‹ Essai sur lh́istoire de la formation et des progrès du Tiers État: suivi de deux fragments du (volume 2)Chapitre 48 sur 124 · Le9niars46CI · texte numérisé non relu

Le9niars46CI

valle, grâce à Tordre puissamment créé ou habilement maintenu par la dictature ministérielle , Tétat social et moral de la France avait fait d'immenses progrès. Au sortir des guerres civiles du xvi* siècle y la nation , retirée désormais du double courant de passions religieuses qui l'avait entraînée en sens contraire dans le grand débat européen , ramena sa pensée sur dle-môme y et se mit à chercher sa place originale dans Tordre politique et dans Tordre Intel* lectuei. De là naquirent , pour le xvii* siècle , deux tendances simul** tanées qui consistaient : Tune, à rendre libre et personnelle Taction de la France au dehors, Tautre, à développer Tesprit français dans son individualité propre et son caractère natif.

Au siècle précédent, la renaissance des lettres avait été un mouvement d'idées commun à toute TEurope civilisée ; elle nous plongea, comme les peuples voisins, dans Tétude et l'imitation de Tantiquité, elle ne nous créa point une littérature nationale; ce travail devait venir plus tard. 11 commença dès que le pays eut marqué son rôle comme puissance européenne; notre langue se fixa en même temps que se fondait notre politique , et la réforme de Malherbe fut contemporaine des projets de Henri IV. Pendant que ces projets s'accomplissaient par Richelieu et par Mazarin, Tintelligence française trouvait ses véritables voies et y marchait à pas de géant; elle atteignait à la plus haute des méthodes philosophiques, au sublime en poésie et à la perfection de la prose; elle livrait à Tadmiration des hommes trois noms d'une grandeur impérissable , Descartes , Corneille et Pascal.

A la révolution d'idées qui, en France, mit Tempreinte nationale sur la philosophie , la littérature et Tart ', se joignit une révolution de mœurs. On vit, dans la chaleur de ce nouveau mouvement de vie intellectuelle, la haute société polie s'organiser sur un pied tout nouveau. L'esprit y compta désormais pour une distinction égale à

1. 1\ faut Joindre le nom de Pouwin aux trois grands noms déjà eités.

toutes Les autres , les hommes de lettres sans naissance y entrèrent, non plus comme domestiques ou protégés des princes et des grands^ mais à titre personnel. La conversation entre les deux sexes, étendue par la mode elle-même aux sujets les plus élevés et les plus graves , fonda ce pouvoir des salons^ qui devait s'exercer chez nous de concert avec le pouvoir des livres ^ En un mot, la bourgeoisie lettrée gagna dans le monde du loisir l'influence dont elle jouissait déjà dans le monde des affaires; elle fut mêlée à tout, et eut en quelque sorte des postes avancés partout.

C'est d'elle que vinrent à la fois, au xvii* siècle, Fagitation politique par la Fronde, et Tagitation religieuse par le jansénisme, tentative de réforme intérieure du dogme et de la discipline catholiques, doctrine plus rigide pour la croyance et plus libre envers l'autorité, qui fut l'un des ressorts moraux de la révolte des corps judiciaires contre le pouvoir absolu. Cette doctrine sans portée sociale > mais illustrée par les grands C4u*actères et les grands esprits qui la soutinrent, tient une place considérable, quoique indécise^ dans l'histoire du tiers état ^. Liée aux efforts successifs de Topposition parlementaire , elle servit d'aliment à l'esprit de discussion jusqu'au milieu du xvin« siècle, jusqu'au temps où cet esprit fut transporté, avec une audace et une puissance inouïes, dans la sphère philosophique , où , au-dessus de toute tradition, il alla chercher, pour les faire descendre dans la loi, les principes étemels de raison, de justice et d'humanité,

1. Voy. récrit de Rcederer intitulé : Mémoire pour servir à V histoire de la société polie en France, S. Voy. l'ouvrage de M. Sainte-tteuve., intitulé : Port-Royal.

Page 1