Yoy. ploi haut, chap. ▼, p
4. H. de Sayenne s'achemine à Paris, non pour eontester, mais setdement pour leceroir et donner ordre à tant de peuples et villes qui» comme à l'envy les uns des
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maltresse du parlement par un coup d'État , supprimait le nom du roi dans les actes judiciaires, et nommait de sa propre autorité un lieutenant général du royaume*. Cependant, au lieu d'agir et de monter à cheval, Henri III, retombé dans sa mollesse, expédiait du château de Blois des proclamations inutiles et des ordres qui ne parvenaient pas; entouré par la révolte, comme par un cercle de fer qui se resserrait de plus en plus, il se trouva enfin réduit à n'avoir en sa puissance que les deux rives de la Loire, entre Tours et Beaugency. Alors Q prit une résolution qui donnait la mesure de sa détresse; il fit, sous le nom de trêve, un pacte d'alliance avec le prince qu'il avait déshérité et proscrit, et il mit sa couronne sous la garde des religionnaires dont il s'était fait gloire de poursuivre Textermination^.
Quatre mois après le meurtre du chef de la Ligue, Henri de Valois et Henri de Bourbon eurent, au Plessis-lez-Tours, une entrevue où ils scellèrent, en s'embrassant, l'union du parti royal et du parti cal-
«otrei, M mettolent du parly de Tunion, aneuns sous les bonnes espérmnoes quils s'estoient imaginei de vivre à Tadvenir k la manière des Suisses, et d'esire eiempts de tailles et de payer les cens et devoirs à leurs seigneurs, d'autres d'animosité, de courroux et de despit k cause de la bonne opinion qu'ils avoient de feu M. de Guise, et parmy ceux-là quelques-uns alTer.tionnez & la religion catholique romaine ( Palma Cayet, Cbronologie novennaire, collect. Micbaud, t. XII, p. 402.) — Si d'un autre costé Von propose de réduire ce royaume en république, connoissant qu'il est impossible de chasser le roy et en establir un autre, J'advoue que ce sera une chose plus aisée à fklre, parce qu'il ne faut que luy desnier l'obéyssance et se gouverner sous l'authorlté des quarante conseillers et dos maires et eschevlns des villes sans plus parler de roy, et se tenir bien aillez et confédérés les uns avec les autres pour se supporter et pour se delliendre contre luy. (Mémoires de Ne vers, t. I«r, p 919.)
I. te titre donné au duc de Mayenne était celui de lieutenant général de l'état royal et couronne de France.
a. Les témoignages sont assez notoires... de quel zèle et bon pied J'ai toi^ours marché à l'extirpation de l'hérésie et des hérétiques, à quoi j'exposerai plus que jamais ma vie, Jusques k une mort certaine, s'il en est besoin, pour la défense et prolecUon de notre sainte Toi catholique, apostolique et romaine, comme le plus superbe tombeau où Je me pourrols ensevelir que dans la ruine de l'hérésie. (Harangue du roi, 16 octobre 1588, De« était généraux, etc., t. XIV, p. 386.) — Voy. les lettres d'armistice avec le roi de Navarre données à Tours le 96 avril 1589. Rec. des anciennes lois françaises, t. XIV, p. 645.
viniste. Leurs deux armées n'en formèrent plus qu'une seule , qui bîentût se porta vers Paris, où la Ligue était maîtresse, et d'où elle agissait sur les provinces. Arrivés sous les murs de la ville, qui fut frappée de terreur à leur approche, les rois campèrent, l'un, celui de France, à Saint-Qoud, Fautre, celui de Navarre, à Meudon. Les apprêts (lu siôge étaient terminés à la fin de juillet, et Tassant devait avoir lien le 2 août; mais Benri III ne vit pas ce jour. D fîit tué d'un coup de couteau par un jeune moine dominicain poussé au régicide par son fanatisme ligueur, des prédications furieuses, d'adroites manœuvres et la consternation qu'il voyait régner dans Paris'. Ainsi la Ligue rendit à Henri III crime pour crime, et le même coup vengea sur lui l'assassinat des Guises et les meurtres de la Saint-Bartbélemy. Du reste, ce prince eut une mort qui rachetait jusqu^à un certain point les faiblesses de son règne , il n'hésita pas à ce dernier moment sur ses devoirs de roi et de patriote; il voulut jeter les fondements de la réconciliation nationale. Il tit appeler le roi de Navarre, et lui dit : a Mon frère, la couronne est vôtre après que Dieu aura fait sa volonté de moi. » Puis, s'adressant aux princes et aux nobles qui entouraient son lit, il leur conunanda de jurer au successeur légitime obéissance et fidélité; tous, mettant le genou en terre, firent ce serment'.
