‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments du (volume 2)Chapitre 41 sur 124 · Voy. le Tettament politique du cardiital de Richelieu · texte numérisé non relu

Voy. le Tettament politique du cardiital de Richelieu

rétrograder. Après le règne de Philippe le Bel^ la royauté avait reculé dans sa tftche révolutionnaire et fléchi sous une réaction de r&iistocratie féodale; après Charles Y^ il s'était fait de même un retour en arrière; Tœuvre de Louis XI avait été près de s'abtmer dans les troubles du xvi* siècle, et celle de Henri IV se trouvait comiNN>mise par quinze ans de désordre et de faiblesse. Pour qu'elle ne périt pas, il fallait trois choses : que la haute noblesse fût définitivement contrainte à Tobéissance au roi et à la loi, que le protestantisme cessât d'être un parti armé dans l'État, que la France pût choisir ses alliés librement dans son intérêt et dans celui de rindépendance européenne. C'est à ce triple objet que le ministreroi employa sa puissance d'esprit , son infatigable activité, des passions ardentes et une force d'âme héroïque ^ Sa vie de tous les jours fut une lutte acharnée contre les grands, la famille royale, les cours souveraines, tout ce qu'il y avait de hautes existences et de corps constitués dans le pays. Pour tout réduire au même niveau de soumission et d'ordre , il éleva la royauté au-dessus des liens de famille et du lien des précédents; il l'isola dans sa sphère comme une pure idée, l'idée vivante du salut public et de l'intérêt national^. Des hauteurs de ce principe , il fit descendre dans Texercice de

I. Lorsque Votre Majesté se résolut de me donner en même temps et l'entrée de ses conseils et grande part en sa confiance pour la direction de ses aibires, Je puis dire avec Térité que les huguenots partageoient l'État avec elle; que les grands se conduisoient comme sMIs n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouverneurs des

provinces comme s'ils eussent été souverains en leurs charges Je puis encore dire

que les alliances étrangères éloient méprisées; les Intérêts particuliers préférez aux publics; en un mot, la dignité de la migesté royale étoit tellement ravaliée et si différente de 06 qu'elle devoit être, par le défaut de ceux qui avoient lors U principale conduite de nos affaires, qu'il étoit presque impossible de la reconooître. (Testament politique de Richelieu, ir« partie, p. 5, Amsterdam, 1768.)

S. Les intérêts publics doivent être l'unique fin du prince et de ses conseillers. (Ibid., V partie, p. SâS.) — Croire que, pour être fils ou frère du roi ou prince du sang, on puisse impunément troubler le royaume , c'est se tromper. U est plus raisonnable

d'assurer le royaume et la royauté que d'avoir égard à leurs qualités Les fils, frères

et autres parents des rois sont sujets aux lois comme les autres, et principalement quand 11 est question du crime de ièse-aiiû«B^ (Mém. du cardinal de Richelieu , col lecL Michaud, %• série, t. VIII, p. Wl.)

Tautorité suprême une logique impassible et des rigueurs impitoyables. U fut sans merci comme il était saus crainte y et mit sous ses pieds le respect des formes et des traditions judiciaires. Il fit prononcer des sentences de mort par des conmiissaires de son choix ^ frappa , jusque sur les marches du trône , les ennemis de la chose publique y ennemis en même temps de sa fortune, et confondit ces haines personnelles avec la vindicte de l'État. Nul ne peut dire s'il y eut ou non du mensonge dans la sécurité de conscience qu'il fit voh* à ses derniers moments* ; Dieu seul a connu le fond de sa pensée. Nous qui avons recueilli le fruit lointain de ses veilles et de son dévouement patriotique, nous ne pouvons que nous incliner devant cet honmie de révolution par qui ont été préparées les voies de la société nouvelle. Mais quelque chose de triste demeure attaché à sa gloire; il a tout sacrifié au succès de son entreprise; il a étoufië en lui-même et refoulé dans de nobles âmes les principes étemels de la morale et de l'humanité *. A la vue des grandes choses qu'il a faites, on Tadmire avec gratitude, on voudrait, on ne saurait Taimer.

Les novateurs les plus intrépides sentent qu'ils ont besoin de l'opinion; avant d'exécuter ses plans politiques, Richelieu voulut les soumettre à l'épreuve d'un débat solennel, pour qu'ils lui revinssent confirmés par une sorte d'adhésion nationale. Il ne pouvait songer aux états généraux; membre de ceux de 1614, il les avait vus à l'œuvre, et, d'ailleurs, son génie absolu répugnait à ces

h. Le curé lui demandant s'il ne pardonnoit pointa ses ennemis, il répondit qu'il n'en avoit point que ceux de l'État. (Mém. de Bfontglat, collect. Michaud, 8* série, t. V, p. 133.) — Voy. aussi mém. de Montchal, noiterdam, 1718, p. S68.

