Relation de Flor. Rapine, U|e partie, p
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profiteraient de leur absence pour obtenir, à force de sollicitations, toutes sortes d'avantages. Par ce double motif, les députés du tiers état résolurent de ne demander aucun congé séparément, et d'attendre^ pour se retirer, que le conseil eût décidé sur les points essentiels ^ Ils restèrent donc, et se réunirent plusieurs fois en différents lieux, soutenant avec une certaine vigueur, contre le premier ministre , leur qualité de députés. Enfin, le 24 mars, les présidents des trois ordres furent mandés au Louvre. On leur dit que la multitude des articles contenus dans les cahiers ne permettait pas au roi d'y répondre aussi vite qu'il Teùt désiré, mais que, pour donner aux états une marque de sa bonne volonté, il accueillait d'avance leurs principales demandes, et leur faisait savoir qu'il avait résolu d'abolir la vénalité des charges, de réduire les pensions, et d'établir une chambre de justice contre les malversations des financiers ; qu'on pourvoirait à tout le reste le plus tôt possible , et que les députés pouvaient partir.
Ces trois points des cahiers étaient choisis avec adresse comme touchant à la fois aux passions des trois ordres. La noblesse voyait dans l'abolition de l'hérédité et de la vénalité des offices un grand intérêt pour elle-même ; le tiers état voyait un grand intérêt
*• Relalion de Flor. Rapine, !!!• parUc, p. m.
pour le peuple dans le retranchement des pensions^ et rassemblée avait été unanime pour maudire les finan'* ciers et réclamer rétablissement d'une juridiction spéciale contre leurs gains illicites ^ On pouvait même dire que la suppression de la paulette et de la vénalité était une demande commune des états> bien que cha* que ordre eût fait cette demande par des motifs différents; la noblesse 9 pour son propre avantage^, le clergé, par sympathie pour la noblesse, et le tiers état en vue du bien pubHc contre son intérêt particulier. Et quant à Tarticle des pensions qui avait fait éclater la division entre le tiers et les deux autres ordres, les trois cahiers en étaient venus à cet égard à un accord,
4. Voy. VBittoirê de France de U. Henri Martin, t. XII, p. 954 et suiv.
2. Elle-même a soin de le rappeler dans les articles de son cahier : « L'expérience fait connaître combien est pernicieux rétablissement « du droit annuel appelé paulette j qui rend tant les charges de judi-
« cature que toutes autres héréditaires, et ôte à Votre Mnjesté le
« moyen de pouvoir choisir les officiers , et l'espérance aux gen-
« tilshommes d'y parvenir jamais Partant, Votre Majesté est très-
u humblement suppliée de retrancher entièrement la vénalité de lou-
« tes sortes d'orflces C'est le seul moyen de rendre votre Élat plus
« illustre et plus florissant, Votre Majesté bien servie, et vos peuples « consolés par le choix qu'elle fera de personnes capables. De ce «bien en réussira un particulièrement à l'avantage de votre no- «1 blesse , désireuse de vous rendre autant de témoignages de sa fldé* « lité dans l'exercice de la justice, qu'elle fait dans vos armées aux « occasions qui s'en présentent. Elle vous en supplie très-bumble- « ment, Sire. » (Cahier de la noblesse de 1615, ms. de la Bibliothèque impériale, fonds de Drienne, n^ 283, fol. 238 et 330.)
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plus franc , il est vrai , du côté du clergé que du côté de la noblesse *• Ainsi , par une circonstance bizarre , sous des votes conformes, il y avait des passions contraires ^ et les promesses du roi satisfaisaient du même coup des désirs généreux et des intentions égoïstes. Ces promesses, la seule bonne nouvelle que les membres des états eussent à emporter dans leurs provinces, ne furent jamais tenues, et la réponse aux cahiers par une ordonnance royale n'arriva qu'après quinze ans.
Telle fut la fin des états généraux convoqués en 1614 et dissous en 1615. Ils font époque dans notre histoire nationale, comme fermant la série des grandes assemblées tenues sous la monarchie ancienne; ils font époque dans Fhistoire du tiers étal dont ils signalèrent, au commencement du xvu* siècle, rimjporlance croissante, les passions, les lumières, la puissance morale et rimpuissance politique. Leur réunion n'aboutit qu'à un antagonisme stérile; et, avec eux, cessa d'agir et de vivre ce vieux système représentatif qui s'élait mêlé à la monarchie , sans règles ni conditions précises, et, où la bourgeoisie avait pris place , non par droit, non par conquête, mais à l'appel du pouvoir royal. Entrée aux états du royaume sans lutte, sans cette fougue de désir et de travail qui Favait conduite
1. Voy. le cahier du tiers état, art. k9\ et 493; celui du clergé, art 158; et celui de la noblesse, Toi. 314 \o. sis. de la Biblioth. impôrialc, foiidA de Drienne, iioi 283, 283 et 284.
à raflraocbissement des communes^ elle y était venue, en général, avec plus de défiance que de joie , parfois hardie, souvent contrainte, toujours apportant avec elle une masse d'idées neuves, qui, de son cahier de doléances, passaient, plus ou moins promptement, . plus ou moins complètement, dans les ordonnances des rois. A cette initiative, dont le fruit était lent et incertain, se bornait le rôle effectif du tiers état dans les assemblées nationales; toute action immédiate lui était rendue impossible par la double action contraire ou divergente des ordres privilégiés. C'est ce qu'on vit plus clairement que jamais aux états de 1615, et il semble que Tordre plébéien, frappé d'une telle expérience, ait dès lors tait peu de cas de ses droits politiques. .
Cent soixante-quatorze ans s'écoulèrent sans que les états généraux fussent une seule fois réunis par la couronne, et sans que l'opinion publique usât de ce qu'elle avait de forces pour amener cette réunion'. Espérant tout de ce pouvoir qui avait tiré du peuple et mis en œuvre par des mains plébéiennes les éléments de Tor-
f . Durant les troubles de la Fronde , les 6Uts généraux furent convoqués à deux reprises, d'ubord spontanément par la cour en lulle avec la bourgeoisie, ensuite sur les instances de la noblesse unie au clergé. Des philanthropes, joints au parti aristocratique, les réclamèrent au déclin du règne de Louis XIV. Le régent y songea pour étayer son pouvoir; et il n'en fui point question pendant le règne de Louis XV.
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dre civil moderne^ l'opinion ae donna, un siècle et demi y sans réserve à la royimté. Elle embrassa la monarchie pure, symbole d*unité sociale, jusqu^à ce que cette muté, dont le peuple sentait profondément le besoin, apparut aux esprits sous de meilleures formes*