Ce fut le 4 août 1589, qu'après avoir signé la promesse de maintenir sans altération la religion catholique', Henri de Bourbon fut solennellement reconnu pour roi par les chefs de Tarmée royale, et ce fiit le 22 mars 1594, que, vainqueur de la Ligue et devenu lui-
^ Gtei aniva dans la matinée du t*' août; le moine se nommait Jacques Qément.
S. FaimaCayet, Chronologie novennaire, collecc Micbaud. t XII» p. 150.
1 NoQi Henri, par la grftce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et lorons, en foy et parole de roi, par ces préMUtea signées de noire main, à tous nos iwns et fidels si^eta, de maintenir et coiisenrer en nostre royaume la religion catiio* ^^ue, apostolique et romaine en son entier sans y innover ou changer aucune rhose, *oit en la police et exercice d'iceile, ou aux personnes et biens ecclésiastiques. (Décla- '■Uon et serment du rot à son avènement à la couronne; Aec. des anciennes lois fratt' f«i««,tXV.p.«.)
4tt ESSAI SDR LRISTOIRB
même eathoUque, il entra militairement dans Paris. Il fallut plus de quatre années de combats , une constance à toute épreuve et une , admirable prudence y des victoires signalées et une transaction décisive % pour que le principe du droit héréditaire y allié aux intérêts de l'indépendance nationale, prévalût contre Tassociation du principe de Torthodoxie avec les doctrines de la souveraineté du peuple. On sait quelles furent les vicissitudes de cette grande lutte, soutenue intrépidement de part et d*autre devant Fopinion publique, et dont cette opinion était à la fois le juge et le prix. Au-dessus des événements variés qui en marquent le cours , il y a un fait qui domine, c'est le retour graduel de la bourgemsie à l'esprit de tolérance de 1560, avec plus de réflexion, avec la maturité de jugement que donnent Texpérience et le malheur. A mesure que le prince réduit à être conquérant de son propre royaume gagnait une de œa victoires glorieuses d'humanité autant que d'hérèlsme, le zèle fana* tique perdait du terrain, et, abandonnant les classes moyennes de la nation^ se retirait dans les classes inférieures. C'est en elles que se prolongea le sombre enthousiasme et l'énergie des premiers jours de la lutte, ce sont elles qui, par un régime de compression et de terreur, imposèrent à Paris la prodigieuse patience avec laquelle cette grande cité souf&it les fatigues et les unsères d'un siège de quatre ans; elles enfin qui, livrées en aveugles au protectorat du roi d*Espagne , donnèrent le monstrueux spectacle d'un parti démocratique qui n'étmt pas un parti national.
La Ligue avait eu la prétention de transporter la royauté et de la rendre, au moins une fois, élective; elle échoua dans ce dessein, et ne réussit qu'à empêcher le roi héréditaire de régner, tant qu'il ne fut pas catholique. Son dernier acte d'autorité fut une convocation d'états généraux faite sans mandement royal. Indiquée et ajournée plusieurs fois depuis Tannée 1590, cette assemblée révolutionnaire^
4. SaUlUe d'Arquée, le 18 septembre 488t; bataUle d'Ivre, le U mare 48tO; at>jQn- UOQ du roi à Saint-Denis, le 85 JuiUel 1993.