9. Le cardinal de Richelieu a fait des crimes de ce qui faisoit dans le siècle passé les vertus des Miron, des Harlay, des Alarlllae, des Pibrac et des Paye. Ces martyrs de l'Estal, qui, par leurs bonnes et saintes maximes, ont plus dissipé de factions que l'or d'Espagne et d'Angleterre n'en a faict naislre, ont esté les défenseurs de la doclrino pour la conserTation de laquelle le cardinal de Richelieu confina H. le président Barlllon à Amboise, et c'est lui qui a commencé à punir les magistrats pour avoir advancé des vérités pour lesquelles leur serment les oblige d'exposer leur propre vie. (Mém. du cord. de Retz, collect. Michaud et Poojoulat, p. 60.)

grandes réunions; Tappui moral qu'il désirait, il le chercha dans une assemblée de notables. Il convoqua au mois de novembre 1626 cinquante-cinq personnes de son choix : douze membres du clergé , quatorze de la noblesse, et vingt-sept des cours souveraines, avec un trésorier de France et le prévôt des marchands de Paris. Gaston/ frère du roi , fut président, et les maréchaux de la Force et de Bassompierre vice-présidents de l'assemblée; mais les nobles qui y siégèrent^ conseillers d'État pour la plupart, appartenaient à Tadminîstration plutôt qu'à la cour; il ne s'y trouva ni un duc et pair, ni un gouverneur de province * .

Devant cette réunion d'élite, dont les hommes du tiers état formaient plus de la moitié, Richelieu développa lui-même tout le plan de sa politique intérieure'. L'initiative des propositions partit du gouvernement, non de l'assemblée; une même pensée pénétra tout, les demandes comme les réponses , et, dans le travail d'où résulta le cahier des votes, on ne saurait distinguer ce qui fut la part du ministre et ce qui fut celle des notables. Des principes d'administration conformes au génie social et à l'avenir de la France furent posés d'un commun accord : Tassiette de l'impôt doit être telle que les classes qui produisent et qui soufirent n'en soient pas grevées; — c'est dans l'industrie et le commerce qu'est le ressort de la prospérité nationale, on doit faire en sorte que cette carrière soit de plus en plus considérable et tenue à honneur : — il faut que la puissance de l'État ait pour base une armée permanente où les grades soient accessibles à tous, et qui répande l'esprit militaire dans les classes non nobles de la nation. Quant aux mesures promises ou réclamées, les principales eurent pour objet l'abaissement des dépenses de l'État au niveau des recettes, et la réduction des dépenses improductives au profit des dépenses productives; l'aug-

I. La séance d'ouverture eut lieu le 9 décembre, dans la grande salle des Toileries. 1. Voyei son discours et celui du garde des sceaux Marillac, dans le proeèê'Verbal de rassemblée de 16S6. Des étala généraux, etc., t XV Ul, p. 207 et suiv.

mentatioD.des forces maritimes en vue du trafic lointain; Pétablissement de grandes compagnies de commerce et la reprise à Tintérieur des grands projets de canalisation; la sécurité des gens de travail garantie contre Tindiscipline des gens de guerre par la sévérité de la police et la régularité de la solde; enfin, la démolition, dans toutes les provinces, des forteresses et châteaux inutiles à la défense du royaume*.

L'assemblée des notables se sépara le U février I6S7, et aussitôt une commission fut nommée pour rédiger en un même corps de lois les réformes nouvellement promises et celles qui devaient répondre ' aux cahiers des états de 1614. En même tempsla plus matérielle, et non la moins populaire de ces réformes, la démolition des forteresses, cantonnements de la noblesse factieuse et de la soldatesque des guerres civiles, commença de s'exécuter. A chaque époque décisive du progrès vers Tunité nationale , ce genre de destruction avait eu lieu par l'autorité des rois. Charles Y, Louis XI et Henri IV s'attaquèrent aux donjons pour mater Tesprit féodal ; en cela comme en tout, Richelieu fit faire un pas immense à l'œuvre de ses devanciers. Les mesures à prendre pour ce qu'on pourrait nommer l'aplanissement politique du sol français furent confiées par lui à la diligence des provinces etdes municipalités, et, d'un bout àl'autre du royaume, les masses plébéiennes se levèrent pour abattre de leurs mains les murs crénelés, repaires de tyrannie ou de brigandage, que, de génération en génération , les enfants apprenaient à maudire. Selon la vive expression d'un historien distingué, a les villes coururent aux citadelles, les campagnes aux chÂteaux, chacun à sa haine'.» Mais l'ordre qui souvent marque la profondeur des sentiments populaires (Nrédida à cette grande exécution que le pays faisait sur

4. Voyez dans les A«cAfrchM de Forbonnais, 1. 1, p. t05, ies extraite qu'il donne des réfloluUons de rassemblée; voyei aussi la déclaraUon du roi du l«r maniCST; Des étais généraux, etc., t. XVUI. p. SM et suiv.

a. H. Henri Martin, BUloirêds Franc; t. XU, p. 587.

