y J'amour de vôtre propre perfection, n'attendez pas que des prières si languissantes puissent être efficaces.
12. Nous devons prier avec persévérance. Le cœur parfait est celui qui ne se lasse point de chercher Dieu : on ne peut mériter d'obtenir dans la prière les biens que l'on désire , si on ne les cherche avec l'assiduité et la patience que de si grands biens méritent.
Faut-il s'étonner si Dieu nous laisse si souvent
( 3oi )
dans des états .d^obscuri té, de dégoût et de tentation? Les épreuves purifient les âmes humbles^ elles servent aux âmes infidèles à expier leurs fautes ^ elles confondent celles qui veulent flatter dans Foraison même leur lâcHeté et leur orgueil.
Si une ame innocente souflroit ces épreuves^ elle devçoit s'humilier, adorer les desseins de Dieu sur elle , redoubler ses prières et sa ferveur. Comment des personnes qui ont à se reprocher tous les jours des infidélités continuelles , oseront-elles se plaindre que Dieu refuse de leur faire sentir sa présence ?
Cent fois ne nous a-t-il pas recherchés dans nos • égarements? Cent fois, ingrats que nous sommes, n'avons-nous pas été sourds à sa voix et insensibles à ses bontés? S'il veut enfin que nous le prévenions, s'il nous réduit à acheter par notre patience les faveurs qu'il nous prodiguoit autrefois, et dont nous ignorions le prix , est-ce donc à nous d'en murmurer. S'il nous soustrait les grâces sensibles , reconnoissons sa justice, humilions-nous devant lui, prions sans cesse. C'est cette humble persévérance qui l'apaisera; Dieu est présent, lors même qu'il parott éloigné de nous , et il ne difl^re , lui qui est lé Dieu de toute consolation , à adoucir toutes nos peines, que pour ne point fonder l'ouvrage de notre perfection sur une volonté foible, impatiente, et attachée uniquement aux choses sensibles.
i3. Enfin, il faut prier avec une intention droite et pure. Ne mêlons point dans nos demandes les
(3oO choses vaincs hyec les véritables. Ne prétendons pas rendre Dien le protecteur de notre amour-propre et de notre ambition (i). Nous recourons à Pieu, afin qu'il satis&sse nos passions ; craignons que pour nous punir il ne nous aœorde ce qu'il est dangereux que nous n^obtenions» N'allons donc pas lui présenter des vceUx indécents ^ des désirs mal réglés , et des prières indiscrètes ; qu'il ne s'y trouve rien d'indigne de celui auquel nous les adressons (2)» Imitons même un ancien poète qui adressoit à Dieu cette belle prière, ce Dieu bon , abcordez^nous les , ce cboses qui nous sont avantageuses , soit que nous « vous les demandions , soit que nouJs ne vous les c< demandions pas; éloignez de nous celles qui
(i) Vivez ayec les hommes 9 dit Sënèque , comme si Dieu vous voyoit; pariez avec Dieu comme si les hommes vous entendoient. Combien grande est la folie des hommes! Ils adressent i Dieu dès vœux qu'ilà doiveni rougir dé former. Sicvii^eamhih' minUUÈ tan^uàm Detu wdeat; ne hquePBeum Sho tanquâm homineê audianU.*»»**» Quanta demêntia eft hominum/ Turpîtfima vota dits insuturranU £p. io«
(a) 11 faut prier les dieux de nous accorder ce qui nous est utile, et d^ëloigner ce qui peut nous nuire; de remplir les e»péràneeà qu'ils nous donnent , et de né pas efieetaet ks menaces q«*ils nous font4 Pemt*ètre qu'autrefois nous leur avons adressé des prières indtontes ; changeons d'idées et de méthode. Demandons-leur un cœur droit 9 un esprit sensé , et la santé du corps. Craindrez-vous de les importuner par de semblables vœux ? Cette crainte est mal fondée ; dâs que vos prières n'ont rien pour objet qui puisse préjudicier à voti-e prookain* Séiiec«y lib, 11^ Qmttt* mte. , et £p. to , traduet. de L» E.
c« nous sont nuisibles , quand bien même nous vous cr les demanderions (i). » Pbur tout dire en un mot y désirons que Dieu lui-mépie nous enseigne à p^ier.