DU TIERS ËTÂT. 1^3
qui $e disait nationale et sur laquelle pesaient le patronage et l'anibition de l'Espagne , se réunit enfin à Paris le 28 janvier 1593 *. Les députés qui y vinrent en petit nombre * ne tardèrent pas à se trouver en face de Tintérét étranger se couvrant de Tintérôt de la foi catholique pour demander avec hauteur le sacrifice des lois fondamentales et de l'indépendance du pays. Ils eurent à entendre successivement trois propositions du roi d'Espagne : la première, de reconnaître pour reine par droit de naissance Tinfante Isabelle sa fille, petite-fiUe de Henri II'; la seconde^ qu'un prince du sang impérial, fiancé à Tinfante^, fût élu pour roi; la troisième, que Fmfante épousât un prince français, et que tous les deux fussent déclarés conjointement propriétaires de la couronne'.
En dépit de leurs obligations envers TEspagne et du besoin que l'union catholique avait de son assistance, les députés ligueurs se sentirent français, et rougirent à de pareilles demandes. Ils repoussèrent les deux premières propositions, et éludèrent la troisième, en disant que l'heure n'était pas venue de procéder à l'élection duu roi*; ils ne firent rien, et ce fut tout leur mérite. Mais le parlement, ou, pour mieux dire, les membres de cette cour qui, par zèle d'orthodoxie ou par crainte de la Ligue, étaient demeurés dans
I. Voy. les Procès-verbaux de» étito généraux de 4aM, publiés par M. Auguste Bernard, dans la CoUeciiàn des documents inédits sur l* histoire de France.
%> Ils étaient environ eent trente, la plupart du tiers état; Paris seul avait douie représentants de oet ordre. — Voyez ci-après, Appendice II.
t. Isabelle-Claire-Eugénie, née du mariage de Philippe II avec Élisabetb dePranee.
4. L'arebiduo Imest d'Autriche, frère de Tempereur Rodolphe II et neveu de Philippe II.
5. fil toUdum. Voy. les Procès-verbaux des états généraux de 4903, p. S43. S5i, S87, m» et, dans le meme.recueU, Apperfdlce 4, le Journal dXMet Soret, député du tiers état de Normandie.
6. Sur la proposition qui a esté faicte ausdicts estais par monsieur le duc de Périe at autres ministres du roy catholique de créer et establir présentement une royauté, IcMliets estais esUment qu'il seroil non-seulement hors de propos , mais encore péril- Icin. et pour la religion et pour Testât, de faire cesle eslection et déclaration en un temps où nous sommes si peu fortifies et d'hommes et de moyens. (DélibéraUon du A Juillet» ProcU'Verbaux des états généraux de 4593, p. S5S.
Paris S osèrent davantage. Faisant acte de souveraineté à la face des états et contre eux, ils rendirent une sentence qui déclarait nul tout acte fait ou à faire pour rétablissement de prince ou princesse étrangers, et protestèrent qu'ils mourraient tous plutôt que de rompre ou de changer cet arrêt ^. Un mois après, en abjurant le calvinisme dans la basilique de SmntrDenis , Henri de Bourbon écarta Tobstacle que les mœurs nationales opposaient à ce qu'il fût roi de fait comme il Tétait de droit, et bientôt les états de la Ligue, s'éteignant d'eux-mêmes^ laissèrent libres toutes les voies légales à l'occupation du trône'.
Henri IV, c'est THôpital armé; sa victoire fut, après trente-quatre ans d'hésitation publique , de tentatives prématurées et de violents retours en arrière, celle des principes de l'immortel chancelier de Charles IX. Le roi qui délivra les consciences de l'oppression religieuse et le pays de l'influence étrangère fut un de ces grands réparateurs venus après les grands désordres, pour relever les ruines amoncelées, et fah^ germer les semences de bien éparses parmi les décombres. Une fois qu'il eut conquis la paix au dedans et au dehors, douze ans lui suffirent pour effacer la trace des guerres civiles, renouveler la face du pays par une prospérité toujours croissante, et fonder sur de nouvelles bases la politique nationale. D avait une intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolutions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans prévention et sans passion, au commandement le plus absolu, il joignait la séduction des manières et une grâce de propos inimitable. Ses hautes
4. Une partie du parlement de Paris siégcail alors à Tours , pai* suite d'un édil de translaUon donné par Henri III, en février 1589.