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hiHnéme ; aucune dévastation inutile ne fut commise , on combla les fossés^ on rasa les forts, les bastions , tout ce qui était un moyen de résistance militaife ; on laissa debout ce qui ne pouvait être qu'un monument du passé.

Pendant ce temps , la commission de réforme législative poursuivait son travail sous la présidence du garde des sceaux, MariUac. en résulta Tordonnance de janvier 4629, égale en mérite et supérieure en étendue aux grandes ordonnances du xvi* siècle. Ce nouveau code n'avait pas moins de quatre cent soixante et un articles, n touche à toutes les parties de la législation : droit civil , droit cri* minel, police générale, affaires ecclésiastiques, instruction publique, justice, finances, commerce, armée , marine. Inspiré à la fois par le vani national et par la pensée de Richelieu , il est empreint de cette pensée, quoique le grand ministre ait dédaigné d'y prétendre aucune part, et que l'opposition du parlement, soulevée contre cette œuvre de haute sagesse , y ait, dans un sobriquet burlesque, attaché un antre nom que le sien ^

L'ordonnance, ou plutôt le code de 1629, eut pour but de répondre à la fois aux demandes des derniers états généraux et à celles de deux assemblées de notables'. Parmi les dispositions prises d'après les' cahiers de 1645, la plupart furent puisées dans celui du tiers état; je n'en ferai point l'analyse, j'observerai seulement qu'en beaucoup de cas la réponse donnée reste en arrière ou s'écarte un peu de la demande. On sent que le législateur s'étudie à concilier les intérêts divei^ents des ordres, et qu'il veut borner la réforme à de certaines limites. Si la suppression des banalités sans

I. Les gens de robe affectèrent de ridiculiser l'ordonnanee de 1699 en l'appelant Code Michaut du prénom de son rédacteur, le garde des sceaux Michel de Harillac — Voyes, sur l'opposition parlementaire à cette ordonnance, les Mémoires du cardi' nal de mekeUeu, collect. Micliaud et Poujoulat, 2o série, t. VII, p. 587 et sui?.

9. Celle de 1647 dont je n'ai pas fait mention, et celle de 1696.— Ordonnance sur les plaintes des états assemblés à Paris en 16U , et de l'assemblée des notables réunis à Rouen et à Paris en 4617 et 1696. Hee. des anc, lois frmnçaUêê » t XVI, p. 996 et suiv.

titre et des corvées abusives est accordée au tiers état , il n'est point répondu à son voeu pour rafiranchissement des mainHnôrtables*. Le temps des campagnes libres n'étai| pas encore venu, celui des villes libres était passé. Ce n'est qu'en termes évasifs que Tordonnance répond à la demande d'émancipation du régime municipal, et elle décrète spontanément l'uniformité de ce régime ; elle veut que tous les corps de ville soient réduits, autantque possible, au modèle de celui de Paris ^. A ces tendances vers Tunité, elle en joint d'autres non moins fécondes pour le développement national. Elle introduit dans l'armée le principe démocratique par la faculté donnée à tous de s'élever à tous les grades ; elle relâche pour la noblesse les liens qui, sous peine de déchéance, Tattachcdent exclusivement à la profession des armes; elle attire la haute bourgeoisie, de l'ambition des offices, vers le commerce ; elle invite la nation tout entière à s'élancer dans les voies de l'activité industrielle. Voici le texte de trois de ses articles :

a Le soldat par ses services pourrra monter aux charges et offices (c des coihpagnies , de degré en degré, jusqués à celui de capitaine, a et plus avant s'il s'en rend digne'.

aPour convier nos sujets de quelque qualité et condition qu'ils soient <i de s'adonner au commerce et trafic par mer, et faire connoitre que « notre intention est de relever et faire honorer ceux qui s'y occupea ront , nous ordonnons que tous gentilshommes , qui , par eux ou

1. Ordonnances de 1629, art. 906 et 107. —Voyez plus haut. chap. tu, Tanalyse du cahier de 1615.

9 Ordonnons que les élections des prévOts des marchands, maires, échevins,

capitouls, Jurats, consuls, procureurs, syndics et autres charges des villes seront

faites èé manières accoutumées, sans brigues et monopoles, des personnes plus pro*près et capables h exercer telles charges pour le bien de notre service, repos et sûreté

desdites villes Et afln de maintenir nos sujets avec plus d'ordre et de tranquillité,

voulons et ordonnons que les corps et maisons de ville et la manière de leurs assemblées et administration , en tout notre royaume, soient, autant que faire se pourra, réduites à la forme et manière de celle de notre bonne ville de Paris..... (Ordonn. de 46i9, art.4l9.)

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