Seigti^tity je n^ sais ce qi!k^ je dois vous detn&tiàëp (2); vous seul save« ce qu'il nous faut , Vô'as m'àiiïiez mieux que je ne sais m'aimear mot'-méme» O père! donnez à votre enfant ce qu'il ne sait pas lui-métiae demander. Je me présente seulement à vous 9 |e VOUI5 ouvre mon cteur . Voyez mes besoins qiïe )e ne oonnoiS'pas; voyez , et faites selon votre miséricorde; frappez ou guérissez ^ accablez ou rel«vez-»moî» j'adore toutes vos volontés sans les connotCre; je ibb» tais y je mie sacrifie, je m'abandonne. Plus d'autres désirs que ceux d'actoniplir votre vo-* lonté. Apprènez-moi à prier, priez vousrmcéme en moi* ^
m. \. Après tout ce que nous venons de dire , ùfi peut demander encore s'il %st convenable que les bomméîs s'uni<ssent entre tHï. par des signes extérieurs, au moyen desquels ils se communiquent
(i) Jupiter hone^ res cfuidem honas , swe precemur, «W non pf^ cemur^ nobis concède; res ifero noxiàs, etiam si illas posoUemus , À nôbis ûrûe. C'est aussi éé que dit luvenal :
IVrrtoiffM ipiU tpmi»» nmSni^ |«M Convniat nobii , fhutqu* $it utiU noêtrU.
aèh projueuniii aftiêwnm ^ «inyili débuM H.
Curior «it iUu homo , mtam $iU.
Iw. Mt. 10 , ^47 «I Mq.
(i) Fén^ûli , ùEuvhf$ ipùit, , %6mi IL
les sentiments dont ils seront remplisponr le sou* yerain être , et ils concourent tous ensemble à VhoH norer {déf. i3).:
Mais la nature semble en quelque sorte nous instruire à cet égard ( itV. IV , ch. xi , 5c princ.). Le cœur ne peut être bien rempli de quelque affection que ce soit , qu'il ne se répande au-dehors^ et que les facultés mêmes de notre corps , par son union étroite avec l'ame y ne se réunissent pour seconder ses transports : tantôt mes mains s'entrelacent et s'élèvent vers le Ciel pour implorer son secours, tantôt mes yeux se baissent vers la terre et mon front semble s'incliner de lui-même lorsque j'adore la grandeur du souverain être ; ma bouche exprime naturellement et sans effort les sentiments qui m'animent, elle se plaît à les publier, et s'il est vrai que j'aime, il me seroit imj)Ossible de taire mon amour. De même encore ^ si je suis vivement frappé de la majesté du cféateur., je ne saurois en parler que mon respect ne se peigne sur nion visage et dans mes discours.
La raison ne sauroit trop prendre soin de régler et de retenir dans de justes bornes ces mouvements et ces actes extérieurs : car à quels excès la superstition ne se porte-t-elle pas? Mais, bien loin de dés^ approuver en lui-même cet accord de toutes nos facultés, elle nous fait sentir que nous ne saurions trop les employer à glorifier celui dont nous les tenons, à rendre hommage à ce monarque souverain
dont l'empire s'étend également sur toutes les parties de nous-mêmes (i). /r
Si un roi mortel ou un simple père de famille s'attire par sa sagesse l'estime et la confiance de tous ses enfants (2) » on ne voit à toute heure que les hommages qui lui son^ rendus. Il ne faut pas demander où est son culte , ni si on lui en doit un. Tout ce qu'on fait pour l'honorer , pour lui obéir , et pour reconnoitre ses grâces ^ est un culte continuel qui saute aux yeux. Que seroit-ce donc si les hommes étoient tous remplis de l'amour de leur créateur ?
2. Il ne suffit pas de connoltre (3) Dieu , il faut faire en sorte, pour procurer sa gloire autant qu'il est en nous , que les autres hommes le connoissent, qu'aucun d'eux, s'il est possible, n'ait le malheur de l'ignprer, de l'oublier (/iV. tll , c x , pjrinc, 22).
Enfin y Dieu a formé l^s» hommes, pour .s'unir entre eux, s'aimer et se 'secourir mutuellement ( liv. IV , c. XI , 8© princ.)y comme les enfants d'une
(1) Je me souviens, dît Voltaire, que 'dans plusieurs conférences que j'eus en 1726 ayec lé docteur Claflie,' jamais ce philosophe ne prononçoit le nom de Di'eu 'qu'avec iun àir de recueillement et de respect très remarquable. Je lui avouai l'impression que cela faisoit sur moi , et il me' dit quec'ëtoit de Newton qu'il avoit pris insensiblement cette coutume , laquelle doit être en effet celle de Xoxxsleshammes, Métaphysique ^ c. i«ï.
(q) Fénelon, CEuin^es philàsoph. , tom. II , Lettre am*.
(3) Jbid., Lettre Z^^,