9. Délil>ération du parlement du S8 juin 4593» Procét-verbaux, etc., appendice VIII. p. 740 748.
3. Il n'y eut pas de clôture officielle pour les éUU de 4593. Les députés quittèrent leur poste l'un après l'autre ; les procès-verbaux des séances s'arrêtent, pour le clergé, au 43 Juillet; pour la noblesse, au 8 août, et pour le tiers état, au tt décembre.
vertus mêlées d'étranges faiblesses ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goûts , plein de grandeur d*àme et de calcul , de sympathies populaires et d*orgueil de race, et toujours , et avant tout, patriote admirable.
n y a trois choses dans Tœuvre du vainqueur de la Ligue : rétablissement définitif de la liberté de conscience et de Tétat civil des dissidents, la restauration et le progrès de tout ce qui constitue la richesse publique, enfin ia conception d'une politique française, fondée sur le maintien des nationalités et l'équilibre des puissances européennes. Aucun des anciens édits de tolérance n'avait eu le caractère de loi perpétuelle; c'étaient des actes provisoires, des traités de paix conclus dans l'attente d'une réunion des deux cultes par un concile général ou national. Or, les deux cultes n'avaient pu ni se fondre ensemble y ni se détruire l'un l'autre; il fallait que leur séparation et avec elle leurs droits respectifs fussent proclamés et sanctionnés par un décret irrévocable. Tel fut l'objet du célèbre édit signé à Nantes le 13 avril 1598 et auquel cette ville a donné son nom. Résumant les édits antérieurs dans leurs dispositions essentielles et vraiment praticables, il garantit, d'une part, aux personnes rentière liberté de conscience, de l'autre, aux i-eligions, des privilèges limités pour chacune d'elles selon la mesure de ses forces et sa situation dans le pays * .
f . ■aintenant qu'il plaît à Dieu eommenoor à noua faire Jouir de quelque meilleur repos, nous ayons estimé ne le pouvoir mieux employer qu'à vaquer à ce qui peut ooneemerla gloire de son sainct nom et service, et pourvoir qu'U puisse être adoré et prié par tous nos subjects; et s'il ne lui a pieu permettre que ce soit pour eneore en une mesme forme et religion , que ce soit au moins d'une mesme intention et avec telle reigle qu'il n'y ait point pour cela de trouble et de tumulte entre eux, et que nous et ce royanme puissions toujours mériter et conserver le tillre glorieux de très-chrestien.....* Nous avons Jugé nécessaire de donner maintenant sur le tout à tons nosdiis subjects une loy générale, claire, nette et absolue, par laquelle ils Boient réglés sur tous les différends qui sont cy devant sur ce survenus entre eux et y pourront encore survenir cy-après, et dont les uns et les autres ayent sujet de se contenter, selon que la qualité du temps le peut porter. (Préambule de Tédit de Mantes, Jtec. du anckenneê lois françaUeê, i. XV, p. m.)
t26 ESSAI SUR UHISTOIRB
Par cette transaction dernière entre la justice naturelle et la nécessité sociale, les réformés obtinrent définitivement le droit d'habiter dans tout le royaume sans être astreints à faire aucune chose contre leur conscience ; l'admissibilité à tous les emplois publics avec dispense à rentrée en charge de toute cérémonie et forme de serment contraire à leur culte ; le droit de n*étre jugés que par des tribunaux mi-partie de {protestants et de catholiques; celui de publier des livres de leur religion y de fonder des collèges , écoles et Mpitaux y et, avec cela, d'être admis conrnie étudiants dans les universités et les autres écoles du royaume, ou, comme pauvres oa malades , dans les anciens hospices. L'exercice privé du nouveaa culte fut déclaré libre pour chaque famille , mais l'exercice puUic n'en fut permis que dans les lieux où Tavait autorisé Fédit de 4577, avec une ville de plus ou un moindre lieu par bailliage ^ Cette charte de droits qui transportait à FÉtat Tunité dont le privilège avait, depuis tant de siècles , appartenu à TÉglise , devint , sous le fils et le petite fils de Henri IV, la loi civile des deux cultes rivaux. Elle les régit dans une paix , sinon sincère du moins apparente , jusqu*au jour où elle fîit brisée par un vertige du pouvoir royal, qui, ramenant, après quatre-vingtr-onze ans de tolérance, le fanatisme et les proscriptions du xvi^" siècle, imprima une tache ineffaçable sur Tnn des plus grands règnes de notre histoire * .
A part redit de Nantes et une loi remarquable contre le duel', toute la législation de Henri IV roule sur des matières d'économie publique , et là sa passion du bien-être général, son intelligence des conditions de prospérité pour le pstys , son génie créateur et l'activité de son esprit se montrent d'une façon merveilleuse. On sait quel nom l'histoire associe au sien dans une gloire commune,
4. Édit de Nantes, art. 6, 7, 8, 9, 40, fi, M, ff, U, 37, 30, 84, SS, 88, St, 85, 88, 43, 6«, 66 et 67.
3. Révocation de redit de Nantes par rordonnance de Louis XIT du 47 octobre 4685. Voy. ci-après , chap ix.
8. Édit de juin 4609, Rec. de* ane. hi$ firançaiwet, t. XV, p. ZH.
DU TIBRS ÉTAT. m
celle d^avoir fiât lenattie et développé avec une énergie alors sans exemple les forces productives de laFrance. Haximilien de Béthune, marquis de Rosny, duc de Sully, créé surintendant des finances en 1596 % fut l'homme d'action qui, dans cette entreprise où les obsta* des étaient sans nombre , mit une volonté intrépide et une perse* vérance à toute épreuve au service de la pensée du rm. Premier ministre en fait sinon en titre, il porta la réforme et la vie dans toutes les branches de Tadministration. Non-seulement il releva les finances de Tablme où les avait fait descendre Ténorme déficit du dernier règne ^ augmenté par cinq ans d'anarchie et par les capitidations d'argent au prix desquelles avait eu lieu la soumission des grands de la Ligue 9 non-seulement il remplit de nouveau le trésor vide, mais f remontant jusqu*aux sources de la richesse publique , il les agrandit et les multiplia. L'agriculture, encouragée avec un zèle qui gagna la noblesse elle-même , prit un essor inconnu jusque-là; toutes les parties de Taménagement du sol, les eaux et les bois, le défrichement des terrains vagues, le dessèchement des marais, furent Tobjet de mesures qui provoquaient, par imitation, de grandes entrejmses particulières. La protection du gouvernement s'étendit à tous les genres de manufactures, et l'industrie de la soie fut propagée dans tout le royaume. En même temps des sonunes considérables étaient employées aux routes, aux ponts, aux levées, au creusement de canaux navigables, et le dessein de faire communiquer l'une avec l'autre les deux mers qui baignent la France s'élaborait dans les entretiens du grand roi et du grand ministre'.
I. n remplaça les huit intendants eonlrOleurs généranx des flnanoes et fat nommé •neeenivement grand voyer de France , grand maître de l'artillerie el surintendant des tAUments et fortifteations.
a. Voyei. sur l'état des finances en t97e et en 4SS8, l'flislolre de France de H. Henri MarUn, t^ X, p. 544; et t. XI, p, 437.
8. Le projet d'unir la Seine à la Loire et celle-ci à la Saône ftit en partie exécuté psr l'ouverture du canal de Briare ; un second projet, celui de Joindre l'Aude à la Garonne, demeura sans exécution.» Voy. l'ordonnance de mat 4S97 sur les eaux et
S'il faut admirer à l'intérieur Tesprit d'ordre , de suite et de progrès qui caractérise le gouvernement de Henri IV, ses plans de politique extérieure sont peut-être encore plus dignes d'admiration. D entreprit à la fois de préserver la France du danger continuel dont la menaçait la prépondérance de la maison d'Autriche , et de lui faire à elle-même une situation prépondérante, en reconstituant l'Europe d'après un nouveau principe, celui de l'indépendance et de l'équilibre des États. Le système de balance politique réalisé un demi-siècle plus ^ard parle traité de Westphalie fut une création de sa pensée } il le conçut dès l'abord sous des formes idéales qui le passionnaient, mais que son sens pratique lui faisait regarder conune secondaires, et dépendantes de ce qui , dans l'exécution, serait possible ou opportune La mort le surprit au moment où il allait partir pour commencer la guerre colossale dont le succès devait aplanir le terrain sur lequel il voulait édifier. Le crime d'un fanatique fit descendre dans la tombe , avec le roi martyr de la liberté de conscience, de vastes desseins qui, encore secrets et seulement mesurés par la grandeur des préparatifs, tenaient, d'un bout de l'Europe à l'autre , les esprits en suspens, et remplissaient les imaginations d'une attente mystérieuse. Quand on arrive à cette triste page de notre histoire , quand on relit la fin soudaine et violente d'une si noble vie et d'une si grande destinée, il est impossible
forêts, l'entretien des chemins publics et des rivières , etc. ; les édits d'avril 1990 et de Janvier 4607, pour le dessécliement des marais ; l'édit de mai 4599, qui crée un .office de grand voyer de France; les lettres d'août 4597, établissant une fabrique de cristal à Melun ; l'édit d'août 4603, pour l'établissement & Paris d'une manufacture de draps et toiles d'or, d'argent et de soie ; la déclaration du 46 novembre 1605 , pour rétabliMfment dans tous les diocèses d'une pépinière de mûriers blancs , et l'édit de Janvier 4607, qui établit dans plusieurs villes du royaume des manufactures de tapisseries. Htc. du anc. lois françaises ^ i. XV, p. 444, 249, 843, 929, 464, 983, 994 et 392. — Une assemblée de commerce, sorte d'états généraux de l'industrie , fat convoquée à Paris en 4604. Voy. Archives curieuses de l'hittoire de France, L XIV, p. 949 et sulv. 4. Voyez, dans les Economies royales de Sully le projet de formation d'une république chrétienne, 1. 1, p. 243, 353 , 437 ; 1. H, p. «50, 212, 220, 323, 889 et 448. Coliect. Michaud, 4w série, t XIV et XV.
de ne pas s'arrêter ému , de ne pas ressentir, à la distance de plus de deux siècles, quelque chose de l'angoisse des contemporains, qui virent tout à coup la France tomber, par la mort d'un seul homme, de Tordre dans le chaos, de Ténergie politique dans raffaissement, de la liberté d'action dans les entraves qu'apporte aux États l'influence de rétrangcr.
Le règne de Henri IV est une de ces époques décisives où finissent beaucoup de choses et où beaucoup de choses commencent. Placé sur la limite commune de deux grands siècles , il recueillit tous les fruits du travail social et des expériences de Fun , et jeta dans leur moule toutes les institutions ijue devait perfectionner l'autre*. La royauté , dégagée de ce que le moyen âge avait laissé de confus dans son caractère, apparut alors clairement sous sa forme moderne, celle d'une souveraineté administrative, absolue de droit et de fait jusqu'en 1789 , et , depuis , subordonnée ou associée à la souveraineté nationale. Alors se réglèrent d'une manière logique les départements ministériels, et leurs attributions s'étendirent à tout ce que réclament les besoins d'une société vraiment civilisée. Alors entin le progrès de la nation vers l'unité s'accéléra par une plus grande concentration du pouvoir, et le progrès vers l'égalité civile par l'abaissement dans la vie de coui^des hautes existences nobiliaires, et par l'élévation simultanée des différentes classes du tiers état.
Trois causes concoururent à diminuer pour la haute boui^eoisie l'intervalle qui la séparait de la noblesse : Texercice des emplois publics, et surtout des fonctions judiciaires, continué dans les mêmes familles, et devenu pour elles comme un patrimoine par le droit de résignation*; l'industrie des grandes manufactures et des grandes
I. Voy. la Monographie polUique de Henri IV, par M. de Carné, Études sur les fondateurs de Vmïté nationale en France, t. II, p. 4 et suiv.
9. Le titulaire d'un ofllcc de judicature ou de Ariance pouvait lo rd«igner à une personne do ia famille ou à toute aulre personne capable de le remplir. Il fallait que la réiignalion eût lieu quarante jours au moins avant \st mort du titulaire, sans quoi elle était nulle, et la chaîne retournait aux mains du roi. Ilciiri IV
entreprises qui créait d'immenses fortunes, et ce pouvoir de la pensée que la renaissance des lettres avait fondé au pro6t des esprits actifs. En outre , la masse entière de la population urbaine avait été remuée profondément par les idées et par les troubles du siècle; des hommes de tout rang et de toute profession s'étaient rapprochés les uns des autres dans la fraternité d*une même croyance et sous le drapeau d'un même parti. La Ligue surtout avait associé étroitement et jeté pêle-mèle dans ses conseils l'artisan et le magis* trat, le petit marchand et le grand seigneur; l'union dissoute, les conciliabules fermés, il en resta quelque chose dans Tàme de ceux qui retournèrent alors à la vie de boutique ou d'atelier : un sentiment de force et de dignité personnelle qu'ils transmirent à leurs enfants.
Quant à la population des campagnes, elle parait, au xn* siècle, généralement affranchie de la rude et humiliante condition du servage ; ses obligations envers les propriétaires du sol s'étaient fixées et modérées de plus en plus, et, dès la fm du xv^" siècle, son admission à une part de droits politiques avait marqué par un signe frappant le progrès accompli dans sa condition civile. Dès lors en effet, à chaque convocation d états généraux, il y eut des assemblées primcûres, composées des habitants de toutes les paroisses, et concourant, par leurs délégués, à la formation des cahiers et à l'élection des députés du tiers état. Les délégués de chaque paroisse dressaient le cahier de ses doléances et le por^ talent au chef-lieu du bailliage cantonal; là, réunis aux délégués du chef-lieu ils élisaient des personnes chargées de fondre en un seul cahier les doléances des paroisses et de les porter à la ville siège du bailliage supérieur, où de nouveaux délégués , élus de la même manière et réunis aux mandatâmes de la ville, rédigeaient,
aempU de celle gfine toos les officiera ; il leur concéda la propriélé hérédilaire de leun charges, moyennant un droit annuel équivalant au solxanliôme de la valeur de chaque office.
DU TIERS ËTâT. 4 34
par une nouvelle compilation , le cahier provincial de l'ordre plébéien, et nommaient ses représentants aux états généraux*. Cette innovation, qui date de rassemblée de 1484, fit désormais un seul corps politique de toutes les classes du tiers état , et mit fin k la tutelle officieuse que les députés des bonnes villes avaient exercée jusque-là en faveur des gens du plat pays'. Ceux«ci se trouvèrent en possession du droit de parler pour eux-mêmes, et c'est d*eux que venaient directement les remontrances qui les concernent dans les cahiers de 1484 , 1560 , i 576 et 1568 \
Pour revenir à la bourgeoisie , ce noyau du tiers état , sa condition , si on Tobserve depuis le xnr siècle, présente hi singularité de deux mouvements contraires, Tun de progrès, Fautre de décadence. Pendant que les emplois judiciaires et administratifii , le commerce, rindustrie , la science , les lettres, les beaux-arts, les professions libérales et les professions lucratives rélevaient en considération, et créaient pour elle , sous mille formes , des positions importantes, ce qui dans Torigine avait fait sa force et son lustre , la liberté munici* pale, déclinait rapidement. La législation du xv« siècle avait enlevé aux magistrats des villes Tautorité militaire, celle du xvi« leur enleva la juridiction civile, restreignit leur juridiction criminelle, et soumit à un contrôlé de plus en plus rigoureux leur administration financière. Le privilège de communauté libre et quasi-souveraine, qui avait protégé la renaissance et les premiers développements de Tordre civil , fut traité de la môme manière que les privilèges féodaux, et passa comme eux sous le niveau du pouvoir royal , dont chaque envahissement était alors un pas vers la civilisation et vers Tunité nationale. Mais la noblesse perdait, et ses pertes étaient irréparables; la bourgeoisie perdait, et ses pertes n'étaient qu'apparentes; si on
4. Yoy. ririii. des étatsgénér,, parM.TlUbaudeau, t I, p. S89,ett. II, p. U
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